NÉCESSITÉ DES PRINCIPES GÉNÉRAUX
sociétés amicales, de Tautre le succès des caisses d*épargne en si peu de temps» font assez voir qae, dans des circonstances favorables, ces institutions auraient pris un grand essor, sans recourir à une niesurc dont l*effet est évidemment de sacrifier la fin aux moyens de Tobtenir. Quant aux plans qu'on amis en avant pour réduire ou limiter la taxe des pauvres, ils sont certainement de nature à attaquer le mal dans sa racine ; mais ils seraient manifestement injustes, si Ton ne rétractait pas formellement le prétendu droit des pauvres (1) à recevoir leur entretien; et pendant plusieurs années encore ils seraient, dans leurs opérations, beaucoup plus durs que le plan d'abolition que j*ai hasardé de proposer dans un précédent chapitre. Si toutefois on pense que TAngleterre ne peut être entièrement affranchie d*un système mêlé dès longtemps et si intimement à tout rétablissement politique, une limite assignée au produit de la taxe des pauvres, ou plutôt au rapport de ce produit à toute la richesse et la population du pays (ce qui serait plus juste et plus raisonnable), accompagnée d*une notice franche et développée de la nature d*un tel changement, pourrait procurer des avantages essentiels, et avoir beaucoup d'influence sur Tamélioration des habitudes des pau* vres et sur l'accroissement de leur bonheur.
CHAPITRE XIU. — DE LA NÉCESSITÉ DE POSER DES PRINCIPES GÉNÉRAUX SITR L^OBJET DORT NOUS VENONS DE NOUS OCCUPEE.
G^est une remarque de Hume, que de toutes les sciences la politique est celle dans laquelle les apparences sont le plus trompeuses (2). Cela est surtout vrai de cette partie de la science qui s^occupe d*améliorer le sort des classes inférieures du peuple (3).
Nous avons sans cesse les oreilles battues de vaines déclamations contre les théories et contre ceux qui les proposent. Les hommes qui déclament de la sorte se vantent d'être entièrement attachés à la pratique et à Texpéricnce. Il faut avouer que de mauvaises théories sont une très-mauvaise chose, et que leurs auteurs ne sont pas des hommes utiles, mais au contraire souvent nuisibles à la société. Toutefois ces dé-
(1) L'auteur parle de ce droit au liv. IV, cbap. vi, et li l'appendice, chap. u. {Jph. G.) — (2) Essai Xï, vol. I, p. 431, in-8«.
(3) La conclusioo est que tous ceux qui veulent se mêler directement ou indirectement de politique et d'administration doivent faire des études sérieuses en économie politique ; ce qui est encore fort rare, et, de plus, fort diffieilt dans l'état actuel de rinstruction publique {Jph. G.)
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fenseurs outrés des méthodes pratiques ne s'aperçoivent pas qu'ils tombent eux-mêmes dans le piège qu'ils conseillent d'éviter, et qu'un grand nombre d*entreeux peuvent être rangés parmi les auteurs des théories les plus pernicieuses. Lorsqu'un homme raconte fidèlement les faits qu'il a eu occasion d'observer, il ajoute à la masse des lumières gêné- ^les, et il se rend utile à la société. Mais si , d'après une expérience bornée, d'après la connaissance de sa ferme ou de son atelier, il prétend tirer des conséquences générales, il fait une théorie, et il est sous ce rapport d'autant plus dangereux, que le mot d'expérience en impose ; en sorte qu'on oublie aisément que c'est sur des faits généraux, et non sur des faits partiels, qu'une bonne théorie doit être établie (i).
Il y a peu de sujets sur lesquels on ait autant réfléchi que sur les moyens d'améliorer le sort des pauvres; et sûrement il n'en est point où Ton ait plus complètement échoué. La question, entre le théoricien qui s'intitule pratique, et le véritable théoricien, est à cet égard celle-ci : Le défaut de succès dans la solution de ce grand problème doit- il nous engager simplement à inspecter les maisons de travail avec un détail minutieux? faut- il nous contenter d'observer les officiers de paroisse, de punir sévèrement leurs moindres négligences, de multiplier les disiri • butions de soupes et de pommes de terre? ou bien devons- nous avoir recours aux principes généraux , qui peuvent nous indiquer la cause pour laquelle jusqu'ici tous nos efforts ont été infructueux, et desquels on conclut que le système entier que nous avons adopté est radicalement vicieux ? Il n'y a point de sujet auquel on ait appliqué plus rarement les principes généraux. Et toutefois je doute qu'il y en ait aucun où il soit plus dangereux de les perdre de vue. Ma raison pour penser ainsi est que souvent l'effet partiel et immédiat d'une forme particulière d'assistance est directement opposé à son effet général et permanent.
