‹ Maman ColibriChapitre 16 sur 120 · UN BONBON · texte numérisé non relu

UN BONBON

IRÈNE. — Tiens parbleu!... (Un temps.) Mais à part ça, j'étais très bien... Dire que tu ne m'auras pas connue à cette époque!... Quelle drôle de chose que de s'accrocher ainsi à un certain moment de la vie... et que tout le reste ce soit de l'ombre!... Imagine-moi... J'avais, tiens, l'ovale bien plus régulier... les tempes ont l'air de s'être allongées, voistu ? (E^/e se reprend vite, craintivement.) J'étais plus jolie, mais j'avais moins de caractère.

GEORGET. — Oui, je Comprends.

IRÈNE. , — Comme ça change la figure!... Moi aussi, je voudrais savoir comment tu seras... pluis tard... bien plus tard... quand il y aura longtemps que tu ne m'aimeras plus... lorsque nous ne nous connaîtrons plu-Si.

GEORGET. — Méchante !

IRÈNE. — Chut! tais-toi... laisse-moi te

voir une seconde, en fermant les yeux... Ohut.

Elle met ses mains devant les yeux.

GEORGET, riant. — Quelle enfant!

IRÈNE. — Pense aussi de ton côté moi... {Vivement.) Mais à rebours.

GEORGET. — ■ Naturellement.

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Par complaisance, il fait la même chose qu'elle et met sa figure dans ses mains, mais il y a dans les deux poses la différence d'un qui n'y songe pas et de l'autre qui y songe. — Un silence.

GEORGET, interrompant subitement en riant. — Eh bien, tu es rudement mieux, maintenant, il n'y a pas de comparaison !

IRÈNE, avec élan. — Tu me trouves un peu folle, pas?... 0 mon chéri, mon grand amour que je t'adore!

GEORGET. — Pas plus quc je ne t'aime.

IRÈNE, — Bien plus!... bien plus!... Mais qu'importe!... Ah! le bonheur seul de t'aimer me paye. Mon petit, mon petit, comme je te défendi-ais si on voulait te faire du chagrin dans la vie, si tu n'étais pas heureux!... Que je t'aime ! Il y a un vieux reste de maternité da-ns la passion que j'ai de toi... Qu'adviendra-t-il de tout cela, mon Dieu, mon Dieu ? Et où allons-nous?

"> GEORGET. — Tu réfléchis trop, tout le temps... Qu'est-ce que ça tait!

IRÈNE. — Petit, petit, mets ta tête la.

IRÈNE. — Tu as raison. Laissons-nous emporter... Ah! que ça dure ce que ça durera!... Flamber... Puis baste!... Petit, petit, mets ta tête là. Oh! te respirer comme les premières violettes !

Elle l'attire contre son cœur.

GEORGET, dans nn murmure. — Irène.

IRÈNE. — Tout à l'heure, quand ton ombre est apparue sur la vitre, positivement je l'ai

sentie là... dans le dos... elle m'attirait... je me retournais tout le temps inquiète... je n'étais plus à ce qu'on disait... je me suis, presque trahie, par amour d'elle... Ce n'était pas toi et c'était toi tout de même, cette ombre, et quand j'ai été cogner dedans avec le doigt, j'ai eu l'impression de la toucher comme un oiseau... Et devant tout le monde^ instinctivement, par une irrésistible impulsion, je m'en suis si fort approchée que j'ai senti le contact de la vitre, là, sur mes làvires... J'avais baisé ton ombre sans le vouloir.

GEORGET, à voix hosse. — Je te veux ! je te veux!... Tes yeux!... si tu savais... tes yeux!...

Une grande lueur, pâle, dehors j. la fenêtre.

IRÈNE, sursautant. — Oh ! tu n'as pas vu?... un éclair... J'ai eu peur.

GEORGET. — C'est uu éclair de printemps, à l'horizon. Il ne pleut pas...

IRÈNE. — Ferme la fenêtre. Il y a un souffle qui passe sur le boulevard... Tu entends les platanes qui se courbent?... Ferme. J'ai les épaules nues... et ce soir elles sont trop prêtes à frissonner... (Georget se penche sur ces épaules-là, et y pose les lèvres... Irènej. le repoussant, les yeux troublés, avec une voix suppliante.) Non, va-t'en... va-t'en... Ici je suis la mère, Georget, la mère... Et puis Paulot, Paulot au faitî^...

GEORGET. — Il est daiîs sa chambre à travailler.

IRÈNE. — Va voir s'il y est encore.

GEORGET, — Pourquoi ?

IRÈNE. — Si, je veux... va t'assurer qu'il y est... je serai plus tranquille... (*.S'e levant.} Ah! puis, nous sommes fous... Désénervonsnous... pensons à autre chose... Passe-moi un, livre, tiens, n'importe lequel, celui-là. Va, va vite... je t'en supplie. {Georget sort rapidement, par le grand salon; on le voit disparaître. Irène lisant.) Tiens!... Colibri! {Elle se penche curieusement sur le livre.)

Un instant s'écoule ainsi. Puis on voit rentrer Georget... Il considère, de loin, au fond, Irène, qui ne l'entend pas rentrer... Et alors, tout doucement, sur la pointe des pieds, à pas de^ loup, il traverse la pièce et s'approche d'elle, par derrière, pour l'embrasser dans le cou A la porte de gauche, Richard vient d'apparaître. Il s'est arrêté sur le seuil, et regarae son ami traverser de cette étrange façon le salon. Au moment où il s'approche d'Irène, Georget, qui a dû entendre un bruit tourne la tête du côté de Richard et l'aperçoit. Interloqué, il reste la jambe pliée, dans une posture stupide et balancée.

GEORGET, s'efforçant d^être très naturel. — C'est toi? {Souriant et montrant, bêtement, du doigt le chemin parcouru.) J'allais faire peur à ta mère.

GE0R6ET. — C'est toi ? J'allais faire peur a ta mère.

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