‹ MalthusChapitre 26 sur 89 · ET MÉRIDIONALE · texte numérisé non relu

ET MÉRIDIONALE

' Les habitants 4es parties les plus septentrionales de TAsie subsistent principalement par la chasse et par la pèche. On en peut conclure que probablement les obstacles qui s'opposent à leur accroissement sont de même nature que ceux qui agissent chez les peuples indigènes de l'Amérique ; avec cette différence que la guerre y cause moins de ravages,

(i) Volney, Voy, en Egypte et en Syrie, p. i73. Ce tableau de l'état des paysans en Egypte, tracé par Volney, paraît assez confirmé par lous ceux qui ont écrit sur le même sujet; il est en particulier bien conforme aux faits consignés dans un trèsbon mémoire intitulé : Considérations générales sur PagricuUure de tÉgypte, par M. L. Reynier. Mémoires sur l'Égyj^e^ l. IV, p. 4. (M.)

{%) Ibid,^ 1. 1, ch. XII, sccl. ii.

OBSTACLES A LA POPULATION EN SIBËR1E. iOl

et qae la famine en cause plus. M. de Lesseps, qui porta du Kaxntscbatka à Pétersbourg les papiers de Tinfortuné la Peyrouse, fait un tableau touchant des maux produits par la rareté des aliments dans ces tristes climats. 11 observe» à son passage par Bolcheretsk, yillage du Kamtschatka, a que les pluies abondantes sont nuisibles dans ce pays, en ce qu'elles causent des débordements considérables et chassent le poisson; d*oii il résulte que la famine vient affliger les pauvres Kamtschadales, comme il est arrivé Tannée dernière dans tous les villages de la côte de Touest de la presqu'île. Ce funeste fléau y régna si généralement qu*il força les habitants d'abandonner leurs demeures, et de se transporter avec leurs familles sur les bords de la Kamtschatka, dans Tespoir d*y trouver plus de ressources, le poisson étant plus commun dans cette rivière. M. Kasioff (rofficier russe qui conduisait M. deLesseps) s'était proposé de reprendre sa route par la côte occidentale, ayant déjà parcouru celle de Test ; mais la nouvelle de cette famine le détermina malgré lui à revenir sur ses pas, plutôt que de s'exposer à être arrêté, et peut-être à périr à moitié chemin, par la difficulté de se procurer des chiens et des vivres sur la côte de Touest (1). » Ces voyageurs prirent une autre route, et néanmoins, dans le cours de ce voyage, presque tous les chiens qui formaient Tattelage de leurs traîneaux périrent faute de nourriture : à mesure qu'un de ces chiens mourait, il était sur-le-champ dévoré par les autres (2).

A Okhotsk, ville où il se fait un commerce considérable, les habitants attendent au printemps avec toute Timpatience de la faim, le moment où les glaces de la rivière Okhotska se brisent. Quand M. Lesseps y passa, la provision de poisson sec était presque épuisée. La viande était à un prix auquel le peuple ne pouvait atteindre. En tirant la seine, on prit un nombre prodigieux de petits poissons. A celte vue, la joie et les cris redoublèrent. On servit d'abord les plus affamés. Sur quoi M. Les-> seps dit, avec un mouvement de sensibilité : « Je ne pus retenir mes larmes, en considérant Ta vidité de ces malheureux; des familles entières se disputaient le poisson, et le dévorèrent tout cru sous nos yeux (3). »

Dans toute la Sibérie septentrionale, la petite vérole cause de grands ravages. Au Kamtschatka , elle a enlevé , selon M. Lesseps , les trois quarts des naturels (4).

Pallas confirme ce rapport : en décrivant les Ostiaks de TObi (5), dont

(I) Journal historique du voy. de M. Lesseps, Paris, 4798, l. I, p. 445.

(î) Jbid,, 255. — (3) /6td., t. II, p. 25i . — (4) Ibid., l. I, p. 428.

