C0NT4\AIOTE MORALE. INFLUENCE DE CETTE VERTU
serve Timpulsion de la nature, en se mariant dès l'âge de la puberté,
suggestions d'une passion aveugle. Cette prudente retenue, si elle était généralement adoptée, en diminuant Toffre des bras ou du travail, ne manquerait pas d'en élever le prix. Le temps passé en privations serait employé à des épargnes ; oïi contracterait des habitudes de sobriété, de travail et d'économie; et en peu d'années, l'homme industrieux se trouverait en état d'embrasser l'état du mariage, sans en redouter les suites. Cette action constante de l'obstacle privatif, prévenant la population, la contenant dans les bornes de la nourriture, et lui permettant de croître lorsque la subsistance croît, donnerait une valeur réelle à Taugmentalion des salaires et aux sommes épargnées par l'ouvrier avant l'époque du mariage. Une telle valeur est bien différente de celle qui est l'effet des avances forcées ou des dons arbitraires d'une paroisse, dons et avances qui ne manquent jamais de hausser proportionnellement le prix des vivres. Les salaires suffisant pour l'entretien d'une famille, et chaque ménage ayant en réserve une petite somme d'avance, l'extrême misère serait bannie, ou n'atteindrait qu'un bien petit nombre d'indi* vidus, en proie à des revers qu'aucune prudence humaine ne peut prévoir ni prévenir.
L'intervalle entre l'âge de puberté et l'époque du mariage serait passé dans l'observation exacte des lois de la chasteté, car ces lois ne peuvent être violées sans que la société en éprouve de fâcheuses conséquences. La prostitution, qui nuit à la population, tend évidemment à affaiblir les plus nobles affections du cœur et à dégrader le caractère. Tout autre commerce illicite ne tend pas moins que le mariage à accroître la population (1) (si l'on n'a recours à des moyens que la morale réprouve) et offre une beaucoup plus grande probabilité de voir les enfants naissants tomber à la charge de la société dont ils doivent être membres.
Ces considérations prouvent que la chasteté n'est pas, comme qudques personnes le supposent, une vertu forcée, produite par un établis* sèment de société purement artificiel, mais qu'elle a son fondement réel et solide dans la nature et dans la raison ; en effet, cette vertu est le seul moyen légitime d'éviter les vices et le malheur que le principe de population traîne à sa suite.
Dans la société que nous peignons ici , il serait peut-être nécessaire
(i) n est inutile d'user ici d'aucune restriction ; car les moyens coupables, tels que l'infanticide, par lesquels on pourrait concevoir que la population fût arrêtée dans un cas, pourraient également être conçus et employés dans Tautre. Mais il vaut mieux écarter de telles pensées, puisque tout ce qui est criminel est nuisible, et serait par conséquent évité dans ThypoUièse actuelle. (G. et P. P.)