‹ Mammifères fossiles de TarijaChapitre 40 sur 61 · ET ES ÉRN E LO | D OP PES TT ARTE RE PRET EE TO PE PO OT ET OO AP · texte numérisé non relu

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RÜUMINANTS,. 191

LES AUCHÉNIDÉS DE TARIHA EN GÉNÉRAL.

En résumé nous voyons qu'il y avait à Tarija deux genres d'Auchénidés au moins!, à un état d'évolution un peu différent; l'un, plus primitif, Palæolama, possédait à la michoire inférieure’ une prémolaire de plus, tandis que l'autre était aussi évolué que les Lamas ou les Guanacos actuels. :

Au premier genre appartiennent deux espèces: l’une, de grande taille, aux prémolaires plus volumineuses, dont les mächoires inférieures présentent à un degré moindre le pli caractéristique des Auchénidés, est certainement la plus primitive malgré sa grandeur, c’est le Palæolama Weddeli : Yautre est le Palæolama Crequu, plus évoluée, car ses prémolaires sont moins volumineuses © et dont une variété de petite taille ne diffère de la Vigogne actuelle que par la persistance d'une prémolaire inférieure.

Dans le groupe des Lama, caractérisé par la disparition d’une prémolaire, l'espèce la plus commune {Lama Castelnaudi) est vraisemblablement l'ancêtre des Lamas et des Alpacas actuels; une variété de cette espèce parait avoir eu pour descendants les Guanacos ou, plus exactement, elle présente, dans sa dentition, la même particularité que certains Guanacos actuels.

La différence qui sépare ce Lama Castelnaudi de Palæolama Crequi est en réalité assez faible, car il est possible que, dans une même troupe de Lamas, les uns aient eu encore deux prémolaires tandis que d'autres avaient déjà perdu ce caractère ancestral. On pourrait dire alors qu'il n'y a à Tarija que deux formes: l'une nettement archaïque et assez rare (P. Weddeli), Yautre, commune (L. Castelnaudi), représentée par un grand nombre de variétés, parmi lesquelles nous voyons s'accomplir la différenciation des Auchénidés actuels en Lamas et Alpacas, Guanacos

® Nous ne parlons pas ici du genre Hemiau- Gerv., estimant que cette dernière espèce devait,

chenia parce qu'il est trop mal connu (Voir supra, par suite, être classée dans le genre Palæolama

. : p.179). (Notas sobre algunos Mamiferos del valle de (Ce sont cés mâchoires à deux prémolaires Tarija, 1902, p. 250).

qu'Ameghino attribuait à Auchénia Castelnaudi

et Vigognes. On peut probablement aussi considérer comme de simples variétés les espèces encore mal connues qui ont été décrites sous les noms d’Auchenia mesolithica et d’Auchenia intermedia.

I serait même possible qu'Hemiauchenia cf. paradoæa ne soit qu'une variété individuelle de P. Weddeli ayant accidentellement une colonnette.

Tous ces proches ancêtres des Guanacos et des Vigognes avaient sans doute un régime très voisin de celui de leurs descendants actuels. Tandis qu'à Tarija les Mastodontes, les Tapirs, les Macrauchenia et les gros Rongeurs voisins des Cabiais fréquentaient les endroits marécageux, nos Lamas broutaient, côte à côte avec les Chevaux, l'herbe des pâturages. Mais quand les conditions climatiques ont changé, quand l'Homme a commencé à domestiquer les moins agiles d'entre eux et à chasser les plus rapides, les uns, les Vigognes, ont émigré vers les régions élevées, vers les sommets rocheux, où ils vivent jusqu’à plus de 5,000 mètres d'altitude, les autres, les Guanacos, sont descendus dans les plaines de Patagonie à la recherche de pâturages plus abondants.

Une observation de Darwin sur ces Guanacos nous montre d’ailleurs quel pouvait être alors l'aspect de la région de Tarija. «Les Guanacos, dit l'ilustre naturaliste, semblent avoir des endroits de prédilection où ils vont s'étendre pour mourir. Sur les bords du Rio Santa Cruz, en certaines places délimitées, généralement couvertes de buissons et tout près de l'eau, le sol était couvert d'os. Sur chacun de ces emplacements, Je comptais de 10 à 20 têtes» (, Une crue survenait entraïnant les ossements et préparait leur fossilisation en les mettant, dans le sable et l'argile, à l'abri de la putréfaction.

