COLONNE VERTÉBRALE
La colonne vertébrale se constitue de cinquante-quatre vertèbres. Comme c'est toujours le cas chez les vrais cétacés, la région cervicale en comprend sept. On en compte onze dans la région dorsale, treize dans la région lombo-sacrée, vingt-trois dans la région caudale. Nous croyons que l’on doit considérer comme première vertèbre caudale celle qui précède immédiatement le premier os en V. On est assez généralement d'accord aujourd'hui pour exclure cette vertèbre de la région lombo-sacrée.
Je désigne sous le nom de région lombo-sacrée celle qui comprend les vertèbres situées entre la dernière dorsale et la première caudale, et j’emploie ce terme de préférence à la désignation habituelle de région lombaire, parce que, si lon admet que le type des cétacés descend du type des carnassiers terrestres pourvus d’une région sacrée, on ne peut révoquer en doute l'existence, chez les cétacés, de vertèbres homologues aux vertèbres sacrées des
mammifères terrestres. Ces vertèbres n’ont pas disparu quand le bassin est devenu rudimentaire, mais elles ont cessé d’affecter une forme particulière. Aujourd'hui il n’est plus possible de les distinguer par leur forme des vertèbres lombaires. L'absence de rapports spéciaux de cette partie de la colonne vertébrale avec des membres postérieurs atrophiés a enlevé aux vertèbres sacrées leur valeur physiologique spéciale. Dès lors elles ont perdu leurs caractères anatomiques distinctifs; elles sont devenues semblables aux vertèbres voisines; il n’est plus possible de les reconnaitre à leur forme, mais elles n’en existent pas moins.
D'un autre côté, en faisant l'étude comparative de trois squelettes du Sotalia Guyanensis, j'ai acquis la conviction que le nombre des vertèbres caudales, en tant que caractérisées par la présence des os en V, peut s’accroitre avec l’âge, c’est-à-dire que des os en V peuvent se développer tardivement sous des vertèbres qui, dans le jeune âge, faisaient partie de la région lombosacrée. Dans les deux squelettes de Sotalia Guyanensis conservés au Musée de Louvain, aussi bien que dans mon Sotalia Brasiliensis la région lombosacrée est formée de treize vertèbres ; la région caudale en comprend vingttrois, ce qui fait un total de trente-six vertèbres. La formule vertébrale des deux espèces est done la même, en ce qui concerne ces deux régions. Le squelette d’un individu très-adulte du Sotalia
Les trois premiers os en V du S. Guyanensis de Bruxelles.
| | Guyanensis conservé au | Musée de Bruxelles com-
prend dans ces mêmes > tn à S——— régions le même total de trente-six vertèbres; ce
nombre se décompose en onze vertèbres lombo-sacrées et vingt-cinq caudales. Et si l’on tient compte de la petitesse des deux premiers os en V, de la ressemblance complète de forme et de développement du troisième os du squelette de Bruxelles avec le premier des squelettes de Louvain, enfin des caractères des vertèbres auxquelles ces os se rapportent, on acquiert la con-
viction que les deux premières caudales du squelette de Bruxelles sont homologues des deux dernières lombaires des squelettes de Louvain et que les deux premiers os en V du squelette de Bruxelles se sont développés tardivement sous les deux dernières vertèbres lombo-sacrées. D'où l’on peut tirer ces conclusions :
1° La formule vertébrale des régions lombo-sacrée et caudale peut varier avec l’âge dans une même espèce de cétacé;
2° Une vertèbre lombo-sacrée peut être homologue d’une vertèbre caudale; d’où il résulte que la division de la colonne vertébrale en régions lombaire, sacrée et caudale n’a qu’une valeur physiologique et non pas une valeur anatomique : les vertèbres de la région sacrée ou lombaire d’un cétacé peuvent être homologues des vertèbres caudales d’une espèce voisine ;
3° On constate dans le genre Sotalia une tendance à l’augmentation du nombre des os en V, par conséquent, à l'allongement de la queue, de l’organe de la locomotion; car si les deux premiers os en V du squelette de Bruxelles étaient des os en voie de disparition, on ne les trouverait que dans le jeune àge. Or, ils n'existent pas dans les premiers temps de la vie et ils ne se développent que chez l'adulte. Ils ne sont donc pas, chez l'espèce, des organes en voie de dégénérescence, mais bien des organes en voie de formation ;
4° Le nombre des vertèbres de la région caudale des cétacés peut s’accroitre : « par formation de nouvelles vertèbres d’abord rudimentaires , à l'extrémité de la queue; b par transformation de vertèbres lombo-sacrées en vertèbres caudales.