(5) Finnois des environs deToboMc, hommes pelilsel faibles. {Jph. G.)

le genre de vie est à peu près le même, il remarque que cette maladie en détruit un grand nombre et doit être considérée comme le principal obslacle à leur accroissement (1). Les ravages de la petite vérole s'expliquent par la chaleur, la saleté, l'air corrompu de leurs habitations souterraines. Trois ou quatre familles ostiakes sont entassées dans la même yourte j et leur manière de vivre est telle qu'on ne saurait imaginer rien de plus dégoûtant. Us ne se lavent jamais les mains : les restes de poisson corrompu, les excréments des enfants, ne sont jamais enlevés ou nettoyés. 11 est facile, d'après cette description, dit Pallas, de se faire une idée de la puanteur, des vapeurs fétides et de Thumidité de leurs yourtes (2). Les Ostiaks n'ont pas beaucoup d'enfants. 11 est rare d'en voir trois ou quatre dans une même famille. La raison qu'en donne Pallas serait le grand nombre de ceux que fait périr la mauvaise nourriture (3). Il faut y joindre peut-être l'état misérable de servitude laborieuse auquel les femmes sont réduites (4), et qui doit certainement avoir quelque influence sur leur fécondité.

Les Samoyèdes n'ont pas paru à Pallas tout à fait aussi malpropres que les Ostiaks, et cela vierït de ce qu'en hiver ils sortent plus souvent pour leurs chasses. Mais la condition des femmes est pire (5), en sorte que cet obstacle à la population doit agir avec plus de force.

Les habitants de ces durs climats vivent à peu près tous de la même manière et sont presque tous également misérables. Ce que nous avons dit peut suffire pour se faire une idée des principales causes qui y maintiennent la population au niveau des subsistances.

U y a, dans les parties méridionales de la Sibérie et dans les districts qui avoisinent le Volga, des pays que les voyageurs russes représentent comme étant d'une fertilité extraordinaire. Le sol est formé en général d'un terreau noir excellent, et si riche qu'il n'a pas besoin d'engrais, ou plutôt qu'il le repousse. Car si on en fait usage, le blé devient si épais, qu'il verse et se gâte. La seule manière utile de rendre à cette terre sa fécondité est de la laisser en jachère une année sur trois. En usant de cette précaution, on assure que quelques parties du sol paraissent absolument inépuisables (6). Mais, maigre cette apparente facilité de se procurer une abondante nourriture, plusieurs de ces riches districts sont faiblement peuplés, et dans aucun peut-être l'accroissement n'est proportionné à la fertilité du sol.

(1) Pallas, royage. l. IV, p. 68, in-4^, 5 toI. Paris. 1788. — (2) Ibid., p. 60. (3) /Wd., p. 72. — (4) Ibid., p. 60. — (5) iMd., p. 92. (6) Ibid,, t. IV, p. 5.

Ces coBtrées paraissent être assujetties à 1* espèce d'impossibilité morale d'accroissement dont parle J. Stewart (1). Si la nature du gouyernement» ou les habitudes du peuple, s^opposentà ce qu'on établisse des fermes nouvelles, ou à ce que les fermes anciennes se subdivisent, une partie de la société doit éprouver le besoin au milieu d'une abondance apparente. Ce n'est pas assez qu'un pays ait la faculté de produire beaucoup d'aliments ; il faut que Tétat social soit tel qu'il engage à les bien distribuer. La raison qui retarde ici la marche de la population est que le travail y est peu demandé. Il en résulte que les produits du sol ne sont pas répartis de manière à faire partager l'abondance aux classes inférieures, qui n'en peuvent jouir que par ce moyen, aussi longtemps qu'on ne change pas la division des terres. Le genre de culture adopté dans ce pays est si simple, qu'il n'exige que peu d'ouvriers. En quelques endroits, on se contente de jeter le grain sur la terre sans aucun travail préalable (2). Le blé sarrasin est cultivé généralement ; quoiqu'on le sème très-clair, la semaille d'une année suffit pour la récolte de cinq ou six ans, et chaque année cette récolte rend douze ou quinze fois la quantité confiée à la terre. Ce qui en tombe pendant qu'on le moissonne suffit pour produire la moisson suivante. Il suffit d'y passer une seule fois la herse au printemps. On continue de récolter de la sorte jusqu'à ce qu'on aperçoive dans la fertilité du sol quelque diminution. On a remarqué avec raison qu'il n'y a aucune espèce de grain dont la culture soit mieux assortie à l'indolence des habitants des plaines de la Sibérie (3).

