‹ Maman ColibriChapitre 23 sur 120 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

IRÈNE. — La pluie.

(Elle a les cheveux presque défaits, le teint animé; sa poitrine se soulève avec force.) Je n'en peux plus! Je suis essoufflée!... Tenez, les voilà vos gants!,.. {Elle tombe sur un fauteuil, près de Georget. A Georget, à voix basse.) Chez nous... pars le premier... Je te rejoindrai...

GEORGET, même jeu. — Donne-moi un prétexte de partir. (Il fait un signe en montrant les gants.) Ils sont jolis maintenant... pleins de terre mouillée.

IRÈNE. — Richard vous en prêtera. N'estce pas?...

RICHARD. — Certainemerit.

Richard a échangé quelques mots avec Paulot qui s'en va.

GEORGET, à la porte, montrant le ciel éclairci. — Qa'est-ce que je disais?

IRÈNE. — C'est vrai? Vite, vite!... Georget, allez détacher le lévrier noir... nous le prendrons avec nous. Et passez devant, par l'allée des noisetiers. Je vous rejoindrai. Je vais mettre mon chapeau,

Georget sort.

IRENE, RICHARD, seuls.

IRÈNE. — Vraiment, je ne te comprends pas... Je ne suis pas fâchée d'avoir envoyé Georget en avant, pour avoir l'occasion de te dire que ton attitude vis-à-vis de ton ami est tou<t à fait inconvenante. On n'a pas idée d'être ours à ce point!... Etnfin, voilà un garçon qui vient nous voir exprès, et se déplace tous les jours de Trouville pour nous tenir compagnie... en somme, c'est très gentil; et tu le traites avec un sans-souci extraordinaire ! Il entre, il sort, c'est pour toi comme s'il n'existait pas... Il finira par se froissear. ^ RICHARD, les joues empourprées. — Tu crois?

IRÈNE. — J'en suis sûre. Et l'on se froisserait à moins. Il est possible que la présence de votre camarade vous ennuie, soît ; mais laissez-le moins paraître, que diable!... Avezvous eu des dissentiments ensemble ? Non, n'est-ce pas?

RICHARD. AUCIHI.

IRÈNE. — Eh bien alors, par égard pour nous tous, je te prie désormais de mieux recev'^oir tes amis.

RICHARD, 5e contenant. — C'est à moi qu« tu parles de la sorte?

IRÈN'E. — A qui voudrais-tu que ce soit? Simple remontrance domestique dont je te prie de tenir compte, voilà tout.

RICHARD, avalant sa rage, les yeux ardents, et -un petit rire nerveux aux lèvres. — T\i exagères, je «rois...

IRÈNE. — Du tout.

RICHARD. — Si, si, tu es très nerveuse depuis quelque temps ; le premier air de la campagne te met trop de joie en tête... C'est ton excuse. Et pour que tu en arrives à me parler SUT' ce ton, c'est que tu as perdu évidemment la notioji dea choses... tu te grises... tu ne vois plus...

IRÈNE, sévèrement. — ■ Richard, veux-tu parler plus poliment à ta mère, s'il te plaît !...

RICHARD. — Si, si, tu perds pied.

IRÈNE. — Richard, assez!... Tu es encore à l'âge de l'obéissance, et je te le montrerai... Puis!... (elle hausse les épaules.) je vais mettre mon chapea-u... J'inviterai probablement à dîner notre ami, et j'espère que tu tiendras compte de mon observation.

Elle se dirige vers la porte de gauche.

RICHARD

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