J'ai supposé d’abord que les deux premiers os en V avaient été perdus dans les squelettes de Louvain, Mais outre qu'il eût été extraordinaire de voir ces parties se perdre dans ces deux squelettes de Surinam, alors que la séparation de ces os demande une dissection soignée et l'intention formelle de les détacher, j'ai pu reconnaitre qu'il n’en était pas ainsi : les premiers os en V du squelette de Bruxelles sont insérés, comme tous les os suivants, entre deux vertèbres adjacentes et ils s'appliquent contre des apophyses qui se développent au bord postérieur de la vertèbre à laquelle il faut les rattacher. Or, ces apophyses manquent à la douzième et à la treizième vertèbre lombo-
sacrée des squelettes de Louvain. D'où je conclus que les premiers os en V n'ont jamais existé chez ces individus. Quant au Sotalia Brasiliensis, je suis absolument certain de l'intégrité du squelette, l'ayant moi-même disséqué et préparé.
La région cervicale se fait tout d’abord remarquer, si on la compare à celle de nos Dauphins de petite taille tels que le Phocoena communis ou le Delphinus delphis, par une plus grande longueur. Mon père avait fait la même observation en étudiant son D. Guyanensis : il dit dans son mémoire sur ce Dauphin que « la région cervicale est assez longue pour un animal de ce groupe. »
L'atlas est soudé avec l’axis, disposition qui parait générale chez les Dauphins. L’os unique qui résulte de la fusion de ces deux vertèbres est fort volumineux. Cependant son développement dans le sens antéro-postérieur n'est pas considérable et la longueur exceptionnelle de la région cervicale dépend surtout de l'épaisseur des cinq dernières cervicales et du développement des disques intervertébraux.
L’arc inférieur de latlas est si parfaitement confluent avec le corps de l’axis, qu'il est impossible de distinguer aucune trace de séparation à la face inférieure de cette pièce, qui provient de la fusion des deux premières vertèbres. Au contraire, les arcs neuraux de l’atlas et de l’axis sont entièrement séparés l’un de l’autre. Simplement accolés dans leur portion basilaire, (pédicules), ils s'éloignent l'un de l’autre en même temps qu'ils diminuent brusquement de volume, sur les côtés du canal rachidien (lames). Là ils circonscrivent entre eux un large trou de forme ogivale, destiné à livrer passage aux nerfs spinaux de la deuxième paire. A la voûte du canal, à la place où devraient se trouver, si elles existaient, les apophyses articulaires, les ares s'appliquent intimement l’un contre l’autre; et la soudure a lieu sur la ligne médiane pour la formation d’une apophyse épineuse commune. Celle-ci est fort développée et recouvre en partie les vertèbres suivantes. Il est à remarquer que l'arc neural de l’axis, aussi bien que son apophyse épineuse, sont très-peu considérables comparés aux parties correspondantes de l’atlas. Par contre, le corps de l’axis est très-volumineux et les portions
basilaires des ares neuraux de l’atlas sont reliées entre elles par un arc inférieur peu épais. Celui-ci n’est pas encore entièrement soudé à l'arc supérieur : on distingue encore vers le milieu de chacune des surfaces articulaires antérieures de l’atlas, une ligne transversale qui indique la limite entre les arcs inférieurs et supérieurs primitivement séparés. Cette limite se voit aussi fort bien à la face inférieure de l'os, tandis qu’il n’existe pas de traces de la limite postérieure de cet arc, celui-ci étant entièrement soudé avec le corps de l’'axis.
Au bord antérieur de l’are supérieur de l’atlas on voit une échancrure semblable à celle qui existe à son bord postérieur pour circonscrire en avant le second trou rachidien. L'échancrure du bord antérieur est transformée en un trou par un ligament, et ce trou livre passage au premier nerf spinal. Ce ligarhent est quelquefois ossifié chez les Dauphins. Cest le cas, par exemple, chez le D. sinensis de Flower !. L’atlas est pourvu, de chaque côté, d’une apophyse transverse, médiocrement développée; elle est portée par la portion basilaire des arcs neuraux. L’apophyse transverse de laxis est tout à fait rudimentaire; elle se réduit à un simple tubercule.