Avec un tel système d'agriculture, et avec peu ou point de manufactures, la demande de travail doit être vite satisfaite. Le blé doit sans doute être à bon marché, mais le travail doit être à plus bas prix encore. Le fermier sera en état de faire d'amples provisions pour la nourriture de ses enfants, mais les gages du manouvrier ne suffiront pas pour élever sa famille avec aisance.

Si^pposons que, frappés du défaut de population de ce riche sol, nous tentassions d'y porter remède en donnant une prime pour les enfants naissants et en mettant ainsi le manouvrier en état d'en élever un plus grand nombre : quelle serait la suite de cette opération? Personne ne demanderait le travail de ces enfants surnuméraires. Quoiqu'il ne fallûtpeut-être qu'un sou pour payer la nourriture d'un homme pendant

(1) Économie politique, liv. I, ch. v, p. 30, in-4», angL

(2) Pallas, yoyage^ 1. 1, p. Î50.

(5) Découo. de» Russes, t. IV, p. 329, in-4o, Berne.

i04 LIVRE I. — CHAPITRE IX.

tout un jour, personne n'offrirait un denier à ces nouveaux venus pour prix de leur journée. Le fermier fait tout ce qu'il veut» tout ce qu'il en* visage comme nécessaire à la culture de ses terres, au moyen de sa famille et d'un ou deux ouvriers, qu'il est dans Tusage d'y joindre. Les nouveaux ouvriers ne lui offrent rien de plus. On ne doit donc pas s'atten* dre qu'il sortira de son indolence, et fera de nouvelles entreprises, uniquement pour les occuper, ou pour leur donner gratuitement de quoi se nourrir. Dans cet état de choses, lorsque la demande bornée de travail est pleinement satisfaite, que deviendront ceux dont les bras ne sont pas demandés? Ils seront, en fait, privés aussi complètement de moyens de subsistance que s'ils vivaient sur le sol le plus stérile. Il faut qu'ils aillent chercher ailleurs du travail, ou qu'ils meurent de misère. Supposons encore qu'ils échappent à leur destinée, au moyen de quelque petite occupation occasionnelle, qui leur donne de quoi subsister misérablement, il est au moins assez évident qu'ils n'auront pas de quoi s'établir et accroître la population.

On dira que s'il y avait beaucoup de bonnes terres sans emploi, on ne manquerait pas d'y faire de nouveaux établissements ; en sorte que la population excédante y créerait sa propre subsistance, et en ferait naître la demande, comme dans les Etals-Unis d'Amérique.

C'est ce qui arriverait sans doute dans des circonstances favorables : si, par exemple, en premier lieu, le pays était de nature à fournir tous les autres matériaux du capital aussi bien que le blé ; secondement, si ces terres pouvaient être achetées par petits lots et que la propriété en fût garantie par un gouvernement libre ; troisièmement, si des habitudes de travail et d'accumulation étaient généralement dominantes dans la masse du peuple. La suppression d'une seule de ces conditions suffirait pour mettre obstacle à la population, ou même pour l'arrêter tout à fait. Une terre qui produit les plus abondantes récoltes pourrait être tout à fait impropre à de grands établissements par le manque d'eau ou de bois. Les accumulations individuelles seraient employées lentement et avec répugnance à féconder la terre, si les baux à ferme étaient mal assurés ou assujettis à des conditions humiliantes; et la facile production d'un sol fertile n'aurait point l'effet de procurer un accroissement permanent et une distribution convenable des choses nécessaires à la vie, sous l'influence d'habitudes invétérées de paresse et d'impré* voyance.

