‹ Mammals. 1860-1879Chapitre 28 sur 32 · C. — Squelette du jeune Orque · texte numérisé non relu

C. — Squelette du jeune Orque

Sinous ne nous trompons, ce jeune Orque a été pris vivant avec sa mère en 1843-1844 à une lieue de la ville d'Ostende ; un dessin fort exact en a été fait d’après nature par Van Cuyl, planche T; la peau et le squelette en ont été conservés et sont déposés aujourd'hui au Musée de Bruxelles.

Le squelette est complet planche IF. Toutes les pièces sont encore en place, manière que l’on ne peut se tromper sur leurs rapports.

Les dents sont complètes et conservées ; nous en comptons treize au-dessus et douze au-dessous, fort peu différentes entre elles par leur dimension, si ce n’est les deux premières supérieures qui sont fort petites. C’est le même nombre que chez l'adulte, du moins quant à celles du maxillaire inférieur; le maxillaire supérieur en a quelquefois une de moins à l’âge adulte.

Les sept vertèbres cervicales ont une grande ressemblance entre elles et les apophyses épineuses supérieures différent fort peu les unes des autres, tant sous le rapport de leur longueur que de leur coalescence. Les modifications de quelques-unes de ces apophyses ne surgissent qu’à un âge plus avancé.

Il existe onze vertèbres thoraciques et, par conséquent, onze côtes, dont six s’articulent directement avec le sternum.

Les onze vertèbres dorsales sont suivies de trente et une vertèbres qui se répartissent ainsi : douze vertèbres lombaires, ne portant ni côtes ni os en V; neuf vertèbres portant, au contraire, des os en V qui vont en diminuant depuis le premier jusqu’au dernier ; douze vertèbres sont sans os en V et ce nombre constitue donc la région caudale proprement dite.

Nous trouvons donc en tout dans la colonne vertébrale cinquante et une vertèbres comme nombre normal.

Le sternum est formé de trois pièces distinctes qui n’ont pas encore leur forme définitive. La femelle de 16 pieds de long, observée par Schlegel, a les deux pièces antérieures du sternum réunies.

Nous ne voyons aucune disposition dans les os des membres qui mérite une mention spéciale, pas plus que dans l’arrangement des os du carpe et du métacarpe.

Voici toutefois la disposition des phalanges et des métacarpiens. Il ny a pas d'os proprement dit du carpe. Le pouce a deux phalanges ; l’index, six ; le médian, quatre; l’annulaire, trois; et le petit doigt deux comme le pouce.

Les deux os du bassin sont conservés et, d’après leur dimension, ils sont d’un mâle.

Le squelette mesure en tout 2",05.

Passons en revue les divers Orques échoués ou harponnés dans les mers d'Europe, et dont les débris sont conservés ou dont les auteurs ont fait mention.

Claas Mulder a publié, en 1836, une Notice fort intéressante sur les Cétacés des côtes des Pays-Bas. Cette Notice est publiée à l’occasion d'un travail de M. Bodel-Nyenhuis sur les Cétacés qui ont échoué sur ces mêmes côtes depuis les temps les plus reculés ; ce travail est écrit au point de vue de l'histoire de la géographie physique du pays.

Claas Mulder fait mention d’abord d’un Orque, pris le 15 avril 1832, près de Zwarte Haan, et dont il a fait l'acquisition pour sa collection. IT en a parlé dans les n° 37, 43, 45 et ÀT du Courrier de Leeuwaerden, 1832, et dans le ZLetterbode de la même année, n° 19 et 20 1. On appelait cet animal een Tonijn, dit-il, ou bien Zabelvisch.

Un autre Orca, cité par Claas Mulder, parait avoir échoué 0p de Engelsche Plaat, en 1811. La tête et douze vertèbres en ont été vendues. Ces os sont indiqués dans le catalogue du D' Quæstius, dans le n° 773, page 41.