DIMENSIONS : Distance entre les bords externes des surfaces articulaires
antérieures de Latlas 0 CP EE 0076 Em Distance entre les bords internes des mêmes surfaces . . 0,056 — — entre les extrémités des apophyses transverses deFatiast st 700 : be re e 0005 Distance entre les extrémités des Sthyre transverses dé laxis 10e HA MESUIONE EME 0 AUD /OCORE Hauteur totale de l'altas HN ea MO OTUR— Longueur des corps de laxis et de ue TEUDIS. NO D22— Trou rachidien de l’atlas. Largeur . . . . . . . . 0.056 — — — Hauteur OCT cc + -ACMD/022E -— EN GONE IEEE SOS SN ON à à (TO — — —NOHAUTEUTE UN CE A ES MO DDR Surface odontoïde. Largeur + +: . . . . : . . : 0,057 — — — HaDtEU CM EC NAT CRD OISE Hauteur de l’arc inférieur de l'atlas. . . . . . . . (0,010 — Largeur — — PU RS EC DIO DT —
Les cinq vertèbres cervicales suivantes sont libres. Comme nous l'avons
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dit, elles se font remarquer par l'épaisseur relative de leur corps et par le développement des disques intervertébraux. Réunies, elles mesurent 0,025 m., soit une longueur supérieure à celle de l’atlas et de l’axis réunis. Elles ont toutes la même hauteur, les apophyses épineuses de ces cinq vertèbres étant à peu près nulles. Les parties moyennes de l'arc neural de la troisième, de la quatrième et de la cinquième cervicale sont recouvertes par lapophyse épineuse très-développée et recourbée en arrière de latlas et de l’axis réunis. La sixième et la septième cervicale sont dépourvues d’apophyse épineuse tout aussi bien que les vertèbres précédentes.
Les corps de ces cinq vertèbres sont à peu circulaires ; c’est sur les faces latérales de ces corps que l’on observe les apophyses transverses inférieures, les apophyses transverses supérieures et les trous vertébraux.
Les apophyses inférieures, à peine indiquées sur les côtés de la troisième et de la quatrième cervicale, sont bien marquées à la cinquième, mais elles prennent un développement tout à fait extraordinaire à la sixième. De forme triangulaire, ces dernières sont obliquement dirigées en avant et en dehors; elles recouvrent en grande partie et semblent pousser en avant les apophyses de la vertèbre précédente. Elles sont terminées en arrière et en bas par un tubercule saillant. Le grand développement de ces apophyses, leur direction et leur forme triangulaire donnent à la sixième vertèbre cervicale un facies particulier qui se retrouve chez le Sotalia Guyanensis, et parait caractéristique du genre Sotalia. L’apophyse transverse inférieure manque à la septième cervicale et à la place qu’elle occuperait, si elle était développée, vient s’insérer la tête de la première côte.
Les apophyses transverses supérieures sont situées immédiatement en arrière l’une de l’autre ; elles sont également développées à la troisième, à la quatrième, à la cinquième et à la sixième vertèbre. Entre les apophyses transverses supérieure et inférieure existe une échancrure transformée en un trou cireulaire par un ligament qui relie entre elles les extrémités de ces apophyses. Ce trou livre passage, comme on sait, à l'artère vertébrale. La partie externe des apophyses transverses des vertèbres cervicales, constituées par une véritable côte cervicale articulée chez les reptiles, soudée au corps de la vertèbre chez la plupart des mammifères, chez lesquels on ne voit
plus guère cet élément se développer aux dépens d’un point d'ossification distinet, devient plus rudimentaire encore chez les cétacés ; elle ne s’ossifie même plus. L'apophyse transverse supérieure de la septième cervicale est bien développée; elle est placée plus haut que les précédentes, de sorte que la partie postérieure du canal vertébral à une direction oblique de haut en bas et d’arrière en avant, tandis que la partie antérieure de ce même canal, celle qui se trouve située en dehors de la troisième, de la quatrième, de la cinquième et de la sixième vertèbre est horizontale.
L'are de ces cinq vertèbres circonserit un trou ovalaire à grand diamètre transversal. La partie supérieure de l'arc manque à la troisième et à la quatrième vertébre et le canal rachidien serait ouvert en ce point, si ces vertèbres n'étaient recouvertes par l’apophyse épineuse de l’atlas et de Paxis. Si l’on considère le bord externe de l'arc, on peut y distinguer quatre côtés : les deux inférieurs aboutissent aux corps et forment en quelque sorte les piliers de l'are (pédicules); les deux supérieurs forment en se réunissant entre eux sur la ligne médiane une sorte de toit ou de voûte surbaissée (lames). A l'union de la voûte et du pilier se trouvent les surfaces articulaires antérieures et postérieures. L’antérieure regarde en haut, la postérieure en bas, et les articulations de ces arcs entre eux se trouvent sur une ligne obliquement dirigée de haut en bas et d’avant en arrière. L’artieulation de l’axis avec la troisième cervicale se trouve dans un plan beaucoup plus élevé que celui de l'articulation de la septième cervicale avec la première dorsale. Entre les piliers des arcs se trouvent les trous qui livrent passage aux nerfs Spinaux.
