‹ Mammals. 1860-1879Chapitre 21 sur 32 · DESCRIPTION DU SQUELETTE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU SQUELETTE

Nous commencerons notre étude par la description de la tête. Si l’on compare la tête de notre Sotalia à celle des autres Delphinides, on remarque tout d’abord le grand développemeut du crâne dans tous les sens

et le peu de longueur relative du rostre. Ce fait ressort de l'examen des mesures que nous avons prises et que nous reproduisons ici :

MURS à Longue GENRE à à MEN — AUPOS ILES A en ee NE NO 105 ee Diamètre antéro-postérieur de la cavité erânienne. . . . . . 0,100 — Largeur du crâne entre les deux fosses temporales . . . . . 0,150 — — aux apophyses zygomatiques du temporal. . . . . . 0,56 — Hauteur du crâne depuis la gouttière pharyngienne jusqu’à la voûte. 0,110 — Largeur du rostre à l'insertion des dernières dents. . . . . . 0,052 — HAUTEUDAUIMENME DONNER EN PE OU E Réenocoipiial hauteur: 2 200 PE ME RO DO — — HSE lbmenes D UE à & à 6 La OM — Cars eGRIUNICoNTYIeLUCCIDIAIE EEE 000 Plus grand diamètre du condyle. . . . . . . . . . . . 0058 —

Comme c’est le cas chez la plupart, sinon chez tous les Delphinides, la tête de notre animal est fort dissymétrique. Les fosses nasales dévient vers la gauche dans la partie supérieure de leur trajet; une section médiane de la tête couperait en deux parties la fosse nasale droite. L'intermaxillaire droit s'élève beaucoup plus haut que celui de gauche et il est beaucoup plus large en arrière !. La crête antéro-postérieure formée au sommet de la tête par l'interpariétal, crête qui vient se terminer au-dessus des orifices antérieurs des fosses nasales par les os propres du nez, est située sur le côté gauche de la tête et la direction qu’elle suit est oblique d’arrière en avant et de dedans en dehors.

Pour faciliter la description de la tête osseuse, nous la diviserons en deux parties : le crâne et le rostre, et nous admettrons comme limitant le rostre en arrière , un plan vertical mené par le bord antérieur des os jugaux.

Nous décrirons successivement : 1° la face inférieure ou base du crâne ; 2° sa face postérieure; 3° ses faces latérales; 4° sa face supérieure.

BASE DU CRANE. — Avant de faire la description de la tête de notre nouvel animal, nous avons voulu nous rendre un compte exact de toutes les particu-

! La partie postérieure de ces os, au lieu de regarder directement en avant, est inclinée vers la droite.

larités osseuses de la tête des Delphinides et plus particulièrement de celles qui donnent à la base du crâne des Dauphins un facies si différent de celui des autres mammifères. Nous avons reconnu bientôt que la plupart des erêtes, des lames osseuses et des cavités qui donnent à la face inférieure du crâne des Delphinides son caractère distinctif n’ont guère attiré l'attention des anatomistes, et la plupart de ces organes ne portent pas de nom. La cause en est que l'on n’a guère cherché jusqu'à présent la raison d’être de ces éléments en les rattachant aux parties molles; on leur a accordé peu d’importance, parce que l’on ne connaissait pas leur signification. On eût reconnu sans peine, comme nous l’avons fait nous-même , que toutes ces crêtes el ces lames osseuses, ces trous et ces cavités sont en rapport avec des sinus dépendant de l'oreille moyenne et que si le crâne des Delphinides diffère tant de celui des autres mammifères, c’est avant tout parce qu'il s’est adapté à des conditions anatomiques toutes particulières de l'appareil auditif. La cavité de l'oreille moyenne ne s’est pas seulement développée dans une conque auditive volumineuse; elle s’est étendue en un large système de sinus membraneux, qui n’ont pas d’homologues chez les autres mammifères. Ces sinus remplissent toutes les fosses et toutes les cavités de la base du crâne ; ils ont même envahi un long canal situé sous les maxillaires, à la face supérieure des frontaux. Le fonctionnement régulier de ces sinus en communication les uns avec les autres et avec la caisse tympanique demandait que ces sacs aériens fussent en contact avec les os par la plus grande surface possible ; de là la formation des lames osseuses et des crêtes nombreuses que l’on observe à la base du crâne des cétacés. Toutes ces particularités ont une grande importance pour la physiologie de l'appareil auditif; et il est nécessaire de faire remarquer leurs caractères et de les dénommer pour pouvoir donner une description exacte de la tête d’un Dauphin. Ces organes sont pour la plupart propres aux Delphinides, tout comme les caractères de l'appareil auditif. Je ferai la description de la base du erâne en prenant pour type notre Sotalia Brasiliensis, et je m'occuperai ensuite de l'étude des caractères qui distinguent la base du crâne de notre animal au point de vue générique et spécifique.

