‹ MalthusChapitre 68 sur 89 · PLAN POUR A60LIR LES LOIS SUR LES PAUVRES · texte numérisé non relu

PLAN POUR A60LIR LES LOIS SUR LES PAUVRES

ses pauvres, et le ferait néanmoiiis d'une manière si pardmonieuse, qu^elle les laisserait finalement périr de faim et de misère.

J*ai beaucoup réfléchi sur les lois anglaises relatives aux pauvres. J^espère en conséquence qu'on m'excusera d'oser proposer un plan pour les abolir graduellement, auquel je n'aperçois aucune objection essentielle. ,ie suis même presque assuré que, si jamais on vient à comprendre que les lois dont je parle sont à la fois une source de vexations et une cause permanente de dégradation, de paresse et de malheur; que si, en conséquence, on veut travailler sérieusement à tarir cette source empoisonnée, à détruire cette cause permanente de misère^ un sentiment de justice fera adopter, sinon lô plan que je propose, du moins le principe qui lui sert de fondement. On ne peut se débarrasser d'un système d'assistance aussi vaste, en évitant toutefois de blesser Thumanité, que par une attaque dirigée contre la cause qui Taltmente ; cette cause, qui a de profondes racines* donne aux établissements de ce genre un accroissement rapide , et les rend toujours insuffisants pour Tobj^ qui les a fait instituer. 11 y a d'abord un premier pas à faire, qui me parait indispensable avant d'entreprendre aucun changement important dans le système actuel, soit qu'il s'agisse de diminuer l'accroissement des secours ou de le faire entièrement cesser. L'honneur et la justice me semblent y être également intéressés. Il faut désavouer publique^ment le prétendu mioit des pauvres à être erUretetius aux frais de la soeUté.

A cet effet, je proposerais qu'il fût publié une loi portant que Passistance des paroisses serait refusée aux enfants nés d'un mariage contracté plus d'un an après que cette loi aurait été promulguée, et a tous les enfants illégitimes nés deux ans après la même époque. Pour que cette loi fût universellement connue et pour la graver plus profondément dans l'esprit du peuple, les ministres de la religion seraient invités à lire,immédiatemCTt après la publication des bans, une courte instruction, où l'on établirait d'une manière précise l'étroite obligation imposée à tout homme de nourrir ses^nfants; la témérité et l'immoralité de ceux qui se marient sans avoir Tespérance de pouvoir remplir un si saint devoir ; les maux qui ont accablé les pauvres eux-mêmes, pair suite de la vaine tentative de suppléer, à l'aide d'établissements publics, aux fonctions que la nature a confiées aux pères et aux mères à cet égard; enfin la nécessité où l'on s'est vu^ d'abandonner cette entreprise, qui avait produit des effets directement opposés au but de ceux qui l'avaient formée.

Cette opération, ainsi présentée, serait pour tous les hommes un

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moyen de lumières» et ferait connaître à chacun, d'une manière franche et distinctCt ce que lui prescrit la nature. Sans blesser personne, elle rendrait la génération naissante moins dépendante du gouvernement et des riches. Les suites physiques et morales de cet affranchissement seraient sans doute très-importantes.

Lorsque la loi aurait été publiée et que le public en aurait acquis une pleine connaissance, lorsqu^en conséquence le systèuie des lois sur les pauvres aurait été aboli pour la génération naissante, si quelque homme jugeait à propos de se marier, sans avoir Tespéranoe de pouvoir nourrir sa femille, je pense quMl devrait être laissé à lui-même et jouir à cet égard de la plus entière liberté Bien qu'à mon avis un tel mariage soit une action manifestement immorale, elle n^est pas du nombre de celles que la société doit se charger de punir ou de prévenir d^une manière directe. La raison en est que la peine qui y est attachée par les lois de la nature retombe immédiatement sur le coupable, et que cette peine est d'elle-même sévère. Ce n'est quMndirectement que la société souffre, elle n'en est même affectée que d'une manière légère et éloignée. Lorsque la nature se charge de gouverner et de punir, ce serait une ambition bien folle et bien déplacée de prétendre nous mettre à sa place et prendre sur nous tout Todieuxde lexécution. Livrons donc cet homme coupable à la peine prononcée par la nature. Il a agi contre la voix de la raison, qui lui a été clairement manifestée ; il ne peut accuser personne et doit s'en prendre à lui-même, si Taction qu'il a commise a pour lui de fâcheuses suites. L'accès à l'assistance des paroisses doit lui être fermé; et si la bienfaisance privée lui tend quelques secours, l'intérêt de rhumanité requiert impérieusement que ces secours ne soient point trop abondants. Il faut qu'il sache que les lois de la nature, c'està-dire les lois de Dieu, l'ont condamné à vivre péniblement, pour le punir de les avoir violées; qu il ne peut exercer contre la société aucune espèce de droit pour obtenir d'elle la moindre portion de nourriture au delà de ce qu'en peut acheter son travail; que si lui-même et sa famille sont mis à l'abri des tourments de la faim, ils en sont redevables à la pitié de quelques âmes bienfaisantes, qui ont droit par là même à toute sa reconnaissance.

Si ce nouveau système était suivi avec constance, il ne serait point à craindre que le nombre des personnes dans le besoin s accrût jamais au d?là du terme auquel peuvent atteindre les secoure de la bienfait sauce. Je suis au contraire persuadé que le chan>p offert à la charité des particuliers serait moins étendu qu'il ne Test aujourd'hui. La seule difficulté qu'où aurait à vamcre naîtrait de la facilité avec laquelle ou

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