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MALADIES DES PAUPTÈRES ET DE LA CONJONCTIVE

cruentée contre la face interne de la paupière. J'éprouvai d'abord quelques difficultés : la surface cicatricielle inégale et bosselée du moignon m'avait obligé de faire un lambeau un peu épais, et le défaut de souplesse de ce dernier l'empêchait de rester à la nouvelle place que je voulais lui donner et le faisait revenir à sa situation primitive. Je dus avec les ciseaux l'amincir notablement jusqu'à ce qu'il tînt en place. Prenant alors un fil double, portant une aiguille à chacune de ses extrémités, je traversai le lambeau et la paupière de dedans en dehors en deux points différents, de façon à comprendre, dans une anse de cinq millimètres environ, la partie médiane du lambeau. Les extrémités des fils furent nouées au niveau de leur point d'émergence sur un petit cylindre de diachylon roulé ef et j'appliquai sur l'œil un bandeau modérément serré.

Le lendemain, les choses étaient en parfait état; il n'y avait ni gonflement de la paupière ni inflammation du moignon et la surface de la brèche a b c d était recouverte d'une mince couche de lymphe plastique. Je remis le bandeau compressif.

Le jour suivant il n'était survenu aucun changement. Je plaçai pendant une grande partie de la journée un œil artificiel de petite dimension, et, le soir, le bandeau compressif.

Le troisième jour, j'enlevai l'anse de fil et je remis la coque d'émail qui fut conservée les jours suivants sans fatigue pendant la plus grande partie de la journée.

La paupière libérée remplissait parfaitement ses fonctions pour maintenir la pièce artificielle, mais celle-ci devait être de petite dimension sous peine de sortir de l'orbite dès que le malade portait le regard en haut ou en dehors.

Quinze jours après l'opération, la cicatrisation du lambeau et delà plaie du moignon était, complète et M. B... pouvait partir pour chez lui avec un œil un peu plus grand que celui qu'il avait employée depuis l'opération, mais cependant beaucoup plus petit que l'œil sain qui, chez lui, est très saillant.

Malgré cette légère imperfection, à peine appréciable à une certaine distance, je m'estimais tout heureux du résultat obtenu lorsque huit jours après son arrivée dans son pays, le malade m'écrivit de lui envoyer un œil plus grand, le premier tétant enfoncé considérablement sous les paupières, selon ses propres expressions. Je me hâtai d'acquiescer à sa demande et je lui

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envoyai deux modèles, dont un, un peu plus grand que le précédent et l'autre de très grande dimension. J'étais étonné de ne plus recevoir de nouvelles du malade, lorsque, le 15 février, un mois après l'opération, celui-ci m'écrivit en me priant de lui faire faire un œil semblable au plus grand qui allait très bien et tenait parfaitement en place.

Cette pièce fut portée longtemps, trop longtemps même, car étant absolument dépolie et usée, elle ne tarda pas à irriter la conjonctive et à. produire des bourgeons charnus ainsi qu'un rétrécissement assez considérable des culs-de-sac oculo-palpébraux dans leur partie interne où existaient primitivement le symblépharon et l'ankyloblépharon. Je dus faire porter une pièce neuve plus petite et prescrire un traitement approprié à la conjonctivite.

La conjectivite étant guérie, M. B... put porter de nouveau sa pièce d'émail pendant assez longtemps, mais il remarqua que la paupière inférieure avait de la tendance à se relâcher. Au mois de juin 1883 ce relâchement était tel que toute la partie interne était ectropionée et ne pouvait plus soutenir l'œil artificiel. Je dus alors faire une petite opération qui consista à enlever du bord palpébral un V à sommet inférieur de manière à obtenir un raccourcissement du bord ciliaire.

