‹ MalthusChapitre 59 sur 89 · EST IMPOSÉE DE PRATIQUER CETTE VERTU · texte numérisé non relu

EST IMPOSÉE DE PRATIQUER CETTE VERTU

Puisqu'il parait que, dans l'état actuel de toutes les sociétés que nous venons d'examiner, Taccroissement naturel de la société a été constamment et efficacement contenu par quelques obstacles répressifs; puisque ni la meilleure forme de gouvernement, ni aucun plan d'émigration, ni aucune institution de bienfaisance, ni le plus haut degré d'activité, ni la direction la plus parfaite de Tindustrie, ne peuvent prévenir l'action permanente de ces obstacles, qui, sous une forme ou sous une autre, contiennent la population dans certaines bornes, il s'ensuit que cet ordre est une loi de la nature, et quil faut s'y soumettre ; et la seule circonstance qui est ici laissée à notre choix est la détermination de l'obstacle le moins préjudiciable à la vertu et au bonheur.

Tous les obstacles que nous avons reconnus nous ont paru se réduire à ces trois classes : la contrainte morale y le vice et le malheur (1). Si ce point de vue est juste, notre choix ne peut être douteux.

Puisqu'il faut que la population soit contenue par quelque obstacle, il vaut mieux que ce soit par la prudente prévoyance des difficultés qu'entraîne la charge d'une famille, que par le sentiment actuel du besoin et de la souffrance. Cette idée, qui va être développée, paraîtra sans doute conforme à la raison et à la nature. Et si quelques opinions contraires ont été accueillies, c'est dans des siècles de barbarie qu'elles ont pris naissance; et elles ne se sont soutenues et propagées au delà de cette époque que parce qu'il s'est trouvé quelques hommes intéressés à les défendre.

Les maux physiques et moraux semblent être les instruments employés par la Divinité pour nous avertir d'éviter, dans notre conduite,

(1) Ou le Fice et la Misère {mis€ry)»\oyei ce qu'ont dit, en coiiimeuçaot,rauleur et les traducteurs, p. 12 et suivantes. (Jph. G.)

ce qui n'est pas assorti à notre nature et ce qui pourrait nuire à notre bonheur. L'intempérance dans la nourriture cause des maladies; si nous nous livrons à la colère, il est rare qu elle ne nous ent raine dans quelques actions dont nous avons lieu de nous repentir; et si nous laissons la population s'accroître trop rapidement, nous mourons misérablement, en proie à la pauvreté et aux maladies contagieuses. Dans tous ces cas, les lois de la nature sont semblables et uniformes. Chacune d'elles nous indique le point où, en cédant à ses impulsions, nous passons la limite prescrite par quelque autre loi collatérale et non moins importante. Le malaise où nous jette un excès de table, le tort que nous nous faisons dans un excès de colère, les maux que nous cause rapproche seule de la pauvreté, sont pour nous d'utiles avertissements, et doivent nous engager à mieux régler nos penchants naturels. Si nous sommes sourds à cette voix, nous encourons la peine attachée au délit, et nos maux servent encore de leçon à d'autres.

Le peu d'attention qu'on a donné aux suites funestes d'un trop rapide accroissement de Fespèce humaine semble indiquer, entre ces suites et cet accroissement, une liaison moins intime et moins évidente que celle qui a lieu dans des fautes d'un autre genre. Toutefois, la nature de' nos actions ne dépend pas de Tépoque à laquelle on les étudie; et quel que soit le moment auquel nous venons à connaître la conduite que nous prescrit le devoir, l'obligation à le remplir est la même. En corn bien d'autres occasions n'a-t-il pas fallu qu'une expérience longue et pénible vînt nous apprendre à suivre la route la plus sûre et la plus favorable à notre bonheur ! Le choix des aliments , la manière de les préparer, les remèdes et les traitements, l'influence qu'ont sur la santé les lieux bas et marécageux, l'invention des vêtements les plus utiles et les plus commodes, la meilleure construction des habitations, tous les arts en un mot qui, dans l'état de civilisation, répandent sur la vie du charme et des jouissances, tout cela n'est pas l'ouvrage d'un seul homme ni d'un siècle : c'est le fruit d'une lente expérience et des réflexions qu'ont fait naître les suites de beaucoup d'erreurs.