Il est évident que toutes ces circonstances favorables n'ont pas existé à la fois en Sibérie ; et en supposant même que la nature du sol n'offrit aucun défaut physique, les difûcultés morales et politiques propres à

prévenir un rapide aceroissemeDt de population ne pouvaient céder que lentemait aux efforts les mieux dirigés. Dans les Etats-Unis raccrois-> sèment rapide du capital agricdeest causé en grande partie par les salaires ^vés ou le haut prix du travail commun. 30 ou 40 livres sterling au moins de capital en propriété sont considérés comme nécessaires pour mettre un jeune homme actif en état de commencer une plantation pour son propre compte dans les établissements de l'intérieur des terres.

^ Une telle somme peut, sans beaucoup de difficulté, être épargnée en peu d'années dans les Etats-Unis» parce que le travail y est iortemeni denoandé et chèrement payé. Mais en Sibérie» Touvrier surnuméraire, que j'ai peint vivant à peine au jour le jour, ne pourrait pas rassembler aisément les fonds nécessaires pour se bâtir une maison, pour acheter des instruments de travail et de culture, et pour vivre enfin lui*méme, jusqu'à ce que sa terre eût élé mise en rapport. Les fils même d'un bon fermier auraient de la peme à se procurer des fonds suffisants. Dans un état de société ou le marché pour les grains est fort peu étendu et où le prix en est très-bas, le cultivateur est toujours pauvre. Quoiqu'il soit en état de pourvoir aisément à la nourriture de sa £^mille,|il ne peut point réaliser un capital, pour le partager entre ses enbnis et leur fournir ainsi le moyen d'entreprendre de nouvelles cultures. Quelque petite que dût être cette sonmie, le fermier ne sait comment se la procurer. S'il produit plus de grains qu'à l'ordinaire, il ne trouve point d'acheteurs pour cette partie excédante (1 ); il ne peut point la convertir en quelque propriété permanente et transmissible à ses enfant8,.avec laquelle ceuxci puissent commander dans Pavenir des aliments ou du travail (2). En conséquence, il se contente le plus souvent de produire ce qui suffit aux demandes de sa famille et du marché borné dont il a l'habitude. Et s'il aune famille nombreuse, il arrivera probablement que plusieurs de ceux qui la composent deviendront de simples journaliers. Dès lors, ceux-ci ne pourront pas plus contribuer à accroître la population, que le pauvre manouvrier privé ie^ moyens de subsistance dont j'ai dépeint tout à l'heure la situation.

(1 ) € n 7 a fort peu de débit dans le pays, parce que la plupart des habkaots sont colliTaieurs et élèvent eux-mêmes des bestiaux.» Pallas, Voyage, t. IV, p. 4. (M.)

(2) En addition aux causes mentionnées, j'ai appris dernièrement qu'une des principales raisons pour lesquelles des portions très-étendues de lerres riches et fertiles restent sans culture dans ces régions, est qu'k certaines saisons elles se couvrent d'innombrables essaims de sauterelles, qui dévastent les récoltes naissantes, sons qu'on ait aucun moyen de se garantir de ce fléau. [M.)

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Ce n'est doue pa» un encoaragement direct à procréer et à élever des enfonts, qui pourrait faire croître la population de ces contrées. Ce qu'il foudrait leur donner» ce seraient de nouvelles demandes des produits du sol ; ce qui ne pourrait s*obtenir que par des meilleurs moyens de répartition de ces produits. Pour cet effet, il faudrait introduire des manufactures et en inspirer le goût aux cultivateurs; ou fournir , soit à ces cultivateurs» soit à de nouveaux colons, des capitaux qui leur permissent d* occuper et de mettre en valeur toutes les terres et d'agrandir ainsi le marché intérieur.