Grâce à cette opération, le cul-de-sac inférieur se reforma et la pièce put être portée de nouveau, mais le malade, malgré mes recommandations, se servit de ses pièces trop longtemps et il se développa encore dans Tangle interne, de gros bourgeons charnus ayant l'apparence de tissu cicatriciel très dense. Je dus encore une fois en faire l'excision pour rétablir les culs-de-sac ; mais cela ne suffit pas et le 22 janvier 1884, il me fallut faire une véritable autoplastie assez compliquée, mais grâce à laquelle la pièce put de nouveau tenir en place.

Le malade continua, comme par le passé, à se servir de pièces usées et, comme précédemment aussi, les bourgeons charnus se reproduisirent dans les culs-de-sac. Au mois de février 1885, j'excisai ces bourgeons et je cautérisai la plaie avec le galvanocautère afin d'obtenir un peu de rétraction de la paupière inférieure qui avait toujours de la tendance à l'ectropion.

Le résultat de cette opération ne fut pas durable, car quatre mois après il me fallut faire une nouvelle autoplastie parce que

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MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

hypertrophique péri-cornéen était exactement semblable à celui que j'avais observé chez ma première malade. Il me fallut donc, dans ce cas, exclure l'influence du trachomp et considérer celte hypertrophie conjonctivale, c'est ainsi qu'elle est désignée dans les auteurs, non comme une maladie symptomatique, telle que le pannus granuleux par exemple, mais bien comme une affection idiopathique, ou du moins pouvant être considérée comme telle.

D'après les auteurs, cette hypertrophie localisée se rencontrerait chez les enfants lymphatiques et débilités, et succéderait parfois à la conjonctivite pustuleuse. Pour ma part, je ne crois pas que cette dernière maladie puisse être invoquée comme cause occasionnelle; c'est plutôt une maladie concomitante, car son évolution a lieu de préférence, chacun le sait, chez les enfants prédisposés par leur tempérament à l'hypertrophie conjonctivale. Cette dernière affection appelle donc de nouvelles recherches, car, jusqu'à présent, elle a été seulement observée mais non étudiée.

Les deux faits qui se sont présentés à mon observation et que je n'ai pu étudier d'une façon attentive par suite des conditions particulières dans lesquelles se trouvaient les malades, ne m'autorisent certainement pas à émettre sur ce sujet une opinion personnelle de quelque valeur, aussi, c'est seulement pour appeler l'attention de mes confrères que j'en publie les observations :

Observation I.

M1Ie F..., treize ans, d'un tempérament faible et lymphatique, habitant Arcachon, est amenée chez moi le 25 août 1880, parce que, depuis quelques années, sept ou huit ans peutêtre, ses deux cornées sont entourées d'un bourrelet grisâtre qui donne à ses yeux une expression étrange. Ce bourrelet, au dire de la mère, était d'abord peu accusé, mais il s'est élargi peu à peu tout en devenant plus épais. Il a toujours entouré la cornée d'une façon complète. Aujourd'hui il est sillonné de fines arborisations vasculaires. L'enfant ne ressent pas de douleur dans ses yeux, n'a pas de photophobie, mais la sécrétion palpébrale est plus abondante et plus épaisse qu'à l'état normal et les mouvements des paupières ne sont pas aussi libres qu'ils devraient l'être. La vision est normale.

HYPERTROPHIE DE LA CONJONCTIVE OCULAIRE

En examinant attentivement à la loupe les anneaux périkératiques dont je viens de parler, on croit reconnaître qu'ils sont formés par une hypertrophie annulaire de la conjonctive bulbaire. Ils ont environ deux millimètres de largeur et leur contour est très régulier ; ils n'empiètent à aucun endroit sur la cornée et les fins vaisseaux qui les parcourent sont tout à fait superficiels et mobiles.

