‹ MalthusChapitre 77 sur 89 · NÉCESSITÉ DBS PRINCIPES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DBS PRINCIPES GÉNÉRAUX

néoèssaire, afin de (baroir à un autre miNion tontes les stiperfluitës dà lose, ce serait, certes, un point de me fort triste de la perfection à laquelle la société humaine peut atteindre. Mais heureusement cette forme ne lui est point assignée. Il n'est point nécessaire que le riche étale un luxe excessif, pour soutenir les manufactures ; et que le pauvre se prive de toute espèce de luxe, afin de maintenir la population. Les manufactures les plus utiles à tous égards sont celles dont les produits sont à Tusage de la masse du peuple. Celles qui ne sont qu'à Pusage des riches non seulement sont moins im|K)rtantes par la quantité bornée de la demande, mais ont Tinconvénient d^occasiouner souvent beaucoup de misère, par le caprice des modes auquel elles sont assujelties. C'est un luxe modéré répandu dans tontes les classes du peuple, et non un luxe excessif chez un petit nombre de personnes, qui est utile soii au bonheur, soit à la richesse. Ce que le docteur Paley envii^age comme le véritable mal produit par le luxe et comme te danger réel auquel il exposé est précisément ce que j*en visage comme le véritable bien qui peut en résulter et comme un avantage particulier qui s'y trouve attaché. Si Ton accorde qu'en toute société qui n'est pas à Téfat de colonie nouvelle il faut absolument que quelque obstacle puissant à la |>opulation soit mis eu action; si d'un autre côté Ton s'est convaincu, par l'observation, que le goût de Taisance et des commodités de la' vie détourne bien des gens du mariage par la certitude d'être privés de ces biens qu'ils estiment, on doit convenir qu'il n'y a point d'obètacle au mariage moins préjudiciable au bonheur et à la vertu que ce goût, lorsqu'il est fort généralement répandu. Par conséquent aussi, il est fort désirable que le luxe, tel qne je viens de le définir, se répande généralement ; c'est le meilleur moyen de circonscrire cette limite de malheur et de pauvreté dont il a été question dans un précédent chapitre.

On observe généralement que l'état moyen est, dans la société, le plos favorable à la vertu, à l'industrie et aux talents de fout genre. Mais il est évident que tons les hommes ne peuvent pas former les classes moyennes. Les supérieures et lés inférieures sont inévitaUes, et de plus très-utiles. Si Ton ôtait de la société l'espérance de s'élever et la crainte de déchoir, si le travail ne portait pas avec lui sa récompense et l'indolence isa punition, on ne verrait nulle part cette activilé* cette ardeur avec laquelle chacun travaille à améliorer son état, et qui est le principal instrument de la prospérité publique. Mais en jetant les yeux sur les divers Etats de l'Europe, on observe une différence considérable dans les proportions relatives des classes supérieures, moyennes et inférieures qui les composent. Et si nous en^ jugeons par les effets que

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ces difiérences produisent, nous devons croire quec*esl en augmentanl la classe moyenne que nous augmenterons le bonheur. Si les claaieB inférieures acquéraient l'habitude de proportionner la quantité de tra*^ Tail qu'elles fournissent à la demande qui en est faite Icfrsque le prix du travail est stationnaire ou même décroissant, et cela sans qu'il en ré^ sultât, comme à présent, un accroissement de misère et de mortalité , on pourrait se livrer à Tespéraoce qu*à quelque période future les procédés par lesquels le travail est abrégé, et qui ont déjà (ait un progrès si rapide, pourraient enfin fournir à tous les besoins de la société la plus opulente^ avec moins de travail personnel qu'il n'en faut de nos jours pour remplir le même but ; et si Touvrier alors n'était pas soulagé d une partie de la pénible tâche à laquelle il est assujetti aujourd'hui, du moins je nombre de ceux à qui la société impose un travail si rude se trouverait diminué. Si les classes inférieures étaient ainsi remplacées par la classe moyenne* chaque ouvrier pourrait raisonnablement concevoir Tespérance d'améliorer son état par ses efforts et sa diligence. Les récompenses dues au travail et à la vertu seraient plus fréquemment accordées. Dans la grande loterie de là société, il y aurait plus de lots et moins de billets blancs. La somme du bonheur, en un mot» serait évi* demment accrue.