Comparaison avec les autres Auchénidés fossiles Sud-Américains. — P. Gervais et Ameghino ont décrit et figuré une douzaine d'espèces et quatre ou cinq genres au moins d'Auchénidés du Pampéen. Une partie des pièces qui leur ont servi de types se trouvent dans les collections du Muséum, notamment celles de Palæolama Oweni, Hemiauchenia paradoæa, Auchenia frontosa. La première espèce, voisine de P. Weddeli, en diffère surtout par sa taille plus considérable. Nous avons dit qu'une forme très

9 Cité par Neveu-Lemarre et Grannibten (Mission de Créqui-Montfort et Sénéchal de la Grange).

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Lhived Hemianchenia «paradoxa, sinon identique, vivait à Tarija (1). Le type d'Anchenia frontosa est un fragment de crâne peu caractéristique.

Quant aux espèces d'Ameghino, Lydekker après avoir examiné les. | types au Musée de la Plata, les croit fondées, pour la plupart, sur de simples variations individuelles; la présence d’une prémolaire supplémentaire, le développement d'une colonnette seraient souvent des carac- tères accidentels.

La critique des espèces établies par Ameghino, d’après des fragments, ne pourra être faite vraiment que sur une très riche collection de pièces complètes du Pampéen. Quoi qu'il en soit, on peut aflirmer qu'elles différent peu de celles de Tarija.

Elles diffèrent peu aussi, tout au moins les plus grandes, d’Auchenia major, découvert par Lund dans les cavernes du Brésil et étudié, il ya quelques années, par Winge qui en a montré la variabilité ®). Mais il semble que, ni au Brésil, ni dans la Pampa, ni à Tarija, on ait rencontré les restes du genre Protauchenia, découvert au Pérou, décrit par M. Branco et qui est caractérisé par la présence de colonnettes à la fois aux molaires supérieures et inférieures. C'était probablement un Lama adapté à un régime un peu différent, mais la faune fossile du Pérou comprend aussi des animaux qui ne paraissent pas pouvoir être séparés du Lama ou de

la Vigogne.

Histoire des Lamas. — Nous avons dit, en commençant ce chapitre, que les Lamas étaient originaires de l'Amérique du’ Nord. C'est en eflet un des plus curieux résultats de la paléontologie que d’avoir montré comment on peut suivre pas à pas l'histoire des Chameaux et des Lamas, d'avoir expliqué par quelles migrations ces Ruminants, d'organisation semblable, d'origine commune, sont actuellement confinés les uns en Asie et en Afrique, les autres dans l'Amérique du Sud. ; On pourrait faire remonter à Buffon l'honneur d’avoir pressenti cette découverte quand il écrivait: « Il ne serait point impossible, même sans

(9 Nous avons dit aussi que Mesolama angusti- ® Winxce, E Museo Lundi. Tredie Bind,

maæilla Gerv. et Amegh. n'est qu'un synonyme Fôrste Halvbind, 1906, p. 8, pl. 1, I.

de P. Weddeli. ) Bnanxco, Fossile Saügethierfauna von Punin @) Luexxen, loc. cit, 1893, p. 83. (Pal. Abhandt., 1. 1, 1883, p. 110-134).

MAMMIFÈRES DE TARIA. 25

intervertir l'ordre de la Nature, que tous ces animaux du Nouveau Monde fussent, dans le fond , les mêmes que ceux de l'Ancien, desquels ilsauraient autrefois tiré leur origine. On pourrait dire qu'en ayant été séparés dans la suite par des mers immenses et par des terres impraticables, ils auront, avec le temps, reçu toutes les impressions, subi tous les eflets d'un climat devenu nouveau... » 0).

C'est Leidy qui, en signalant, il ÿ a soixante ans, dans l'Amérique du Nord, des fossiles auxquels il attribua les noms de Camelops et de Procamelus, a vraiment ouvert la voie aux recherches et c'est Cope qui, en 1886, a le premier retracé la phylogénie des Camélidés, montré l'origine nord-américaine des Lamas et leur migration vers l'Amérique du Sud ®. Les travaux récents ont d'ailleurs complété beaucoup ce premier essai et M. Wortman a consacré une monographie fondamentale ® à l'histoire des Camélidés de l'Amérique du Nord.

