‹ MalthusChapitre 47 sur 89 · CHAPITRE Yl. ^ DES lois sur les pauvres. (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yl. ^ DES lois sur les pauvres. (Suite

Indépendamment de toute considération relative à la mauvaise récolte d*une année particulière, Faccroissement de la population, sans aucun accroissement correspondant dans les subsistances, diminue nécessairement la valeur du gain de l'ouvrier. Car un tel accroissement force à diviser la nourriture que peut fournir le pays en portions moindres, en sorle que le travail d*nn jour n'en peut plus acheter autant qu'auparavant. Cette circonstance ne peut manquer d'élever le prix des vivres. Mais la hausse dans le prix des vivres ne dépend pas seulement

Digitizêd by VjOOQ IC

de cette cause, elle peut aussi provenir d*uD changement opéré dans la distribution de Targent parmi les membres de la communauté. En effet, dans un pays qui est très-anciennement peuplé, si la quantité des Tivres croit, ce n^est que d'une manière lente, régulière et presque in^ sensible ; ces variations ne peuvent se prêter aux demandes qu'occasionnent des changements subits dans la distribution de l'argent. Il ne but pas douter que cette circonstance ne soit une de celles qui influent sur les variations qu'éprouve sans cesse le prix des subsistances.

L'une et l'autre des causes que je viens de mentionner agissent en Angleterre pour empirer le sort du pauvre. Premièrement, les lois sur les pauvres y tendent manifestement à accroître la population, sans rien ajouter aux moyens de subsistance. Un homme pauvre peut s*y marier avec peu ou point de moyens de soutenir une famille, parce qu*it compte sur les secours de sa paroisse. Ainsi les lois y créent les pauvres qu'elles assistent. Il faut donc, par Teffet de cette institution, que les subsistances se répartissent en portions moindres. D'où il arrive que le travail de ceux qui ne sont point assistés achète une moindre quantité d*alimentsqu*auparavant. Et, par une conséquence inévitable, le nombre de ceux qui ont recours à Tassistance doit augmenter sans cesse.

Secondement, la quantité d'aliments qui se consomme dans les maisons de travail [workhouses)^ et qui s'y distribue à une partie de la société qu'on ne peut envisager comme la plus précieuse, diminue d'autant les portions qui sans cela seraient réparties à des membres de la société plus laborieux et plus dignes de récompense. Ainsi encore cette institution tend à forcer un plus grand nombre d'hommes à retomber à sa charge. Si les pauvres occupés dans les maisons de travail y étaient mieux nourris et entretenus qu ils ne le sont, cette nouvelle distribution d'argent tendrait plus fortement encore à empirer le sort de ceux qui travaillent hors de ces maisons, parce qu'elle contribuerait plus efficacement à hausser le prix des subsistances.

Heureusement il y a encore chez les paysans quelque répugnance à recourir à Tassistance. C'est un sentiment que les lois sur les pauvres tendent à effacer. Elles n'y ont que trop réussi ; et si elles avaient eu à cet égard leur plein et entier effet, on n'aurait point pu se dissimuler, comme on Ta fait, leur pernicieuse influence.

C'est dans les cas particuliers une dure maxime : mais enfin il faut que Tassistance ne soit point exempte de honte. C*est un aiguillon au travail, indispensable pour le bien général de la société. Tout effort qui tend à affaiblir ce sentiment, quelque bienveillant qu'il soit dans le principe, produit un effet directement contraire à celui qu'on en attend.

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Quand on tenle des hommes pauvres de se marier en comptant sur l'assistance de la paroisse, non-seulement on les engage à se mettre euxet leurs enfants dans le malheur et la dépendance, ce qui est envers ces derniers un acte de dureté et d'injustice, mais on les entraîne, sans qu'ils s*en doutent eux-mêmes, à faire un tort réel à tous ceux qui sont dans la même situation qu'eux.

Les lois sur les pauvres, telles qu'elles existent en Angleterre, ont contribuée élever le prix des subsistances, et à abaisser le prix réel du travail. Elles ont donc contribué à appauvrir la classe du peuple qui ne vit que de son travail. 11 est bien probable d'ailleurs qu'elles ont contribué à faire perdre aux pauvres les vertus de l'ordre et delà frugalité, qui se font remarquer d'une manière si honorable dans la classe de ceux qui font quelque petit commerce ou qui dirigent de petites fermes. En ôtant le goût et la faculté de faire quelques épargnes, ces lois enlèvent un des plus puissants motifs au travail et à la sobriété. Par là même, elles nuisent essentiellement au bonheur.