Ce qui frappe tout d’abord, lorsque l'on jette un coup d'œil sur la face inférieure de la tête d’un Delphinide , c’est l'existence de deux lames osseuses antéro-postérieures de deux crêtes énormément développées, convexes en dedans, concaves en dehors, qui descendent de la face inférieure de loccipital et du basisphénoïde pour se continuer en avant avec les ptérygoïdiens, en arriére avec les occipitaux latéraux. Je propose de désigner ces crêtes sous le nom de lames basiptérygoïdes.

Ces crêtes constituent des cloisons de séparation entre une large gouttière médiane qui loge le pharynx et que j'appellerai gouttière pharyngienne et deux cavités latérales fort étendues au fond desquelles se voit en arrière le pétro-tympanal !, et auxquelles on peut donner, à raison des rapports qu’elles affectent avec les dépendances de l'oreille moyenne, le nom de grandes cavités des sinus auditifs.

La grande gouttière pharyngienne est plane à sa partie postérieure, immédiatement au-devant du trou occipital. Plus avant elle devient une vraie gouttière limitée sur les côtés par les lames basiptérygoïdiennes, en haut par le corps de l’occipital et le basisphénoïde; à sa terminaison antérieure la gouttière se rétrécit et se bifurque en deux branches, séparées lune de l’autre par la lame perpendiculaire de l’ethmoïde recouverte par le vomer ; ce sont les fosses nasales.

Les grandes cavités des sinus auditifs sont limitées en dedans par les lames basiptérygoïdes; en arrière par la partie postérieure contournée en dehors de ces lames, et par des prolongements verticaux dépendant des occipitaux latéraux, les lames occipitales descendantes, habituellement appelées paraoccipitaux; en dehors par ces mêmes lames occipitales auxquelles font suite les os squameux; ceux-ci portent, à leur face antérieure et inférieure, la surface articulaire pour recevoir le condyle de la màchoire inférieure. La lame basiptérygoïdienne, le paraoccipital et le squameux forment ensemble une cloison verticale contournée à concavité antérieure; ces os constituent les parois verticales de la grande cavité des sinus auditifs.

1 J'emploierai indifféremment les noms de pétro-tympanal ou de tympano-périotique pour désigner l'os de la base du crâne qui est formé par la réunion du rocher ou périotique ct du tympanique ou tympanal. Ces noms proposés par Huxley, si je ne me trompe, ont cours aujourd’hui dans les travaux de tous les cétologues et plus particulièrement dans ceux des anglais.

En dehors, en haut et en avant cette cavité est largement ouverte ; elle se continue insensiblement avec la cavité temporale et avec la cavité orbitaire.

En avant et en dedans, la grande cavité des sinus se continue en une gouttière située en dehors des lames basiptérygoïdes. Celle-ci se divise bientôt en deux branches : l’une descendante pénètre entre le ptérygoïdien et le palatin ; elle se développe en une cavité située immédiatement au-devant et en dessous des orifices postérieurs des fosses nasales; elle est principalement constituée par les lames contournées du ptérygoïdien ; elle à reçu le nom de fosse postpalatine (Huxley et Flower). L'autre branche, ascendante, monte le long de la face inférieure des orbito-sphénoïdes et du frontal et conduit dans une large cavité que l’on pourrait appeler l'arrière-cavité des orbites.