Le plus lointain ancêtre du groupe des Camélidés, ou Tylopodes, est un Ruminant de petite taille, à série dentaire complète, continue, à museau court, à deux canons libres, le Protylopus Petersoni de l'Éocène supérieur de lUinta.

De ce genre Protylopus est issu probablement le genre Poëbrotherium de l'Oligocène, dont le museau est moins court, dontles métapodes se sont allongés tout en restant distincts, dont le radius et le cubitus sont soudés de telle façon que, malgré ses caractères primitifs, cel animal est déjà un Ruminant bien adapté à la course.

À Poëbrotherium a succédé Paratylopus (— Gomphotherium Cope), dont la tête prend nettement l'aspect d'une tête de Camélidé, avec un diastème assez long, des canines fortes et recourbées vers l'arrière, des canons formés de deux os étroitement unis.

Dans les genres Protolabis et Procamelus du Miocène supérieur, ou tout au moins dans l'espèce la mieux connue de ce dernier genre, les mélacarpiens ne sont pas encore soudés, tandis que les métatarsiens sont unis en un canon unique. Les molaires ont pris la forme générale

Cité par Paur Gervais, Zoologie et Paléon- % Worrman (J. L.), The extinet Camelidæ of tologie générales, p. 142. North America and some associated forms ( Bull.

® Core, Phylogeny of the Camelidæ (Ame- Amer. Mus. Nat. Hist., vol. X, art. VII, 1898, rican Naturalist, 1886, p. 611-624). p- 95-142).

de celle des Camélidés actuels, mais il y a encore quatre prémolaires. Certaines espèces de Procamelus ont, comme leurs descendants, completement perdu, à l'état adulte mais non à l'état jeune, les première et deuxième paires d’incisives supérieures.

À partir du Pliocène, le type Camélidé est constitué. Les Pliauchenia | sont des animaux à longs canons, formés de deux os soudés, et certaines espèces n'ont plus que ; prémolaires. On passe de ce type, facilement, d'une part aux véritables Chameaux, ayant; prémolaires et, d'autre part, aux Palæolama ayant ; prémolaires, puis aux Auchenia, qui n’en ont plus que ÿ.

Les Chameaux, dont une espèce (Camelus americanus) a vécu dans l'Amérique du Nord au Quaternaire, ont passé de là en Asie, puis dans le Sud de l'Europe et en Afrique.

Les Lamas, au contraire, ont émigré vers le Sud. Il est hors de doute que les Palæolama de Tarija ou du Pampéen, ancêtres des Lamas et Vigognes actuels, sont les descendants de Procamelus et de Pliauchenia. On voit même, dans certaines espèces de Procamelus, apparaître, sur les molaires inférieures, le repli antéro-externe caractéristique des Auchénidés, mais il faut reconnaitre qu'il nous manque un type intermédiaire, d'âge pliocène, qui, tout en présentant ce repli, aurait ; prémolaires. C'est précisément à ce stade que correspond sans doute la migration vers

le Sud 1,

®) Owen avait indiqué la présence d’un Lama dans le Quaternaire de l'Amérique du Nord (On remains of a large extinct Lama [Palauchenia magna] from quaternary deposits of the Valley of Mexico, Phil. Transact., 1867, p. 65-77). C'est un animal énorme, plus voisin du Camelops nordaméricain que des Lamas. Une espèce du Kansas, nommée Auchenia huerfanensis, serait aussi un Camelops suivant M. Wortman.

Il est possible que les figurations précolom-

biennes de Lamas signalées par les américanistes se rapportent plutôt à ces Camélidés nordaméricains qu'à de véritables Lamas, mais on a trouvé, dans l'Arizona et au Nouveau-Mexique, des dessins rupestres qui représentent des animaux bien voisins des Lamas ou des Vigognes (Mem. Nat. Acad. of Science, vol. VI, n° 7, p. 156-158). Nous remercions M. Rivet de nous avoir fait connaitre ces intéressantes découvertes.

TOXODONTES.

TOXODON cr. PLATENSIS OWwEx.