Le Musée de Leyde est en possession de deux squelettes dont lun n’est pas tout à fait complet, mais qui montre cependant douze côtes ; l'autre est

1 Czaas Muuoer, lets over walvischaardige dieren, op de kusten van Nederland van tyd tot tyd gestrand of gevangen, Lerrersone, 1856.

parfaitement conservé. Il existe neuf vertèbres lombaires dans le premier. Le dernier provient de la femelle que Schlegel a représentée ! et qui est venu échouer en novembre 1841, à Wyk-op-Zee.

Ce Musée contient, en outre, deux crànes assez grands dont lun est un peu défectueux dans la partie supérieure qui entoure l’évent.

En 1759, un mäle de 24 pieds de long, à nageoire dorsale élevée, s’est fait prendre à l'embouchure de la Tamise. Il avait plusieurs Marsouins dans son estomac. Hunter en a donné une bonne description et une excellente figure ?.

Quelques années après (1772), un autre individu de 18 pieds seulement et à nageoire dorsale basse s’est fait prendre dans la Tamise même, et, comme le précédent, tomba heureusement entre les mains du même naturaliste. Hunter l’a également représenté.

Un troisième fut pris dans la Tamise devant Greenwich en 1793; il faisait partie d’une bande de cinq ou six; il mesurait 34 pieds ; c’est celui dont sir John Banks à envoyé la figure à Lacépède 5 qui l’a fait graver. La description aut mieux que la figure qui n’est évidemment pas faite d’après nature, puisqu'il n’est tenu aucun compte de la distribution si caractéristique des couleurs.

Le 19 novembre 1830, un mâle de 21 pieds a été capturé par des pêcheurs dans le havre de Lynn; c’est de lui que nous avons parlé plus haut et dont Dewhurst donne un dessin sur bois. Le crâne de cet individu est conservé dans la collection de M. Bell “.

En 1864, une petite bande a paru in the Parrett, près de Bridgewater ; les individus qui la composaient variaient de 11 à 12 pieds de longueur ?.

M. Couch a également signalé des Orques sur la côte de Cornouailles.

1 Abhandlungen aus dem Gebiete der Zoologie und vergleichenden Anatomie. Leiden, 18#1, lle Heft, pl. VIL Phil. Transactions, 1787, pl. V, fig. 1-92.

LacÉPÈDE, Cétacés, p. 504, pl. V, fig. 126.

# Some account of a Grainpus recently caplured in Lynn Harbour, Loxpon’s MAG. oF NAT. HiST., 1851, t. IV, p. 558.

5 A School of ten in the Parrelt, near Britgewater, 24 march 1864 (J. CLark) varying from 11 10 22 feet long. Gray, oN Bnir. Cerac., Pnoc. Zoo. Soc. May 24, 1864, p. 50.

Le Musée britannique possède un squelette de 20 pieds de long, de Weymoutbh, qui a été offert par M. R. Pearce, Esq.,un crâne de la côte d'Essex, provenant de la collection de M. Cross et un autre crâne de la collection de M. Turner.

On trouve des Orques aux Musées de Bergen, de Lund et de Christiania (V. Lilljeborg). On trouve également une tête et les principales parties du squelette d’un ose pris dans la Baltique, au Musée de Greifswald.

L'Orque conservé à Lund est probablement celui dans l'estomac duel Nillson à trouvé plusieurs Phoques.

Le Musée de Stockholm renferme plusieurs beaux squelettes d'Orque provenant surtout de la côte de Finmarken; nous v avons vu une tête qui a au moins 4 pieds de long.

Les Orques se montrent de temps en temps aux iles Feroë ; en 1858, Eschricht en a reçu trois têtes à la fois qui étaient parfaitement bien conservées. Je pense qu'une de ces têtes se trouve aujourd’hui au Musée de Stuttgard.