Quelle était la cause et la nature de cette singulière hypertrophie conjonctivale? Je pensai immédiatement à une conjonctivite granuleuse, bien que l'affection que j'avais sous les yeux ne ressemblât d'aucune façon au pannus qu'on observe habituellement en pareil cas, à cause de sa forme circulaire et de sa circonscription au pourtour de la cornée, mais entièrement en dehors de cette membrane. J'ectropionnai les paupières inférieures : la conjonctive était parfaitement saine ; je retournai les paupières supérieures, là il n'en était plus de même. Toute la conjonctive palpébrale, en effet, était épaisse, dure, rugueuse, lardacée ; on aurait dit un vieux trachome granuleux et j'avoue que ce fut le diagnostic qui me vint à la pensée et me parut le plus probable. L'enfant, d'une famille fort aisée, avait toujours vécu dans d'excellentes conditions hygiéniques, mais elle était très chétive ; personne dans son entourage n'avait, ni avait eu d'affection oculaire; on ne pouvait donc trouver aucune cause de contagion.

Si la malade avait pu suivre un traitement assidu, je n'aurais pas hésité à lui appliquer le traitement ordinaire du trachome granuleux, mais elle ne pouvait venir chez moi que de temps en temps et il fallait me résigner à lui donner un remède qu'on pût lui appliquer dans sa famille. Je me bornai donc, pour tâter le terrain, à prescrire à l'inférieur l'iodure de fer et le quinquina, et, pour l'œil, une pommade au tannin, au 50e, et le collyre suivant :

Sulfate de zinc. . .

Acide borique pur Eau distillée

1 gramme.

La pommade devait être appliquée matin et soir, et le collyre instillé quatre ou cinq fois dans la journée.

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

Le 11 octobre suivant, après un mois et demi de traitement, je revis l'enfant et je pus constater une amélioration considérable; le bourrelet péricornéen s'était affaissé et avait diminué de largeur de moitié; les conjonctives palpébrales supérieures étaient à peu près lisses; la sécrétion avait presque totalement disparu. J'ordonnai de continuer le même traitement.

Le 2 décembre suivant, la jeune fille était complètement guérie et cessait tout traitement.

La guérison se maintint plusieurs mois; mais la négligence des parents laissa survenir une rechute et, le 16 mai 1881, on me ramena l'enfant à peu près dans le même état que la première fois quant au cercle péricornéen, car les trachomes avaienl disparu aux paupières supérieures; celles-ci présentaient néanmoins une atrophie notable des conjonctives. J'ordonnai le même traitement que la première fois et la maladie dut disparaître assez facilement, car on ne me ramena plus l'enfant. Ayant eu occasion de la voir par hasard, l'année suivante, je pus constater qu'elle était parfaitement guérie.

Observation II.

Ml'e F..., six ans, habitant Bernos (Gironde), n'avait rien présenté jusqu'à la fin de l'année 1885, époque à laquelle ses parents s'aperçurent qu'il existait un anneau grisâtre autour de ses deux cornées. Comme l'enfant ne se plaignait de rien et avait une bonne vue, les parents ne firent pas d'abord grande attention à l'aspect insolite de ses yeux; ce n'est qu'au mois de mai de l'année suivante, lorsqu'ils virent que l'anneau au lieu de diminuer semblait au contraire s'accentuer davantage, qu'ils se décidèrent^ venir me consulter.

La fillette, appartenant à une famille peu fortunée et vivant dans un pays très pauvre, est chétive, a ce teint terreux et cachectique qu'on observe assez communément dans la population pauvre des landes. Ses deux cornées sont enchâssées dans un anneau grisâtre, légèrement proéminent, non vasculaire ni inflammatoire et parfaitement limité par une ligne régulièrement circulaire, aussi bien du côté de la cornée que de la sclérotique. Cet anneau a environ un millimètre et demi de largeur et ne parait

HYPERTROPHIE DE LA. CONJONCTIVE OCULAIRE

pas empiéter sur la cornée; il est insensible à la pression, non mobile avec la conjonctive et ne présente aucune trace de vascularisation. Depuis quinze jours, la conjonctive est le siège d'une sécrétion calarrhale, mais, auparavant, cette sécrétion n'avait jamais existé.

