‹ Malvina ou un mariage d'inclinationChapitre 14 sur 34 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

ARVED, DUBREUIL, MALVINA, entrant par la gauche.

DUBREUIL

Approche, approche, mon enfant... voici un beau militaire qui t’attendait avec impatience.

Malvina.

Je suis enchantée , monsieur, de votre heureux retour... dans notre famille.

ARVED.

Monsieur!., eh! mais, cousine, j’ai cru que tu allais... je yeux dire, que vous alliez , comme ma petite Marie , me traiter sans cérémonie , et en cousin . . .

DUBREUIL

11 a raison. . . entre cousins on s’embrasse, c’est par-là que l’on commence.

MALVINA

Oui . . . quand nous étions enfans ; mais maintenant que nous sommes raisonnables... Arved, j’en suis sûre, ne tient pas plus que moi à ces vaines démonstrations.

Air : J’en guette un petit de mon âge.

Mon cousin , qu’ici je retrouve, tS’en a pas besoin dans ce jour ;

( Lui tendant la main. )

Pour croire au plaisir que j’e'prouvc

En le voyant parmi nous de retour.

DUBREUIL, parlant.

Une poignée de main. . . à la bonne heure. ( Tl pause à la droite d' Arved et lui dit bas.)

Vois-tu, mon clier, c’est à l’anglaise.

A Londre, on s’aime , et l’on s’embrasse ainsi.

Arved , de même.

J’aimerais mieux , je vous l’avoue ici ,

Que l’on m’aimât à la française.

DUBREUIL

Ah ça! mon garçon , nous avons tantôt une partie de chasse, qui ne me plaisait pas beaucoup. . . mais te voilà, elle me convient. . . parce que tu nous accompagneras; et tu verras ma hile qui est une intrépide amazone... qui n’a peur de rien. . . cela doit te faire plaisir à toi, à un militaire.

ARVED.

Eh mais ! je ne déteste pas les femmes qui ont peur.. . Pardon. . . mon ancienne franchise qui revient.

Air : Ce que /’ éprouve en vous voyant.

Il me sied mal , grave censeur.

De me permettre ici le blâme.

• MALVINA

Parlez, de grâce. . .

ARVED.

D’une femme

La faiblesse plait à mon cœur.

Mais, quand son amc peu craintive Hardiment brave le danger,

Rien ne peut nous dédommager; Car son courage, hélas! nous prire Du bonheur de la protéger.

MALVINA

Monsieur sera-t-il des nôtres?

ARVED.

Si cela peut vous faire plaisir.. . si je suis nécessaire.. . mais vous ne comptiez pas sur moi ; et , si vous voulez bien me le permettre, j’aime autant rester ici.

DUBREUIL

Comment î tu as refusé ma fille . . . mais c’est la première fois que cela lui arrive.

ARVED.

J’espère que ma cousine ne m’en voudra pas... j’arrive... je suis fatigué. . . nous avons marché toute la nuit; et, en enfant de la maison , je vous demanderai la permission de dormir quelques heures , avant le dîner.

MALVINA

Vous ôtes le maître.

D’ailleurs , cousine , je crois que vous n’aurez pas beau tems pour votre chasse ... le ciel est couvert. . . et je crains de la pluie.

MALVINA

Vous , un militaire ! qui par état devez braver tous les élémens.

AltVED.

Oui , quand il le faut. . . raison de plus pour s’en priver quand il ne le faut pas.

DUBREUIL

11 a raison; ce n’est pas chez soi qu’il faut se gêner. . . ainsi, mon garçon, liberté entière, et je t’en donne l’exemple.. . Je vais écrire à M. de Barcnlin la lettre en question. {A Mahina.) Viens-tu, mon enfant?

MALVINA

Non , mon père ... je reste : je tiendrai compagnie à mon cousin.

DUBREUIL

II serait possible ! {Bas à Arved.) Jamais je ne l’ai vue aussi aimable pour personne. {Haut.) Eh bien! mes cn-

fans, causez ensemble. ( Bas à Arved.) Cela va à merveille... j’en étais sûr. (// entre dans l’appartement à droite .)

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