Parmi les Mammifères ongulés qui vivaient à Tarija, ceux que nous venons d'étudier, Tapirs, Équidés, Ruminants, sont des im migrés venus du Nord. Quelques autres descendent des Mammifères qui peuplaient l'Amérique du Sud lorsqu'elle formait un continent indépendant, sans communication directe avec lhémisphère Nord. Ce sont des êtres très ‘4 différents de ceux de là faune actuelle. Bien qu'ils aient existé à une époque relativement récente, alors qu'en Europe prospéraient les Rhinocéros, les Chevaux, les Hippopotames, les Éléphants, ils nous donnent l'impression d'animaux archaïques, tout à fait étranges.

L'ordre des Toxodontes est un des plus caractéristiques de la faune sub-fossile américaine. Il comprend des Mammifères au corps lourd, à la tête volumineuse, à dentition bizarre rappelant un peu celle des Ron- = geurs, au cou bref, aux membres antérieurs sensiblement plus courts que les postérieurs, aux pattes à doigts impairs. Ce sont là des créatures sans analogues dans la nature actuelle.

On en connaît des représentants depuis le Miocène, peut-être même depuis l'Oligocène (Coresodon, Notohippus, Nesodon.…) jusqu'au Pliocène et au Pleistocène {Toxodontherium, Toxodon. . .).

Le genre le plus typique, Toxodon, se rencontre surtout dans les terrains pampéens de l'Argentine et l'espèce la plus commune, T. platensis, est connue par plusieurs squelettes complets, sans parler des nombreux crânes et ossements isolés qui se trouvent dans tous les grands musées, notamment à Paris.

I ya, dans la collection de Créqui-Montfort, une dernière prémolaire supérieure gauche d’un Toxodon très voisin de T. platensis, mais peut-être . unpeu plus petit (pl. XXII, fig. 1, 1") comme la forme que Giebel a

voulu distinguer spécifiquement, et à tort, sous le nom de T. Burmeisteri),

C'est la première fois qu'à notre connaissance on signale la présence des restes de ce curieux Herbivore en dehors de la région des Pampas. I y a donc lieu de faire quelques réserves : un fossile du Pampéen de l'Argentine aurait pu être apporté en Bolivie par un collectionneur. L'aspect général et les caractères physiques de cette dent de couleur rougeâtre, aux bandes d'émail grisâtres, sont pourtant bien ceux de beaucoup de fossiles de Tarija.

® Voir Lypekker, Paleontologia argentina, II. Contribution to a knowledge of the fossil Vertebrates of Argentina, p. 15.

LITOPTERNES.

MACRAUCHENIA PATAGONICA Owen.

Avec les Toxodontes au corps lourd, rappelant à certains égards nos Pachydermes périssodactyles, il y avait autrefois, dans l'Amérique du Sud, d'autres Ongulés d'aspect plus léger, aux pattes allongées et rappelant nos Solipèdes ou leurs ancêtres.

Le Macrauchenia représente la forme la plus curieuse de ce dernier groupe (. Les premiers restes, découverts par l'expédition du Beagle, à laquelle participa Darwin, furent décrits par Owen en 1839. En 1864, Burmeister a figuré toutes les parties du squelette de cet animal et en a donné une restauration souvent reproduite dans les manuels de Paléontologie.

Macrauchenia patagonica, l'espèce la plus commune et la mieux connue, atteignait la taille d'un Chameau. Sa tête rappelle un peu celle du Cheval par ses proportions, mais on suppose qu'elle était pourvue d'une trompe insérée au milieu du chanfrein. Ses dents de devant sont disposées pour une fonction surtout préhensile, et ses molaires d’herbivore ont une forme tout à fait particulière. Ses membres, longs, se terminent par des pattes tridactyles. Cet étrange animal parait avoir eu des habitudes plus aquatiques que le Tapir. La position de ses narines pouvait lui permettre de respirer alors que tout son corps était plongé dans l'eau; ses dents étaient bien disposées pour cueillir et triturer des herbes aquatiques ; ses pattes larges, mal conformées pour la course, ont pu servir à la natation. Ce Pachyderme imparidigité aurait ainsi présenté des caractères

® On les rangeait autrefois parmi les Périssodactyles. Mais leurs caractères anatomiques sont si particuliers, comme on va le voir, qu'on en fait

aujourd'hui un ordre spécial, les Litopterna

d'Ameghino (voir un peu plus loin l'explication de ce Lerme ).

@ Owex (R.), Description of parts of the skeleton of Macrauchenia patachonica, a large extinet Mammiferous animal referrible to the order Pachydermata but with affinities to the Ruminantia and more especially to the Camelidæ (Zool. of the Beagle, 1, pl. V-XV).

d'adaptation analogues à certains de ceux que nous offre aujourd'hui l'Hippopotame parmi les Pachydermes paridigités.