Me rappelant le cas que j'avais observé quelques années auparavant et que je viens de rapporter, je pensai immédiatement* à un trachome, granuleux ou non, et je me hâtai de retourner les paupières supérieures; mais quel ne fut pas mon étonnement de trouver les conjonctives palpébrales parfaitement lisses et sans aucune trace de granulations ni de cicatrices.

Ces conjonctives, comme du reste les conjonctives bulbaires, avaient une teinte jaune grisâtre terne, mais elles ne se distinguaient des conjonctives normales qu'en ce qu'elles étaient demi-opaques et paraissaient comme infiltrées d'une substance gélatineuse analogue à celle qui semblait former l'anneau grisâtre péricornéen.

Avec des conjonctives aussi lisses et qui ne paraissaient jamais avoir cessé de l'être, il ne fallait point songer à une irritation mécanique et je me trouvais alors en présence d'une véritable hypertrophie idiopathique de la conjonctive. Rien dans ce cas, pas plus que dans le cas précédent, ne pouvait expliquer l'existence et la formation d'un anneau complet, attendu que dans les deux cas les paupières inférieures étaient parfaitement saines. La ressemblance parfaite de l'affection aux deux yeux indiquait aussi une cause générale, et ici, comme chez l'autre fillette, on ne pouvait invoquer que la cachexie et le lymphatisme, du moins d'après un examen superficiel, car qui sait si par ce temps de microbes qu'on accuse, à tort ou à raison, de produire toutes les maladies qui frappent l'humanité, le microscope n'aurait pas découvert dans la trame de la muqueuse oculaire quelque nouveau venu dans le monde des infiniment petits. C'est là une question que je soulève sans chercher à la résoudre et que je soumets à mes confrères micrographies quand ils auront la bonne fortune d'avoir à traiter un malade atteint de la singulière affection dont je m'occupe en ce moment.

Je prescrivis chez cette petite fille le même traitement qui m'avait réussi chez l'autre malade, mais je ne sais s'il a réussi, car je ne l'ai plus revue.

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE

II. — On connaît depuis longtemps, en ophtalmologie, un état particulier de la conjonctive palpébrale qui a été l'objet de nombreuses controverses de la part des auteurs qui ont étudié d'une façon spéciale les maladies de la conjonctive oculaire. Cet état, désigné sous le nom de granulations charnues par Desmarres, de trachome papillaire par Stellwag, d'hypertrophie des papilles •par d'autres, peut présenter de nombreuses variétés de forme d'aspect, de situation, d'étendue. Tantôt la conjonctive qui recouvre le tarse et le cul-de-sac supérieur est entièrement couverte de ces aspérités papilliformes que je vais décrire bientôt, tantôt ces aspérités sont localisées sur une portion limitée de la muqueuse palpébrale, soit à un seul œil, soit aux deux. Ces aspérités conjonctivales, qu'il est parfois impossible de distinguer de certaines variétés de trachome granuleux, ont, ai-je dit, un aspect très variable : tantôt elles ont l'aspect de bourgeons charnus agglomérés ou disposés en rangées parallèles au bord palpébral ou bien disséminés sans ordre ; rouges, mollasses, saignant facilement, ou, au contraire, blanc-jaunàtre, dures, très peu vasculaires. Ces hypertrophies papillaires succèdent souvent aux ophtalmies aiguës, l'ophtalmie purulente, par exemple, et résistent plus ou moins au traitement.

Ces hypertrophies, qu'on pourrait appeler secondaires, existent le plus souvent aux deux yeux, comme l'ophtalmie qui leur a donné naissance, et ont leur siège de prédilection à la paupière supérieure au niveau des tarses. Elles peuvent passer inaperçues pendant fort longtemps car elles n'occasionnent que rarement des troubles du côté de l'œil et une fois l'ophtalmie guérie, il est rare qu'on consulte plus tard le médecin pour s'assurer qu'il ne reste plus rien.