On a généralement considéré les maladies comme des châtiments inévitables infligés par la Providence ; mais il y aurait peut-être de bonnes raisons d'envisager une grande partie de ces maux comme une indication de la violation de quelque loi de la nature. La peste, qui règne à Constantinople et dans d'antres villes de l'Orient, est un avertissement permanent de ce genre. La constitution du corps humain ne peut pas supporter un certain degré de malpropreté et de paresse. Or, comme

la pauvreté sale et sordide , ainsi que Tindolence et Tinaclivité, sont extrémemeut défavorables au bonheur et à la vertu, il parait que c'est une dispensation sage et bienveillante , que celle par suite de laquelle une loi de la nature attache à cet état la maladie et la mort. C'est une balise au-devant d'un écueil.

C'est ainsi qu'opéra sur les Anglais la peste, qui jusqu'en 1666 fit chez eux des ravages. Quelques soins de police et des saignées faites dans les terrains inondés ; le percement et Félargissement des rues ; des maisons plus grandes et mieux aérées , ont suffi pour écarter ce fléau, et pour ajouter beaucoup au bonheur de la nation.

Dans rhisloire des épidémies, on observe, presque sans aucune exception, que le plus grand nombre des victimes se trouve dans les classes inférieures du peuple, qui se nourrissent mal et vivent entassées dans des logements sales et étroits. Comment la nature pourrait-elle parler plus clairement, pour nous apprendre que nous violons une de ses lois, lorsque nous peuplons au-delà des bornes que nous assignent nos moyens de subsistance? Elle a proclamé cette loi précisément comme celle qui interdit Timtempérance, en nous montrant les malheurs auxquels nous nous exposons lorsque nous nous livrons à nos penchants sans réserve. Si manger et boire sont une loi de la nature, c'en est une aussi que l'excès en ce genre nous devient nuisible; et il en est de même à Tégardde la population.

Si nous nous abandonnions à toutes les impulsions des passions naturelles , nous tomberions dans les plus étranges et les plus funestes écarts. Cependant , nous avons les plus fortes raisons de croire que toutes ces passions nous sont nécessaires ; qu'elles ne pourraient être supprimées ou même affaiblies sans nuire essentiellement à notre bonheur. Le plus irrésistible et le plus universel de nos besoins est celui d'être nourris et d'avoir des vêtements, un domicile , en général tout ce qui peut nous préserver des souffrances que causent la faim et le froid. On convient généralement que le désir de nous procurer ces moyens d'existence est la principale cause qui met en jeu l'activité humaine, cette activité à laquelle il faut rapporter les progrès et les avantages sans nombre de la civilisation. La recherche de ces biens, la faculté de les atteindre et de pourvoir ainsi à nos premiers besoins , forment la principale partie du bonheur de la moitié du genre humain, avant et après la civilisation ; et quant à l'autre moitié, ce sont tout au moins des conditions nécessaires pour qu'elle puisse jouir des plaisirs moins grossiers auxquels elle aspire, il n'est personne qui ne sente combien le désir de satisfaire de tels besoins a d'avantages, lorsqu'il est

bien dirigé. Mais dans le cas contraire, on sait assez qu'il devient une source de maux ; et la société s'est vue contrainte de punir elle-même^ directement et avec sévérité, ceux qui. pour contenter ce désir pressant, emploient des moyens illégitimes. Toutefois, dans Tun et l'autre cas, le désir est en lui-même également naturel, également vertueux. L'action d'un homme pressé par la faim, qui satisfait son appétit en mangeant un pain qu'il a dérobé sur la montre d'un boulanger, et celle d'un homme qui mange le pain qui lui appartient, ne difierent l'une de l'autre que par les conséquences qu'elles entraînent. Ces conséquences sont telles que, si l'on n'empêchait pas les hommes d'apaiser leur faim avec le pain d'autrui , le nombre des pains diminuerait partout. Ce que l'épreuve faite à cet égard a pu de bonne heure enseigner aux hommes est le fondement des lois de la propriété, de la distinction entre le vice et la vertu, dans la manière de contenter des désirs qui à d'autres égards ne difiTèrent point.

