DE IA KÉRATITE PONCTUÉE
de l'humeur aqueuse. Si, au contraire, la perforation est^ béante, l'action des mydriatiques et des myotiques sera pour ainsi dire nulle; l'iris tendra toujours à faire hernie et restera flasque et inerte, soit que cette membrane ne puisse se contracter en dehors du milieu liquide où elle plonge habituellement, soit que le liquide qui s'écoule sans cesse de l'œil empêche le médicament d'être absorbe; d'où cette indication de ne pas faire, surtout chez les enfants, un grand nombre d'instillations inutiles et pouvant amener des accidents toxiques.
Si la perforation est large et que le prolapsus irien soit volumineux et saillant, le mieux sera d'en faire l'excision en ayant soin de l'attirer un peu au dehors avant la section, afin d'éviter, autant que possible, qu'il se produise une nouvelle hernie de l'iris. Il faut bien qu'on sache, toutefois, que malgré cette précaution, la hernie peut se produire encore après une ou deux sections successives. Dans ce cas, l'enclavement de la membrane est pour ainsi dire inévitable, et si ce n'est pas l'iris qui vient obturer la perte de substance de la cornée, cette brèche se comble à la fin par un exsudât qui unit la cornée à la cristalloïde antérieure, ce qui est pire qu'une simple synéchie antérieure ou un petit enclavement. 11 faut donc, parfois, se résigner à faire la part du mal et ne pas s'obstiner à vouloir quand même aller contre ce précepte, si souvent applicable en chirurgie oculaire, « le mieux est l'ennemi du bien. »
l HI. — CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA KÉRATITE PONCTUÉE OU
DESCEMETITE
Si l'on consulte les divers auteurs qui ont décrit la kératite ponctuée, on voit que cette affection est un des points les plus controversés de la pathologie oculaire. La cause de cette divergence d'opinions réside peut-être dans une observation incomplète de cette maladie et dans la rareté relative des cas réellement typiques. Il ne faut pas confondre, en effet, cette affection avec unekératite parenehymateuse, ni prendre pour une descemétite, le simple dépôt à la face postérieure de la cornée d'exsudations granuleuses ou membraneuses qu'on observe pendant le cours de certaines formes d'irilis. La kératite
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
ponctuée présente cette particularité remarquable que son début est insidieux, indolore, sans apparence inflammatoire. Un des premiers symptômes qui frappent le malade, c'est l'apparition de points noirs sur les objets qu'il fixe : il a beau se frotter les yeux, porter son regard dans diverses directions, les petites taches se montrent toujours fixes dans le champ visuel et tourmentent souvent le sujet par leur persistance et la gêne qu'elles occasionnent pendant la lecture ou les occupations qui exigent une application soutenue de la vue. Presque en même temps que les taches, ou longtemps après, apparaît un trouble de la vue plus ou moins accusé et tenant à des causes dont il va être bientôt question et que l'ophtalmoscope montre avec une grande facilité.
A l'inverse des taches de kératite parenchymateuse, qui sont irrégulières comme largeur et comme dispositions, qui paraissent situées sous l'épithélium antérieur de la cornée ou dans l'épaisseur même de cette dernière membrane, qui sont toujours entourées d'une zone d'infiltration plus ou moins large et plus ou moins opaque, les taches de la kératite ponctuée sont ponctiformes, ressemblent à des grains de sable et sont souvent disposées en forme de triangle dont le sommet est vers la partie centrale de la cornée et la base à sa périphérie. Ces petits points opaques sont plus ou moins nombreux et paraissent manifestement situés sous la membrane de Descemet, ou dans l'épaisseur de son épithélium. De plus, ils ont des bords parfaitement distincts et ne sont pas entourés d'une zone d'infiltration. Dans leur intervalle., la cornée est parfaitement transparente ou à peine doucie par de fines .granulations placées dans l'épithélium postérieur et visibles seulement à l'éclairage oblique.
Doit-on ranger l'affection qui nous occupe parmi les kératites? Il est très difficile de se prononcer, attendu qu'il n'est nullement démontré que ce soit une véritable inflammation de la cornée; cependant, comme cela arrive souvent en pathologie, où on sacrifie le mot à la chose, je crois qu'il convient de conserver le nom de kératite ponctuée, comme on a conservé celui de cataracte ou de staphylôme, faute d'un nom meilleur et plus exact. Toutefois, je crois que la descemétite n'est ni une inflammation de la membrane de Descemet proprement dite, ni une entité morbide, parfaitement caractérisée; je crois, au