Le pilier de la septième cervicale se fait remarquer d’un côté par sa largeur surtout à sa base d'insertion, et aussi par la direction oblique des faces antérieure et postérieure de ces piliers. Enfin les lames de cet arc sont plus volumineuses que dans les vertèbres précédentes.
Les vertèbres de la région dorsale ne me paraissent guère présenter de caractères bien saillants ; elles ressemblent à celles des autres Delphinides. Le volume de toutes les parties de ces vertébres augmente insensiblement de la première jusqu’à la cinquième. Les sept dernières ont à peu près le même développement.
Les corps des trois premières dorsales présente encore peu d'épaisseur ; la longueur des corps est inférieure au diamètre des faces et ceci est vrai, surtout pour la première qui ressemble encore beaucoup à une cervicale. Dans les premières dorsales, le trou rachidien est encore de forme elliptique à grand diamètre transversal comme dans la région cervicale ; il devient à peu près circulaire vers le milieu de cette région dorsale, avec une tendance de plus en plus marquée à une prédominance du diamètre vertical. Dans la partie postérieure de cette même région, le trou devient triangulaire, ce qui dépend de ce que la face supérieure des corps devient plane et de ce que les arcs, au lieu de se porter en dehors et en haut à leur origine pour s’infléchir ensuite en dedans et en haut, et former ainsi des pédicules et des lames, se portent directement en dedans et en haut, et vont s'unir entre eux sous un angle aigu.
Les arcs neuraux subissent des modifications assez profondes d'avant en arrière. Dans les premières dorsales, l'arc se constitue de deux piliers et d’une voûte surbaissée qui s'élève progressivement d'avant en arrière. La largeur de la voûte diminue très-notablement, en même temps que le diamètre transversal du trou rachidien décroit. Le pilier, d’un côté, la voüte, de l’autre, se prolongent en dehors, au moment où ils se réunissent l’un à l’autre, de façon à ce que l'arc neural se prolonge latéralement en une apophyse transverse qui porte à son extrémité une surface articulaire pour donner insertion à la tubérosité de la côte.
Les cinq premières dorsales portent des apophyses articulaires ou plutôt des surfaces articulaires pour l'articulation des vertèbres entre elles. De ces apophyses, l’antérieure regarde en haut, en dedans et un peu en avant; elle se trouve située à l'extrémité interne de l’apophyse transverse. La postérieure regarde en bas, en dehors et un peu en arrière; elle est portée par cette partie de l’are que l’on peut considérer comme la limite extérieure de la voûte. La voûte d’une vertèbre recouvre ainsi en partie la base de l’apophyse transverse de la vertèébre suivante, ce qui suppose que l’apophyse transverse d’une vertèbre se trouve toujours sur un plan plus antérieur que la voûte de la même vertèbre et que les piliers aient une direction oblique d’arrière en avant,
À partir de la troisième dorsale, les apophyses transverses portent à leur bord antérieur un tubercule qui se développe progressivement d'avant en arrière, se rapproche de plus en plus de la ligne médiane; il se trouve situé au bord antérieur de l’are à partir de la sixième. A la cinquième déjà et à toutes les suivantes, le tubercule est assez développé pour mériter le nom d’apophyse; il recouvre en partie l'arc précédent. Il devient cette apophyse si caractéristique des dernières vertèbres dorsales, des lombaires et des premières caudales des cétacés ; on la désigne sous le nom de métapophyses.
Les apophyses transverses ont à peu près le même developpement dans les cinq premières dorsales ; mais, à partir de la cinquième, elles s’allongent progressivement jusqu'à la onzième tout en conservant à peu près la même forme, caractérisée surtout par l’aplatissement, l'extension horizontale et la largeur à l'extrémité libre. L'apophyse transverse de la douzième change brusquement de forme; elle s’allonge beaucoup et prend tous les caractères des apophyses transverses des lombaires.
Les quatre premières côtes sont pourvues d’une tête articulaire ; la septième cervicale et les trois premières vertèbres dorsales présentent pour les recevoir, non pas sur les faces latérales des corps et entre les vertèbres, mais au bord postérieur des arcs et à l'origine même des piliers, une petite surface articulaire. Les quatre premières côtes s’articulent done par une tubérosité avec l'extrémité des apophyses transverses des quatre premières dorsales ; par une tête articulaire, avec le bord postérieur du pied de l'arc de la vertèbre précédente.
