‹ Maman ColibriChapitre 38 sur 120 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

Les Mêmes, MISS DEACON, GEORGET

MISS DEACON, entrant, suivie de Georget, st écartant d'un joli geste les glycines de Ventrée. — Bonjour, madame... je n'entre qu'une seconde...

IRÈNE. — Mais comment donc!...

MISS DEACON. — J'ai accompagné votre mari jusqu'au bout du jardin, je me sauve!

IRÈNE, bas à M^^ Led/^ux. — Mon mari.. Gredine, va!...

MISS DEACON, c'cst une jolie fiile de vingt

ans, pâle et fine, avec des sveltesses de lévrier. — Je venais seulement vous prier moi-même, de la part de ma mère, de venir chez nous, tout à l'heure, pour l'éclipsé. Nous la verrons bien mieux de la terrasse de notre maison et ma mère a été forcée d'inviter une dame que vous ne connaissez pas, la présidente d'une œuvre très intéressante à Londres, la Ligue des Repentirs momentanés. GEORGET. — J'ai pensé que cela ne t'en-

6E0RGET. — Le petit lapin va me donner

LA ROSE qu'il MACHONNE.

nuirait pas d'accepter l'invitation de miss Deacon ?.,.

IRÈNE. — Du tout, du tout! Ici ou ailleurs... Seulement voilà, vous serez privé du petit éclairage que j'avais préparé poiir faire la nique à la lune.

Elle allume les guirlandes.

MISS DEAGON. — Ah! délicieux! J'indiquerai votre idée à miss Pink... Il faudra faire cela pour le dîner de l'ambassade. Cela complète génialement votre villa-bijou que j'adore.

GEORGET. — C'esi uu joli petit pied en terre (Galant.) mais le vôtre le surpasse.

MISS DEACON. — M. de Chambry a tant fait plaisir à ma mère tout à l'heure en di-

sant des choses si charmantes sur notre maison... et qu'elle était plus tendre que les autres dans le feuillage, avec le bruit gai de sa fontaine et de ses petits oiseaux. Heureusement, nous n'en avons pas cru un mot... Ca' Paiisiens sont si blagueurs!

IRÈNE. — Pas à Alger. (A M"^^ Ledoux.} La canaille ! il a utilisé une phrase que je venais de lui dire.

MIS3 DEACON. — Ce quB je préfère, ee sont les guirlandes mauves.

GEORGET. — Seulement, elles vont se faner tout de suite. «

IRÈNE, entraînant ver.-^ la droite 11™« 7^5doux. — I?emontrez-moi vos éciiantilloas, voulez-vous ?

GEORGET, tas à mîss Veacon qui tient une rose entre ses dents. — Le petit lapin va, me donner la rose qu'il mâchonne.

MISS DEACON. — Preiiez-la.

GEORGET. — Ce n'est pas commode.

MISS DEACON. — Prenez-la comme il me plaît que vous la preniez.

Elle va se placer derrière Irène oui déplie siir ses genoux un des échantillons

Oh ! elles sont jolies, ces petites choses hleues, vertes, rouges...

IRÈNE. — N'est-ce pae.^ C'est tout un petit rêve.

Elle laisse tomber la rose sur les genoux d'Irène. Il y a un mouvement d'hésitation. Georget hésite à la prendre. La rose reste une seconde sur les genoux d'Irène.

GEORGET. — Oh! pardon...

îl ramasse finalement la rose et la fourre dans la poche de son veston.

MISS DEACON, vivement. — M. de Chambry ne s'intéresse pas aux choses artistiques. Regardez comme ils sont curieux, ces dessins.

GEORGET. — Je les ai déjà vus.

IRÈNE, pâle, leur passant les étoffes. — Pas assez... pas assez... (Elle remonte hrusquement vers la fenêtre en entraînant ^jme Jjedouj'.) Tenez... venez voir, madame Ledoux... Je vais vous expliquer, d'après ce que j'ai lu dans lé journal, ce qui va se passer... Ici, vous voyez, elle va décrire un cercle, et juste à côté de cette petite étoile toute petite, alors...

