‹ MalthusChapitre 41 sur 89 · CONSÉQUENCES GÉNÉRALES. M · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES GÉNÉRALES. M

Ce dernier effet se montre à découvert dans la table relative à la Prusse et à la Lithuanie (1). Il paraît, à Tinspection de cette table et des autres tables de Sùssmilch, que lorsque, par Taccroissemeut du produit et par la plus grande demande de travail qui en est la suite, la condition de Touvrier s^améliore au point d*encourager puissamment le mariage , Tusage de se marier de bonne heure subsiste généralement, jusqu'à ce que la population s'élève au 'delà de la limite que lui assigne Texcès de produit : la suite naturelle de cet état de choses est une année malsaine et une plus grande mortalité. Les registres des divers pays du continent de TEurope offrent plusieurs exemples d'un rapide accroissement de population, interrompu par des maladies mortelles. 11 semble qu'on en peut conclure que les pays où les subsistances croissent assez pour encourager la population, mais pas assez pour satisfaire à toutes ses demandes, doivent être plus sujets aux épidémies périodiques que ceux où Taccroissement de la population approche davantage d'être proportionnel au produit moyen.

L'inverse n'est pas moins vraie. Dans les pays sujets aux épidémies périodiques, Taccroissement de la population, ou l'excès des naissances sur les morts, est plus grand dans les intervalles des périodes qu'il ne l'est dans les pays qui y sont moins exposés. Si, pendant le cours du dernier siècle, la Turquie et l'Egypte ont été à peu près stationnaires dans leur population moyenne, il faut que, dans les intervalles de temps qui ont eu lieu entre leurs pestes périodiques, les naissances aient excédé les morts dans un plus grand rapport qu'en France et en Angleterre.

C'est pour cela que toutes les estimations qu'on peut faire de la population future, d'après l'accroissement actuel, sont fort incertaines. Sir W. Petly calculait qu'en 1800 la ville de Londres contiendrait 5,359,000 habitants (2). Elle n'en contient pas la cinquième partie. Au contraire, M. Ealon a présagé dernièrement Texlinction totale de la population de l'empire turc pour la fin du 19* siècle (3), prédiction que l'événement ne vérifiera point. Si l'Amérique continuait à s'accroître en population dans le même rapport qu'elle a fait jusqu'ici, et cela pendant un espace de 150 années, sa population surpasserait celle de la Chine. Mais, quoique toute prophétie soit dangereuse à faire, je hasarderai de prédire qu'un tel accroissement n'aura pas lieu dans un si court espace de temps; quoiqu'il puisse bien arriver qu'il se réalise dans un intervalle plus long, comme serait celui de 5 ou 600 ans.

(i) V. le chap. précédent. —(2) Political Arithmetic, p. 47. (3) Surveyofthe Turkish Empire^ eh. vu, p. 281,

Sans contredit, TEurope était autrefois plus sujette aux pestes et aux épidémies destructives qu'elle ne l^est à présent. Cette circonstance peut servir à expliquer pourquoi naguère le rapport des naissances aux décès^ dont plusieurs auteurs font mention, était plus grand que de nos jours; car en général on a toujours été dans Tusage d*estimer ces sortes de rapports d'après les relevés de quelques périodes trop courtes, et de mettre à Fécart comme accidentelles les années de peste.

Le plus haut rapport moyen des naissances aux morts en Angleterre est à peu près de 12 à 10, ou de 120 à 100. En France* pour dix années terminées en 1780« ce rapport a été de 115 à 100 (I). On ne saurait douter que ces rapports n'aient varié à différentes époques, pendant le cours du dernier siècle; cependant ces Tariations ne paraissent pas avoir été très- considérables. II en résulte qu'en France et en Angleterre la population a plus que partout ailleurs été maintenue au niveau du produit moyen. L'influence de Tobstacle privatif, les guerres, la destruc* tion sourde mais sûre de la vie humaine, causée par des habitations trop remplies et par la nourriture insuffisanledu pauvre, empêchent que, dans ces pays, la population ne s'élève au-dessus du niveau des subsistances. Ces causes préviennent, si Ton peut user de cette expression, la nécessité des épidémies pour ramener la population dans ses justes limites. Si la peste venait enlever en Angleterre 2,000,000 d'âmes, et en France 6,000,000, quand les habitants commenceraient à réparer leurs pertes, il n'est pas douteux qu'on ne vit le rapport des naissances aux décès s'élever, dans ces deux pays, bien au-dessus de la moyenne qui a été observée dans le cours du 18* siècle.

Dans la Nouvelle- Jersey, le rapport des naissances aux décès, par une moyenne de 7 années terminées en 1743, a été de 300 à 100. En France et en Angleterre, le rapport moyen le plus élevé ne passe pas celui de 120 à 100. Quelque grande que soit cette diflerence, il n'y a pas lieu d'en être fort surpris ni de l'envisager comme une espèce de miracle. Les causes de cet effet ne sont pas éloignées, latentes, mystérieuses. Elles sont près de nous et ouvertes à toutes nos recherches. La philosophie nous apprend, sans doute; qu'il ne tombe pas une pierre, qu'il ne croit pas une plante, sans l'intervention immédiate de la puissance divine; mais l'expérience la plus familière nous enseigne que les opérations de la nature sont soumises à des lois constantes ; et il y a lieu de croire que, depuis que le monde existe, celles qui président à la population n'ont pas éprouvé de changement (2).