Les maîtres se plaignent généralement, dans les divers ateliers de manufactures, que les gros salaires ruinent leurs ouvriers. 11 est difficile de croire que ces ouvriers ne fussent pas disposés à épargner, pour eux et leurs familles, quelque partie de ces salaires, au lieu de les dissiper follement, s'ils ne comptaient en cas de malheur sur l'assistance de leur paroisse.

Que les pauvres employés dans les manufactures envisagent cette assistance comme une raison de dépenser tout ce qu'ils gagnent et de l'employer à leurs propres jouissances présentes, c'est ce que prouve suffisamment le nombre de familles qui, à l'instant de la chute d'une grande manufacture, tombent à la charge des paroisses , quoique les salaires payés par celte manufacture, à l'époque où elle florissait, surpassassent le prix commun du travail, et pussent permettre une épargne qui aurait pu suffire aux ouvriers pour passer d'un état à un autre.

Tel homme que n'arrête pas la crainte de laisser sa femme et ses enfants à la charge de sa paroisse s'il meurt ou s'il tombe malade, et que cette crainte n'empêche pas d'aller au cabaret, pourrait bien hésiter à dissiper ainsi ses gains s'il était sûr qu'après lui ou pendant sa maladie sa famille mourrait de faim, ou n'aurait d'autre ressource que quelques libéralités accidentelles.

La masse du bonheur, dans le peuple, ne peut manquer d'être diminuée lorsque l'on enlève les plus grands obstacles à la paresse et à la dissipation, et lorsque des institutions positives, dont l'effet est de rendre si générale la pauvreté et la dépendance, afifaiblissent le senti-

LOIS SUK LES PAUVRES. ,i{yl

ment pénible qui, par des raisons d'humanité, devrait y être conslamment attaché.

Les lois sur les pauvres ont été incontestablement établies dans des vues pleines de bienveillance. Mais il est très-évident qu'elles n'ont point atteint leur but. On doit convenir qu'en quelques cas elles diminuent la souffrance. Mais en général le sort des pauvres assistés par les paroisses est fort déplorable. D'ailleurs, pour mettre le pauvre à portée de cette pénible assistance, il a fallu assujettir toute la classe du peuple à un système de règlements vraiment tyranniques. Quelque soin qu'on ait pris de les amender, ils n'en sont pas moins contraires à toutes nos idées de liberté. La persécution que les paroisses font éprouver à ceux qu'elles craignent de voir tomber à leur charge, surtout lorsqu'elles se dirigent contre les femmes près d'accoucher, sont odieuses et révoltantes. La gène que ces lois occasionnent dans l'offre et la demande du travail tend à accroître les embarras contre lesquels ont à lutter ceux qui cherchent à se tirer d'affaire par eux-mêmes et qui veulent éviter l'assistance.

Ces maux-là semblent inséparables de l'institution. Si Ton veut des établissements pour distribuer des secours à une certaine portion du peuple, il faut confier à quelqu'un le pouvoir de choisir ceux qui doivent être secourus et d'administrer les secours. Il est impossible que ces inspecteurs ne se rendent pas incommodes. Et, en effet, les pauvres se plaignent d'eux. Mais c'est moins leur faute que celle de l'institution.

Je suis persuadé que si les lois des pauvres n'avaient jamais existé en Angleterre, bien qu'il y eûteu peut-être un petit nombre de cas ajoutés à ceux où se fait sentir la plus dure détresse, la somme totale du bonheur eût été plus grande chez le peuple qu'elle ne l'est à présent.

Le vice radical de tous les systèmes de cette nature est d'empirer le sort de ceux qui ne sont pas assistés, et de créer un plus grand nombre de pauvres. En effet, si l'on examine quelques-uns des statuts anglais relatifs à cet objet, et qu'on les compare aux conséquences inévitables du principe de population, on verra qu'ils prescrivent ce qu'il est absolument impossible de faire. En sorte qu'il n'y a pas lieu de s'étonner qu'ils manquent constamment leur but.

Le fameux statut de la 43'°® année d'Elisabeth, qu'on a souvent cité avec admiration, est ainsi conçu : « Les inspecteurs des pauvres prendront les mesures nécessaires, de concert avec les juges de paix, pour faire travailler tous les enfants que leurs parents ne seront pas en état d'élever, ainsi que toutes les personnes, mariées ou non, qui n'ont ni fortune ni gagne-pain, ils lèveront, par semaine ou autrement, une

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laxe sur les habilanls el propriélaires de (erres de leur paroisse, suffisante pour se procurer le lin, le chanvre, la laine, le fil, le fer et les antres articles de manufacture, nécessaires pour donner aux pauvres de Touvrage. »

Que signifie une telle injonction, si ce n*est que les fonds destinés au travail peuvent croître à volonté , et qu'il suffit pour cela d'nn ordre du gouvernement, ou d'une taxe mise par inspecteur ? U ne serait pas plus déraisonnable d*ordonner qu'il vienne deux épis de blé partout où jusqu'ici la terre n'en a produit qu'un.