Cette maladie n'est ni une rareté ni une curiosité, cependant elle peut présenter des variétés insolites fort étranges, peu décrites par les auteurs, et sur lesquelles je désire appeler l'attention de mes lecteurs. Mais tout ce que j'aurais à en dire m'a été suggéré par les quelques observations qui vont suivre; je me bornerai donc à rapporter les faits pour éviter des redites inutiles.

HYPERTROPHIE DE LA CONJONCTIVE PALPÉBRALE

Observation I

Au mois de mars 1885, M. G... d'Aurignol (Charente-Inférieure), âgé de quinze ans, vint chez moi recommandé par un de mes distingués confrères, M. le Dr Roy (de Mirambeau) qui, dans un de ses voyages dans la Charente-Inférieure, avait eu l'occasion de lui donner des soins quelques mois auparavant. Pensant avoir affaire à un trachome granuleux, M. Roy avait, à plusieurs reprises, employé le jequirity, mais sans aucun succès; il avait ensuite fait usage de la pommade au précipité jaune et de quelques autres topiques sans réussir davantage à amener même une simple amélioration.

Lorsque C... se présenta à moi, il me raconta que depuis plusieurs mois il ressentait une gêne dans l'œil droit et qu'une abondante sécrétion conjonctivale s'en échappait constamment. Du côté gauche il y avait bien aussi un peu de gêne et de sécrétion anormale, mais beaucoup moins qu'à droite. Pendant deux mois environ il avait subi, sans en éprouver d'amélioration notable, le traitement dont j'ai parlé plus haut et qui avait dû être interrompu par le départ de notre confrère pour Paris.

La vision de l'œil gauche était normale, mais celle de l'œil droit était considérablement diminuée, par suite de trois petites taches d'infiltration occupant le centre de la cornée et ressemblant absolument à des petites cautérisations qu'on aurait pratiquées un instant auparavant avec la pointe d'un galvanocautère ; d'une de ces taches, celle d'en haut, portait un petit faisceau vasculaire se dirigeant en haut et en dehors jusque sur la conjonctive où il s'épanouissait en éventail. La paupière supérieure était légèrement baissée, un peu raide et épaisse, mais sans œdème. En la retournant, on trouvait sa surface conjonctivale, parsemée de nombreuses élevures blanchâtres, d'aspect chondroïde, ayant de un à trois ou quatre millimètres de hauteur et disposées sans aucun ordre sur tout le tarse, jusqu'au voisinageMu bord ciliaire et du cul-de-sac supérieur. Entre ces végétations dont la forme était légèrement conique, la conjonctive paraissait'normale, quoique un peu hypérémiée. Ces végétations étaienfpeu vasculaires, très dures et semblaient faire corps avec le tarse lui-même.

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

Je ne mentionne que pour être complet l'existence d'un chalazion volumineux à cette même paupière.

L'œil gauche était sain, mais la paupière supérieure présentait aussi trois ou quatre végétations volumineuses isolées, offrant le même aspect que celles de l'œil droit. Entre ces végétations, la conjonclive paraissait tout à fait normale, mais un peu hypérémiée comme à droite.

Dans la lettre que le Dr Roy m'avait écrite, il m'avait fait part de son embarras au point de vue du diagnostic et avait paru disposé à admettre une tuberculose localisée à la conjonctive Ayant déjà observé deux autres cas analogues, je ne partageai pas cette manière de voir et je résolus de traiter énergi'quement la maladie.

Après avoir incisé et vidé le chalazion, j'insensibilisai en partie la conjonctive en la badigeonnant avec une solution de cocaïne à S 0/0, et j'excisai une à une, et aussi complètement que possible, toutes les végétations, au moyen du scarificateur de Desmarres. Lorsque la conjonctive fut débarrassée de toutes ces aspérités, je cautérisai leur base d'implantation avec un petit galvano-cautère olivaire et je renvoyai le malade chez lui en lui disant de revenir me trouver dans une huitaine de jours. Les végétations excisées furent immédiatement mises dans l'alcool et envoyées au laboratoire de M. Ranvier où on en fit l'examen histologique. J'ajouterai, pour ne pas avoir à y revenir, qu'on ne trouva aucune bacille ni aucun tissu pathologique, mais simplement les éléments de la muqueuse conjonctivale hypertrophiée.

