‹ MalthusChapitre 42 sur 89 · CONSÉQUENCES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES GÉNÉRALES

gères, et abandonné aux progrès naturels de la civilisation. Depuis l'époque où le produit de son sol peut être considéré comme une unité, jusqu'à celle où ce produit devient un million, pendant un laps de plusieurs milliers d'années, on ne trouvera pas une seule période où la masse du peuple puisse être envisagée comme ayant été libre de toute gêne à Tégard de sa nourriture. Dans tous les Etals de l'Europe, aussi loin que nous pouvons remonter dans leur histoire, nous trouvons que cette cause a prévenu la naissance ou causé la mort de plusieurs millions de créatures humaines, quoique peut-être jamais on n'ait éprouvé dans ces Etats une véritable famine.

Ainsi, en examinant attentivement Tbisloire du genre humain, l'observateur s'assure que, dans tous les temps et dans toutes les situations où l'homme a vécu ou vit encore, on peut admettre comme indubitables les propositions suivantes :

L'accroissement de la population est nécessairement limité par les moyens de subsistance.

La population croît avec les moyens de subsistance (1), à moins de quelques obstacles particuliers et faciles à découvrir.

Ces obstacles^ et tous ceux qui contiennent la population au-dessous du niveau des subsistances^ sont la contrainte morale^ le vice et le malA«ir (mîsery).

En comparant l'état de la société qui a fait l'objet de ce second livre, avec celui qui a été pris en considération dans le premier, on voit, à ce qu'il me s^ble, assez clairement que dans TEurope moderne les obstacles destructifs ont moins de force pour arrêter la population, et qu'au contraire les obstacles privatifs ont plus de force qu'ils n'en avaient autrefois dans cette partie du monde, ou qu'ils n'en ont jamais eu chez les peuples qui ont fait moins de progrès dans la civilisation.

La guerre, principale cause de dépopulation chez les peuples sauvages, est aujourd'hui moins destructive, même en y comprenant les malheureuses guerres révolutionnaires. Depuis que la propreté est devenue plus générale, depuis que les villes sont mieux bâties et les rues mieux percées, depuis qu'une économie politique mieux entendue permet une distribution plus équitable des produits de la terre , les

(1) Par un accroissement des moyens de subsislance, il faut toujours entendre un accroissement que la masse de la population est en état de se procurer ; car sans cela il ne pourrait être d'aucun effet pour encourager l'accroissement de la population. [M.)

pelles, les maladies violentes, les famines sont plus rares et moins funestes.

Quant aux obstacles privatifs, ou aux causes qui préviennent Taccroissement de la population» il faut convenir que celle de ces causes que nous avons désignée par le nom de contrainte morale (1) n*a pas, dans Fétat actuel de la société, beaucoup d'influence sur les hommes. Je suis cependant persuadé que, sur les hommes même, cette influence est plus grande dans les Etats civilisés de TEurope que dans ceux qui sont encore à l'état sauvage. Et lout au moins on ne peut douter que le nombre des femmes qui pratiquent celte vertu ne soit bien supérieur de notre temps, dans cette partie du monde, à ce qu1l était autrefois et à ce qu'il est encore chez les peuples moins civilisés. Mais, quoi que l'on puisse en penser, si Ton envisage d'une manière générale, et indépendamment des conséquences morales, la contrainte que Ton s'impose à l'égard du mariage, en y comprenant essentiellement tous les cas où les mariages sont arrêtés par la crainte d'être chargé de famille, on peut dire avec assurance que cet obstacle est celui qui, dans l'Europe moderne, agit avec le plus de force pour contenir la population au niveau des moyens de subsistance (2).

(1) Le lecteur voudra bien se rappeler le sens limité que j'attacheà ce mot. (M.)

(2) Il est bon, en étudiant Malthus, de rapprocher ce chapitre : Conséquences générales^dw premier où l'auteur pose les deux propositions, arithmétique et géométrique. Ce sujet est repris dans V Appendice de l'auteur, liv. V, dans les notes finales des traducteurs, et dans Vlntroduciion de Rossi. (Jph. G,)

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