DESCRIPTION DU SQUELETTE
La tête présente la conformation ordinaire des baleines à aileron, e’est-àdire que le rostre est presque droit, les os intermaxillaires déprimés et fortement écartés autour des fosses nasales, le frontal très-large et court, à peine visible sur la ligne médiane et les maxillaires inférieurs courbés, mais non tordus au bout sur eux-mêmes.
La tête, vue par sa face supérieure, se distingue surtout par la grande largeur du frontal et la ligne oblique que forme son bord antérieur.
Le bout du rostre a la forme d’une carène.
Les os propres du nez sont fortement échancrés en avant et affectent la forme d'un coin.
L'occipital est fort rétréci en avant entre les os frontaux.
Les caisses du tympan sont restées en place; elles
Coupe du bout du rostre
affectent la forme ovale, non comprimée, et se distinguent par leur dimension. Chaque caisse mesure dans son plus grand diamètre 126%%, et dans son diamètre transverse 82",
Nous n'avons rien à dire des osselets de louie, qui sont restés en place. Ils ne présentent, du reste, rien de particulier dans d’autres individus.
L’os hyoïde présente, à son bord antérieur, deux apophyses assez saillantes et deux tubercules à son bord postérieur; il est déprimé au milieu. Les cornes sont, comparativement à celles de la Balæna mysticetus, fortes et longues. Les grandes, comme les petites, sont terminées par un cartilage.
La colonne vertébrale a été coupée en tronçons, ce qui a permis de prendre la mesure exacte, après l’arrivée du squelette à Louvain.
Le premier tronçon était formé de neuf vertèbres dorsales et mesurait 1,59.
Le second comprenait sept vertèbres et mesurait 1,65.
Le troisième, formé de sept lombaires, mesurait 17,84.
Le quatrième, de cinq lombaires, mesurait 1,45.
Le premier troncon caudal, formé de quatre vertèbres, mesurait 1",24.
Le second caudal, formé de cinq caudales, mesurait 1,57.
Le troisième et dernier, formé de dix-sept, mesurait 2",66.
Ce qui fait que la colonne vertébrale, depuis la première dorsale jusqu’à la dernière caudale, mesurait 12 mètres.
La formule vertébrale est : cervicales 7, dorsales 14, lombaires 15, caudales 25— 61.
C'est le même nombre que nous trouvons dans le squelette d'Anvers, dans celui du Muséum de Paris, qui provient de l'embouchure de la Seine, d'Alexandra-Park, à Londres, de Pevensey-Bay, qui est à Cambridge.
Celui du Texel comme celui du Katwijk, de Charmouth et d’autres n’ont que 60 vertèbres.
Celui des Orcades a une vertébre de plus que le nôtre, c’est-à-dire 62.
Plusieurs squelettes en ont moins et assez souvent toutes les vertèbres de la queue manquent, comme dans le squelette de Plymouth (British Museum (54) ou de l'ile de Wight (54), où les dernières seules font défaut comme dans le squelette d’Ostende qui en à 58.
Le squelette de Gravesend a 7, 15, 15 et 21—58, ce qui montre évidemment que les quatre caudales, probablement les quatre dernières, manquent.
L'atlas et l’axis sont les seules vertèbres sans épiphyses ou disques; depuis la troisième jusqu'à la dernière, à peu près, toutes les épiphyses se détachent par la macération. Nous ne trouvons même pas, sous ce rapport, une différence entre les vertèbres caudales et les dorsales.
Ces épiphyses ont un caractère particulier dans chaque région et l’on pour-
rait déjà les reconnaitre à leur épaisseur : celles du cou sont les plus minces, celles de la queue sont les plus épaisses.
Celles du cou sont également plus larges que hautes, tandis que celles de la région caudale ont, à peu près, le même diamètre dans tous les sens.
Elles diffèrent aussi, quoique légèrement, selon qu’elles recouvrent la face antérieure où la face postérieure des vertèbres. À la face antérieure, elles sont plutôt un peu plus concaves, et à la face postérieure, un peu plus convexes, disposition qui rappelle les vertèbres des Reptiles ainsi que les cervicales des Ruminants.
Ces disques augmentent dans tous les sens jusqu'aux premières caudales; ils diminuent ensuite lentement, puis brusquement, jusqu'à la dernière.
À ce changement brusque, on connait les vertèbres qui sont logées dans la nageoire caudale.
Le corps des dernières dorsales présente, à son bord inférieur et postérieur, une saillie correspondant à la carène de ces vertèbres; les caudales ont une saillie double, en rapport avec les os en F.
De toutes les vertèbres, c’est la cinquante-cinquième seule dont les épiphyses, en avant comme en arrière, sont le plus complétement soudées; c’est à peine si l’on trouve encore des traces de la réunion.
L'atlas est remarquable sous divers rapports; l'arc inférieur présente en arrière un tubereule assez fort qui n’est qu'une prolongation de la face inférieure ; cette face inférieure qui indique l'épaisseur de la vertèbre mesure, d'avant en arrière, 13 centimètres. En avant, l'arc inférieur présente une échancrure entre les deux surfaces articulaires.
L’arc supérieur porte en haut une apophyse peu saillante, sous forme de crête; en avant il existe de chaque côté une forte échancrure sous laquelle on voit un grand trou qui livre passage à lartère verté-
brale. En arrière, en dessous de la crête, existe une double surface articulaire.
Le trou vertébral à la forme ordinaire d’un biscuit légèrement étranglé au milieu, et un peu plus large en dessus qu’en dessous.
Les deux surfaces articulaires antérieures sont fort grandes, se touchent en dessous et laissent entre elles, au côté du trou vertébral , un espace triangulaire.
Les deux surfaces articulaires postérieures sont beaucoup moins régulières et se fondent l'une dans l’autre par une bande assez large, mais à limites moins bien circonscrites, surtout du côté du trou vertébral.
Les apophyses transverses sont très-développées; elles s'étendent en se dirigeant d’abord un peu d’arrière en avant, puis forment une courbure plus forte d'avant en arrière, qui se termine par un gros bout dirigé légèrement en dehors. Ces apophyses occupent, à peu près, le milieu de la hauteur de la vertèbre. En avant, cette apophyse est bombée; en arrière, elle est régulièrement creusée au centre.
Ces apophyses montrent, à leur extrémité, une surface très-irrégulière qui indique l'insertion de forts ligaments.
Chaque apophyse mesure, depuis le bord de la surface articulaire , 15 centimètres en longueur.
Les surfaces articulaires antérieures et postérieures du corps de l’atlas sont couvertes d’une même couche de cartilage qui représente le disque épiphysaire des vertèbres.
En comparant cet atlas avec celui des autres Balénoptères, nous avions cru d’abord que le grand développement des apophyses transverses pouvait être considéré comme propre au mâle; mais nous avons trouvé cette même disposition dans des femelles.
Les autres différences que l'on observe en comparant les dessins qui ont été publiés , c’est que les surfaces articulaires antérieures laissent ordinairement un plus grand espace entre elles, que le trou vertébral est comparativement plus étroit, en dessous surtout, et que l'apophyse transverse a une direction moins régulièrement courbée d’arrière en avant à la base et d'avant en arrière vers le bout libre.