Les apophyses épineuses sont bien développées à toutes les vertèbres dorsales, Elles sont aplaties transversalement et terminées par un bord supérieur et non par une pointe. Leur longueur croit insensiblement de la première jusqu'à la dernière et la première se distingue des suivantes en ce qu’elle est légèrement incurvée en avant, tandis que les suivantes sont inclinées en arrière. Cette première apophyse bien développée détermine un contraste entre la première dorsale et la septième cervicale. A la septième cervicale, l'apophyse épineuse fait complétement défaut.
Les treize vertèbres de la région lombo-sacrée se ressemblent beaucoup entre elles. Le corps présente à peu près chez toutes la même forme et les
mêmes dimensions : les faces sont à peu près circulaires. Le trou rachidien, de forme triangulaire, devient de moins en moins large. Les apophyses épineuses présentent une hauteur moyenne; leur direction est à peu près verticale, de même que celle des ares. Les apophyses transverses, portées par les faces latérales des corps, sont longues et étroites, leur bord antérieur décrit une ligne brisée; elles se dirigent directement en dehors. La face supérieure est convexe et ne présente rien de particulier.
Il est à remarquer que la longueur de toutes les apophyses diminue insensiblement dans la partie postérieure de la région lombo-sacrée. Les deux dernières vertèbres de cette région présentent à leurs apophyses transverses un caractère particulier, qui se retrouve encore dans les premières vertèbres de la région caudale. La face supérieure de ces apophyses est divisée en deux parties par une crête se continuant sur les différentes vertèbres en une ligne unique obliquement dirigée d’arrière en avant et de dedans en dehors. A l'extrémité antérieure de la crête, le bord antérieur de l’apophyse transverse porte un tubercule surtout bien développé à la première caudale. La partie externe de la face supérieure des apophyses transverses regarde en haut et en dehors; de plus, elle est légèrement élargie.
La région caudale se constitue de vingt-trois vertèbres dont quatorze sont situées dans le tronc proprement dit, neuf entre les deux lobes de l’expansion caudale. La forme des premières diffère énormément des caractères de celles-ci; et ce qui est remarquable et caractéristique de notre animal, c’est l’absence de transition entre les unes et les autres. Les quatorze premières caudales ont le corps très-volumineux et comprimé transversalement de telle manière que le diamètre vertical l’emporte assez notablement sur le diamètre transverse. Les vertèbres logées dans l’expansion caudale ont, au contraire, le corps fortement déprimé et développé dans le sens transversal; les corps sont en même temps très-courts, considérés dans le sens antéro-postérieur.
Le canal rachidien se rétrécit considérablement dans cette région ; il se prolonge jusqu’à la onzième vertèébre caudale. Les apophyses épineuses diminuent rapidement de hauteur; toute trace d'arc et d’apophyse épineuse disparait à partir de la quatorzième.
Les apophyses transverses sont très-élargies à leur extrémité libre et elles
sont obliquement coupées d'avant en arrière. Le développement de ces apophyses diminue progressivement. Elles sont réduites à une simple crête que présentent les faces latérales des corps de la neuvième et de la dixième caudale et en arrière de celles-ci toute trace de ces apophyses disparait. A leur face inférieure les corps des treize premières caudales se prolongent à droite et à gauche en une crête antéro-postérieure qui délimite aux deux côtés de la ligne médiane le canal hœmal. C’est au bord postérieur de ces crêtes légèrement développées en tubercules que s’insèrent les os en chevrons encore appelés os en V.
Les artères verticales, branches collatérales de l'aorte caudale ou sacrée moyenne, s'élèvent en passant sur les faces latérales des corps des premières vertèbres caudales. À partir de la cinquième caudale , elles traversent un trou vertical creusé dans la base de l’apophyse transverse et plus loin en arrière, dans le corps même des vertèbres. Ces trous verticaux, relativement trèsdéveloppés, contribuent à donner aux vertèbres renfermées dans l’expansion caudale leur physionomie particulière.
La dernière vertèbre est un petit osselet massif de forme triangulaire dépourvu de perforation verticale.