Macrauchenta est surtout un fossile des pampas. Weddel avait cependant rapporté de Tarija des ossements qui furent étudiés par P. Gervais et qui se trouvent encore au Muséum. La collection de Créqui-Montfort en contient aussi un certain nombre. Il n’est pas douteux que toutes ces pièces se rapportent au Macrauchenia patagonica Owen des pampas. L'identité est aussi complète que possible ().

Cette espèce a aussi fait partie de la faune des cavernes du Brésil®), Dans l’état actuel de nos connaissances, son aire de répartition est limitée au N. par le 21° parallèle (Bolivie), et au S. par le parallèle 49°15 (Puerto San Julian). Ce type, d'origine sud-américaine, a donc vécu plus loin vers le Sud que les animaux contemporains venus de l'Amérique du Nord, les Mastodontes et les Machairodus par exemple, qui ne paraissent pas avoir dépassé le 40° parallèle. Mais les Macrauchenia n'ont pas participé à la migration inverse qui a fait arriver les Mylodon jusque dans le Kentucky et la Californie. I est probable que les déplacements étaient plus difficiles pour eux que pour les Édentés, leurs habitudes aquatiques ne leur permettant pas de franchir de grands espaces dépourvus de marécages.

Sans reproduire les résultats de l'étude de Burmeister ©) et d’autres paléontologistes (*, il nous paraît utile d’insister sur quelques particularités morphologiques de ce curieux fossile et d'en figurer quelques

Les ossements de Macrauchenia de Tarija, recueillis par Weddel ou rapportés par la mission de Créqui-Montfort, sont d'ailleurs bruns, ferrugineux , très denses, très fossilisés ; ils proviennent bien du même niveau que les ossements de Mastodon andium.

® Wixce, Jordfundne og nulevende Hovdyr

fra Lagoa Santa, Minas Geraes, Brasilien (Museo Lundii, Bd. II, Halvb. I, 1906).

® Ann. Museo püblico de Buenos Aires (t. 1, 1864, p. 3-67, pl IV, XI). — Abhandl. Nat.

Gesellsch. Hall, t. IX, 1866, pl. VIEX. — Die fossilen Pferde der Pampasformat. Nachtrag, 1889, p. 50-56, pl. XII.

® Genvais (P.), Voy. de Castelnau, Mamm.

Foss., 1855, p. 35, pl. VIT. — [n., Sur plusieurs espèces de Mammifères fossiles propres à l'Amérique méridionale (Mém. Soc. Géol. de France, 2° série, t. IX, 1873, p. 8-16, pl. XXI-XXIIT). — Owex (R.), Phil. Transact., t. CLX, 1870, p- 79, pl. VIL —-Avecnno (E.), Contrib. al

conocim. de los Mamif. fôsiles de la Rep.

argentina, 1889, p. 525-b33, pl. XX et XXX. — Lypekker (R.), Paleontologia argentina, II (An. Mus. de la Plata, 1893, p. 70-73, pl. XXVIL.) — Nous n'avons pas d’ailleurs pour but de donner ici une bibliographie complète relative au genre Macrauchenia et à ses diverses espèces; on la trouvera dans le Catalogus Mammalium: de M. Trouessart. d

LITOPTERNES, 201

ossements. Car nos collections du Muséum ne possèdent pas seulement les restes de Tarija, elles contiennent en outre presque tous les éléments d'un squelette trouvé par M. Bonnement sur les bords du Rio Lujan, près de Buenos-Aires.

La particularité la plus frappante du crâne est la position des narines. Au lieu d'être situées vers la partie antérieure de la tête, à peu de distance des incisives comme chez les autres Mammifères {à l'exception des

Cétacés), elles se trouvent au-dessus des orbites, plus près de la région

occipitale que de l'extrémité du museau. Cette disposition a pour corollaire la soudure, sur une grande longueur, des prémaxillaires et des maxillaires. Des fossettes assez profondes, sur le bord des frontaux, servaient peut-être à l'insertion d'organes destinés à fermer les narines, peut-être à l'insertion d'une trompe, dont on comprend d’ailleurs mal l'utilité et le mode de fonctionnement, peut-être encore à loger des organes glandulaires.

