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ORDRE V. — AMPHIBIES, PINNIPÈDES OÙ PHOQUES

Caractères. — Mammifères onguiculés à membres modifiés pour la nage, les quatre extrémités, pourvues de cinq doigts, considérablement raccourcies et bordées d’une membrane qui dépasse les ongles. : le corps fusiforme terminé par une queue très courte; la tête courte et arrondie, les yeux gros, et les oreilles externes nulles ou rudimentaires. Pelage plus ou moins court et couché.

— Trois sortes de dents : des incisives, des canines et des molaires, celles-ci ne se divisant plus en prémolaires, carnassières et tuberculeuses, mais toutes à peu près semblables, — en forme de carnassières ou plutôt exagérant encore le type de ces dernières dents, telles que nous les avons vues chez les chats. Les molaires des phoques sontcomprimées, festonnées, à trois ou cinq lobes qui | s’oblitèrent quelquefois de telle sorte que la dent semble unilobée ou conique. Régime carnivore, ichthyophage. :

Les phoques sont des animaux essentiellement marins qui s’aventurent rarement dans les rivières. Ils fréquen-

tent, en France, les rivages de l'Océan et de la Méditerranée , et vivent exclusivement de poissons qu'ils

poursuivent dans la mer avec autant d’agilité que d'adresse. Ils nagent et plongent avec la plus grande facilité,

grâce à une disposition spéciale de leur appareil cireulatoire qui leur permet de retenir leur respiration pendant

un temps trés long. Leurs narines peuvent se fermer hermétiquement. — Ils viennent souvent à terre pour se

reposer, et leur marche est alors plus rapide qu'on ne

pourrait le croire d'après la brièveté de leurs membres et l'embarras de leur allure. Tous sont relativement très intelligents.

Ces animaux, inquiétés par l’homme, sont devenus très rares dans les localités qu’ils fréquentaient autrefois régulièrement ; on ne les voit plus que sur quelques rivages déserts de nos côtes ou des iles avoisinantes. Certaines espèces craignent beaucoup plus le chaud que le froid et accomplissent des migrations régulières pour fuir la trop grande chaleur de nos étés, ne visitant les côtes de la France que pendant l'hiver. Le phoque commun, cependant, est considéré comme sédentaire, et le phoque moine ne parait pas quitter la Méditerranée et la mer

Noire. Ces deux espèces (Phoca vitulina et Monachus « albiventer) se montrent régulièrement sur nos côtes : les.

trois autres espèces que nous signalerons ici, ne s’y ren-

contrent que très accidentellement, et presque toujours à.

la suite de quelque tempête.

Prier 'RRS 3 " DES MAMMIFÈRES DE FRANCE 239

Tableau des genres et des espèces de Phoques

de France.

A. Incisives —, simples, coniques ; molaires multilobées à deux ou trois racines excepté la première qui n'en a qu'une; ongles bien développés : doigt externe des pieds postérieurs pas plus développé que les autres : deux genres.

a. Museau étroit, régulièrement coniques moustaches ondulées; doigts des pieds de devant décroissant de longueur du er au 5e; le ler et le 2esubégaux; deux mamelles. . . . . . . G. PnoQue (Phoca) : deux espèces : a. Formegénérale lourde, ramassée ; membres courts, nez large ; molaires grandes et serrées, étant obliquement implantées, surtout à la mâchoire inférieure et chez le jeune. — Pelage gris fauve ta- | cheté de brun en dessus.

| LE PHOQUE VEAU-MARIN (Phoca vilulina).

b. Forme générale allongée, tête petite, nez pointu; molaires petites, droites, espacées ; doigts des pieds subégaux. — Pelage brun noirâtre avec de grandes taches ovales blanchâtres. . . . LE PHOQUE MARBRÉ (Phoca fæœtida). b. Museau large, chanfrein convexe; . dentition faible; les molaires à racines petites, bien séparées, en partie caduques ou avortées chez l'adulte.

Membres courts. Doigt médian des pattes antérieures le plus long ; moustaches lisses ; quatre mamelles. G. Err- GNATHE (Erignathus) : une espèce : pelage gris, plus foncé le long du dos.