Toutefois, pour que de telles espérances ne soient point vaines* pour que les maux qui accompagnent d'ordinaire une demande de travail stationnaire ou décroissante ne viennent point les détruire, il faut sup* poser ches le pauvre des habitudes de prudence qui le préservent du malheur d^ se marier, lorsque le prix^de son travail, joint au produit de ses épargnes, ne suffit pas pour nourrir, sans assistance, une femme et six enfants. Sous tous les rapports, une telle prudence aurait les effets les plus avantageux, et améliorerait d*une manière frappante le sort des classes inférieures du peuple.

On dira peut-être que toute cette prudence pourrait bien être inutSe, puisqu'un homme qui se marie ne peut prévoir quel sera le nombre de ses en&nts, et s*il n'en aura pas plus de six. Gela est incontestable. Et en ce cas je ne crois pas qu'il y eût aucun inconvénient à accorder quelque gratification pour chaque enfant au delà de ce nombre : non en vue de récompenser cehii qui a une nombreuse famille, mais pow le soulager d'une charge qu'il n'est pas juste d'exiger qu'il prévoie en formant un établissement. En conséquence, la gratification devrait être établie de manière à le mettre précisément dans la situation où est un homme qui a six enfants. Montesquieu désapprouve un édit de Louis XIV qui accordait quelques bienfaits à ceux qui auraient dix ou dooxe eo-

NtGESBlTË DES PEINCIPES GKfOÎRAlIX. 571

fanl8, parce qu'il lui parait que de telles lois ne serrent pas à encourager la population (1). Li\ raison pour laquelle il blâme cette loi esi précisément cetle qui me fait croire qu'on pourrait Tadopter sans danger. On ne peut nier qu'elle ne fût propre à soulager quelques individus dignes d'être secourus , et il ne parait pas qu'elle pût encourager en aucune &çon le mariage.

Si, dims quelque période future, le pauvre contractait Tbabitude d'user de prudence à l'égard du mariage, seul moyen d'améliorer son sort d'une manière générale et permanente, je ne crois pas que les politiques les plus bornés eussent lieu de concevoir de l'alarme à la pensée du baut prix du travail, qui pourrait mettre nos rivaux en état de fabriquer à meilleur marché et de nous exclure des marcb^ étrangers. Quatre circonstances préviendraient ou contre*balanceraient cel effet : 1® le prix des subsistances, qui serait plus bas et mieux réglé* parce qu'il arriverait plus rarement que la deimande en fût plus forte que l'offre ; 2® l'abolition de la taxe des pauvres (2) soulagerait Tagriculture d'un pesant fardeau, et enlèverait une addition gratuite faite au prix des salaires ; 3^ là société épargnerait les sommes immenses qu'elle eonsomipe en pure perte pon^ les enfants qui meurent d'une mort prématurée causée par la misère ; 4"" enfin, Tbabitude du travail et de TéconomiCt surtout chez les hommes non mariés, devenant générale, préviendrait la paresse, l'ivrognerie, la dissipatiou, qui, dans Tétat actuel, sont trop souvent la suite du taux élevé des salaires (3).

(i) EsprU des his^ liv. XXUI. chap. xx?ii. — (î) C'est Ik woe circoostaii^ parliculière à rA^glelerre; mais il y a dans leus les pays des insUtuUons ^ui agissent plus ou moios comme la taxe des pauvres. (/pA« G.)