Au lieu de revenir au bout de huit jours comme je le lui avais conseillé, M. C... ne vint que trois semaines après, le 28 mars; aussi, ses paupières étaient revenues à peu près comme la première fois : même développement, même dureté, même aspect des végétations; même sécrétion, même état de la conjonctive. Je pratiquai l'excision et la cautérisation galvanique comme la première fois et, comme les points d'infiltration de la cornée n'avaient pas changé d'aspect et étaient toujours grisâtres et opaques, je les touchai légèrement avec la pointe du galvanocautère modérément rougie.

Ayant exposé au malade la nécessité qu'il y avait de revenir chez moi au moins une fois par semaine pour cautériser les

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végétations avant qu'elles se fussent reproduites, il me promit de se faire soigner régulièrement. Mais ce fut en vain que je l'attendis la semaine suivante, il ne reparut que le 10 mai, c'est-à-dire plus de quarante jours après. Comme on devait s'y attendre, la maladie était revenue dans son état primitif; la kératite elle-même était passée à l'état aigu. J'excisai et je cautérisai encore une fois les végétations conjonctivales, et je dis au malade que s'il ne venait pas plus souvent, sa maladie aurait une longue durée et pourrait même compromettre assez sérieusement la vue.

Je m'attendais, après cela, à le voir arriver au bout de huit jours, mais il tarda encore un mois. Même état, même traitement, même avertissement.

Cette fois, il resta trois mois sans revenir; aussi la maladie put se développer à son aise, et le 24 septembre, lorsque j'examinai de nouveau ses yeux, je trouvai lés végétations plus nombreuses et plus luxuriantes que jamais. J'excisai et je cautérisai comme les autres fois, mais je prévins le malade que s'il ne pouvait suivre un traitement régulier, je cesserais désormais de le soigner.

Alors seulement il profita de mes conseils et, huit jours après il vint s'installer à Bordeaux où je pus le traiter tout à mon aise pendant deux mois. Durant ce temps, j'alternai les cautérisations galvaniques avec les cautérisations au sublimé au 20e, ou au nitrate d'argent plus ou moins mitigé, les lotions à l'acétate de plomb, à l'huile de cade émulsionnée, la pommade au tannin, à l'acétate de plomb, etc. Grâce à ce traitement, les végétations cessèrent de se reproduire et la conjonctive palpébrale ne tarda pas à devenir lisse bien qu'elle fût parsemée de taches blanches cicatricielles qui marquaient la place des végétations primitives. La kératite elle-même s'améliora bientôt et une vascularisation de bon augure se montra sur la cornée.

A la fin de novembre, M. C... alla passer quinze jours dans sa famille, et pendant ce temps-là ne fît aucun traitement. Lorsqu'il revint chez moi, le 27 décembre, les végétations ne s'étaient pas reproduites, mais on voyait toujours leur emplacement qui formait parfois une très légère saillie et semblait présager une récidive. La cornée présentait toujours une vascularisation assez notable et un peu d'exfoliation épithéliale au

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centre. Pendant une quinzaine de jours je fis cinq ou six séances d'électrolyse, en appliquant sur les végétations des électrodes en platine, et fis instiller plusieurs l'ois par jour entre les paupières le collyre suivant :

puis, le malade s'en retourna dans son pays en me promettant de revenir si la maladie s'aggravait ou cessait de s'améliorer. Je lui conseillai de continuer à employer Je collyre ci-dessus jusqu'à ce que la sécrétion anormale des conjonctives fût tarie.