(1) Nerkpr, De radminUtration des finances, 1. 1, ch. rx, p. 255.

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De tonl lemps, la passion qui unit les sexes a été la même, avec si peu de variation, que l'on peut l'envisager, pour me servir d'une expression algébrique, comme une quantité donnée. La grande loi de la nécessité, qui empêche la population de s'accroître au delà du terme oii la terre peut suffire à sa nourriture, est si facile à reconnaître, qu*elle ne peut nous échapper ni être l'objet d'un doute. Les moyens qu'emploie la nature pour maintenir cet équilibre sont, il est vrai, moins évidents et se présentent sous diverses formes, mais le résultat final n*en est pas moins certain. Si, dans un lieu quelconque, le rapport des naissances aux décès indique un accroissement de population qui excède de beaucoup celui des moyens de subsistance, nous pouvons affirmer avec confiance, qu'à moins d'une émigration bientôt les décès excéderont les naissances, et que le rapport précédemment observé n'est point une moyenne constante. Si l'obstacle privatif, qui prévient l'accroissement excessif delà population, venait à cesser ou seulement à ralentir son action et si les autres causes destructives étaient supprimées, nous verrions toutes les contrées de l'univers périodiquement ravagées par des pestes ou par des famines.

Le seul signe certain d'un accroissement réel et permanent de population est donc l'accroissement des moyens de subsistance ; mais ce signe lui-même est sujet à de légères variations, à dire vrai assez manifestes. 11 y a des pays où la population est forcée; le peuple y est accoutumé à se contenter de la moindre quantité d'aliments qu'exige le soutien de la vie. Cette habitude a été contractée peu à peu, et dans des périodes, sans doute^ où la population croissait insensiblement, sans que les subsistances fissent aucun progrès. La Chine, l'Inde, les lieux qu'habitent les Arabes Bédouins, nousofi'rent, comme on Ta vu, un exemple de cet état de population. Le produit moyen de ces contrées paraît suffire exactement à l'entretien de leurs habitants. La moindre diminution, causée par une mauvaise récolte, y a donc les efifets les plus funestes. Ces nations ne peuvent manquer d'éprouver de temps en temps tontes les rigueurs de la famine.

Dans les États-Unis d'Amérique, où le travail est si bien payé, que les classes inférieures même peuvent aisément retrancher quelque chose de leur consommation habituelle dans les années de cherté, une famine

qu'il faut laisser à la Provideace le soin de vider les questions de population. Dieu ne procède sans doale pas au jour te jour : il a établi des lois fixes et immuables. S'il en est ainsi, pourquoi ne pas travailler k la découverte de ces lois? L'homme n'a^'il-il pas de même dans toutes les sciences ? (Jph. G,)

paraît impossible. H viendra un lemps, sans doute» où les ouvriers s'y ressentiront de Paugmentation de la population; ils seront moins libé* ralement payés, parce que les moyens de subsistance ne suivront pas le rapport de la multiplication des habitants.

En Europe, il y a des différences tenant aux diverses habitudes. On observe en Angleterre que les ouvriers, dans la partie méridionale de Fîle, sont accoutumés à manger du beau pain de froment, et qu'ils se laisseraient presque mourir de faim avant de se réduire à la nourriture des paysans écossais.

Peut-être avec le temps apprendront-ils à subsister d*aliments aussi chétifs que les plus pauvres Chinois. Alors, avec la même quantité de subsistances, le pays nourrirait plus d^habitants. Mais l'humanité aurait à gémir; et il faut espérer que jamais un tel accroissement ne pourra se réaliser.

On vient de voir qu'il peut arriver, en certains cas, que la population croisse d'une manière permanente, sans que les subsistances fassent aucun progrès ; mais on voit aussi qu'un tel accroissement, en tout pays, est contenu dans des limites fort étroites. Partout où la population ne décroît pas, il faut qu'il y ait assez de subsistances pour que les hommes qui travaillent puissent être nourris.

Toutes choses égales d'ailleurs, on peut dire que les divers pays sont peuplés en proportion de la quantité d'aliments qu'ils produisent ou que Ton peut s'y procurer ; et que le bonheur y est en raison de la libéralité qui règne dans la répartition de ces aliments, ou, en d'autres termes, en raison de la quantité d'aliments que peut acheter Touvrier par une journée de travail. Les pays à blé sont plus populeux que les pays de pâturages; et les pays à riz, plus populeux que les pays à blé. Mais le bonheur de ces diverses contrées ne dépend point du nombre de leurs habitants, ni de leurs richesses, ni de leur ancienneté : il dépend du rapport de la population à la quantité des aliments. Ce rapport est en général très-favorable dans les colonies nouvelles. Là, les lumières et l'industrie d'un peuple ancien s'appliquent à de vastes terres neuves et vacantes. En d'autres cas, il n'importe guère qu'un peuple soit ancien ou nouveau. Il est probable que dans la Grande-Bretagne la nourriture est aujourd'hui plus libéralement répartie qu'elle ne l'était il y a deux mille ans, ou trois mille ans, ou quatre mille ans. Et quant au nombre des habitants, nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que les cantons presque déserts de la haute Ecosse sont plus surchargés de population que les contrées les plus populeuses de l'Europe.

Supposons un peuple à l'abri des invasions et des conquêtes étran-

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