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v^mements les obstacles au perfectionnement des hommes ; ils avaient à peine remarqué la tendance naturelle de chaque peuple à se multiplier d'une manière trop rapide relativement à ses subsistances, ou elle ne leur avait présenté que des inconvénients peu graves ou du moins très-
M. Malthus vit, au contraire, dans cette tendance, commune à toutes les espèces animées, la cause principale du malaise et de la pauvreté qu'on observe dans les classes inférieures chez toutes les nations; il y trouva, de plus, la cause qui, de tout temps et en tout pays, a fait avorter les tentatives des autres classes de la société pour les secourir. )
En observant la marche que les classes pauvres ont toujours suivie dans leur multiplication, il crut voir qu'elles n'avaient jamais rencontré que deux obstacles efficaces à leur accroissement : le vice et la misère.
Les écrivains aux yeux desquels la perfectibilité de Fhomme et des institutions sociales était sans limites, avaient cru voir dans la forme des gouvernements la cause unique de tous les vices et de toutes les misères ; BL Malthus, au contraire, en comparant les maux que pouvait faire un mauvais gouvernement à ceux que produisent les passions de l'homme, avait trouvé les premiers si légers, qu'il les avait assimilés à des plumes flottantes sur la surtece d'un gouffre.
Le système d'égalité, que plusieurs écrivains politiques avaient adopté, les avait conduits à considérer les richesses comme un fonds commun qui devait servir à satisfaire les besoins de la société, et sur lequel chacun avait un droit à peu près égal -, la propriété, surtout quand elle est acquise par succession^ n'était aux yeux de quelques-uns qu'une prime accordée à l'oisiveté, qu'une sorte de pension annuelle, instituée au profit du petit nombre, pour retenir le genre humain dans un état d'ignorance et de brutalité.
M. Malthus attaqua franchement ce système^ il établit en principe qu'un homme qui vient dans un pays occupé, et qui ne reçoit aucune fortune de ses parents, n'a rigoureusement droit qu'à la subsistance qu'il peut se procurer par son travail; il fit voir que l'espèce d'égalité vers laquelle certains écrivains poussaient la population, si elle se réalisait, loin de contribuer à rendre les hommes plus heureux, n'aurait pour effet qu'un accroissement de vices et de misère*.
* Oelte proposition de M. Mallhns a soalevé contre lai les écrivains qui forment, sous rinspiration de leur bienveillance et à Taide de leur imaginaiion, des théories morales et politiques, sans se mettre beaucoup en peine des résultats éloignés qu^elles produiront dans la pratique. Ces écrivains auraient dû voir cependant que si Ton admettait, contre tous les hommes qui possèdent quelque chose, et au protit de tous ceux qui sont dans le besoin, le dr(nt, dans le sens rigoureux du mot, de se faire livrer des moyens d'existence, on devrait ne pas s'arrêter à une vaine déclaration. Il faudrait, en outre, déterminer retendue de ce droit, et donner à chacune des personnes chez lesquelles il existerait, une action pour Texercer. Or, si jamais une nation s'avisait d'adopter une pareille pratique, il ne lui faudrait pas beaucoup de siècles pour descendre à l'état de misère et d^abrutissement des indigènes du Paraguay, soumis par les jésuites à un régime analogue. {Ch. C.)
SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE MALTHUS. xxi
Un ouvrage qui tendait à dissiper les illusions auxquelles on avait aimé jusqu'alors à se livrer, qui renversait de fond en comble les systèmes imaginés pour le bonheur du genre humain par des écrivains d*un grand mérite, et qui détruisait môme pour l'avenir la base de toutes les utopies, devait produire et produisit, en effet, une sensation profonde.