Quand Canut défendait aux vagues de toucher ses pieds royaux, il n*usurpait pas un pouvoir plus grand sur les lois de la nature. Aucune direction n'est donnée aux inspecteurs pour accroître les fonds destinés au maintien du travail. On n'insiste point, à ce sujet, sur la nécessité de l'activité, de l'économie, de Tintelligence, des efforts constants et bien dirigés pour le bon emploi des capitaux agricoles et commerciaux ; mais on paraît s'attendre à voir ces fonds s'accroître immédiatement à la suite d'un édil du gouvernement abandonné pour l'exécution à l'ignorance de quelques officiers de paroisse.

Si cette loi était strictement exécutée, et que la honte de l'assistance fût effacée, un ouvrier, quelque pauvre qu'il fût, pourrait se marier en pleine assurance et aussitôt qu'il lui en prendrait la fantaisie, puisque ses enfants auraient, dans tous les cas, de quoi vivre. Dès lors la population, n'étant point arrêtée par la pauvreté, croîtrait sans mesure. Après tout ce qui a été dit dans la première partie de cet ouvrage, le lecteur peut juger s'il est au pouvoir du gouvernement le plus puissant et le plus éclairé de proportionner les subsistances à un tel accroissement. Et si cela est impossible avec l'administration la plus parfaite, que sera-ce de celle qui tend à diminuer et non à augmenter les fonds destinés à mettre le travail en activité ?

Dans l'état actuel de tous les pays de l'Europe, la puissance de peupler semble toujours prête à se déployer dans toute sa force. Mais rien de plus difficile, rien de moins soumis à la volonté des gouvernements, que l'art de diriger le travail et l'industrie de manière à obtenir la plus grande quantité de subsistances que la terre puisse produire. On ne pourrait y parvenir qu'en portant atteinte à la propriété, qui a été Jusqu'ici le fondement de toutes les institutions utiles. Quant à la puissance de peupler, telle est la disposition générale au mariage, surtout chez les jeunes gens, que, si la difficulté de pourvoir aux besoins d'une famille venait à être enlevée, on verrait fort peu de célibataires à l'âge de vingt-deux ans. Quant aux subsistances, au contraire» où est l'homme

d'Etat, où est ie gouvernement raisonnable, qui osât proposer de prohiber toute nourriture animale; de supprimer l'usage des chevaux, tant pour Vagrément que pour Futilité; de contraindre le peuple entier à vivre de pommes de terre ; de diriger le travail et Tindustrie exclusivement vers la production de cette denrée, à l'exception de ce qui est nécessaire pour se loger et se vélir ? En supposant la possibilité d*une semblable révolution, serait-il convenable deTopérer, surtout si Ton vient à réfléchir que, malgré tous ces règlements forcés, en peu d'années on serait en proie aux besoins auxquels on aurait voulu se soustraire, et avec beaucoup moins de ressources pour y subvenir ?

Dès qu'un pays est sorti de la situation particulière où se trouve une odonie naissante, ni la culture ni le gouvernement ne peuvent y produire assez de subsistances pour opérer dans la population un accroissement illimité. Par cette raison le règlement de la 43^ année d^Elisabeth, envisagé comme une loi permanente, est d'une exécution physiquement impossible.

On dira peut-être q«e cette théorie est contredite par le &it ; que ce r^lement a continué d'être en vigueur, et qu*il a été exécuté pendant deux siècles consécutifs. Je réponds sans hésiter qu'il n*a pas été exécuté, et que c'est parce que l'exécution n*en a pas été complète, qu'il reste encore inscrit dans le recueil des statuts.