Os Ex V. — Nous nous occuperons maintenant des os en chevrons ou os en V que beaucoup d’anatomistes désignent à tort, à notre avis, sous le nom d'hœmapophyses. Donner à ces os le même nom que lon donne aux ares inférieurs des vertèbres caudales des poissons, c'est faire supposer la même valeur morphologique, la même valeur anatomique; c’est aflirmer, en d’autres termes, que ces éléments des cétacés sont homologues de ceux des poissons. Mais si l'on considère que ces ares inférieurs chez les Ganoïdes (Amia) ont une tout autre valeur morphologique que les ares qui circonserivent le canal caudal des poissons osseux, que d'un autre côté, il parait bien certain que les vertébrés supérieurs dérivent tous du type des Dipneustes, nous aurons quelque peine à admettre à priori que les os en chevrons des cétacés sont des hœæmapophyses. Si l’on admet, d’un autre côté, ce qui me parait extrémement probable, que les cétacés sont issus des carnassiers terrestres, et que les phoques ne sont qu'un type intercalaire entre les cétacés et les car-
DE LA BAIE DE RIO DE JANEIRO. 5h)
uassiers, on devra bien reconnaitre que les os en V qui n'ont pas d’homologues chez les phoques, sont des organes propres aux cétacés, sans autre analogie avec les hæmapophyses des poissons qu'une simple similitude physiologique. Or, je pense qu'il y a de grands inconvénients à désigner sous une même dénomination , comme on la malheureusement trop fait jusqu’à présent , des parties qui n’ont entre elles d’autres rapports qu'une similitude de fonctions. Dans les sciences anatomiques il convient de ne désigner sous un même nom que des organes homologues. Je crois done que la dénomination d'os en chevrons ou d'os en V doit être conservée à l'exclusion du nom d'hœmapophyses.
Chez notre animal nous comptons quinze os en chevrons dont le développement est médiocre, comparé à celui de ces mêmes os chez le Sotalia Guyanensis. Le premier, peu volumineux, est composé de deux moitiés bien soudées entre elles suivant une crête terminale. Celle-ci se développe dans tous les os suivants en une véritable apophyse. Le second os a une forme très-spéciale : l’apophyse est dirigée en arrière et son bord libre est coupé obliquement. Les six suivants ont à peu près la même forme et le même développement ; à partir du neuvième on constate une diminution progressive de volume. Les deux derniers sont tout à fait rudimentaires : l’avantdernier, composé de deux moitiés semblables, séparées l’une de l’autre, est situé sous le disque intervertébral existant entre la quatorzième et la quinzième vertébre ; le dernier se réduit à un double point osseux développé dans l'épaisseur du tissu conjonctif formant les parois du canal hœmal membraneux.
CôrTEs. — Notre Sotalia possède onze paires de côtes qui se font remarquer tout d’abord par le peu de régularité de leur courbure : la face latérale du thorax est à peine convexe; et la voûte de la cavité thoracique est horizontale, de telle manière que le diamètre transversal de la cavité thoracique est à peu près le même, vers le plancher, vers le milieu et à la voûte de cette cavité. Les côtes se laissent diviser en une partie horizontale et une portion verticale légèrement convexe en dehors. L’angle de la côte est à peu près un angle droit émoussé et à côtés légèrement incurvés. Cet aplatissement latéral du thorax est caractéristique de notre animal.
Les quatre premières côtes sont pourvues d’une tête articulaire supportée par un cou assez long. Les sept côtes suivantes se terminent par une seule surface articulaire et elles s’insèrent à l'extrémité des apophyses transverses des vertèbres dorsales. Les côtes de la dernière paire sont à peu près aussi développées que les trois précédentes.
Les six premières côtes sont pourvues de côtes sternales osseuses. Les entre-côtes de la première paire s'unissent aux angles antérieurs émoussés de la pièce osseuse du sternum. Celles de la deuxième, de la troisième et de la quatrième paire s’insèrent symétriquement aux bords latéraux du sternum cartilagineux ; les côtes sternales de la deuxième paire aboutissent à ce cartilage à peu près au niveau des angles postérieurs de la pièce osseuse du sternum. Les entre-côtes de la cinquième paire s’insèrent à l'extrémité postérieure de la partie cartilagineuse du sternum par l'intermédiaire de deux petits cartilages distincts situés l’un à droite, l'autre à gauche de la ligne médiane et qu'il faut, je crois, considérer comme pièces sternales. La longueur des côtes sternales augmente de la premiére à la cinquième. Celles de la sixième paire sont petites, fort grêles, et elles n’aboutissent pas au sternum.