La série dentaire est continue, sans diastème. Les molaires {pl. XXI, fig. 2, 2°) ont été bien définies par Ameghino : «I y en a très peu, dit-11 1, qui soient aussi caractéristiques et aussi faciles à distinguer... Leur contour rectangulaire avec le fût allongé et très arqué; les racines très courtes; les trois ou quatre puits circulaires tapissés d’émail à leur intérieur et si profonds qu'ils arrivent presque jusqu'à la base, donnent à ces molaires un cachet si spécial qu'il ne permet pas de les confondre avec celles d'aucun autre Mammifère »°. | 6

Le nom de Macrauchenia, créé par Owen, rappelle un caractère remarquable des vertèbres cervicales, lesquelles, comme chez les Auchenia et les Chameaux, ont un canal artériel qui perce la base de l'arc neural et communique avec le canal médullaire ; cette disposition, dont la raison physiologique nous échappe, est absolument inconnue chez les autres Mammifères. | i/

® AmeGmino (F.), Recherches de morphologie tation de Gaudry on peut dire que le denticule inphylogénétique sur les molaires supérieures des terne du premier lobe [ s'est séparé en deux et que Ongulés (Ann. Mus. Buenos Aires, t. IX, 1904, sa division antérieure a pris un développement p: 415). l égal à 1 lui-même. Dans la notation d'Osborn , on ® I est assez difficile d'appliquer à ces molaires dira que le protoconule se prolonge fortement vers les notations généralement usitées par les paléon- l'intérieur au point de ressembler au protocone et tologistes pour désigner les denticules. Dans lano- que l'hypoconule estaussi développé que l'hypocone.

MAMMIFÈRES DE TARIHA. ! a6

Les os des membres sont construits sur le plan périssodactyle, mais avec quelques dispositions rappelant plutôt les Aitiodactyles. C'est ainsi qué lhumérus (pl. XXII, fig. 3) ressemble à celui de l'Hippopotame. Comme chez ce dernier, le radius et le cubitus sont croisés et soudés (pl. XXIT, fig. 4); le radius a une crête latérale interne énorme pour l'insertion de puissants muscles fléchisseurs de la patte. Mais les proportions relatives du bras et de l'avant-bras sont toutes différentes ‘).

La patte antérieure est constituée par un carpe à éléments arrangés en séries linéaires (disposition taxéopode) et par trois métacarpiens longs, assez fortement écartés et suivis de phalanges dont les dernières étaient munies de sabots. Aucune trace de 1° et de 5° doigts. Métacarpiens et phalanges de Tarija sont tout à fait semblables aux mêmes ossements du Pampéen de Buenos-Aires. Nous reproduisons ici la photographie de la belle pièce rapportée par Weddel et décrite par P. Gervais (pl. XXIE, fig. ).

Le bassin, très large, ressemble à celui du Tapir; ses ilions sont très plats, comme ceux de l'Hippopotame. Le fémur, muni d'un troisième trochanter, est remarquablement long et cylindrique (pl. XXII, fig. 6). Les tibias de Tarija, tout à fait identiques à ceux du Pampéen, sont robustes, les péronés sont relativement forts et soudés aux tibias (pl: XXI, fig. 7). Le calcanéum présente du côté externe une vaste facette pour le péroné (pl. XXII, fig. 8, J-p.). Cette disposition, tout à fait exceptionnelle pour un Ongulé à doigts impairs, avait beaucoup frappé autrefois Kowalesky et A. Gaudry ©, qui avaient vu là une sorte de passage entre la morphologie des Imparidigités et celle des Paridigités ).

Le pied postérieur est connu depuis Owen. Il se compose aussi de trois doigts. Un deuxième métatarsien droit des pampas (collection du Muséum) est muni d'une petite facette latérale pour l'articulation d'un premier métatarsien rudimentaire.

re ENS Longueur de l'aaot-bens Macrauchenia, 1,00 environ pour Palæotherium, 1,33 pour Hippopotame.

® Gaupry (A.), Les enchaînements du monde animal. Mammifères tertiaires , 1878, p. 159.

® On a fait depuis, pour Macrauchenia et quelques Ongulés imparidigités ses voisins, tous fossiles de l'Amérique du Sud, un ordre spécial, les Litopterna. L'étymologie de ce mot rappelle précisément la disposition toute particulière du calcanéum (rrepva, talon; Arros, simple, uni).