(5) Mais les bons efiels de la contrainte admis, il reste sur ce point une difQcuUé grave. Que deviendront tous ces avantages de la prudence dans le mariage, si les concurrents arrivent en foule par la voie de Timmigration : ils seront certainement bien afnoindrts; mais encore plus grands toutefois du c(A.é de Thomme prudent. Malthus proclame la liberté d^^raigration ; maisDestutt de Traey pense qu*on peut restreindre la liberté corrélative d'immigration. On voit encore ici que toutes les nations sont solidaires et qu'elles ont un intérêt réciproque à se moraliser mutuel* lement . Il dit : « Quant à l'immigration, je n'en parle pas. Elle est toujours inutile et même nuisible, à moins qu'elle ne soit celle de quelques hommes qui apportent des lumières nouTelles. Mais alors ce sont leurs connaissances et non pas leurs personnes qui sont précieuses, et ces homraes-là ne sont jaroars bien nombreux. On peut sans injustice défendre Vimmigration, et c'est précisément à quoi les gouvernements n'ont presque jamais pensé. Il est vrai qu'ils se sont encore plus rarement avisés de donner beaucoup de motifs pour la désirer. » Traité (^Économie politiqve, 1855, page 211. Le problème scrnit résolu, si îa ronlrainle morale devenait une verhifirénérale. (ypA. G.)

57Î LIVRE rV. — CHAPITRE XIV.

CHAPITRE XIV. «-^DESESPÉRANGBS RAISOimAlUS QOB l'ON PBUT CONCEVOIR D'c?(t! AMÉLIORATlOll DAIIS VÈtàT SOCIAL.

. En jelaot un dernier coup d'œil général sur Tavenir, en cherchant a apprécier nos espérances relativement à la diminution des maux qu*enlratDe le principe de population^ la première réflexion qui nous frappe est celle-ci : Quoique Taccroissement de la population en raison géométrique soit un principe incontestable, quoique la période de doublement qui résulte de cet accroissement lorsque rien ne Tarrète ait été fixée dans cet ouvrage à un terme très- modéré, il faut remarquer que ce progrès de la population est arrélé par celui de la civilisation. Les villes et les manufactures se multiplient, et il est peu probable que ces établissements changent jamais de nature» Il est sans doute de notre devoird'empècher, autant qu'il est en nous, qu'ils n'abrègent la durée de la vie, mais tous nos efforts ne feront pas que ce séjour et ces tra~ vaux égalent en salubrité le séjour des champs et lesv travaux rustiques. Opérant donc comme un môjen de destruction, cet établiss^nents ren* dronl par là même un peu moins nécessaires les obstacljss qur tendent à prévenir l'accroissement de la population.

Dans tous les Etats anciennement existants, on remarque qu'un nombre considérable d'adultes passent quelques années dans le célibat. L'obligation de rester pendant ce temps-là soumis aux lois communes de la morale n'a jamais été conteatée, quoique dans la pratique on s'en soit souvent écarté. A peine danscet ouvrage ai-je eu occasion d'insister sur cette partie d'un devoir dont j*ai beaucoup recommandé l'obser^ vation, et que j'ai désigné sous le nom de contrainte morale. A cet égard, ce devoir repose sur la même base que par le passé. Je n'y ai rien ajouté, et je ne Tai point affaibli. Sachant donc combien imparfoileuient il a été observé jus(|u'icij ce serait s'exposer à passer pour visionnaire^ que d'espérer à cet égard aucune amélioration importante.

La partie du devoir de la contrainte morale qui a été l'objet principal de nos raisonnements n'est donc pas celle qui a rapport à notre conduite pendant le célibat ; c'est la partie de ce devoir ([ui a rapport à la durée du célibat que noMS avons discutée, et nous avons insisté sur la nécessité de prolonger celte durée jusqu'au moment où nous pourrions être en état de pourvoir à l'entretien d'une famille. On n'a pas droit de nous taxer de visionnaires si à cet égard nous concevons quelque espérance d'amendement dans la société humaine; car l'expérience deinoutre que la prudence, que uous recommandons sous le nom de con-

ESPtRANGSS RAISONNABLKS D'AMALIORATION. 573

traiiite morale, est plus ou moios obserfée en diflEérenls pa^ s, eLqn'elle a varié selon les temps et les lieux.