LE PHOQUE BARBU (Erignalhus barbatus).

B. Incisives —, entaillées tranversalement sur leur bord externe; molaires épaisses, fortes, serrées obliquement implantées, à peine lobées, les trois postérieures à deux racines. Museau long, déprimé; mous- | taches lisses terminées en pointe. Ongles . petits surtout aux membres postérieurs.

G. PéLace (Pelagius) : une espèce : Noir dessus, blanc dessous, les deux couleurs nettement séparées . . LE PHOQUE MOINE (Monachus albiventer). C. Incisives —;

—,; molaires simples, lisses,

S.à is.

non lobées, coniques, et à pointe unique, munies d’une racine grosse, simple et en forme de massue. Tous les ongles forts et bien développés. Un sac en forme de bonnet, susceptible de se gonfler sur le front du mâle adulte. G. STEMMATOPE (Cistophora) : une espèce : Pelage noirâtre ou gris foncé avec des taches noires sur le |

dos. . . . . . . LE PHOQUE A CAPUCHON (Cistophora cristata).

Genre Phoque (Phoca, L.) ” (Calocephalus, F. Cuv.) 7

Caractères. — Incisives supérieures au nombre de six : museau étroit, régulièrement conique ; yeux gros, oreilles externes nulles ; doigts des pieds postérieurs à peu près égaux; ongles bien développés; doigts des pieds de devant décroissant de longueur du premier au cinquième, mais le premier et le deuxième subégaux; moustaches ondulées ; deux mamelles.

Formule dentaire : TI. 5; QC = M == 34 dents.

Les molaires ont de trois à cinq tubercules bien développés.

Deux espèces se montrent sur les côtes de France.

Le Phoque veau-marin

(Phoca vitulina, L.)

Synonymie. — Calecephalus vitulinus, F. Cuv.; — Phoco canina, Pallas; — PA. maculata, Boddaert. Caractères. — Forme générale assez massive, tête

«HD L | VrNn 0 à

grosse et ronde, nez large. Molaires grandes, bien séparées, mais disposées obliquement et comme imbriquées. — Couleurs variables : d’un gris fauve en dessus avec de petites taches irrégulières d'un brun plus ou moins foncé; blanc jaunâtre en dessous avec quelques petites taches brunes. Les taches disparaissent quelquefois dans la teinte générale qui est alors d’un brun fauve foncé plus clair dessous. — Le jeune, à sa naissance est d’un blanc sale ou jaunâtre, et prend des teintes plus foncées à la première mue.

Longueur totale — 1",50 à 2", chez le mâle adulte; la femelle est un peu plus petite.

Cette espèce était autrefois le phoque commun, veau marin, chien ou loup marin de nos rivages de l'Océan. Il se montre encore, presque tous les ans, sur quelques points du littoral : d'après Gervais et Marcotte, il en existe une petite troupe dans la baie dela Somme : on le trouve

aussi sur les côtes de la Normandie et de la Bretagne, et jusque dans le golfe de Gascogne. Il y a deux ou trois ans, pendant l'hiver, un couple de ces animaux remonta Îa Loire, en se reposant sur la glace, jusqu'aux environs d'Orléans où ils furent tués : nous n'avons pu recueillir de détails plus précis sur ce fait intéressant. — Il est plus rare dans la Méditerranée, mais il y est encore signalé de temps en temps, et il y pénètre évidemment par le détroit de Gibraltar, car c’est une autre espèce (Monachus albiventer) qui habite la mer Noire. Le phoque commun se

montre, du reste, sur les côtes d'Espagne.