Si le plaisir qu'on trouve à satisfaire ces appétits, ou ces penchants naturels, venait à diminuer en proportion le nombre des actions, sans doute on verrait diminuer en proportion le nombre des actions commises en violation de la propriété ; mais cet avantage serait plus que compensé par la diminution de nos moyens de jouissances. On verrait les productions destinées à satisfaire nos désirs diminuer beaucoup plus rapidement que le nombre des larcins ; en sorte que la perte de bonheur qui en résulterait pour la généralité des hommes serait beaucoup plus grande que le gain de bonheur qui aurait lieu à un autre égard. Lorsqu'on contemple les travaux pénibles et assidus de la plupart des hommes, on est forcément conduit à cette pensée , que le bonheur des hommes serait altéré dans sa source, si l'espérance d'un bon repas, d'une bonne habitation, d'un bon feu, ne suffisait plus pour répandre, sur les travaux et sur les privations, le contentement et la gaieté.

Après le désir de la nourriture, la passion la plus générale et la plus impérieuse est celle de l'amour, en donnant à ce mot le sens le plus étendu. L'amour vertueux et ennobli par l'amitié semble offrir ce juste mélange de plaisirs purs et sensibles qui convient à tous les besoins du cœur. Il tend à éveiller toutes les passions sympathiques, et donne par là même à toute la vie plus d'intérêt et plus de charme.

c( Otez du commerce des sexes, dit M. Godwin, les circonstances qui l'accompagnent, il sera généralement dédaigné. » On pourrait dire de même : Otez d'un arbre ses branches et son feuillage, il n'aura plus de beauté.

« La régularité des traits, la douceur, la vivacité, l'affection, la sen-

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sibilité, Tesprit, rimagination (1) >> servent à nous captiver; ce sont des qualités de cette nature qui font nattre et fomentent la passion de Tamour.

Ce serait s'en faire une bien fausse idée que de borner cette passioa aux plaisirs des sens. Un plan de vie que l'on se trace et auquel on s'attache avec constance a toujours été envisagé avec raison comme un grand moyen de bonheur ; mais je ne crois pas qu'on forme souvent un tel plan sans que l'amour y entre pour quelque chose, sans qu'on y mêle les plaisirs de famille et ceux que les enfants nous procurent. Le repas du soir, un bon feu» une agréable habitation, sont des biens dont on ne jouit qu'à moitié si on en sépare l'idée des personnes chéries avec qui on se plaît à les partager.

Il y a d'ailleurs de bonnes raisons de croire que la passion dont je parle a la plus forte tendance à adoucir et améliorer le cœur humain, à le disposer aux émotions tendres de la bienveillance et de la pitié. Tout ce qu'on connaît de la vie sauvage prouve que les nations chez lesquelles cette passion est moins vive sont plus féroces et plus méchantes ; qu'elles sont surtout disposées à la tyrannie et à la cruauté envers les femmes. El en effet, si l'amour conjugal venait à s'altérer, il semble probable que les hommes, abusant de leur force, réduiraient les femmes en servitude, comme font les sauvages; ou du moins, que le plus léger mouvement d'impatience, le plus léger choc d'opinion, sufliraient pour causer une rupture. La suite presque inévitable d'un tel ordre de choses serait de diminuer la tendresse paternelle et par là même les soins d'éducation ; ce qui ne pourrait avoir lieu sans porter atteinte au bonheur général de la société.

Il faut observer encore que la passion croît par les obstacles, et que son effet sur le cœur est d'autant plus sûr qu'elle est moins aisément satisfaite. Cette douceur, cette sensibilité, cette grâce dans le caractère et dans les mœurs, que l'amour seul peut inspirer, résultent en grande partie' des retards et des difficultés qu'il éprouve. Dans les pays où les mœurs sont à cet égard trop faciles, la passion, changée en un grossier appétit, est bientôt éteinte et n'agit point sur le caractère. Mais dans tous les pays de l'Europe oii les femmes, sans être enfermées, sont mises sous la sauvegarde de la pudeur, la passion se déploie avec plus de force et a presque partout une heureuse influence. On peut même aisément remarquer que c'est précisément là où elle est le plus contenue, qu'elle modifie les mœurs de la manière la plus avantageuse.