La voûte de la grande cavite des sinus manque en partie en arrière. Là se voit, quand on a enlevé la caisse tympanique et le rocher, un large trou, de forme irrégulière, situé entre le basioccipital, le basispénoïde, les oecipitaux latéraux, les alisphénoïdes et le pariétal, recouvert à son angle inférieur et postérieur par le squameux. Ce trou est en partie fermé par le rocher relié à tous les os qui le circonscrivent par du tissu fibro-élastique. On pourrait l'appeler le grand trou otique.

Quand le rocher est en place, la plus grande partie du trou otique est fermée; cependant il reste en arrière une lacune limitée en avant par le rocher, en arriére et en dedans par loccipital. C’est le trou déchiré postérieur qui livre passage aux nerfs pneumogastriques, au glossopharyngien et à l'accessoire de Willis ; à côté se trouve le trou par lequel sort la veine jugulaire interne. Le trou déchiré postérieur n’est donc qu'une partie du trou otique. À l'extrémité antérieure et interne du trou otique se voit le trou déchiré antérieur habituellement confondu avec la fenêtre ovale.

Huxley a fait remarquer que le trou que nous proposons de désigner sous le nom de trou otique est souvent très-réduit chez les Delphinides et alors le pétro-tympanal est en grande partie expulsé des parois erâniennes et refoulé sous le crâne !.

En avant le grand trou otique est limité par les grandes ailes du sphé-

! Elements of comparative anatomy, 186%, p. 276.

noïde ou alisphénoïdes. Près des lames basiptérygoïdes on observe dans cet 0$ un trou qui livre passage à la carotide interne ; plus en dehors se voit le trou ovale pour le passage du nerf maxillaire inférieur. Le bord antérieur des grandes ailes délimite en arrière une grande fente transversale qui, dans sa partie interne, correspond au trou grand rond et livre passage au nerf maxillaire supérieur; dans sa portion moyenne elle représente la fente sphénoïdale et‘ laisse passer les nerfs de l'orbite; enfin la partie externe de cette fente livre passage au nerf optique. De cette manière le trou grand rond, la fente sphénoïdale et le trou optique généralement distinets et situés l’un près de l’autre se confondent ici en une grande fente située entre les alisphénoïdes et les orbito-sphénoïdes. Cette fente livre passage aux nerfs de la seconde, de la troisième, de la quatrième, de la sixième paire et à deux des trois branches du nerf trijumeau.

Les orbito-sphénoïdes sont divisés par une crête obliquement dirigée, en avant et en dehors, en deux parties; lune, externe, est creusée en gouttière pour le passage du nerf maxillaire supérieur et se rattache à l'orbite ; l’autre, interne, se rapporte à la grande cavité des sinus auditifs; elle forme la voûte d'une gouttière qui se divise bientôt en une branche descendante et une branche ascendante.

Les fosses postpalatines, auxquelles aboutit la corne descendante de la grande cavité des sinus auditifs, sont énormément développées. Elles sont limitées en dedans par la lame interne des ptérygoïdiens, en avant par les palatins ; en dehors par la lame externe des ptérygoïdiens et surtout par une lame osseuse mince et fragile qui dépend du palatin et que l’on pourrait appeler la lame papyracée du palatin. La lame interne du ptérygoïdien se continue en arrière avec la lame postérieure de cet os et celle-ci forme la partie antérieure des lames basiptérygoïdiennes.