Il y a quelques districts particuliers où les cottagers possèdent de petites portions de terre, et sont dans l'usage d'élever des vaches. Pendant les dernières disettes, on a remarqué que parmi ces ouvriers les uns ont pu se passer des secours de leur paroisse, et les autres en ont moins reçu qu'on n'avait lieu de s'y attendre (2).
(1) La réflexion de Malthus est encore pleine dli-propos de nos jours. Or, il y a cela de curieux, que ces ignorants faiseurs de théorie$ aTenlurées s'inlituleol pompeusement des hommes pratiques^ parce qu'ils raisonnent d*après une expérience bornée, et qu'ils n'hésitent pas à dédaigner les travaux de eeux qui basent leurs études et leurs raisonnements sur des faits généraux, constants et universels. [Jfh. G.)
(2) An inqtdry... Recherchée sur Niât de$ coUagen des comtés de Uneoin et
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Conforoi^ment à Tusage où on est d'envisager ce sujet sous un point de vue partiel » on n'a pas manqué de tirer de celte observation particulière une conséquence générale, savoir, que si l'on pouvait mettre tous les ouvriers dans la m^nie position, ils y seraient également beureux et indépendants des secours de leurs paroisses. Mais cette conséquence n'est point légitime. L'avantage que l'entretien des vacbes procure maintenant à quelques cottagers dépend en grande partie de ce que cet usage est particulier et propre à certains districts. Cet avantage serait fort diminué si l'usage devenait général.
Un fermier ou un propriétaire aura, je suppose, un certain nombre de cottages sur sa ferme! Si c'est un homme d'un caractère libéral et qui se plaise à s'entourer d'heureux, il attachera à chtique cottage um portion de terrain suffisante pour entretenir une ou deux yaches« et en outre il payera de forts salaires. En conséquence, ses ouvriers vivront dans l'abondance, et seront en état d'élever de nombreuses fainilles. Mais sa ferme peut-être n'a pas besoin d'un aussi grand nombre de bras. Et quoique cet homme généreux prenne plaisir à bien payer ceux qu'il emploie, il est probable qu'il ne se souciera pas d'avoir sur sa terre plus d'ouvriers qu'il n'en peut employer. En conséquence, il ne bâtira plus pour eux de nouvelles habitations, et les enfants des ouvriers qu'il emploie seront manifestement forcés d'émigi*er pour aller s'établir ailleurs. Tant que ce système se borne à quelques familles ou à un petit nombre de districts, les émigrants trouvent aisément de l'ouvrage en quelque autre endroit. Du reste, on ne peut nier que les ouvriers qui travaillent dans les fermes où ce système est suivi ne soient dans une situation digne d'envie, et telle que chacun voudrait que fût la situation de tous les ouvriers. Mais il est trop évident qu'il n*e.<t pas dans la nature des choses qu'un système pareil conservât ses avantages s'il devenait général ; car en ce cas il n'y aurait plus de lieux où les en* iantsdeces heureux ouvriers pussent en émigrantespérer de trouver de l'ouvnige. La population croîtrait manifestenâent au delà des demandes des villes ou manufactures, et le prix du travail baisserait partout.
Observons encore une cause particulière qui contribue au bien- être des ouvriers, lorsque, dans l'état actuel, ils entretiennent quelques vaches : c'est le profit qu'ils retirent du kit, en vendant celui qu'ils ne consomment pas. Cet avantage serait fort diminué si tout le monde faisait comme eux. Quoique, dans les deruières disettes, ils aient pu lutter contre les circonstances avec moins de secours que leurs voisins,
d£ Rutlandy par RobeflGourlay. yénnalei d Agriculture, mA. XXXVU, p. 514. !î« ÉDiTion. 36
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parce qu'ils avaient des ressources indépendantes de la disette de grains, il n*y a point de raison de croire que, si le même système était universellement adopté, la disette de fourrage, ou la mortalité des bestiaux (1), ne les réduisit à la même détresse qu*ont éprouvée leurs Toisins par la disette de froment. On ne saurait donc se tenir tro^ en garde contre ces sortes d^apparences, ni trop ériter en cette matière de tirer une conséquence générale d*une expérience partielle.