(1) PoUtical Justice, yoI. I, p. 72.

Cette passion, considérée sous tous ses rapports, en y comprenant la tendresse paternelle et filiale, est sans contredit un des principaux éléments du bonheur. L'expérience nous apprend assez, néanmoins, que cette même passion devient une source de maux, si elle n'est pas bien réglée. 11 est vrai qu'en dernier résultat ces maux sont petits, comparés aux bons effets que produit Tamour vertueux; mais envisagés d'une manière absolue, ils sont sans doute considérables. La conduite générale des gouvernements, et les peines mêmes qu'ils infligent, semblent indiquer que la cause dont nous nous occupons ne produit pas d'aussi grands maux, ou du moins ne nuit pas à la société d'une manière aussi immédiate, que l'infraction des lois de la propriété, qu'une manière irrégulière de satisfaire le désir de posséder ce qu'on n'a pas. Toutefois, lorsqu'en revenant sur cette cause on se peint les suites graves d'une passion sans frein , on se sent disposé à de grands sacrifices pour en diminuer l'énergie, ou même pour l'étouffer. Un tel vœu tiendrait à rendre la vie humaine froide et insipide, ou à la livrer à tous les excès d'une férocité sauvage et inexorable.

Un examen attentif des effets immédiats et éloignés de toutes les passions humaines, et de toutes les lois de la nature, nous conduit à croire que, dans l'état actuel des choses, il y a bien peu de ces passions, peutêtre il n'en est aucune dont l'action pût être affaiblie, sans qu'il en résultât une privation de biens, plus fâcheuse que la diminution de maux occasionnée par cet affaiblissement. Et la raison en est assez évidente. Les passions sont les matériaux de nos plaisirs, aussi bien que de nos peines; les éléments dont se compose notre bonheur, aussi bien que notre misère; nos vertus, comme nos vices. Il faut donc les régler, et non les détruire ou les affaiblir.

Le docteur Paley observe avec raison que « les passions sont nécessaires au bonheur, et le plus souvent de nature à nous y conduire. Les passions sont fortes et générales. Si elles n'étaient pas telles, peut-être ne rempliraient-elles pas le but auquel elles ont été destinées. Mais cette force et cette généralité, dans le cas où il faudrait avoir égard à quelques circonstances particulières, produisent des excès et des écarts qui à leur tour sont la cause de plusieurs vices, et par conséquent une source intarissable de maux. Ici se découvrent à la fois, d'un côté le principe du vice, de l'autre l'empire de la raison et de la vertu (1). »

La vertu consiste donc à tirer des matériaux dont Dieu nous a confié l'emploi la plus grande somme de bonheur. Or, les penchants qu'il a

(1) Natural Theology, p. 547.

mis en dods sont bons par eux-mêmes; et ce n'est que par les suites qu'on peut ici distinguer Tusage de Tabus. Il importe donc de donner à ces suites Tattention la plus sévère, car notre premier devoir est de régler notre conduite sur le résultat de cette recherche.