On ne peut douter qu'en Europe, et plus particulièrement dans les Etats du Nord, îl n'y ait eu à cet égard un changement notable, depuis répoque où ont cessé leurs émigralions, leurs habitudes guerrières et cet esprit d'entreprise qui les eotretenaii. Dans ces derniers temps la diminution graduelle, on peut presque dire reitinclion totale de la peste, qui a sj souvent viuté TEarope dans le cours du dix-septième siècle et jusqu'au commencement du dix-huitième, a produil^ou chan* gement de même nature. Eu Angleterre, il n'y a pas de doute que le rapport des, mariages à la population n'ait diminué depuis que ies villes ont été mieux bâties, depuis que Içs épidémies sont moins fréquentes, et qu'on a généralement acquis des habitudes de propreté. Pendant ies dernières disettes que ce pays a éprouvées, il parait que le nombre des mariages a été moindre (1800 et 1801) : et les mêmes motifs qui pendant cette période ont empêché plusieurs personnes de se marier agiraient de la même manière dans une période future, si, par l'introduction de la vaccine, le nombre des enfants qui parviennent à rage d'homme croissait au point d'obstruer tous les emplois d'activité,^ d'abaisser le prix du travail et de rendre plus difficile Tentretien d'une famille. . , .

En général, la pratique des hommes à 1 égard du mariage a été fort supérieure à leurs théories. Quoiqu'on ait fait beaucoup de déclamations en faveur du prétendu devoir de se marier, quoiqu'on ait souvent fait envisager T usage de se marier de bonne heure comme propre a prévenir le vice, et par là même comme fort utile, chaque individu néanmoins a jugé convenable, dans sa pratique personnelle, de bien examiner, avant de taire ce pas important, quels moyens il aurait de se soutenir et de pourvoir aux be^oins de sa famille future.

La force vitale qui anime et maintient en santé le corps entier de l'Etat (1), je veux dire le désir d'améliorer son sort, ou la crainte de le

(i) Ces mots remplacent le mol technique lalin que Tauteur emploie, vis medir calrix reipubUcœ. — < Dans les machines compliquées, dit M. Dugald Stewart, auxquelles on a si souvent comparé Torganisation de la société civile, toutes les parties sontass«]getties à des lois physiques^ et par conséquent 1rs erreursque Parliste a pu commettre ne manquent jamais de se manifester dans le dernier résuIUit de leur action. Dans le système politique, comme dans le corps aniinal, il y aausei, tant que dure TéUt de vigueur et de santé générale, une certaine force curative {vie medicatrix) qui sufût pour guérir les maux partiels. Dans Tun et l'autre lyitème, les erreurs de fart sont souvent corrigées ou masquées paria sagesse de la

rendre pire, n'a point cessé de diriger les komnies dans la droite route qui leur est tracée par la nature, en dépit de toutes les vaines déclamations qui tendaient à les égarer. Ce principe puissant de force et de santé politique, qui n'est autre chose que le sentiment irrésistible des lois de la nature et le pressentiment des suites qu*entratne leur violation, a donné, dans toute TEurope, beaucoup d'influence aux motifs que la prudence peut opposer au mariage. Il n*est pas déraisonnable de croire que celte influence peut croître et s^étendre. Si elle croit en effet, sans que les vices contraires à la chasteté deviennent plus dominants, il en résultera une augmentation de bonheur. Et quant au danger de voir croître ces mêmes vices, il est do moins consolant de penser que les pays de TEurope où les mariages sont le moins fréquents ne sont pas ceux où de tels vices sont le plus multipliés. Il parait que la Norwége, la Suisse, l'Angleterre et TEcosse sont au rang des Etats où prévaut le plus Tobstacle privatif. Je ne prétends pas insister sur les habitudes vertueuses qui régnent dans ces pays-là. Mais aussi je ne pense pas que personne les cite comme des exemples d'une excessive corruption. Je serais plutôt porté (d*après le peu que je connais du continent) à les envisager comme des eitemples contraires, à croire que peut-^tre les femmes s'y respectent davantage, et que par conséquent les hommes 7 sont moins vicieux. L'expérience semble donc nous apprendre qu'il est possible que des causes physiques et morales contre-balancent l'effet malheureux qu'on serait naturellement disposé à attendre d'une augmentation dans l'action des obstacles que la prudence oppose au mariage. Mais admettons que cet effet malheureux ait lieu, comme il est probable que cela doit être, je dis encore que la diminution des vices provenant de la pauvreté sera une compensation suffisante au mal qu'on a droit de prévoir : dès lors l'avantage d'une moindre mortalité et d'une plus grande aisance généi aie (suite infaillible de l'action croissante de Tobstacle privatif) sera un gain pur, fait du côté du bonheur et de la vertu .