STERNUM. — Le sternum présente chez notre animal des caractères tout à fait particuliers qui ne se retrouvent, je crois, chez aucun autre Delphinide. Chez tous les Delphinides le sternum est composé de différentes pièces osseuses placées bout à bout et formées chacune, comme chez tous les mammiféres, aux dépens de deux points d’ossification. L’ossification de ces différentes pièces, au moins des deux ou trois premières, commence et se développe à peu près en même temps. Ainsi dans le sternum cartilagineux d’un fœtus de Marsouin, on distingue quatre points d'ossification également développés disposés par paires. La première paire de côtes aboutit toujours aux angles antérieurs de la première pièce du sternum; les entre-côtes de la deuxième paire s’insérent à la ligne de séparation entre la première et la deuxième pièce, celles de la troisième paire entre la deuxième et la troisième, et ainsi de suite. Souvent, à un âge plus ou moins avancé, ces pièces ster-
nales se soudent entre elles et cette soudure se fait plus tôt chez certaines espèces de Delphinides, plus tard chez d’autres. La soudure entre les trois premières pièces du sternum se fait très-tôt chez le Phocæna, le Monodon, le Beluga ; les deux premières pièces se trouvent fréquemment soudées chez les Globiocéphales, le Delphinus delphis ; elles restent séparées plus longtemps chez les Lagenorhynchus et chez les Tursio. Quand deux ou plusieurs pièces sternales se sont réunies par soudure, on peut encore déterminer le nombre des pièces soudées, par le nombre des paires de côtes s’insérant sur les bords du sternum osseux.
Chez notre Sotalia il n'existe au sternum qu'une seule pièce osseuse : elle est homologue de la première pièce sternale des Delphinides. Le reste du sternum est cartilagineux.
Cette pièce osseuse, que j'appellerai sternum osseux, par opposition au sternum cartilagineux ou portion cartilagineuse du sternum, est de forme quadrilatère. La face inférieure est légèrement concave; la face supérieure convexe. Au milieu de ces faces on voit un trou qui n’est que le reste de l’ancienne séparation qui existait entre les deux moitiés de cet os, développé aux dépens de deux points d’ossification distincts. C’est à droite et à gauche de ce trou, et en même temps à ses quatre angles que le sternum est le plus épais.
Le bord antérieur et les bords latéraux du sternum présentent chacun une forte échancrure remplie par du cartilage. On observe aussi au milieu du bord postérieur une très-légère échancrure. Les angles antérieurs sont émoussés et remplacés par des bords obliques auxquels aboutissent les côtes de la première paire. Îlen est de même des angles postérieurs en arrière desquels s’insérent les côtes de la seconde paire. À ce sternum osseux fait suite un sternum cartilagineux dont la forme est triangulaire. La base du triangle se continue avec le sternum osseux; le sommet émoussé donne insertion, à droite et à gauche de la ligne médiane, à une petite pièce cartilagineuse distincle, que je considère comme faisant encore partie du sternum. À ces éléments aboutissent les entre-côtes de la cinquième paire, tandis que les entrecôtes de la deuxième, de la troisième et de la quatrième paire s’insèrent aux bords latéraux de la pièce triangulaire du sternum cartilagineux.
On sait que le cartilage du sternum se constitue d’abord chez l'embryon
de deux moitiés et que ce n’est que secondairement que les deux moitiés du sternum cartilagineux se réunissent en un cartilage médian. Les deux cartilages pairs qui terminent en arrière le sternum de notre animal rappellent ce moment reculé de l’évolution du sternum et par là ils présentent un intérêt anatomique réel.
Parmi les cétacés , les Mysticètes seuls ont le sternum constitué d’une pièce osseuse unique homologue à celle de l'animal qui nous occupe. Seulement chez eux la portion du sternum, cartilagineuse chez notre Sotalia, s'est complétement atrophiée, et la première côte seule, chez les baleines, aboutit à cette pièce sternale unique. Au point de vue de sa constitution, le sternum de notre Sotalia nous représente donc une phase intermédiaire entre le sternum des Delphinides et des Ziphioïdes d’un côté, et celui des Mysticètes de l’autre. Chez le Sotalia Brasiliensis la partie postérieure est en voie de disparition , elle conserve pendant toute la vie des caractères embryonnaires : elle ne s’ossifie plus.
MEMBRES ANTÉRIEURS. — Les nageoires pectorales sont larges et, au lieu d'être effilées, elles paraissent tronquées obliquement à leur extrémité. La main proprement dite affecte une figure triangulaire dont la base, plus courte, se trouve à l’origine de la main et dont les deux autres côtés, à peu près de même longueur, passent l’un par les extrémités du deuxième, du troisième, du quatrième et du cinquième doigt, l’autre par l'extrémité du pouce et le bord antérieur de l'index. De ces deux derniers côtés le premier est légèrement concave et un peu ondulé, l’autre convexe. L’humérus et l'avant-bras réunis représentent un peu moins de la moitié de la longueur totale de la nageoire considérée depuis sa racine dans la cavité glénoïde de l'homoplate jusqu'à l'extrémité de l'index.