L'Orque est connu également sur la côte du Groënland; Ot. Fabricius le cite sous le nom de Physeter microps, croyant qu'il n’a pas de dents au maxillaire supérieur. Ot. Fabricius lui accorde comme pâture des Phoques, des Marsouins, des Béluga et jusqu'à des Baleines, ce qui prouve clairement que ce n’est pas d’un Physeter qu'il s’agit, puisque le Physeter ne mange que des Céphalopodes. |

Martens, en parlant du Grindewall, fait mention d'un Dauphin dont la nageoire dorsale est trois fois plus élevée que celle du Globiceps; il lui trouve une couleur plus foncée que ce dernier, mais il atteint une longueur à peu près égale; on voit par ce caractère de la nagcoire dorsale seule qu'il veut parler de l'Orque. Il est probable qu'il n’a vu cet animal que dans l’eau et qu'il wa pu juger de ses couleurs que par la peau de la tête et du dos.

Nous avons fait mention plus haut des observations de Holbüll sur la présence des Orques dans les parages de Godhavn.

On connait aussi quelques Orques échoués à l’ouest sur des côtes de France et dans la Manche.

Nous avons vu plus haut que Du Hamel, dans son Traité général des

pêches !, figure, sous le nom de Cachalot d'Anderson, un Orque qu'il est facile de reconnaitre à son système de coloration. Ce dessin est bien fait. Il a été exécuté d’après un animal qui avait échoué près de Vannes, à l’embouchure de la Loire; nous ne trouvons aucune indication que des os en aient été conservés.

Au Musée de Boulogne-sur-Mer on voit un jeune Orque monté, ainsi qu'une tête d’adulte mutilée. Ce sont évidemment des individus pris dans ces parages.

D'après ce que rapporte le Courrier de Bretagne, le 19 juillet 1864, on a trouvé échoué dans les vases sur la côte de Plélan, un poisson énorme ressemblant à une Baleine; il avait 7 mètres de longueur et l’on présume que c’est un Souflieur. Il avait le ventre blane, le dos noir et deux taches blanches sur le cou ; ses dents très-usées faisaient supposer, dit le journal, qu'il était vieux ?. Les taches blanches sur le cou et la taille ne nous laissent pas de doute sur la nature de cet animal; c’est évidemment un Orque qui est venu se perdre là. Nous ne croyons pas que l’on en ait conservé quelques débris.

Il est assez étonnant, comme nous lavons fait remarquer plus haut, qu'il n'y ail pas un squelette bien conservé d'Orque au Muséum à Paris. Le plus complet qui s’y trouve ne comprend que le crâne et une partie de la colonne vertébrale ; il est placé debout au fond de la salle à eôté de la tête du Cachalot. Les dents sont +, quoique la figure donnée par Cuvier n'en +7. À en juger par les surfaces articulaires, il existe au moins dix côtes. Il est probable que ces débris proviennent d’un animal pris sur les côtes de France, mais on n’a conservé aucun renseignement sur son origine.

Le Dr Souverbie a lu une note à la Société linnéenne de Bordeaux sur la prise d’un jeune Orque mâle en rade de Bordeaux le 11 juin 1876. D'après le D' Souverbie, cette espèce n'avait pas encore été observée sur les côtes à l'embouchure de la Garonne. Ses dents présentent la formule den-

taire suivante : 55254. Il y a cinquante et une vertèbres et onze côtes.

représente que

! Tome IV, page 55, planche IX, figure 1.

2 Courrier de Bretagne, juillet, 1864.

On à tenu note de la capture de quelques Orques dans la Méditerranée. M, Cornalia cite ce Gétacé dans sa Fauna d'Italia sous le nom de Delphinus orca, mais sans faire mention d’une observation particulière.

Le Dauphin de Bayer, long de 14 mètres, qui a échoué à Nice en 1726, est, sans aucun doute, un Épaulard, dont les dimensions ont été exagérées.

Il y a environ trente-cinq ans un Épaulard a été pris à Cette (Hérault). M. Gervais a déposé la tête au Muséum d'histoire naturelle de Paris et en a donné une bonne figure !.

Il n’est plus douteux pour personne aujourd’hui que l’Orque visite la Méditerranée et le soupçon, que l’Aries marinus des anciens n’est autre chose que ce même Cétacé, paraît entièrement confirmé. La tache jaunâtre en forme de corne, que l’animal porte sur le côté de la tête et qui se détache nettement sur le fond noir de la peau, lui a valu ce nom. Pline, comme nous l'avons dit dans lIntroduction, en fait également mention en parlant d’un grand poisson échoué qui avait vomi des peaux.