L'impératrice Catherine II employa ces deux moyens pour augmenter la population de ses Etats. Elle encouragea à la fois les manufactures et les cultivateurs. Elle fournit aux étrangers» livrés à Tune ou Tautre de ces professions, des capitaux sans intéréts'pour un certain nombre d'années (1). Ces efforts bien dirigés» joints à ce qu'avait déjà fait Pierre P''» eurent» c(mime on devait s'y attendre» de très-grands effets. Les peuplés soumis à la domination des czars, surtout en Asie, après avoir langui» pendant une longue suite de siècles» dans un état de population presque stationnaire» paraissent en dernier lieu avoir pris l'essor et s' accroître plus rapidement. Quoique les plus belles provinces de la Sibérie ne soient pas peuplées en raison de leur fertilité» l'agriculture fleurit dans quelquesunes» et on y récolte beaucoup de grains. Dans une disette générale qui eut lieu en 1769» la province d'Isetsk sévit en état, malgré la modicité de sa récolte» d'alimenter les fonderies et les forges d'Ural»et de préser* ver de la famine les provinces voisines (2). Dans le territoire de Krasnoiarsk» sur les bordsdu Ienisseï» Fabondancede grains est telle» malgré rindolence et l'ivrognerie des habitants, qu'on n'y a pas vu encore la récolte'manquer (3). Pallas observe avec raison» que si l'on vient à réfléchir à l'état où se trouvait la Sibérie il y a moins de deux cents ans» si l'on songe qu'alors elle n'était qu'un grand désert inconnu» moins peuplé que ceux de l'Amérique septentrionale, on ne pourra qu'être étonné de son état actuel» et du nombre des Russes qui habitent ce vaste pays, nombre fort supérieure celui des naturels (4).

(i) Tookt^s riew ofthe Russian empire^ voi. H, p. 242. Le principal eiTetde ces importations d'étrangers fut peut-être de substituer le travail des bommes libres à celui des esclaves, et l'activité des AUemands à l'indolence des Russes. Mais un point très-important aurait été de fournir cette partie du capital qui consiste en machines. Le bon marché des objets de manufactures, qui en eût été la snite, n'aurait pas manqué d'attirer les cultivateurs, et de leur en donner bientêt le goût. (M.)

(2) Pallas, Voy., 1. 11, p. 10. — (3) /Wd., t. IV, p. 3. — (4) Ihid.^ p. 6.

OBSTACLES A LA POraLATION EN ^IBÉRIE. 107

Lorsque Pàllas était en Sibérie, les articles de subsistaiice étaient à très-bas prix dans les districts fertiles, surtont aux environs de Krasnoïarks. Un poud (40 livres) de froment se vendait pour environ cinq sons de France ; une vache, pour six ou huit (1) . Des prix si bas, dus an défaut de débouchés pour les produits du sol, étaient peut-être ce qui retardait le plus le développement de Findustrie. Depuis cette époque les prix ont haussé beaucoup (2) . D y a donc lieu de croire que le but a été atteint, et que la population a fait de rapides progrès.

Pallas, toutefois, se plaint de la manière dont les agents subordonnés remplissaient les ordres de Timpératrice. 11 remarque que les proprœtaires, à qui ce soin était commis, envoyaient souvent des colons qui, par leur âge, leur état de santé et leurs habitudes, paraissaient très-peu propres à Tobjet auquel ils étaient destinés (3). Les Allemands même, qu'on avait établis dans les districts du Volga, manquaient d'industrie et d'activité (4) ; et c'est certainement un point bien essentiel. On peut dire avec assurance, que Timporiation de l'industrie est plus nécessaire à la population que Timportation des hommes. S'il était possible de changer tout à coup les habitudes de tout un peuple et de diriger son industrie à volonté, jamais un gouvernement n'aurait besoin de favoriser de nouveaux établissements. Mais rien n'est plus difBcile que d^opérer un tel changement. Il faudra bien des années et bien des circonstances favorables, pour qu'un paysan de Sibérie ait Tactivitéet l'industrie d'un journalier anglais. Le gouvernement russe n'a cessé de faire des eflbrts pour engager les peuples pasteurs de la Sibérie à se vouer à l'agriculture ; mais le plus grand nombre s'y refuse obstinément et persiste à préférer une vie îrrégulière et paresseuse (5).

Plusieurs autres obstacles s'opposent à l'accroissement des colonies russes. Les contrées basses sont souvent pleines de marais qui les rendent malsaines (6), et les bestiaux y sont sujets à de graves et fréquentes

(i) Pallas, roy., t. IV, p. 3. — (î) Tooke'» View of the R, E., vol. UI, p. Î39.

