‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 34 sur 106 · DE LA. KÉRATITE PONCTUÉE · texte numérisé non relu

DE LA. KÉRATITE PONCTUÉE

contraire, et jusqu'à plus ample informé, que c'est plutôt une affection symptomatique d'une maladie du tractus uvéal. Sous ce rapport, je suis d'un avis absolument contraire à celui des ophtalmologistes qui pensent que l'iritis et les autres maladies des parties profondes de l'œil ne sont que la conséquence de la descemétite. Plusieurs auteurs, du reste, ont déjà écrit et enseigné ce que j'avance ici, et tous les cas que j'ai observés jusqu'à présent n'ont fait que confirmer pour moi cette manière de voir. La kératite ponctuée n'est pas toujours un symptôme initial d'une maladie, en général chronique, du tractus uvéal ; bien souvent, aussi, on la voit survenir sur des yeux privés depuis longtemps de la vue, par suite d'irido-choroïdite avec synéchie postérieure et opacité plus ou moins accusée du cristallin. Il est même assez fréquent d'observer que l'inflammation de l'iris ne survient que plusieurs mois après le début de l'inflammation des parties plus profondes et de l'apparition de la descemétite.

11 serait peut-être téméraire, dans l'état actuel de nos connaissances, de hasarder une opinion sur l'étiologie de l'affection qui nous occupe, mais, s'il m'était permis d'en risquer une, je serais volontiers porté à croire que la kératite ponctuée est un trouble trophique de l'épithélium postérieur de la cornée résultant soit d'une altération, soit d'une compression des nerfs ciliaires antérieurs, qui fournissent à la cornée un réseau tellement riche, qu'au dire de Conheim chaque cellule de l'épithélium serait entourée d'un véritable lacis d'anses nerveuses.

La thérapeutique est à peu près impuissante contre la kératite ponctuée elle-même, et les exemples de guérison sont fort rares, peut-être parce que les affections profondes qui lui donnent naissance sont souvent elles-mêmes au-dessus des ressources de l'art. La kératite ponctuée peut exister pendant des mois, et même des années, sans qu'on observe un affaiblissement trop considérable de la vue; mais, dans certain cas, la maladie marche plus rapidement, et bientôt les altérations profondes de l'œil entraînent une cécité complète et irrémédiable. Tantôt la maladie reste limitée à un seul œil, tantôt les deux sont pris, soit simultanément, soit l'un après l'autre. Il est rare qu'il survienne une irido-cyclile aiguë. Dans la plupart des cas, la maladie conserve une marche essentiellement chronique, et, à

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

part quelques exaoerbations de lemps en temps, l'œil se perd peu à peu et, pour ainsi dire, sans douleurs aiguës et sans que son aspect extérieur soit bien notablement modifié.

La kératite ponctuée s'observe généralement entre douze et trente-cinq ans; mais, il n'est pas impossible quelle se montre plus tôt ou plus tard ; elle m'a paru beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme.

A l'appui de ce que je viens de dire sur la kératite ponctuée, je me permettrai de rapporter, comme exemple, l'observation suivante, qui, comme on le verra plus loin, est instructive à plus d'un titre.

Observation.

Mme Darg..., âgée de trente-huit ans, vint me consulter au mois de juin 1880. Cette femme me raconta alors que depuis deux ans environ, elle avait senti sa vue diminuer progressivement du côté gauche, sans éprouver de douleurs, ni avoir l'œil rouge. A ce moment, on constatait sur cet œil l'existence d'une kératite ponctuée parfaitement caractérisée, et d'une synéchie postérieure totale.

La pupille était réduite à la dimension d'une petite tête d'épingle et ne se dilatait pas par l'atropine. L'iris était légèrement bombé en avant et l'humeur aqueuse parfaitement transparente. A l'ophtalmoscope, il était impossible d'éclairer le fond de l'œil. La malade comptait seulement les doigts à un mètre de distance.

Depuis un an, l'œil droit, qui était resté jusqu'alors parfaitement sain, avait commencé k se prendre de la même façon que le gauche. La malade voyait d'abord un brouillard qui couvrait les objets, et, de plus, de petits points noirs arrondis et d'autres de forme irrégulière qu'elle prenait, au début, pour des bêtes, suivant son expression, et qui lui faisaient peur.

La première fois que j'ai vu la malade, au mois de juin, on constatait sur la cornée droite, un pointillé disposé en forme de triangle, analogue à celui qui existait à gauche, et de plus, un trouble assez considérable du corps vitré. Aucune rougeur manifeste de la conjonctive; vascularisation normale; pas de douleur appréciable, soit spontanée, soit à la pression; iris

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