MADAME ledoux. — Ah! oui... celle qu'on voit à peine ?

Elles sont toutes deux de dos à Georget et a misa Deacon.

IRÈNE, bas à j\I^° Ledoux, sans se retourner. — Admirez comme mon visage n'a pas sourcillé... Et ce sera toujours pareil... toujours... je le jure par ce heau ciel... Ainsi, à ce moment, savez-vous ce qu'ils font? Voulez-vous que je vous le dise?

MADAME LEDOUX. — Oui.

Georget et Miss Deacon se font des signes

IRBINE, toujours sans se retourner, pointant son doigt vers le ciel. — Mais paraisses

vivement intéressée piar la lune... Ils se rega,rdcint longuement... sans rien dire... ils se pressent les mains, avec la peur, la délicieuse peur de moi... je le sens, j'en suis sûre... Ils font comme nous faisions, Georges et moi autrefois. C'est leur tour maintenant!... c'est de moi, maintenant, qu'on se crache... (Georges et Miss Deacon se sont rapproches Viin, de Vautre et se pressent la main.) Je souffre !... Je sens mes jambes flageoler et quelque chose de lourd qui m'étreint et quii fait si mal... si mal... Eh bien, je vais me retourner lentement, naturellemeint, en leur laissant tout le temps de se détacher et il ne paraîtra rien sur mon visage, rien que le sourire le plus parfait et i'indifïéreîice la plus heureuse... regardez... [Elle se retourne très lentement, en sorte que Georget et la petite se sont détachés. Irène, avec nn sourire exquis à miss Deacon.) Et ne changez surtout pas cette robe qui va si délicieusement avec le ton de vos cheveux et la couieur du soir. (Et avec le même sourire, elle se retourne encore vers J/™® Ledoux et Iv'i dit ;) Vous voyez, ce n'est pas plus difficile que ça.

MISS DEACON. — Madame de Chambry me gâte toujours.

IRÈNE. — Comme c'était délicat et impressionnant le son de votre banjo, hier au soir, à travers les bosquets du jardin !

MISS DEACON. — Oh ! VOUS pouvez supporter mon petit banjo?... Cela ne vous horripile pas? Quand j'en joue, c'est pouf m'amuser... Vous ne prenez pas cela au sérieux au moins P Le violon... c'est pathétique... j'aime.

GEORGET. — Nous aimous bien aussi l'autre.. N'est-ce pas, Irène?

MISS DEACON. — Oh ! je ne joue avec que ces navrantes romances anglaises si bêtes, si vulgaires... Elles n'ont pas de sincérité...

IRÈNE. — Cela m'est complètement égal... J'aime, moi, la musique italienne de M. Tosti.

MISS DEACON. — Oh! l'horrour!... Ce que je chantais hier, peut-être P.. .

« Era qua l'ora che volge... »

Elle chantonne. '

IRÈNE. — Oui, c'est cela.

MISS. DEACON. — Je u'aime pas cet air... Il n'a pas de sincérité.

IRÈNE, has à J/™« Ledoux. — Que veutelle dire par là? Ce doit être une allusion que nous ne comprenons pas.

MISS DEACON. — J'cnteuds ma mè-re qui m'appelle... Excusez-moi... A tout à l'heure... (Elle prend congé. Serrements de mains, Georget Vaccompagne jusqWà la porte... A voix basse, sur le seuil.) Georget... Dearest!...

GEORGET, même jeu. — Quoi?...

MISS DEACON. — Tout à l'hcure, écoutez...^ je vais chanter pour vou^, pendant quje voua attendrez la lune, ici... comme moi... Selon que je sentirai que je pense à vous ou non... je jouerai du banjo ou du violon.

GEORGET. — Si c'est du banjo I'

MISS DEACON. — Si c'est du banjo, je me moque... vous savez bien.

GEORGET. — Si c'est du violon?

Mibâ DEACON. — Alors, je vous aime, et Je pense beaucoup à vous.

Elle 3orfc.

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