Depuis cette époque je n'ai plus revu le malade, mais il m'a écrit plusieurs fois en m'assurant chaque fois qu'il allait de de mieux en mieux. Dans sa dernière lettre, datée du mois de décembre 1886, il me disait qu'il était complètement guéri.

M"e L..., âgée de seize ans, lisseuse, se présenta à ma clinique le 19 août 1880 et me raconta que, depuis longtemps déjà, elle s'était aperçue que son œil droit s'ouvrait moins que le gauche. De plus, la paupière supérieure présentait à sa surface, du côté interne, une légère saillie en forme de plaque ovalaire, à grand diamètre horizontal, appréciable à la vue et au toucher. La malade ressentait comme une gêne et une pesanteur dans cette paupière et déclarait que cela existait depuis longtemps; elle n'avait jamais souffert de la vue, mais était atteinte depuis très longtemps de blépharite sèche qui avait déjà produit la chute de la plus grande partie des cils de la paupière inférieure. A la paupière supérieure on voyait un cil dévié en dedans. Cette jeune fille, appartenant à une famille peu aisée, présentait tous les attributs d'une constitution lymphatique et était très anémiée.

En retournant la paupière supérieure droite, on voyait que la saillie dont j'ai parlé tout à l'heure était produite par un amas de végétations formant une plaque ovaire d'un centimètre carré environ et occupant la portion interne du tarse; les végétations

Bichlorure d'hydrargyre Eau

Acide borique pur Acide salicylique.

gr.

Observation II.

HYPERTROPHIE DE LA CONJONCTIVE PALPEBRALE

absolument analogues à celles que j'ai décrites dans l'observation I, étaient assez rapprochées les unes des autres et l'îlot rugueux qu'elles formaient avait un contour très net et parfaitement délimité ; tout autour, le reste de la conjonctive oculaire était tout à fait à l'état normal.

Indépendamment de la blépharite dont étaient atteintes les deux paupières de cet œil, il existait encore une sécrétion catarrhale qui agglutinait les cils et était surtout manifeste au réveil. L'œil gauche était parfaitement sain.

A cette époque, c'était la première fois que je voyais une hypertrophie circonscrite de la conjonctive indépendante des granulations; je me décidai néanmoins à traiter celle-ci comme un trachome ordinaire et, pendant quelques semaines, je fis, sur la plaque hypertrophiée, un lavage tous les deux jours avec une solution de sous-acétate de plomb à 30 p. OiO. Les végétations se ratatinèrent un peu, mais ne disparurent pas et devinrent, au contraire, plus gênantes pour l'œil parce qu'elles étaient plus dures qu'auparavant. Je dus donc renoncer à ce traitement à cause de l'inflammation qui menaçait de se produire du côté de l'œil, et je prescrivis une pommade au tannin au 30e qui amena un peu d'amélioration au bout de quelques jours.

Par suite de circonstances particulières, je dus cesser de donner des soins à cette jeune fille, mais ayant eu l'occasion de la revoir ces jours derniers, j'ai pu constater qu'elle était radicalement guérie. La plaque hypertrophique avait absolument disparu sans laisser d'autres traces qu'une tache cicatricielle blanche lisse et différant peu de la conjonctivite avoisinante. Mlle L... n'avait fait d'autre traitement que celui que je lui avais prescrit.

Observation III.

Deux ans après avoir observé le cas qui fait l'objet de l'observation précédente, j'eus l'occasion d'en voir un troisième tout à fait analogue. Il s'agissait d'un jeune homme de dix-huit ans, carrier, habitant la campagne, qui vint me consulter le 12 juillet 1882 pour une maladie qu'il avait à la paupière supérieure de l'œil gauche depuis un an environ.