La corne ascendante de la grande cavité des sinus auditifs s'élève à la face antérieure des orbito-sphénoïdes et puis du frontal en décrivant une courbe à convexité antérieure, toute semblable à celle que forment les fosses nasales. Ces cornes ascendantes ne sont du reste séparées des fosses nasales que par une cloison osseuse fort mince, dépendant en partie du palatin, en partie du maxillaire supérieur. Cette corne ascendante aboutit à une large

cavité de forme irrégulière que j'ai appelée l'arrière-cavité des orbites. Cette cavité est limitée en arrière par l'os frontal, en avant par l'os maxillaire supérieur ; elle se prolonge entre ces deux os, qui se recouvrent mutuellement jusqu'au sommet de la tête, en dehors des os nasaux. Les os frontaux, unis aux os maxillaires supérieurs sur tout leur pourtour, en sont séparés au milieu ; entre les deux existe ce prolongement ascendant de l’arrière-cavité des orbites. En avant et en dehors, cette arrière-cavité des orbites est limitée par l'os jugal. Directement en avant elle se prolonge dans une excavation très-profonde de l'os maxillaire supérieur, puis elle s'étend en avant entre l’intermaxillaire et l'os maxillaire, jusqu'à l'extrémité antérieure du rostre. Des orifices livrant passage à des vaisseaux et à des branches nerveuses de la cinquième paire mettent cette arrière-cavité des orbites en rapport avec les fosses nasales et avec la face supérieure du rostre. Les trous situés dans l'os maxiilaire supérieur livrent passage aux vaisseaux et aux nerfs sous-orbitaires.

La grande cavité des sinus auditifs est divisée, par une lame osseuse horizontale et fort mince, dépendant du squameux et que je propose de désigner sous le nom de lame papyracée du squameux, en deux parties : une cavité en dehors située à la voûte, et une cavité inférieure , qui se prolonge latéralement et dans des excavations de la face interne du squameux , tout autour de la surface articulaire.

Toute la grande cavité des sinus et toutes ses dépendances sont occupées par des sacs membraneux remplis d'air et qui, communiquant les uns avec les autres, s'ouvrent en dernière analyse dans la conque auditive ou caisse tympanique, à côté de la trompe d'Eustache. Chaque cavité, aussi bien les fosses postpalatines que l’arrière-cavité des orbites avec ses dépendances, la fosse développée dans la concavité des apophyses paraoccipitales, aussi bien que la gouttière creusée à la face inférieure du squameux autour de la surface articulaire et sous la lame papyracée de cet os, toutes ces cavités renferment leurs sinus propres. Le son se transmet par les parois osseuses du crane et de toutes les lames osseuses qui en dépendent à l'air renfermé dans ces sinus et par l'intermédiaire de celui-ci jusqu’à la caisse tympanique qui entre elle-même en vibration. Comme celle-ci est soudée avec le mar-

teau, ses vibrations se transmettent par la chaine des osselets jusqu'à la fenêtre ovale, et l'air vibrant dans son intérieur agit directement sur la membrane tympanique secondaire de la fenêtre ronde. Il est évident qu'une condition avantageuse pour la transmission des ébranlements sonores à l'air renfermé dans ces sinus était le contact avec les parois osseuses sur de larges surfaces. Dans ce but se sont formées des crêtes osseuses et des lames minces destinées à séparer les sinus, telles que les lames ptérygoïdiennes, les lames papyracées des palatins et celles des squameux. Cet immense développement de l'oreille moyenne chez un vertébré aquatique, en même temps qu'un appareil auditif externe complétement atrophié, prouve bien que ce type dérive d’une forme animale organisée pour la vie aérienne.

Les caractères si particuliers qu'affecte chez les cétacés Forgane de Faudition et comme conséquence la base du crâne, dépendent de Fadaptation à l'audition chez un type aquatique d’un appareil destiné à recevoir, à conduire et à renforcer des ondes sonores aériennes. Pour terminer l'étude de la base du crâne, nous devous dire encore quelques mots du pétro-tympanal qui oceupe en partie le trou otique, en partie la grande cavité des sinus.