(5) Pallas, Fby., t. V, p. 5. — (4) Ibid., p. 253.

(.5) Tooke's View ofthe Bums. Emp.^ ? ol. IH, p. 313.

(6) Pallas, f^oy.^ t. lU, p. 16. Dans les pays où le prinetpe de population ne se déploie jamais pleinement, les saisons malsaines et les épidémies ont pend^influence sur la population moyenne. Mais il en est autrement des colonies nouvelles, dont ces causes arrêtent les progrès d*une manière sensible. Cette distinction a besoin d'être expliquée. Dans les pays où la population est stationnaire ou très-lentement progrewiTe, si Ton suppose subsistants tous les obstacles observés jusqu'ici, qm en bomeni Taccroissement d'une manière immédiate, l'abondance de nourriture ne peut point augmenter sensiblement la population. Mais c'est précisément en di*

épkootie8(l). Qœlqtie fertiles que soient les districts voisins du Volga, les sécheresses y sont si fréquentes, que, sur trois récoltes, il y en a rarement une bonne (2). Les colons de Saratof 9 après quelques années d*établissement, se virent, par cette raison, obligés de changer de domicile ; et rimpératrice leur fit cession des sommes, montant à un mUlion de roubles, employées à bâtir leurs maisons (3). Des motifs de convenance ou de sûreté engagent a bâtir les maisons d'une même colonie de manière qu'elles soient toutes contiguës, ou à peu près, et non disséminées sur les différentes fermes d'alentour. Bientôt, en conséquence, on manque de place dans le voisinage, et le^ terres éloignées demeurent dans un état de culture très-imparfait. Cette observation que fit Pallas sur la colonie de Kotchesnaïa« l'engageait à proposer que l'impératrice transportât ailleurs une partie de cette colonie, afin que le reste se trouvât plus à Taise (4). Cette proposition semble indiquer qu'il se fait rarement de telles divisions d'une manière spontanée, et que les enfants des colons ne trouvent pas toujours facilement à s'établir et à former de nouvelles familles. Dans la colonie florissante des frères moraves de Serepta, on rapporte que les jeunes gens ne peuvent point se marier sans la permission de leurs prêtres, et qu'en général cette permission ne leur est accordée qu'assez tard (5). 11 semble donc que, même dans ces nouvelles colonies, l'obstacle privatif (6) contribue efficacement à arrêter l'accroissement de la population. Cet accroissement ne peut jamais être fort rapide que là où le prix réel du travail est fort élevé. C'est ce qui a lieu en Amérique. Mais si l'on considère l'état de la société dans les provinces russes que nous examinons, et le manque de débouchés qui en est la suite, on reconnaîtra que le prix réel du travail ne peut y hausser beaucoup. Or l'augmentation du prix réel du travail, circonstance qui accompagne d'ordinaire l'établissement des nouvelles colonies, est la vraie cause qui opère leur accroissement (7).

minuant le nombre de ces obsUicles immédiats, que TaboadaDce peul opérer un accroissement. Du reste, ceux de ces obstacles qu'on n'aura pas réussi à détruire» soit par la difficulté de changer d'anciennes habitudes, soit par les circonstances défavorables du sol et du climat, continueront d'agir et d'empécber le principe productif d'avoir son entier effet. [M,)

(i) Pallas, Voyage, t. III, p. 47 ; t. V, p. 4H . — (2) Ibid., p. Î52 et suiv.

(3) Tooke's Viewof the Ji. E., vol. H, p. Î45. — (4) Pallas, Voy., t. V, p. 255.

(5) lidd., p. 175.

(6) < L'obstacle privatif (ou préventif) a été défini au commencement du ch. n. Oneomprend sous ce nom toutes les causes qui préviennent l'accroissement de la population avant que cet accroissement ait eu lieu. (M.)

(7) D'autres causes, dont Pallas n'a pas tenu compte, peuvent agir pour réprimer

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