SCENE IX
ARVED, DUBREUIL, MALVINA, entrant par la gauche.
DUBREUIL
Approche, approche, mon enfant... voici un beau militaire qui t’attendait avec impatience.
Malvina.
Je suis enchantée , monsieur, de votre heureux retour... dans notre famille.
ARVED.
Monsieur!., eh! mais, cousine, j’ai cru que tu allais... je yeux dire, que vous alliez , comme ma petite Marie , me traiter sans cérémonie , et en cousin . . .
DUBREUIL
11 a raison. . . entre cousins on s’embrasse, c’est par-là que l’on commence.
MALVINA
Oui . . . quand nous étions enfans ; mais maintenant que nous sommes raisonnables... Arved, j’en suis sûre, ne tient pas plus que moi à ces vaines démonstrations.
Air : J’en guette un petit de mon âge.
Mon cousin , qu’ici je retrouve, tS’en a pas besoin dans ce jour ;
( Lui tendant la main. )
Pour croire au plaisir que j’e'prouvc
En le voyant parmi nous de retour.
DUBREUIL, parlant.
Une poignée de main. . . à la bonne heure. ( Tl pause à la droite d' Arved et lui dit bas.)
Vois-tu, mon clier, c’est à l’anglaise.
A Londre, on s’aime , et l’on s’embrasse ainsi.
Arved , de même.
J’aimerais mieux , je vous l’avoue ici ,
Que l’on m’aimât à la française.
DUBREUIL
Ah ça! mon garçon , nous avons tantôt une partie de chasse, qui ne me plaisait pas beaucoup. . . mais te voilà, elle me convient. . . parce que tu nous accompagneras; et tu verras ma hile qui est une intrépide amazone... qui n’a peur de rien. . . cela doit te faire plaisir à toi, à un militaire.
ARVED.
Eh mais ! je ne déteste pas les femmes qui ont peur.. . Pardon. . . mon ancienne franchise qui revient.
Air : Ce que /’ éprouve en vous voyant.
Il me sied mal , grave censeur.
De me permettre ici le blâme.
• MALVINA
Parlez, de grâce. . .
ARVED.
D’une femme
La faiblesse plait à mon cœur.
Mais, quand son amc peu craintive Hardiment brave le danger,
Rien ne peut nous dédommager; Car son courage, hélas! nous prire Du bonheur de la protéger.
MALVINA
Monsieur sera-t-il des nôtres?
ARVED.
Si cela peut vous faire plaisir.. . si je suis nécessaire.. . mais vous ne comptiez pas sur moi ; et , si vous voulez bien me le permettre, j’aime autant rester ici.
DUBREUIL
Comment î tu as refusé ma fille . . . mais c’est la première fois que cela lui arrive.
ARVED.
J’espère que ma cousine ne m’en voudra pas... j’arrive... je suis fatigué. . . nous avons marché toute la nuit; et, en enfant de la maison , je vous demanderai la permission de dormir quelques heures , avant le dîner.
MALVINA
Vous ôtes le maître.
D’ailleurs , cousine , je crois que vous n’aurez pas beau tems pour votre chasse ... le ciel est couvert. . . et je crains de la pluie.
MALVINA
Vous , un militaire ! qui par état devez braver tous les élémens.
AltVED.
Oui , quand il le faut. . . raison de plus pour s’en priver quand il ne le faut pas.
DUBREUIL
11 a raison; ce n’est pas chez soi qu’il faut se gêner. . . ainsi, mon garçon, liberté entière, et je t’en donne l’exemple.. . Je vais écrire à M. de Barcnlin la lettre en question. {A Mahina.) Viens-tu, mon enfant?
MALVINA
Non , mon père ... je reste : je tiendrai compagnie à mon cousin.
DUBREUIL
II serait possible ! {Bas à Arved.) Jamais je ne l’ai vue aussi aimable pour personne. {Haut.) Eh bien! mes cn-
fans, causez ensemble. ( Bas à Arved.) Cela va à merveille... j’en étais sûr. (// entre dans l’appartement à droite .)