Le pétro-tympanal est formé chez tous les Delphinides, aussi bien que chez les Ziphioïdes, de deux pièces distinctes : le tyÿmpanal et le rocher. On sait que chez les baleines ces deux parties sont intimement soudées entre elles, tandis que chez les Delphinides et chez les Ziphioïdes elles sont articulées par suture limbeuse. À cet effet la conque auditive porte une espèce de talon énormément développé chez les Ziphioïdes, peu considérable chez les Dauphins. Ce talon à souvent été comparé au mastoïde ; mais si l’on se rappelle que la portion mastoïdienne du temporal se développe toujours aux dépens de l’épiotique et un peu aussi aux dépens de lopistotique, qu'il n’est par conséquent qu'une simple dépendance du rocher, on ne comprend guère qu'il ait pu se produire des discussions relativement aux homologies des différentes parties du pétro-tympanal des cétacés. Quels que soit la forme et le développement du talon du tympanal qui sert à larticulation avee le rocher, ce talon ne peut jamais être homologue du mastoïdien. Au contaire, la portion du rocher qui porte la surface écailleuse pour articulation avec le talon du tympanal représente le mastoïdien, et je propose de donner

le nom d'apophyse paramastoïdienne à ce talon du tympanal qui a été considéré à tort comme représentant le mastoïde des autres mammifères. La portion mastoïdienne du rocher est articulée par suture limbeuse avec le paramastoïde du tympanal chez les Delphinides et les Ziphioïdes. Mais tandis que l’apophyse paramastoïde est peu développée chez les Dauphins, elle est énorme et se trouve enchâssée entre les occipitaux latéraux et le squameux chez les Ziphius, les Hypéroodons et en général chez tous les Ziphioïdes. Chez les Mysticètes l'apophyse paramastoïde du tympanal , fortement développée comme chez les Ziphioïdes, est intimement soudée avec la région mastoïdienne du rocher.

Caractères distinctifs de la base du crâne du Sotalia Brasiliensis. — La face inférieure du crâne de notre animal ressemble beaucoup à celle du D. delphis. Elle s’en distingue surtout en ce que la gouttière pharyngienne est plus longue, plus étroite et plus profonde. Les os ptérygoïdiens ne s’unissent pas sur la ligne médiane; ils sont séparés l’un de l’autre par une forte épine osseuse dépendant des palatins. La voûte de la grande cavité des sinus auditifs considérée dans son ensemble est convexe, tandis qu’elle est concave chez le Delphis. Le trou otique est très-étendu chez notre Sotalia ; les lames papyracées du squameux et du palatin sont plus développées que chez tous les autres Dauphins que j'ai étudiés. Les arrière-cavités des orbites sont très-profondes , très-larges, et très-bien circonscrites, tandis que chez le Delphis elles se continuent en avant avec ces immenses gouttières qui caractérisent le palais de cet animal. Je suis convaincu aujourd'hui que ces gouttières qui permettent de reconnaitre si facilement la tête de ce Dauphin servent à loger un sinus peu développé chez notre animal et que je propose d'appeler le sinus palato-maxillaire. Chez le D. delphis il est énorme : il s'étend jusqu’à l’extrémité antérieure du rostre, tandis que chez notre Sotalia, comme chez le Phocæna, ce sinus, peu important, n’atteint pas même la limite postérieure des dents. Aussi, l'immense gouttière palatine du D. delphis est-elle à peine indiquée à la face externe de la lame papyracée du palatin et à la face inférieure de l'os maxillaire supérieur.

Une autre particularité qui distingue la base du crâne de notre animal,

c’est le grand développement des cavités que l’on observe à la face inférieure du squameux autour de l'articulation de la mâchoire. Les caractères de la base du crâne de notre Sotalia indiquent un grand développement des sinus auditifs, surtout du sinus frontal, du sinus maxillaire, du sinus ptérygoïdien, du sinus périarticulaire et du sinus occipital.

Chez notre Sotalia, aussi bien que chez le Guyanensis la caisse tympanique se fait remarquer : 1° par son allongement suivant le grand axe de sa cavité; 2° par son étroitesse; 3° par la forme nettement quadrilatère de la surface écailleuse de l’apophyse paramastoïde; 4° enfin par la délicatesse d’une partie de sa paroi. Cette partie du pétrotympanal a chez les Sotalia une forme caractéristique qu'il est plus facile de saisir par l'inspection d’une figure bien faite que par une longue description. La caisse du Sotalia Brasiliensis se distingue de celle du Guyanensis en ce qu’elle est beaucoup plus grande, quoique la taille de notre espèce ne l'emporte guère sur celle de l'espèce de Surinam. Elle est aussi relativement plus allongée et plus étroite, et les deux lobes de la face inférieure sont moins saillants et plus arrondis. Toute la conque est, du reste, moins anguleuse.

