PLAN POUR ABOLIR LES LOIS SUR LES PAUVRES
est disposé à exercer la bienfaisance ; car, en répandant sans choix des assistances* on encourage l'imprévoyance et la paresse.
Quant aux enfants nés d'un commerce illégitime, après avoir donné tous les averlissements convenables, on ne les recevrait point à l'assistance dans les paroisses, ils resteraient entièrement confiés à la charité des particuliers. Lorsque des parents abandonnent leurs enfants, ils commettent un crime dont il faut les rendre responsables. Par rapport a la société, un enfant peut être aisément remplacé. S*il a une grande valeur, c'est parce qu'il est l'objet de Tune des passions les plus délicieuses dont le cœur humain soit susceptible, passion bien connue sous le nom de tendrose paternelle et maternelle. Si ceux qui doivent la ressentir méconnaissent la valeur du don qu'ils tiennent de la nature, la société ne doit point être appelée à prendre leur place. Son office en cette occasion est de punir le crime des parents qui, foulant aux pieds leurs plus saints devoirs, abandonnent des enfants con6és à leur garde, ou qui, avec dessein et préméditation, leur font éprouver un traitement cruel.
Dans l'état actuel des choses, Tenfant illégitime est mis sous la protection de la paroisse (i), et meurt généralement dans l'année, du moins à Londres. La société fait la môme perte; mais l'horreur du crime est affaiblie, à cause du nombre de ceux qui le commettent. La mort de ces infortunées créatures passe pour une simple dispensation de la Providence, et on oublie qu'il faut l'envisager comme la suite nécessaire de la conduite de parents dénaturés, qui doivent en être rendus responsables devant Dieu et devant les hommes.
Il est rare toutefois qu'un enfant soit abandonné à la fois par sou père et par sa mère. Quand un homme, qui est ouvrier ou domestique, a un enfant né d'un commerce illégitime, il arrive presque toujours quMl se cache et prend la fuite. 11 n'est pas rare même de voir un homme qui a femme et enfants se retirer dans quelque endroit éloigné et laisser sa famille à la charge de sa paroisse. J'ai ouï parler d*un ouvrier honnête et laborieux qui se proposait de prendre le même parti, parce que, tout considéré, il lui semblait que c'était le meilleur moyen de pourvoir à l'entretien d'une femme et de six enfants (2;. Le simple récit de ces
(i) Je crois, comme 8irF. M. Edeo» que Fusage constant d*enlretenir aux frais du piil>lic l«s enfants abandonnés est la cause qui fait qu^on en abandonne un grand nombre dans les denx pays les plus opulents de l'Europe, la France et TAnglelerre. State of the poor, vol. I, p. 539.
(2) < Plusieurs pauvres protitenl de la libéralité de la loi et abandonnent leurs femmes et leurs enfants à la cliarpe de leurs paroisses. CeM ce que f aurai occasion
désertions pourrait donner aux étrangers une idée défavorable du canictère anglais; mais en examinant la chose de plus près, un juge équitable rejettera le crime sur les institutions qui Font provoqué.
Par les lois de la nature, un enfant est con6é directement et exclusivement à la garde de ses parents. Par les lois de la nature, la mère d'un enfant est confiée, d'une manière presque aussi positive, à l'homme qui en est le père. Si ces liens n'étaient point altérés, si la nature était laissée à elle-même, et si tout homme en même temps était bien convaincu que c*est de lui seul que dépend l'existence de sa' femme et de Feufant dont elle Ta rendu père, je ne sais s*il s*en trouverait d'assez dénaturés pour abandonner l'une et Tautre, ou si dans toute l'espèce humaine il y aurait dix pères capables d'un crime aussi atroce. Mais les lois anglaises, contredisant formellement les lois de la nature, annoncent que si les parents abandonnent un enfant qui leur appartient, d'autres personnes sont chargées d'en prendre soin à leur place; que si une femme est délaissée par son mari, elle trouvera de la protection ailleurs : ainsi Ton a pris tous les moyens les plus propres à affaiblir ou à effacer les* sentiments naturels, et Ton accuse ensuite la nature dont on a violé les lois. Le fait est que la société réunie en corps politique est la seule coupable de cette violation. Elle a fait des lois qui la prescrivent, elle a proposé des récompenses à ceux qui fouleraient aux pieds les sentiments les plus utiles et les pi us. respectables.
C'est une chose reçue dans la plupart des paroisses, lorsqu'on peut atteindre le père d'un enfant illégitime, de l'effrayer par la prison et de faire tous les efforts imaginables pour l'amener au point d'épouser la mère de cet enfant. On ne saurait trop blâmer cet usage. C'est d'abord, de la part des officiers de la paroisse, une bien fausse politique; car, dans le système des lois actuelles, c'est en général se préparer la charge de trois ou quatre enfants au lieu d'un. Mais de plus, c'est un scandale, et une vraie profanation de la plus sainte cérémonie. Prétendre sauver ainsi l'honneur d'une femme et rendre un homme à la vertu, en le liant par un engagement forcé et le déterminant à mentir en face de Dieu, c'est se faire, de la délicatesse et de la probité, d'assez étranges idées. Si un homme a abusé la mère de l'enfant par une promesse de mariage, il s'est rendu coupable d'une fourberie très-noire et mérite un sévère châtiment; mais je ne saurais me résoudre à lui infliger celui de faire un second mensonge, qui n'aura probablement d'autre effet que
de prouver amplement dans le cours de cet ouvrage. » Sir F. M. Eden, on the $UUe ofthepoar.\oy.p.^il50.(M.)