SOUS-FAMILLE DES TAUPES
ou Talpiens.
Cette sous-famille renferme les véritables taupes organisées pour une vie exclusivement souterraine.
Genre Taupe
(Talpa, L.),
Caractères. — Corps allongé, presque cylindrique, ter- :
miné en avant par une tête conique sans cou distinct,
en arrière par une queue courte et poilue; pattes de de- M
vant très larges, à doigts réunis par la peau presque jusqu'aux ongles qui sont grands et aplatis, tournées en dehors, conformées pour fouir; pattes de derrière normales, conformées pour la marche; pas d'oreilles externes ; yeux tout à fait rudimentaires.
Formule dentaire : 1. #3; C. :=:; Pm. ## ; M. #3— 44 dents.
Fr
Les incisives sont petites, disposées presque comme chez l’homme et les singes ; les canines supérieures sont
grandes, triangulaires, comprimées, pourvues de deux
racines ; les canines inférieures sont semblables aux inci-Mi
È 5h À ! sr ., 0 sives, et la première prémolaire inférieure est aucontraire grande, triangulaire et a longtemps été considérée commen
étant la canine, enraison de sine et de ses dimensions : e on admettait alors qu'il y avait ?-? incisives. Deux espèces se trouvent en RU,
Tableau des espèces du genre Taupe (7alpa).
— u. OEil bien distinct, visible au dehors et muni de paupières mobiles. La longueur du boutoir ne dépasse pas beaucoup la largeur de l'extrémité antérieure du museau. Toutes les incisives supérieures sont à peu près . égales. La 2e prémolaire supérieure est à peu près aussi grande que la 3e; la 2e prémolaire inférieure n’est pas sensiblement plus petite que la 3e. Lèvres, pieds et queue couverts de poils gris. . . La TAUPE COMMUNE (Talpa europæa). nn bd. OEil recouvert par la peau, privé de pau- LM pières et invisible à l'extérieur. La longueur — du boutoir est presque le double de la /ar- —. geur de l'extrémité antérieure du museau. d Les deux incisives supérieures médianes # sont presque deux fois plus larges que les € latérales. La 2e prémolaire supérieure est beaucoup plus petite et plus faible que la 3e; la 2e prémolaire inférieure est beaucoup plus faible et plus petite que la 3e.
Lèvres, pieds et queue couverts de poils nc de. 2 La TAUPE AVEUGLE (Talpa cœca).
La Taupe commune
(Talpa europæa, L.).
Synonymie. — Talpa vulgaris, Brisson.
Caractères. — Pelage doux, égal, noir à reflets veloutés ; “ pattes presque nues, couleur de chair. (Pour le reste, “ voyez les caractères du genre et le tableau ci-dessus.) Il existe des variétés blanche, grise, isabelle et tachetée. k Longueur du corps avec la tête — 0",140; queue — 07,033 ; largeur de l'extrémité du museau — 07,008 ; longueur du boutoir au delà des incisives — 0,010. Très commune par toute la France : dans les monta- gnes, elle s'élève jusqu’au pied des glaciers.
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Tout le monde sait que la taupe vit sous terre dans des galeries qu’elle creuse avec une grande rapidité. Ces couloirs lui servent à la fois de demeure et de terrain de chasse : elle se nourrit ordinairement de vers de terre, d'insectes et de leurs larves, mais elle tue et dévore également tous les animaux qui se rencontrent à sa portée : malheur au mulot, à la musaraigne ou au campagnol qui s’égare dans ses galeries : il est égorgé et mangé en un clin d'œil; malheur également à la grenouille trop confiante qui s'arrête sur ces petits tas de terre, rejetés par la taupe dans son travail souterrain,
et qu'on appelle des {aupinières : si par hasard la taupe est aux aguets dans le voisinage, le batracien se sent bientôt saisir à la patte par des dents aiguës qui l’entrainent rapidement sous terre. La taupe ne craint pas d’attaquerles serpents, et sa voracitéest telle qu’elle mème dévore ses semblables quandelle est poussée par la faim, comme on l’a vu maintes fois en captivité; on peut dire que la taupe a besoin chaque jour, sinon à chaque repas, d’une quantité de nourriture égale à son propre poids.
Le terrier de la taupe est excessivement compliqué : «
on y distingue toujours le gîte proprement dit et le terrain de chasse, ce dernier ayant, on le conçoit, beaucoup plus détendue, variant continuellement et s’'aug-
| mentant du travail de chaque jour. Les galeries sont à différentes hauteurs et descendent jusqu’à 50 centimètres et plus au-dessous de la surface du sol.
L'habitatica centrale, gite ou donjon, a une forme et
… des dimensions particulières et toujours les mêmes : c’est une chambre mollement tapissée de substances végétales et danslaquelle débouchent sept à huit galeries divergentes destinées à assurerla fuite de l’animal, en cas de surprise.
Fig. 56. — Donjon dela taupe, Fig. 57. — Donjon de la taupe, vu par en haut. vu de profil.