Le rocher est aussi plus volumineux et de forme triangulaire. Chaque angle est formé par un lobe nettement séparé des lobes voisins par une profonde échancrure. La fenêtre ronde est très-grande et tout semble indiquer chez notre animal une grande perfection du sens de l’ouie.

FACE POSTÉRIEURE DU CRANE. — La face postérieure du crâne est exclusivement constituée par l’occipital. Quoique le squelette que nous décrivons soit celui d’un jeune individu, les différentes parties de l’occipital sont soudées entre elles de facon à former un os unique. A peine distingue-t-on encore quelques traces des lignes articulaires qui existaient au début entre les différentes parties de l’occipital. Le basioccipital est complétement soudé avec le basisphénoïde.

Le trou occipital est énormément grand; sa partie supérieure a une forme triangulaire ou plutôt ogivale; la moitié inférieure du trou est à peu près circulaire. Le diamètre vertical l'emporte beaucoup sur le diamètre transversal. Les condyles sont extrémement proéminents et fort étendus dans tous

les sens. Les bosses occipitales sont fort saillantes, ce qui indique un grand développement des lobes postérieurs des hémisphères. Au sommet de la tête se trouve la crête transversale bien développée, qui limite la face postérieure du crâne, et qui sépare l’occipital supérieur de linterpariétal.

Les os pariétaux contribuent à la formation de la face postérieure du crâne : la ligne qui limite supérieurement la fosse temporale se continue en dehors et en bas avec la crête transversale de la voûte cranienne. Elle sépare de la partie temporale du pariétal une bande triangulaire, intercalée entre loceipital supérieur et l’occipital latéral, qui contribue à former la face postérieure du crâne. Les occipitaux latéraux se prolongent beaucoup en bas pour constituer les apophyses paraoccipitales, ou lames descendantes des occipitaux latéraux. Leur face antérieure concave loge un sinus auditif que l’on pourrait appeler le sinus occipital. Ces lames descendantes sont beaucoup plus développées chez notre Sotaliu que chez les autres Delphinides. Entre ces lames et l’extrémité postérieure des lames basiptérygoïdes se voit l’échancrure jugulaire (éncisura jugularis, Claudius) pour le passage des nerfs de la neuvième, de la dixième et de la onzième paire et pour la veine jugulaire interne.

FACES LATÉRALES. — À la face latérale du crâne nous observons d’abord l'énorme développement de la fosse temporale. Je ne connais pas de Dauphin chez lequel Ja fosse temporale atteigne ces dimensions, si ce n’est l’/nia et le Pontoporia. De cette particularité dépend la grande longueur de l'apophyse orbitaire externe et de l’apophyse zygomatique du temporal. L'apophyse orbitaire externe se fait encore remarquer en ce qu'elle est plus grêle que chez la plupart des Delphinides. Elle n’atteint pas l’apophyse zygomatique; mais ceci peut dépendre de l’âge de notre sujet.

La fosse temporale a la forme d’un ovale parfait, à grosse extrémité dirigée en avant. Elle est en partie formée par l'os pariétal; cependant en arrière et en bas se voit le squameux, recouvrant le pariétal. Cet os concourt à délimiter la fosse temporale par la face externe de son écaille et par la face supérieure de son apophyse zygomatique. Mais il est à remarquer que le squameux ne s'articule pas avec les os craniens, comme ceux-ci s’articulent entre eux : Le Squarneux est appliqué à la face externe du pariétal et il ne con-

tribue en aucune façon à délimiter la cavité crénienne. Cette disposition est commune à tous les Delphinides, mais elle a souvent été méconnue. Le squameux est un simple os de recouvrement. La partie tout à fait antérieure de la fosse temporale est formée par l'os frontal; mais une partie de cet 08, au lieu de donner insertion aux fibres musculaires du temporal, sert à loger le sinus temporal de l'oreille moyenne. Au-dessus de la fosse temporale le pariétal se prolonge en une bande à bords à peu près parallèles, entre l’occipital et le frontal, jusqu'à l’interpariétal.