Il existe une société dont Tobjet est de procurer aux pauvres quelque bien-être et d'améliorer leur état. Le principe fondamental qu'elle a adopté est sans doute excellent. Mettre en activité le désir d'améliorer son état (2) (désir qu'on peut envisager comme le grand ressort de Tinduslrie) est bien h yraie manière de travailler au bien-être des classes inférieures. On doit accorder à M. Bernard ce qu'il affirme, dans une de ses intéressantes préfaces, que tout ce qui encourage et favorise les habitudes de travail, de prudence, de prévoyance, de vertu, de propreté, chez les pauvres, est utile à eux et à leur pays; que réciproquement tout ce qui diminue les motifs à ces bonnes dispositions est paiement nuisible au public et à 1* individu (3).
En général M. Bernard parait connaître pleinement les difficultés que la société est appelée à vaincre. Il semble cependant qu'il n'a pas su se mettre entièrement à Fabri du danger de former des résultats généraux d'après quelques expériences particulières et insuffisantes. Je ne m'arrêterai pas à discuter les plans proposés par diverses personnes, où il est question de fournir des aliments à bas prix et d'établir des magasins ou ateliers de paroisse. Les bons efiTets de ces sortes de fondations résultent entièrement de ce qu'elles sont particulières et réservées à quelques familles ou à quelques paroisses. Dès qu'on voudrait les rendre universelles, tous ces bons efiets disparaîtraient, parce qu'ils feraient baisser les salaires, le m'arrête à une seule observation, qui a un objet plus étendu et qui se trouve dans la préface du second volume des comptes rendus de la société dont je parle. L'expérience de la société parait prouver, dit l'auteur de cette préface, que la meilleure manière de venir au secours des pauvres est de leur donner l'assistance dans
(I) Dans rétat actuel , lorsqu^oo pauvre coltivateiir perd une vache, oo y porte remède pfir une pélUioo et nae souscription en sa faveur. Gomaie c'est pour un ouvrier une perte considérable, il arrive d*ordioajre qu'on a égard à ce geure de péiitioos. Mais si le système des vaches devenait universel, les pertes de cette nature seraient si fréquentes, qu'on ne pourrait ptus les réparer par de tels moyens : m sorte que plusieurs familles tomberaient de Taisance dans Tindigence. {M,)
(t) Préface du vol. II escomptes rendus. {/éngL)
i3) l'réfacc du vol. Il des Comptes rendus. [Angl,]
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leurs maisons^ et de sortir les enfants des mains de leurs parents le plus tôt qu'il est possible, pour les mettre en apprentissage ou en général leur donner quelque occupation convenable. Je pense, en effet, que cette manière est la meilleure. Gesi la forme d^assistance la plus conre* nable pour répandre avec choix des secours sollicités par les circonstances. Mais il est facile de voir qu'elle suppose beaucoup de prudence, qu'on n*en peut point faire un principe général, que ce ne peut point être le fondement d'une pratique universelle. Cette méthode donne prise à la même objection par laquelle nous avons attaqué le système des vaches et l'acte de la 43« année d^Élisabeth, qui charge les inspecteurs de paroisse de donner de l'occupation aux enfants ^es pauvres et de pourvoir à leurs besoins. Une paroisse particulière dont tous les enfants sont ôlés à leurs parents et placés convenablement dès que leu âge le permet doit naturetlemekit être heureuse et dans l'aisanee. Mais si le système était général, et que les pauvres crussent pouvoir compter sur cette ressource pour leurs enfants, bientôt tous les emplois d*acti-^ vite seraient occupés et soIlicité»^de toutes parts. U est inutile d'insister sur les suites qui en résulteraient inévitablement.