nature. > Élém. de pMl. de tesprU humain^ 1. 1, p. 369 de ma traduction ; à Genève, ctiez J. J. Pascboud, 1808. M. Say use de la même comparaison, c Les nations, dit-il, ressemblent au corps humain : il existe en nous un principe de ne qui rétabUt sans cesse notre santé, que nos excès altèrent sans cesse. 1^ nature cicatrise les blessures et guérit les maux que nous attirent notre maladresse et noire intempérance. Ainsi les États marchent, souvent même prospèrent, en dépit des plaies de tout genre qu^ils ont à supporter de la part de leurs amis et de leurs en> nemis. Remarquez que ce sont les Ëtats naturellement le mieux constitués qni peuvent le mieux supporter ces outrages. Il est vrai qu'oh ne les épargne pas. » TraiU'<rÈcm, pofU., I. 1> p. «78; t»^(;dit„ 4803. (P. P.)

BSntRAMGES ftAIS0NMABU&6 D'AMÉLIORATION. 575

Le but de cet ouvrage n'est pas tant de proposer des plans d^amélioreUion que de faire sentir la nieessiti de se contenter du modeû'amilio^ ration qui nous est prescrit par la nature, et de ne pas mettre obstacle aax progrès qii'il doit amener si rien ne le contrarie.

Il serait sans contredit fort utile que toutes nos institationst et tonte la teneur de notre conduite à Tégard des pauvres^ pussent serrir à confirmer les leçons de prudence que le cours ordinaire des éyénements donne à chacun de nous. En conséquence, si d^un cAté nous prenons quelquefois sur nous d'adoudr les châtiments que la nature inflige a rimprudence, nous devrions de Tautre, pour tenir la balance égale, augmenter les récompenses qu*elle accorde à ceux qui tiennent une conduite opposée. Mais ce serait déjà faire beaucoup que de changer graduellement les institutions ()ui tendent directement à encourager le mariage, et de cesser de propager des opinions, d^nculquer des doctrines qui sont en opposition formelle avec les leçons dé la nature.

Le peu de bien que nous pouvons faire est souvent perdu par Tambition d'en faire plus, et par rattachement à quelque plan qu*on envisage comme indispensable pour obtenir même un sucràs partiel. Dans les applications pratiques des raisonnements contenus dans cet ouvrage, je me flatte d'avoir évité ce piège. Je dois rappeler ici que, quoique j'aie présenté des faits anciens sous un point de vue nouveau, quoique je me sois livré à quelques espérances d'améliorations possibles ^ j'ai été très-* retenu dans Texposé des améliorations probables et des moyens de les obtenir. On a déjà souvent proposé en Angleterre d'abolir graduellement les lois sur les pauvres, à cause des maux que F^périence a fait voir qu'elles entraînent, et par la crainte de les voir devenir un fardeau insupportable aux propriétaires de terres. L'idée d'un établissement d'éducation nationale n*est pas une idée nouvelle. On éprouve depuis longtemps en Ecosse les» bons effets d'une éducation soignée. Tous ceux qui ont droit d'en juger s'accordent à dire que l'éducation est un grand moyen de prévenir les crimes (1), d'avancer Tindustne, d'amender les

(i) M. Howard Irouva moins de détenus aux prisoi^ d'ÊcOsse et de Suisse qu'en d'autres pays, ce qu^il attribua à une éducation plus régulière là qu'ailleurs. Pendant le grand nombre d'années que feu M. Fieldiog présida comme juge è Bowstreet, il n'y eut que six Écossais traduits devant luu 11 a souvent répété que le plus grand nombre des accusés étaient des Irlandais. Voyez la préface du Rapport de la société pour ramélioration du sort des pauvreSy p. 82, angl. (M,)

Quelques publictstes ont avancé le contraire : des chiffres même ont été groupés dann ce but ; mais il est facile de débusquer ce genre de aophismes. On a stjirtout ni^ les bons pffolh de Vhittructîon , i»ans laquelle l'rduc^lion no pourrait «^ire que

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mœurs, et d'accoiitutner les hommes à uoe conduite sage et r^fulière. Ce sool là les seuls plans que j'aie osé proposer. Je suis porté à croire que, si on les adoptait sous la forme que j'ai indiquée, il eo résultemit pour lés pau vres beaucoup d'avajQlages. Mais lors même qu'on ne ferait rien de pareil, je ne suis pas sans espérance de quelque amélioration partielle, et je pense qu'elle pourra être Tefiet de la simple exposition des raisonnements généraux sur cette matière.