En avant de la fosse temporale se trouve la cavité orbitaire qui communique largement avec la fosse temporale et se trouve limitée en avant et séparée de l'arrière-cavité des orbites, à peu près aussi étendue que la cavité orbitaire elle-même, par une crête saillante dépendante de l'os frontal. Cette crête décrit une courbe régulière, dont la concavité est dirigée en avant et en dedans. Elle prend son origine à l'apophyse orbitaire interne et vient mourir au sommet des orbito-sphénoïdes. Elle divise la face inférieure du frontal en une partie antérieure qui limite en arrière l'arriére-cavité des orbites et une partie postérieure qui forme la voûte de l'orbite. L'arcade orbitaire supérieure décrit une courbe régulière, dont le rayon de courbure est très-petit. L'apophyse orbitaire interne est en partie formée par le frontal, en partie par le jugal. Cet os, bien développé, porte une apophyse zygomatique longue et fortement courbée; mais elle est moins grêle que chez la plupart des Delphinides. Elle forme l’arcade orbitaire inférieure et s'articule avee l'extrémité antérieure de l’apophyse zygomatique du temporal, en s'accolant à la face inférieure de cette apophvse.

Face supérieure. — La face supérieure du crâne obliquement dirigée en bas et en avant se fait remarquer en ce qu’elle est à peu près plane. Elle ne présente ni convexité marquée, ni concavité bien apparente. Seulement la face supérieure des intermaxillaires, en dessous des orifices supérieurs des fosses nasales, est légèrement proéminente et les os propres du nez font saillie au-dessus de ces orifices. Au milieu de cette face et un peu sur le côté de la ligne médiane, se voient les narines légèrement déviées à gauche. Elles sont tapissées en arrière par le vomer. Celui-ci s'applique à la face antérieure

de l’ethmoïde et du présphénoïde, et se continue en avant autour de cette

AR RENUT tige cartilagineuse qui,

PR S: Guyanensis (Bruxelles). étendue dans toute la lon-

gueur du rostre, est ho- A | vi mologue de l’ethmoïde \ n e médian et représente en

arrière la lame perpendiculaire de l’ethmoïde, en

| Hs \ avant, le cartilage de la \ |

cloison du nez. En ar-

! rière on voit les os nasaux

faire saillie au-dessus des narines et terminer en avant la crête formée sur le sommet de la tête par l’'interpariétal. Chose remarquable , chaque os nasal est constitué par deux osselets complétement séparés l’un de l'autre, lun interne et supérieur, l’autre externe et inférieur. Chez les trois Solalia Guyanensis que j'ai pu étudier, j'ai observé la même disposition. Chez un jeune individu conservé au Musée de Louvain, les deux osselets étaient encore séparés l’un de l’autre. Chez un second individu plus âgé et chez l'animal très-adulte conservé au Musée de Bruxelles, les deux os sont soudés entre eux ; mais on reconnait encore des traces incontestables de leur séparation primitive. Les os nasaux rudimentaires s’articulent par leur face postérieure avec les os frontaux qui viennent là s'unir sur la ligne médiane. La plus grande partie de la face antérieure des os frontaux est recouverte par les maxillaires; mais en arrière du bord libre des maxillaires, ils arrivent à la face externe du eràne et forment aux deux côtés de la ligne médiane une bande transversale qui n’est séparée de la crête de l'occipital que par une bande de même longueur formée par le pariétal, Mais tandis que les frontaux se rejoignent sur la ligne médiane, au-devant de l’interpariétal, les pariétaux restent séparés l'un de l’autre par un os dépendant de l'occipital et soudé avec lui : linterpariétal. A la face supérieure du erâne, cette partie de loccipital a la forme d’un T dont les deux branches S'articulent par leur extrémité avec la partie supérieure des pariétaux.

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