Les secours insuffisants que l'on donne aux malheureux, la manière insultante et capricieuse dont ces secours sont distribués, le juste sentiment de fierté qui subsiste encore chez les paysans, ont suffi pour écarter du mariage ceux qui ont le plus de sens et d'élévation, lorsqu'ils ne pouvaient élever une famille qu'aux dépens de la paroisse. Le désir d'améliorer son sort et la crainte de l'empirer sont, pour le corps politique, ce qu'est, pour le corps humain, la force intérieure qui lutte contre les maladies (1). Cette force secrète (2) résiste efficacement aux mauvais effets de quelques institutions humaines. En dépit des préjugés favorables à la population, et de tous les encouragements inconsidérés que l'on donne au mariage, cette force agit comme un obstacle qui prévient Taccroissement de la population. Heureusement pour l'Angle^ terre, elle y exerce son influence. Outre ces motifs de prudence qui diminuent le nombre des mariages, que les lois sur les pauvres favorisent, on peut dire que ces lois se combattent elles-mêmes. Car comme chaque paroisse est obligée d'entretenir ses pauvres, elle craint d'en augmenter le nombre. En conséquence, chaque cultivateur est peu disposé

(1) Vis medicatriœ natura. — (2) Vis medicaêriœ reipublicx. (M.)

2^ ÉDITIOH. U

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à bâtÎT des cottages (i ) d^ouvriers ; et, à moins que ceux-ci ne soient fort demandés, il est plutôt enclin à abattre celles qu'il trouve construites sur son domaine. La rareté de ces petites habitations est un obstacle au mariage des pauvres. II est probable que cet obstacle n'a pas peu contribué à mettre TAngleterre en état de supporter son mauvais système des lois sur cet objet.

Ceux que n'arrêtent point ces motifs, et qui s*engagent témérairement dans les liens du mariage, reçoivent des secours distribués avec une rigoureuse épargne; les uns continuent à vivre chez eux en proie à la misère , les autres entassés dans des ateliers ou maisons de travail étroites et malsaines, où règne, surtout parmi les enfants, une effrayante mortalité. On connaît le compte rendu par Jonas Hanway du traitement qu'éprouvent à Londres les enfants élevés par les paroisses. Il paratt, par ce qu'en disent M. Howlett et d'autres écrivains, que ceux des provinces ne sont pas beaucoup plus heureux. C'est ainsi que les lois, ou du moins les procédés d'exécution, détruisent en grande partie la population que ces mêmes lois ont fait naître. Ce qui échappe à ces causes de destruction nuit à la société de plusieurs manières. Les fonds destinés à mettre le travail en activité se divisent entre un nombre d'hommes plus considérable que celui auquel ils pourraient convenablement suffire. Une partie de ces fonds, qui aurait été confiée à des ouvriers laborieux et rangés, devient la part des négligents et des paresseux, il résulte de là, que le sort de tous les ouvriers étrangers aux maisons de travail devient plus fâcheux ; qu'en conséquence le nombre de ceux qui s'y rendent augmente chaque année, et qu'enfin la masse des assistés s'élève au point où nous la voyons aujourd'hui.

Si j'ai exposé avec vérité les procédés d'exécution et les effets qui en ont été la suite , il faut convenir que les pauvres ont été trompés, et qu'on leur a fait des promesses qu'il était impossible de tenir.

Les tentatives qu'on a faites pour employer les pauvres dans de grands établissements de manufactures ont presque toujours échoué. Les fonds et les matières destinées à la fabrication ont été gaspillés. Si quelques paroisses ont pu, par une meilleure administration, persévérer dans ce système , l'effet qui en a résulté a été infailliblement de jeter dans l'inaction plusieurs ouvriers qui travaillaient dans le même genre sans être à la charge de personne. C'est ce qu'a bien fait sentir Daniel de Foë dans un écrit adressé au parlement, sous ce titre : Les aumônes ne sont pas

(i) Petiles cabanes d'ouvriers doraesliqucs des fermiers ou des propriétaires, appelées cottagers. (G. ri P, P.)

la charité (Giving alm$ no charity). Pour chaque écheveau de laine, dît-il, que filent les pauvres enfants de paroisse, il ne peut manquer d'y avoir un écbeveau de moins de filé par quelque pauvre famille. Pour chaque pièce de flanelle qui se fabrique à Londres dans les maisons de travail, il s*en fabrique une de moins à Colchester ou ailleurs (1). Soit que les brosses et les balais sortent de la fabrique des enfants de paroisse ou de celle de quelques ouvriers indépendants, dit le chevalier F.M.Eden, il nes*en vendra jamais plusque le public n*en demande (2). On dira peut-être que Ton pourrait appliquer le même raisonnement à l'emploi d'un capital quelconque dans toute espèce de commerce ou de fabrique, puisque cet emploi ne manque presque jamais de nuire, par la concurrence, à ceux qui sont en possession de cette branche d'affaires. Mais il y a entre les deux cas que Ton compare une différence essentielle. Dans ce dernier, la concurrence se fait à des termes équitables, parce qu'en entrant dans les affaires tout le monde a pu s'y attendre; et chacun de ceux qui s* en occupent peut se tenir pour assuré qu*il ne sera point supplanté, à moins que son compétiteur ne lui soit supérieur en habileté ou entravait. Dans l'autre cas, au contraire, la concurrence est soutenue par une gratification considérable, au moyen de laquelle ces compétiteurs, fort inférieurs à l'ouvrier indépendant en travail et en habileté, le forcent à baisser son prix et l'excluent injustement du marché. Bien plus, il faut souvent que lui-même contribue, sur le salaire de son travail, à fomenter cette concurrence ; en sorte que les fonds destinés à alimenter le travail sont détournés d'un emploi profitable et versés dans une fabrique qui ne peut se soutenir qu'à l'aide d'une gratification. En général, il est bon de faire observer que, lorsqu'on lève des fonds pour le travail par voie de collecte ou de contribution, la plus grande partie des sommes ainsi obtenues ne sont pas un nouveau capital mis en activité, mais un capital depuis longtemps employé d'une manière profitable qu'on jette dans un emploi différent.