Si les principes que je me suis efforcé d'établir sont erronés, je désire dans la siricérilé de mon âme de les voir complètement réfutés ; mais s'ils sont vrais, le sujet est si important, il touche de si près au bonheur du genre humain, qu'il est impossible qu'une fois ou une autre ils ne se fassent jour, qu'ils ne se répandent et ne deviennent en6n dominants, soit qu'on fasse ou qu'on ne fasse pas des eflforts pour les propager.

Parmi les classes supérieures et moyennes, Tcffet de la connaissance de ces principes, serait, j'espère, de donner à leurs efforts pour améliorer l'état du pauvre une direction plus juste, sans quiB jamais ces efforts se ralentissent; de leur faire sentir ce qu'ils peuvent à cet égard, et ce qui est hors de leur pouvoir; de les convaincre que Ton peut faire beaucoup de bien en donnant de bons avis et en répandant une solide instructiou, en encourageant et faisant naître des habitudes de propreté, en exerçant la charité occasionnellement et avec discernement, en un mot en mettant en œuvre tous les moyens de bienfaisance qui favorisent Tobstacle privatif; mais que sans cette dernière eondilion tout le bien que l'on croit faire est illusoire, tous les efforts sont vains; que dans un Etat ancien et déjà pleinement peuplé, prétendre assister les pauvres de manière à les mettre en état de se cnarier quand ils voudront, et d'élever de nombreuses familles, c'est demander ce qni est physiquement impossible. .l*a connaissance de ces vérités empêcherait les riches de détruire les bons effets de leurs propres efforts et de diriger ces efforts vers un but absolument inaccessible : par la même elle attirerait toute leur attention sur las objets les plus convenables à leurs vues charitables, et leur permettrait de faire plus de bien.

Parmi les pauvres, une telle connaissance généralement répandue aurait des effets encore plus importants. La cause principale et perma-

fort grossière. S'il est vrai que s'ÎDslruire, c'esi ooa-seulemeot savoir lire, écrire et compter, mais s^oitier aux principes de morale, appreudre à cooiialUe les moyetif de iravail el la nature desclioses, H esl fort difûcile de faire découler de i'icH siructioQ une tendance à commettre des crimes contre les personnes et oootra tes clioses.(/j9A. G.)

ESPÉRANCES RAISONNABLES D'AMÉLIORATION. o77

nente de la pauvreté a peu ou point de rapport avec la forme du gouver^' nemenit ou avec V inégale division des biens ; — î( n^est pas en la puissance des riches de fournir aux pauvres de V occupation et du pain; — et en conséquence les pauvres^ par la natcrb même des choses, n^oni nul droit à leur en demander : telles sont les importaoles vérilés qui découlent du principe de population. Et ce principe, s'il était clairement exposé, ne passerait pas la portée des plus faibles intelligences. Or, il est évident que, dans les classes inférieures de la société, tout homme qui serait une fois bien convaincu de ces vérités se montrerait disposé à supporter avec patience la situation pénible à laquelle il pourrait se trouver réduit. 11 éprouverait moins de mécontentement et d*irrilation contre le gouvernement et contre les classes supérieures, à Toccasion de sa pauvreté. On ne le verrait pas, en toute occasion, disposé à insubordination et à la turbulence. S'il recevait quelque assistance, soit d*un établissement public, soit de la charité des particuliers, il en aurait plus de reconnaissance et en apprécierait mieux la valeur.