Il ne sera pas sans intérêt pour la science de reproduire ici ce que feu Eschricht pensait des Orques.

Un télégramme du Jutland m’apprend, disait-il dans une de ses lettres, qu'une Baleine de 22 pieds venait d’être trouvée dans la mer par le propriétaire d’un château qui lui fit savoir que, s’il voulait partir de suite, l’animal resterait intact jusqu'à son arrivée. Puis il ajoute : « Je partis de suite. J'ai trouvé un Orque mâle. Quelle bête! Ses couleurs étaient brillantes et rappellent la belle planche de Schlegel. Savez-vous ce qu’il avait dans son estomac ? Devinez s’il vous plait : quinze Phoques et treize Marsouins. Voilà le quatrième squelette de mon musée. »

Quinze jours après il me disait dans une autre lettre : « Envoyez-moi un croquis des os du bassin de l’Orque et j'espère pouvoir vous dire si c’est d’un mâle ou d’une femelle. Chez le mâle, ils sont bien grands, mais celui-ci

1 «Je ne connais sur nos côtes que deux captures certaines de ce grand Cétacé, dit Gervais; un exemplaire a été pris à Cette (Hérault) vers 1840, un autre a échoué en face d’Elne (Pyrénées-Orientales) en 1857. » Zoologie et paléontologie françaises, p. 299, pl. XXXVIL, fig. 5-4.

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parait être plus rare que la femelle. Rien de plus facile que de le reconnaitre à sa nageoire dorsale. En le voyant, j'ai compris la chasse aux Phoques des Groënlandais quand ils sont arrêtés sur la glace. Vous vous souvenez qu'ils imitent cette nageoire par une rame perpendiculaire et coloriée en noir. La vue de cette rame met tous les Phoques en fuite. »

Au mois d'octobre de la même année, Eschricht m'écrit au sujet des Orques : Je suis parvenu à distinguer quelques espèces.

Dans la dernière lettre que j'ai reçue de lui, le 30 décembre 1862, après avoir mentionné ses embarras avec l’imprimeur et ses ennuis à Paris, il ajoute : « Bref, à mon retour (à Copenhague), j'avais à peu près perdu toute envie de continuer ce grand travail qui m'a occupé pendant si longtemps. Enfin, je me suis rétabli et j'y suis de nouveau. Seulement à

chaque pas reviennent les scrupules; je vois mille choses à refaire, mille recherches à exécuter de nouveau. Est-ce la vieillesse qui commence à se faire sentir ? En mars prochain, je vais entrer dans ma soixante-cinquième année. » Puis il continue : « Pendant deux ou trois mois, j'ai été presque entièrement distrait par ces coquins d’'Orques. Un zoologiste suédois, M. Lilljeborg, d'Upsal, avait insisté de nouveau sur la différence du Gladiateur et de l’Orque commun à nageoire dorsale plus basse. J'avais supposé que ce n’est qu'une différence de sexe, car, en effet, les uns, autant qu'ils ont été décrits, ont bien été des màles, les autres des femelles, Cependant, il a bien fallu examiner de nouveau mes quatre squelettes, mes crânes et mes autres ossements provenant des Feroë. Il me semble qu'il y a là, non deux, mais trois espèces. Enfin, je m'y perds comme dans l’examination des Baleines à aileron. Il à fallu écrire en Norwége pour chercher de nouvelles instructions, faire un voyage en Suède ; il faut examiner et comparer séparément les dents, les crànes, les extrémités, les vertèbres, mais je reviens toujours aux trois espèces. Voilà encore un mémoire qu’il faut terminer et qui me distrait beaucoup. »

Eschricht était en train d'étudier ces squelettes quand la mort est venue malheureusement l'enlever à la science et à ses nombreux amis. Il est mort dans le courant de janvier suivant.

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