Les mœurs de cette espèce ont été peu étudiées en France ; il paraît cependant qu’il en existe une petite colonie plus ou moins sédendaire dans la baie de la Somme,

et plusieurs fois des individus en ont été amenés à la ménagerie du Jardin des Plantes. Comme l'indique le nom que lui donnent les Anglais (//arbor seal), le phoque commun se plait dans les baies, les golfes et les estuaires des fleuves, où il se tient sur les îlots rocheux ou sur les bancs de sables que la mer découvre régulièrement à chaque marée. Bien que l’espèce soit répandue sur tout le Nord des deux continents, elle ne paraît pas accomplir

Fig. 98. — Phoque veau-marin, (Phoca vitulina) 1/20 de gr. nat.

de migrations versles régions arctiques comme la plupart des autres espèces, et on la trouve toute l’année sur le même rivage ; elle ne s'aventure pas sur la glace flottante, de sorte qu'elle n’est jamais emportée en pleine mer par « les courants. |

Lorsqu'ils se reposent à terre, les phoques sont toujours en éveil et ils ont soin de se tenir hors de la portée

des armes à feu. Ils passemt souvent six heures de suite hors de l’eau à marée basse, toute la bande étant couchée côté à côte, et la tête toujours tournée vers la mer, digérant dans une douce somnolence et se chauffant au soleil. Ils sont alors gardés par l’un d'eux qui se pose en sentinelle sur un rocher ou quelqu'autre endroit élevé, et veille sans cesse en regardant de tous côtés et flairant le vent. Leur marche sur le sol est lourde, rampante et embarrassée, mais cela ne les empêche pas de courir très vite et de faire ainsi bien du chemin, surtout quand il s’agit de s'échapper et de rejoindre leur élément favori,

Dans la mer ils font preuve de la plus grande agilité en chassant les poissons dont ils se nourrissent ; ils recherchent surtout les limandes et les saumons qu'ils poursuivent assez loin dans les rivières, mais ils mangent également des écrevisses et des crabes.

L'accouplement a lieu en automne, vers le mois de septembre, et la gestation est de neuf mois : par conséquent, c'est au commencement de l’été suivant, vers la fin de mai ou le commencement de juin que la femelle met bas un seul petit, rarement deux, sur les rochers du rivage ou dans quelque caverne. Le petit nait couvert d’une épaisse toison blanche qui tombe immédiatement, sinon déjà dans le sein de la mère, de sorte que, plus précoce que les autres jeunes phoques qui gardent cette livrée deux ou trois semaines, et ne vont à l’eau qu'après l'avoir perdue, celui-ci se montre dans la mer quelques heures à peine après sa naissance, Malgré cela, c’est un fait assez étrange que le jeune phoque n'aille à l’eau que malgré lui : il faut que la mère l"y pousse et lui apprenne à nager.

Cependant, c'est toujours à terre qu'il vient pour téter, et la mère veille sur lui avec la plus grande sollicitude. L’accroissement est rapide, et le jeune est en état de se suffire dès l'automne suivant, inais ce n’est qu’à l’âge de L deux ou trois ans qu'il est en état de se reproduire. ;

Cette espèce est facile à élever en domesticité et fait preuve d’une intelligence au moins égale à celle du chien. s Sa voix est une sorte d'aboiement sourd et étouffé.

Le Phoque marbré

(Phoca fœtida, Fabricius.)"

Synonymie. — Phoca hispida, Schreber; — Calloce- 4 phalus discolor, F. Cuv.; — Ph. Frederici et Schreberi, Lesson ; — Phoque marbré, F. Cuv.

Caractères. — Forme générale allongée, plus légère que chez l'espèce précédente, la tête plus petite et le « museau plus pointu : le premier doigt de la main un peu plus long que les autres. — Dents plus petites, implantées « parallèlement à la gencive et bien séparées. — Pelage d’un brun noirâtre plus foncé sur le dos, plus clairsur les « flancs, avec de larges taches ovales, blanchâtres, ayant . souvent un point noir au centre. Le ventre d’un blanc jaunâtre. Nez et tour des yeux noirs ; moustaches et ongles noirâtres. Les poils sont raides et comme hérissés, — Les jeunes de l’année sont d’un blanc jaunâtre, plus foncé le long du dos, avec quelques petites taches noirâtres éparses. — Ces teintes varient beaucoup suivant les individus.

Longueur totale = 1",30 à 1",80 : généralement un

peu plus petit que le phoque commun; la femelle plus petite que le mâle.

D Ce phoque, qui est propre aux mers du Nord, a été pris très accidentellement dans la Manche, sur les côtes du département de la Somme. Il se montre plus souvent dans la mer du Nord, sur les côtes des Iles Britanniques,

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