Si ces vérités se propageaient, ce qui, avec le temps, ne paraît pas improbable, les classes inférieures du peuple, prises en masse, deviendraient plus paisibles et plus amies de Tordre ; elles seraient moins prêtes à exciter des tumultes dans les temps de disette; en tout temps elles seraient moins faciles à agiter par des libelles séditieux et incendiaires : car elles sauraient combien peu le prix du travail et les moyens de soutenir une famille dépendent d*une révolution. La simple connaissance de ces vérités, à supposer même qu'elles n'eussent pas assez d'influence pour produire parmi les pauvres un changement marqué dans les habitudes de prudence relativement au mariage, aurait encore quelques suites avantageuses sous un point de vue politique. L'une des plus heureuses sans doute serait le pouvoir qu'auraient les classes moyennes et supérieures d'améliorer par degrés le gouvernement (1), sans avoir à redouter ces excès révolutionnaires dont la crainte menace en ce moment TEurope de se voir privée même de ce degré de liberté que Texpérience lui a démontré possible, et dont elle a longtemps éprouvé les salutaires efiets.

(i) Je ne puis croire qu^en écartant les injustes suyets de plainte contre les auto* rites constituées on rende le peuple indifférent aux avantages qu'il a droit d'obtenir. Les bienfaits de la liberté sont assez grands pour n'avoir pas besoin d'être embellis par de fausses couleurs. Je serais affligé de penser que ce n'est que par des promesses illusoires qu'on peut engager le peuple à maintenir ses droits, car c'est le moyen de rendre le remède beaucoup plus insupportable que les maux k la guérison desquels on prétend l'appliquer. (M.)

En jetant les yeux sur Tétai de la société dans des périodes antérieures à celle où nous vivons, je puis dire avec assurance que les maux résuUant du principe de population ont plutôt diminué qu augmenté, quoiqu'on en ignorât la cause. Si donc nous sommes livrés à Tespérance de voir cette ignorance dissipée, il n^est pas déraisonnable de s'attendre à voir aussi ces maux diminuer de plus en plus. L'accroissement de population qu'occasionnerait cette amélioration de Télat social n'aurait pas beaucoup d'inQuence pour en relarder le progrès, car c'est le rapport entre la population et les subsistances qui a une telle influence, et nullement le nombre absolu des individus de Tespèce humaine. Nous avons eu occasion de faire remarquer, dans la première partie de cet ouvrage, que ce sont souvent les pays les moins peuplés à qui leur population est le plus à charge, ou qui souffrent le plus du principe de population. Il est extrêmement probable que, dans le cours du siècle dernier, PEnrope a éprouvé moins de famines et moins de maladies produites par la misère et le besoin, qu'elle n'en avait éprouvées dans les siècles qui ont précédé.

En tout, si la perspective que nous offre l'avenir, à Tégard des maux produits par le principe de population, n'est pas aussi brillant que nous pourrions le désirer, il s'en faut pourtant beaucoup qu'elle soit tout-à fait triste et décourageante, et je ne pense pas qu'elle nous interdise l'espérance de quelques améliorations lentes et graduelles; espérance raisonnable, et qui a paru telle jusqu'à l'époque récente où de vaines exagérations l'ont prést^niée sous un autre aspect. C'est aux lois qui établissent la propriété et qui règlent tout ce qui a rapport au mariage, c'est au principe de l'amour de soi, si étroit en apparence, que sont dus tous les efforts par lesquels chacun cherche à améliorer son sort, tous les nobles travaux de l'esprit humain, tout ce qui distingue la civilisation de rétat sauvage. Une analyse exacte du principe de population nous conduit à cette conclusion, que jamais nous ne pourrons nous passer de ces échelons par lesquels nous sommes parvenus à un point aussi élevé; mais elle ne prouve point que ces mêmes moyens ne puissent nous porter encore plus haut. Il est bien probable que |a structure générale de l'édifice social ne sera pas changée. Nous avons tout lieu de croire qu'on y verra toujours une classe de propriétaires et une classe d'ouvriers. Mais le sort de chacune d'elles, et les rapports de l'une à l'autre, peuvent être modifiés de manière à augmenter beaucoup l'harmonie et la beauté du tout. Ce serait sans doute une triste perspective, tandis que chaque jour la physique recule les bornes de son domaine, (te confiner la philosophie morale et politique dans un étroit horizon,

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