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M. B... quoique assez robuste, paraissait avoir une constitution un peu délabrée par suite, peut-être, d'une alimentation insuffisante et du séjour dans la carrière où il travaillait toute l'année ; son œil gauche s'ouvrait beaucoup muins que le droit, la paupière supérieure était lourde, raide et le malade accusait constamment une sensation de gravier dans l'œil. Ayant retourné cette paupière je trouvai une plaque de végétations occupant la moitié interne de la conjonctive palpébrale et formant une saillie de un à deux millimètres.

Les végétations n'étaient pas aussi distinctes que dans les observations précédentes, car le malade avait déjà été en traitement et avait subi plusieurs cautérisations avec le crayon de nitrate d'argent ; elles étaient entremêlées de cicatrices blanches, dures plus ou moins rugueuses. Tout le reste de la conjonctive avait son aspect normal, et rien n'indiquait la présence de granulations. L'œil droit était tout à fait sain et n'avait jamais été malade.

M. B. habitant fort loin et ne pouvant suivre un traitement régulier, se trouvait dans de mauvaises conditions pour guérir d'une maladie habituellement si rebelle aux soins les plus assidus; cependant, après lui avoir exposé les difficultés du traitement et son peu d'efficacité s'il n'était pas employé régulièrement, je me décidai à faire quelque chose. En conséquence, j'excisai le mieux que je pus, au moyen du scarificateur de Desmarres, toutes les parties saillantes de la conjonctive, puis je cautérisai remplacement avec une solution de nitrate d'argent au 50e et je prescrivis comme collyre un sirop au tannin à 1 pour 50 qui a, sur la solution aqueuse, l'avantage de faciliter le glissement de la paupière, malgré la présence du tannin, et de préserver l'œil du frottement d'une paupière dure et rugueuse.

Comme je m'y attendais, le malade ne revint qu'au bout de six mois et, naturellement, sa paupière était dans le même état que la première fois. Je répétai l'excision et la cautérisation après lui avoir fait promettre de revenir au moins dans quinze jours; mais il n'en fut rien, car je restai près d'un an sans le revoir. La paupière était presque dans le même état et, dans l'impossibilité de lui faire faire un traitement utile sans le voir plus souvent, je dus cesser de lui donner mes soins.

HYPERTROPHIE DE LA. CONJONCTIVE PA.LPERRA.LE. 129

Comme on le voit par les trois exemples que je viens de rapporter l'hypertrophie partielle ou papillaire de la conjonctive palpébrale supérieure s'observe surtout dans la jeunesse et chez des sujets débilités. Cette maladie résiste au traitement ordinaire du trachome granuleux et réclame une intervention énergique et assidue. Avec ou sans traitement, la durée de l'affection est fort longue ; elle peut rester longtemps stationnaire et ne paraît pas avoir de tendance à envahir progressivement les parties qui ne sont pas d'abord atteintes

La cause de la maladie et sa nature paraissent fort obscures et la singularité de son développement et de sa circonscription sur une partie limitée de la conjonctive oculaire et, en général, à un seul œil, la distinguent nettement du trachome granuleux ordinaire.

En attendant de nouvelles recherches histologiques plus nombreuses et plus minutieuses que celles que j'ai faites moimême, je suis d'avis de considérer l'hypertrophie papillaire comme une hyperplasie du tissu cellulaire normal de la conjonctive qui, comme je l'ai dit, forme la plus grande partie de ces singulières végétations.

Le traitement doit être très actif et assidu; l'excision profonde combinée avec la cautérisation au galvano-cautère ou l'électrolyse me paraît être le meilleur moyen à employer soit au début, soit pendant le cours de cette affection dont la durée sera toujours fort longue et pourra, comme dans le trachome ordinaire, occasionner des lésions cornéennes qui devront être soignées simultanément avec la maladie de la paupière qui leur a donné naissance.

H. Armaignac. Mémoires d'ophtalmologie.

MÉMOIRES d'ophtalmologie pratiquk.

g III. — CONJONCTIVITE BLENNORRHAGIQUE SPONTANÉE SÉRO-VASCULAIRË

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