(i) Voy. les exlraiU de Daniel de Foé, dans l'esUmable ouvrage de sir F. M. Eden sur les pauvres, voL I, p. 26i . {M.)

(2) Le chev. F. M. Eden s'exprime ainsi sur le prétendu droit des pauvres d'être occupés tant qu'ils sont valides, et nourris quand ils ne le sont plus : < On peut douter qu'un droit, impossible à faire valoir, puisse jamais exister. > Vol. I,p.447. Personne n'a rassemblé plus de matériaux que M. Eden sur les lois relatives aux pauvres. Il exprime ainsi le fésultatde ses recherches à ce sujet: « En tout, le bien que peut produire une taxe forcée, destinée k l'entretien des pauvres, est bien surpassé par les maux qui en sont la suite inévitable. > Vol. I, p. 467. Je me félicite de Toir mon opinion sur les lois relatives aux pauvres appuyée par le suffrage d'un aussi bon observateur. {M.)

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OÙ il doit donner moins de proBt. Le fermier paye à h (axe des pauvres, pour encourager une mauvaise manufacture qui ne donne aucun profit» des fonds qui, versés sur la terre, auraient été employés d*une manière infiniment plus avantageuse pour le pays. Dans Tun de ces emplois» les fonds destinés au travail décroissent ; dans Tautre, ils croissent journellement. La tendance manifeste qu'ont les contributions pour les pauvres à diminuer les fonds réels destinés au travail présente sous un aspect encore plus absurde Topinion que le gouvernement peut à son gré trouver de Toccupation pour tous ces malheureux, quelque rapide qu en soit Taccroissement.

En présentant ces réflexions» mon dessein n*est pas de les opposer à toute espèce d'emploi du travail des pauvres» et de condamner ce qu on peut faire en petit» pour exciter leur activité, sans favoriser leur accroissement. Quoique les principes généraux ne doivent jamais être perdus de vue, je ne voudrais point non plus en repousser Tapplication au delà des justes bornes. Il y a des cas où le bien particulier que l'on procure est si grand et le mal général si petit» que le premier doit remporter dans notre esprit.

Mon intention est uniquement de faire voir que le système général des lois sur les pauvres repose sur une erreur» et que rien n^est plus vain que certaines déclamations sur ce sujet» qui se répètent dans les conversations et dans les livres. Dire que le prix du travail devrait suffire à Ventretien d'une famille^ quil faudrait fournir de Vouvrage à tous ceux qui ne demandent quà travailler : cest vraiment dire^ en d'autres termes, que les fonds destinés au travail^ dans le pays dont il l'o^tf» sont infinis ; qu'ils ne sont sujets à aucune variation ; que^ sans égard aux ressources du pays rapidement ou lentement progressives, stationnaires ou rétrogrades^ le pouvoir de donner de Vouvrage et de bons salaires aux classes ouvrières doit toujours rester exactement le même. Cette assertion contredit les principes les plus simples et les plus évidents de Toffre et de la demande» et renferme implicitement cette proposition absurde» qu'ifti territoire limité peut nourrir une population illimitée (1).

(i) AiDsi se trouve réfutée la doctrine généreuse en apparence, mais fort trompeuse au fond, qu'on a rajeunie dans ces derniers temps sous les noms dedroU au travail, droit à un minimum de salaire. Le travail a été délivré des entraves des corporations par Turgol ; il est honoré depuis la révolution de 89 ; tous les jours réconoroie politique en reciiercbe les lois et la constitution naturelles. Hais rien au monde ne peut faire que là où il n'y a du travail que pour deux, il y ail droit au travail pour un troisième, sans que tous ne soient lésés» et de façon que cba-

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