Il est de toute évidence qu'avec de l'argent et des efforts généreux de la part de ceux qui en sont pourvus on peut espérer de secourir efficacement une famille, une paroisse, un district particulier. Mais pour peu qu*on y réfléchisse, on voit aisément que ces moyens sont sans effet lorsqu'il s'agit de les appliquer de la même manière à tout un pays, à moins qu'on ne puisse y ménager une voie régulière d*émigrdtion à la population superflue, oii que l'on ne puisse compter de trouver toujours chez le pauvre une vertu particulière toujours peu commune et que cette assistance tend à décourager.
On peut dire même qu*à cet égard l'activité industrieuse diffère peu de Targent. Un homme qui en est doué, plus que la plupart de ceux qui Tentourent, a un moyen assuré de subsistance. Mais si tous ceux qui l'entourent acquéraient tout à coup la même activité industrieuse qui le caractérise, celte qualité au degré dont il en est doué ne serait plus pour lui une garantie contre le besoin . Hume est tombé dans une grande erreur, quand il a dit que « presque tous les maux physiques et moraux de la vie humaine sont dus à la paresse, )> et lorsqu'il ajoute que pour porter remède à ces maux il suffirait que Tespèce entière eût naturellement le même degré d'activité que plusieurs individus ont acquis par rhabitude et la réflexion (I). Ce haut degré d'activité industrieuse, s'il
(t) Dialogue:! un nahtrat religion ^ pari. XI, p. tXt,
«lait le partage de l'espèce entière, et 8*il ne se trouvait pas joint à une vertu particulière dont l^auteur ne fait nulle mention, ne pourrait point soustraire la société aux niaux dont elle est la proie et au sentiment pénible du besoin. A peine, dans le nombre de ces maux physiques et moraux, en trouyerditM)n un seul que ce nouveau don pût écarter.
Je sens qu^op pourra faire contre tous les raisonnements précédents une objection qui se présentera revêtue d'une grande apparence de juslice. Argumenter de la sorte, dira-t-on, c'est attaquer à la fois toutes les formes d* assistance ; car il est impossible, par la nature même des choses, d*assister individuellement quelques pauvres sans changer la situation relative où ils se trouvent placés dans Tordre social, et par conséquent sans abaisser proportionnellement tous les autres. On dira encore, que» c'est naturellement parmi les hommes chargés de famille que Ton doit s attendre à trouver le plus de misère. Mais il est manifeste que ce n*est pas à ceux qui ont que nous devons l'assistance, elle ne peut être exercée (fu^envers ceux qui sont dans le besoin. Il £aiut donc bien, dira-t-on enfin, si nous ^voulons remplir ce devoir de quelque manière, que nous donnions des secours aux pauvres qui ont des enfants, «t que nous en-* couragions par là même le mariage et 1^ population.
J'ai déjà eu occasion d'observer, et je me sens obligé de répéter ici, que les principes généraux, en ces sortes de matières, ne doivent pas être poussés au delà des justes bornes, quoiqu'il soit toujours nécessaire de ne point les perdre de vue. Il peut y avoir bien des cas dans lesquels le bien attaché au soulagement d'un individu remporte sur le mal qui peut en résulter par une conséquence éloignée.
De ce nombre sont manifestement tous les cas où celui qu'on assiste ne s'est point attiré son malheur par des habitudes de partisse et d'imprévoyance En général, il n^y a qu'une manière d'assistance de laquelle on puisse dire qu'elle viole les principes généraux de manière que les suites qu elle entraîne sont clairement pires que le mal particulier auquel elle remédie. Cette assistance, décidément vicieuse, est celle qui se répand d'une manière $ytlém(iii(iuej qui offre des secours certaine et déterminés tels, que le pauvre, quelle que soit sa conduite, puisse y compter avec une pleine conOance.
Indépendamment de l'assistance faite avec choix et d'une manière occasionnelle, dont j*ai parlé au chapitre précédent, et dont j'ai reconnu les heureui effets, j'ai remarqué ci-dessus que l'on pouvait faire beau- C04ip de bien en établissant un système d'éducation meilleur et plus frénéral ; j'ai insisté sur ce point et je me suis efiorcé d'établir solidement cette vérité. Tout ce qu'on fait à cet égard a un avantage particu-