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L’homoplate affecte tout à fait la forme réalisée chez les autres Dauphins; il est fort développé d'avant en arrière, quoique à un degré moindre que dans le Sotalia Guyanensis. La fosse sus-scapulaire beaucoup plus rudimentaire encore que chez le Phocæna ne se voit plus du tout à la face externe de los; elle est entièrement refoulée sur le bord antérieur de lhomoplate et se trouve réduite à une simple gouttière. L’extrémité antérieure du bord supérieur est infléchie en crochet. L’acromion et l’apophyse coracoïde sont énormément développés : l’acromion, obliquement tronqué à son extrémité, regarde en haut; le coracoïde, dirigé en bas, est anguleux et assez irrégulier
de forme.
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Plus grande longueur dans le sens antéro-postérieur . . 0,110 — Longueur de l’apophyse coracoïde . . . . . . . . 0,026 — — de ACLOMIODMEEMR. Le volent MEN IOUS AU
L’humérus est proportionnellement petit et l'on peut en dire autant de la tête de cet os; celle-ci est constituée par une épiphyse non encore soudée avec le corps de l'os, mais à peu près confondue avec cette autre épiphyse qui représente à la fois la grosse et la petite tubérosité. Cette tubérosité est trèsvolumineuse ; elle présente le même aspect que la tête; comme cette dernière, elle est encroûtée de cartilage. Le reste de los ne présente rien de particulier, si ce n’est l’existence d’une fossette très-développée à la face externe de l'os et près de son bord antérieur.
Les os de l’avant-bras sont fort aplatis et accolés l’un à l’autre dans toute leur longueur suivant une ligne parfaitement droite. Le radius est à peu près deux fois aussi large que le eubitus. L’extrémité supérieure de ces os est obliquement coupée, de telle manière qu’en se réunissant ils forment ensemble un V ouvert en haut. Inférieurement ils sont terminés lun et l’autre par une surface régulièrement convexe. À leurs deux extrémités ils sont pourvus d'épiphyses.
Le carpe comprend cinq os disposés en mosaïque et cette partie du squelette de notre cétacé ressemble en tous points à celle des autres Delphinides, Les trois os de la première rangée, le radial (radiale, scaphoïde), le cubital
(ulnare, pyramidal) et l'intermédiaire (éntermedium , semilunaire), sont les plus volumineux. Les deux os de la seconde rangée, intercalés le premier entre le radial et l’intermédiaire , le second entre l'intermédiaire et le cubital, correspondent aussi aux intervalles existant entre l'index et le médian, et entre celui-ci et l’annulaire. Tous ces os sont largement séparés par des cartilages. La détermination des homologies de ces os n’est pas aussi certaine que celle des os de la première rangée. Cependant la discussion de cette question que M. Flower a publiée dans son beau mémoire sur le Cachalot ! me parait de nature à faire admettre que l’un de ces os représente le trapèze et le trapézoïde, l’autre le grand os et l'os crochu. Le piciforme est représenté ici par un cartilage inséré à l'extrémité inférieure du cubitus, à la limite de la région carpienne.
Les anatomistes ont beaucoup discuté sur les homologies entre les os du carpe des cétacés, des Delphinides en particulier, et ceux des autres mammifères. On sait depuis longtemps que le carpe des Dauphins se constitue généralement de einq os : trois os constituent la première rangée ; ils ont été généralement considérés comme homologues du scaphoïde, du semilunaire et du pyramidal des autres mammifères, au radial, à lintermédiaire et à l'ulnaire des Batraciens et des Tortues. Quant aux os de la seconde rangée , deux opinions ont été produites. L'une, récemment défendue par M. Van Bambeke, admet que les deux seuls os existants du mésocarpe représentent le trapézoïde et le grand os des autres mammifères ; les autres feraient complétement défaut. L'autre opinion, présentée par Gegenbauer et professée par M. Flower, consiste à voir, dans l’un des os, le trapèze et le trapézoïde confondus (carpale 4 et 5); dans l’autre le grand os et l'os crochu fusionnés en une pièce unique (carpale 3, 2 et 1).
Cette opinion me parait beaucoup plus fondée que la première et il me semble qu'une étude sérieuse de l’ouvrage classique de Gegenbauer ne permet pas de douter de l'exactitude des déterminations de l'illustre anatomiste allemand.
Mais les os de la première rangée ont-ils été bien déterminés? Ne s'est-il
l FLowen. On the Osteology of the Cachalot or Spermachule (TRANSACTIONS OF THE Z00L0GICaL SociETY OF Loxpow), 1868.
pas produit également ici des soudures entre des éléments osseux primitivement distincts? Les observations que j'ai pu faire sur les divers squelettes de Sotalia m'ont conduit à penser que l'os de la première rangée, habituellement considéré comme homologue du scaphoïde, représente à la fois le scaphoïde et le premier métacarpien réunis.