A peine eut-il été publié, que les uns Fattaquèrent avec une animosité sans exemple, et que les autres l'accueillirent avec enthousiasme. Ceux qui foisaient dépendre le bonheur du genre humain de l'adoption de leurs théories, et ceux qui tentaient de persuader à la masse de la population anglaise, que tous ses maux étaient causés par les vices de ses institutions, se soulevèrent contre un écrit dans lequel oR considérait comme chimériques les espérances qu'ils avaient conçues ou inspirées. Tous ceux, au contraire, qui craignaient qu'une révolution ne les dépouillât de leurs propriétés ou ne leur fit perdre quelques-uns des avantages que leur assuraient les institutions de leur pays, adoptèrent sans examen les idées d'un écrivain qui voulait leur garantir la liberté la plus absolue de disposer de leurs biens, et qui voyait la cause de la misère et des vices des classes inférieures ailleurs que dans les institutions poIitiques^
M. Malthus ne fut ralenti dans la recherche de la vérité, ni par l'injustice des critiques ni par l'exagération dés éloges. H étudia de nouveau le principe qu'il avait donné pour fondement à son ouvrage ; et plus il en fit le sujet de ses réflexions, plus il en comprit l'importance. U ne s'en était d'abord servi que pour apprécier les théories politiques de quelques écrivains célèbres ; il voulut savoir quelle influence ce principe avait exercée sur les nations aux diverses époques de Thistoire. Après en avoir considéré l'action chez les peuples anciens et chez les hordes les plus barbares, décrite par les voyageurs, il crut devoirajouter les pratiques aux lectures, et à la connaissance des temps passés les leçons vivantes du présent. Il prit le parti d'en aller observer par lui-même l'influence chez quelques-unes des nations de l'Europe, afin de mieux déterminer les conséquence» qu'on pouvait en tirer dans la pratique.
Au printemps de 1799, il partit d'Angleterre, dians l'intention de visiter les peuples du Nord, avec trois de ses amis, membres comme lui du collège de Jésus, à Cambridge.
Au nombre des voyageurs était Edouard-Daniel Clarine, connu par ses voyages dans diverses parties de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Les quatre amis parcoururent ensemble le Danemarck, la Suède, la Norwège et une partie de la Russie. Le journal dans lequel H. Malthus consignait les feits et les observations qui se rattachaient à Tobjet de ses recherches , lut une des sources où puisa Clarke pour la rédaction de ses voyages '• Plus tard, M. Malthus visita la Suisse et la Savoie, dans le but qui l'avait attiré chez les nations du Nord.
Le résultat de ses courses et de ses méditations fut, en 1803, la seconde
* Edward-IkuM OarJu^s trav9k in variims cùmtries of Europe, Asia tmd Afriea; prefiM^e to the 3ib part.
i^H NOTICE
édition de son Eaai $ur le principe de la populatia» *, Cette édition differait tellement de la première, que l'auteur l'aurait présentée comme un ouvrage entièrement nouveau, s'il n'avait pas voulu se dispenser de ren** voyer continuellement ses lecteurs aux parties peu nombreuses de lu première, qu'il voulait conserver et qu'il fit entrer, en conséquence, dans la composition de la seconde. En publiant celle-ci, M. Maltbus cessa de garder Tanonyme, et les attaques auxquelles la première avait donné lieu redoublèrent de violence. L'esprit de système et l'esprit de parti se liguèrent contre un écrivain qui tendait à substituer l'observation rigou-* reuse des faits à de vaines spéculations, et à faire reposer mnsi la science sur une base inébranlable* #
Il existe peu d'ouvrages aussi célèbres que V Essai sur le principe de la population; il en est peu dont on ait parlé davantage et sur lesquels des gens qui ne sont pas sans instruction aient porté, et portent encore tous les jours, plus de jugements erronés. Les fausses idées qu'en donnèrent, il y a plus de trente ans, des écrivains populaires qui se croyaient intè* ressés h le déprécier, se sont répandues dans le monde et sont devenues, chez un certain nombre de personnes, des préjugés invétérés. Souvent . on entend avec surprise des hommes qui, ne l'ayant jamais lu et ne. connaissant aucune des critiques qui Tassaillirent au moment où il parut, répètent avec assurance, comme des vérités universellement admises, les accusations les plus mal fondées dont il fut alors Tobjet. D'autres, le ju-* géant ou sur des fragments isolés ou du moins sur une lecture très*supeF* ficielle, ont pris la peine de réfuter des opinions qu'ils y supposaient, mais qu'on y chercherait en vain, et qui sont même contraires à celles que Tauteur professe.