… Ces terriers particuliers communiquent entre eux par Lùdes couloirs qui sont fréquentés par plusieurs taupes, car “on peut en prendre jusqu’à quinze ou vingt dans l'une ide ces galeries communes, tandis que l'on n’en prend mm jamais plus d’une dans les galeries particulières. Ces sortes de chemins vicinaux sont de deux sortes : les uns font communiquer les gîtes entre eux, les autres conduisent à l’eau la plus proche et sont fréquentés par toutes les taupes d’un même canton, surtout en temps sec. Les taupes sont donc, même en dehors du temps, des amours plus sociables qu'on ne le dit généralement (de La Fontaine) : elles ne sont réellement solitaires que
pendant le temps qu'elles sont à la recherche de leur. nourriture, dans une galerie qui est le résultat de leur. travail personnel, et lorsqu'elles se reposent dans leur gite particulier. Elles creusent à des heures fixes, au lever et au coucher du soleil, puis vers neuf heures du matin et midi, mais jamais la nuit. + La taupe se plait dans les prairies au bord des rivières j où sa présence se trahit par le grand nombre de taupinières qui marquent, de distance en distance, la direction de ses galeries : elle y trouve un terrain d’alluvion plus meuble que partout ailleurs, ce qui lui permet de creuser avec une grande rapidité. Autant la taupe est, embarrassée à la surface du sol, autant elle montre d’aisance et d’agilité dans ses galeries : elle y court presque aussi vite qu’un cheval au trot, et quand il s'agit de fouir, ce qu’elle fait à l’aide de ses pattes en forme dem bêches et en s’aidant de son boutoir, elle creuse si rapi-« dement dans un terrain favorable qu'elle se dérobe facilement à ses persécuteurs, et sa disparition semble tenir du prodige. Dans le sable, la taupe a l'air de nager presque aussi aisément qu'un poisson dans l’eau. | La question de savoir si la taupe est un animal utile ou nuisible est une de celles qu'il est difficile de résoudre d'une façon absolue. Par le grand nombre d'insectes et de versqu'elle détruit, elle rend d’incontestables services à l’agriculture ; ses galeries opèrent une sorte de drai= nage qui est souvent favorable aux prairies ; mais, d'un autre côté, ellecause le dépérissement d’un grand nombre de plants dont les racines se trouvent dénudées et privées de terre dans ses couloirs. Si donc il est prudent de l’ em, pêcher de se multiplier outre mesure, il ne faudrait pasw
1 * LAIERS LES j
tomber dans l'excès sous ce rapport et chercher à l’exterminer complètement, comme certains cultivateurs ont | “essayé de le faire, jusqu’au moment où la multiplication - des insecteset surtout des vers blancs (larves de hannetons) leur a fait toucher du doigt leur erreur.
A l’époque de la reproduction, les mâles recherchent les femelles : on les trouve alors ensemble dans les "mêmes galeries : les mâles se livrent des combats achar- “nés dont la femelle est le prix. Celle-ci met bas à partir “du milieu d'avril jusqu’en juin et même jusqu’en août, depuis trois et cinq jusqu’à six ou sept petits qui “naissent nus, et atteignent à cinq semaines la moitié de “la taille des adultes. Il est douteux qu'il y ait deuxportées “par ans, mais l’époque plus ou moins tardive de la mise | bas a pu donner créance à cette opinion, que la lenteur de l'accroissement des petits ne semble pas confirmer.
La Taupe aveugle
(Talpa cæca, Savi).
—… Caractères. — Semblable à la taupe commune, mais avec le museau plus long, plus régulièrement conique et | largement tronqué à l'extrémité du boutoir; les yeux complètement cachés sous la peau qui les recouvre sans aucune solution de continuité. Les lèvres, les pieds “et la queue présentent des poils blancs au lieu de poils | gris. | Pour les caractères dentaires, voyez le tableau compa- | ratif des deux espèces du genre.
| Longueur de la tête et du corps 0,140; queue —
106 FAUNE ÉLÉMENTAIRE 0",030; largeur de l'extrémité antérieure du museau = 0,006 ; longueur du boutoir au delà des incisives = 0%,012. À
Cette espèce méridionale et du pourtour de la Médi-« terranée remplace la taupe commune en Grèce et dans 1 le sud de l'Italie : dans le nord de ce dernier pays, on trouve à la fois les deux espèces, mais celle-ci est beau- 4 coup plus rare que l'autre. |
Bien que soupçonnée depuis longtemps dans le sud-est de la France, on n’a pas encore la certitude de son exis-« tence dans les départements des Alpes-Maritimes, du Var et le reste du littoral méditerranéen, ainsi qu’en Corse. De nouvelles recherches sont nécessaires sous ce rap-« port. — Dansle reste de la Fran :e, on a souvent pris pour elle la petite taupe desanciens auteurs, quin’estqu'une va-M riété de petite taille de la taupe commune, etqui possède comme elle, des yeux très petits mais parfaitement munis“ d’une ouverture palpébrale. C'estainsi que Lesson, en 1841 fait figurer la ‘présente espèce dans le Catalogue des mam-*« mifères de la Charente-Inférieure. Les recherches plus récentes n’ont pas confirmé cette supposition (Beltrémieux). Les mœurs sont celles de l'espèce commune. Ses“ couloirs sont moins étendus et plus à fleur de terre. Len nid est placé dans la chambre de repos, tandis que la taupe commune construit un nid spécial à l'intersection de plusieurs galeries, et le garnit de feuilles, d'herbes et de mousses. +
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