La fécondité de Fespèce humaine est, à quelques égards, indépendante de la passion, et offre quelques considérations d*une autre nature. Elle dépend plutôt de la constitution naturelle des femmes, qui les rend propres à avoir un plus ou moins grand nombre d'enfants. Mais la loi à laquelle rhomme est soumis à cet égard n'en est pas moins semblable à toutes celles qui le gouvernent. La passion est forte et générale, et il est probable qu'elle serait insuffisante si elle venait à s'afiaiblir. Les maux qu'elle entraine sont l'effet nécessaire de cette généralité et de cette énergie. Enfin ces maux sont susceptibles d'être fort adoucis, de paraître même légers, par la force et la vertu qu'on leur oppose. Tout nous porte à croire que l'intention du Créateur a été de peupler la terre ; mais il parait que ce but ne pouvait être atteint qu'en donnant à la population un accroissement plus rapide qu'aux subsistances. Et puisque la loi d'accroissement que nous avons reconnue n'a pas répandu les hommes trop rapidement sur la face du globe, il est assez évident qu'elle n'est pas disproportionnée à son objet. Le besoin de subsistances ne serait point assez pressant et ne donnerait pas assez de développement aux facultés humaines, si la tendance qu'a la population à croître rapidement sans mesure n'en augmentait l'intensité. Si ces deux quantités, la population et les subsistances, croissaient dans le même rapport, je ne vois pas quel motif aurait pu vaincre la paresse naturelle de l'homme et l'engager à étendre la culture. La population du territoire le plus vaste et le plus fertile se serait arrêtée tout aussi bien à cinq cents hommes qu'à cinq mille, ou à cinq millions, ou à cinquante millions. Ce rapport ne pouvait donc répondre au but du Créateur. Et dès qu'il s'agira de fixer le degré précis auquel il a dû s'élever pour que l'objet soit rempli avec le moins de mal qu'il est possible, nous reconnaîtrons notre incompétence pour former un tel jugement. Dans l'état actuel des choses, nous avons à diriger une force immense, capable de peupler en peu d'années une région déserte, mais susceptible en même temps d'être contenue, par la force supérieure de la vertu, dans des limites aussi étroites que nous le voudrons, au prix d'un mal léger en comparaison des avantages qui doivent résulter de cette sage économie. L'analogie entre cette loi et les autres lois de la nature serait manifestement violée si, dans ce seul cas, il n'avait point été pourvu aux accidents, aux vices et aux maux partiels qui peuvent résulter ici de quelque autre loi gêné-

raie. Pour que l'objet de la loi pût être rempli sans qu'aucun mal pût en résulter, il faudrait que la loi d'accroissement fût sujette à de perpétuels changements, et qu'elle se prêtât à toutes les variations des circonstances qui ont lieu en différents pays. Il est bien plus coqforme à Tanalogie fondée sur les autres parties de la' nature, il paraît aussi plus utile pour nous et plus convenable pour notre perfectionnement» que la loi soit uniforme, et que les maux qu'elle entraîne, par l'effet de quelques circonstances, soient abandonnés à la prudence humaine, afin qu'elle travaille à les écarter ou à les adoucir. Le devoir à cet égard dépend de la situation. Ainsi l'homme apprend à être vigilant sur lui-même et à prévoir les suites de ses actions. Ses facultés se déploient et se perfectionnent par l'exercice, bien plus sans doute que si la loi, se pliant à toutes les circonstances, l'exemptait des maux et de l'attention nécessaire pour les éviter.

Si les passions étaient trop aisément subjuguées, ou si, par la facilité de les satisfaire d'une manière illicite, il devenait indifférent aux hommes de vivre dans le céhbat, les fins de la nature, qui tendent à peupler la terre, seraient probablement frustrées. Il est de la plus haute importance sans doute pour le bonheur du genre humain de ne pas croître d'une manière trop rapide ; mais d'un autre côté, pour que le but soit atteint, il paraît que le désir du mariage doit subsister au point où il est. C'est le devoir de tout individu de l'espèce humaine, de ne songer au mariage que lorsqu'il a de quoi suffire aux besoins de sa progéniture ; et cependant, il faut que le désir du mariage conserve toute sa force, qu'il entretienne l'activité et qu'il engage le célibataire à acquérir par son travail le degré d'aisance qui lui manque.

Ainsi, c*est à diriger et à régler le principe de population que v^àus devons nous appliquer y et non à l'affaiblir ou à Valtérer. Et si la contrainte morale est le seul moyen légitime d'éviter les maux qu'il entraîne, nous ne serons pas moins tenus à la pratique de cette vertu que nous ne le sommes à celle de toutes les autres, dont l'utiUté générale nous prescrit l'observation.

Quoiqu'on doive sans doute de l'indulgence aux fautes, lorsque le devoir est d'une observation difficile, le devoir n'en doit pas moins être exactement reconnu. L'obHgation de s'abstenir du mariage, tant que l'on n'a pas la perspective de pouvoir suffire à l'entretien d'une famille, est un objet digne de toute l'attention du moraliste. C'est ce qui paraîtra sans doute indubitable, s'il est une fois prouvé que la pratique de cette vertu est un des moyens les plus efficaces de prévenir le malheur, et que la violation de ce devoir, ou la permission de suivre sans ré*

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