Les observations sur lesquelles H. Maltbus avait fondé sa théorie sont fort simples, et la vérité en peut être diffloilement contestée. Tous les êtres animés tendent par leur nature à se multiplier à l'infini, et leur multiplication n'aurait, en effet, aucun terme, si les uns ne fkisaient pas obstacle à Taccroissement des autres, et s'ils ne manquaient ni de place ni de nourriture. Les hommes sont soumis aux mêmes lois ; ils éprouvent, en général, la même tendance que toutes les autres espèces vivantes. La nation la moins nombreuse, si la terre n'avait pas d'autres habitants, suffirait pour la peupler entièrement dans un certain nombre de siècles. II ne lui faudrait même pas un terme très-long, si les moyens d'existence pouvaient se multiplier aussi rapidement que les hommes.
< Un yol. ia-4*. Malihas indique dans une seconde préface, que nous a?ons reprotloite auiii dans cette nouveUe édition, p. 1, les recherches qa'U avait entreprises et les changements quMi crut devoir faire à son premier travail.
Godwin, dans sa réfutation (V. 1, note)^ et la plupart des adversaires de Maithus qui, d'ailleurs, lui ont emprunté presque tous leurs arguments, ont surtout dirigé leurs attaques contre deux passages de Tédition de 1S03. Maithus en a maintenu un (?• p. 5i((); mais Tautre ne se trouve plus dans la dernière ^itioo. Nous la reproduisons à l*ilvant-Propos (p. tiii). {Jph, G.)
SUR LA YIE ET LES TRAVAUX DE MALTHUS. ^m
Cette tendance de tous les êtres animés à se multiplier à l'infini avait été observée depuis longtemps par des philosophes ; mais avant M. Halthus personne n'avait cherché, soit à faire voir Finfluence qu'elle avait exercée sur la destinée des peuples, soit à déterminer les causes parti-^ culières qui avaient tenu chaque nation au niveau de ses moyens d'existence, soit à déterminer les proportions d'accroissement de la population et des subsistances, soit enfin à rechercher les conséquences pratiques qu'on pouvait déduire de ces phénomènes.
En observant la marche qu'avait suivie dans son accroissement la population des États anglo-américains, H. Maltbus trouva que, durant un siècle et demi, elle avait doublé tous les ving^-cinqans. Il admit donc en principe qu'un peuple porte en lui-même la puissance de se multi* plier tous les vingt-cinq ans dans une progression géométrique^ et qu'A suivrait, en effet, une telle progression dans son accroissement, s'il ne manquait ni de place ni de subsistances. Considérant {ensuite la proportion dans laquelle un peuple pouvait, à l'aide d'une meilleure culture, ac^ croître ses moyens d'existence, il lui parut que tous les efforts de l'indus* trie humaine parviendraient à peine à leur faire suivre une progression arithmétique dans chaque période de vingt-cinq ans, et que même il arriverait un moment où toute augmentation serait impossible. De là il tira la conséquence qu'une population qui ne suivrait aucune règle de prudence dans son accroissement, se verrait sans cesse ramenée au niveau de ses ressource^ naturelles par la force des choses.
La tendance de l'espèce humaine à se multiplier à l'infini étant admise comice un fait établi, M* Mahhus rechercha par quels obstacles particuliers la population de chaque pays avait été arrêtée dans sou ac* croissement. Il crut voir que partout, après s'être élevé au niveau des subsistances qu'il lui avait été possible de se procurer, elle avait| été- arrêtée pu par la misère, ou par la crainte des malheurs qui l'accompagnent, A tous les degrés de barbarie et de civilisation, sous tous les climats et sous toutes les formes de gouvernement, chez les peuples de toutes les races, les mêmes phénomènes se présentèrent à ses yeux. U lui sembla que partout une partie de la population, tendant à se multiplier plus vite que ses moyens d'existence, était sans cesse moissonnée par la &im, le défaut de vêtements ou d'abri, les maladies ou les vices qu'engendrent la pauvreté, et souvent par la guerre. U fut surtout frappé de voir que, lorsqu'une grande calamité, comme la peste, par exemple, avait fait périr, dans un pays quelconque, un nombre considérable d'habitants, sans attaquer la source de ses richesses, la population s'était rapidement élevée à son premier niveau et l'avait même souvent dépassé.
M. Malthus tira de ces observations des conséquences nombreuses et importantes. La première, c'est qu'il n'était pas possible de soulager, d'une manière efficace, par des distributions gratuites et régulières, les maux que la pauvreté produit, quand elle résulte d'une disproportion entre raccroissement de certaines classes de la population et l'accrois-