Le rapport

= 0,66 pour

LITOPTERNES. 203

Résumé de l'Histoire des Macrauchenia. — Ce type, en apparence très aberrant, si différent des Ongulés actuels à doigts impairs, est un de ceux dont la Paléontologie nous montre assez nettement les formes | ancestrales.

Ameghino "a fait connaître sous le nom de Scalabrinitherium (changé par Lydekker en celui de Scalabrinia) un animal un peu plus ancien que Macrauchenia, dont les narines sont déjà disposées comme celles de ce dernier, mais dont les dents, surtout les molaires inférieures, se rapprochent davantage de celles d’un animal encore plus ancien nommé Theosodon que de celles de Macrauchenia.

Theosodon est aussi un genre créé par Ameghino pour un Mammifère miocène de la formation santa-cruzienne, et dont le regretté paléontologiste argentin a bien montré la parenté avec Macranchenia. M. Scott © a récemment fait de ce type une importante monographie basée sur de riches matériaux. Une des espèces qu'il a étudiées est si complètement connue qu'il a pu en donner une reconstitution très satisfaisante. « Les différences qui la séparent de Macrauchenia sont juste, dit le savant paléontologiste, celles qu'on doit s'attendre à trouver entre un ancêtre et son descendant. »

Ce Theosodon, de la taille d’un âne, a un cràne très allongé. Ses narines sont placées normalement; on observe pourtant, sur leur bord EL. postérieur, les mêmes fossettes que sur le bord des narines de ,Macrauchenia pour l'insertion d’une trompe, ou d'un organe d'occlusion, ou de glandes. Ses orbites sont déjà saillantes et crénelées sur leur pourtour comme celles de Macrauchenia.

4 Les dents, quoique du même style, sont moins allongées dans le sens antéro-postérieur; leur couronne est plus carrée, leur fût est plus bas. Le cou est long et la disposition du canal artériel est la même.

Les os des membres sont assez semblables, mais toujours un peu

de ai PE

() AmeGnixo, Contrib. conoc. Mam. f6s. Les lecteurs francais trouveront de bonnes Rep. Argent., 1889, pl. LXXIIL — Sur les figures de dents et d'os des pattes de Theo- Ongulés fossiles de la République Argentine sodon, dans les mémoires de Gaupnx (Ann. (Rev. Jard. Zool., t. I, 1894, p. 278-279). de paléontologie, t. 1, p. 21, et Mém. soc. ® Princeton University Expedition to Patago- géol. de France, Paléontologie, t. XI, fasc.}, p. 9 * nia, vol. VII, part. I. Litopterna of the Santa et12). Cruz Beds, 1910.

moins évolués. C'est ainsi que l'omoplate est plus large, plus normale; que le radius et le cubitus ne sont pas encore soudés l'un à l'autre; que le bassin est moins largement étalé; que le fémur a un troisième trochanter plus développé; que le tibia et le péroné ne sont pas étroitement unis.

Les pattes, à trois doigts, ont beaucoup de ressemblances dans les deux genres.

Ameghino ! à mis beaucoup de sagacité à retrouver les ancêtres de ce Theosodon. Il a établi, avec des portions de mâchoires, ou des dents isolées, une série de genres et d'espèces qu'il a pu ranger en ordre de simplification décroissante jusqu'à une dent à six denticules de type tout à fait primitif. Il est très probable qu'après simplification de la terminologie et quand l'âge des couches du Parana sera mieux connu, on pourra reconstituer de façon très satisfaisante l'histoire complète des Macrauchénidés. On reconnaîtra que le Macrauchenia, qui paraissait une créature si étrange, si isolée dans la création, quand Burmeister l'a fait connaître, il y a une cinquantaine d'années, dérive d'ancêtres plus normaux et qu'il a progressivement acquis ses caractères par les mêmes procédés que tous les autres herbivores : accroissement de la taille, allongement du fût des molaires, allongement de la couronne dans le sens antéro-postérieur, soudure du radius et du cubitus, du péroné et du tibia, etc.

® AmeGrino, Recherches de Morphologie phy- Un chapitre est intitulé : « La transformation, des logénétique sur les molaires supérieures des On- molaires dans la ligne des Macrauchénidés ».

gulés (Ann. Mus. Buenos. Aires, t. IX, 1904).

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