‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 36 sur 106 · GUÉRISON · texte numérisé non relu

GUÉRISON

Le zona ophtalmique, quoique mentionné à peine dans beaucoup d'ouvrages de pathologie ou de traités des maladies des yeux, est néanmoins une maladie parfaitement connue aujourd'hui et magistralement décrite dans plusieurs monographies, dont la plus importante est celle d'Albert Hybord (Thèse de Paris, 1872), qui est devenue classique, bien qu'elle soit postérieure aux descriptions déjà données par J. Hutchinson, W. Bowman, Yeffries, Bowater, Rudolf, Jacksch, Steflfan, Emmert, Johnen, Talko, Horner, Arlt, Kocks, Laqueur, A. Sichel, etc.

Le Dr Marc Pacton a également écrit sur ce sujet, en 1878 (Thèse de Paris), un travail fort bien fait, mais qui ajoute peu de chose à ce que l'on connaissait déjà. Le nombre des observations publiées jusqu'à ce jour dépasse certainement 200, et tout a été dit sur cette maladie; cependant, comme elle est relativement rare, puisque le Dr Galezowski, sur 36,064 malades, ne l'a observée que 19 fois (Thèse de M. Pacton), il arrive souvent qu'elle soit confondue, même par les médecins très capables, soit avec un érysipèle, soit avec une affection oculaire ordinaire, selon qu'elle s'accompagne ou non de complications du côté de la conjonctive, de la cornée ou de l'iris. J'ai donc cru utile, à simple titre de mémorandum, de rappeler le cas suivant, que je ferai suivre de quelques réflexions.

Observation.

M. M..., capitaine de navire, âgé de 36 ans, ayant toujours joui d'une parfaite santé, se trouvait, le 10 janvier 1884 au Sénégal, lorsqu'il éprouva une vive contrariété. Le surlendemain il fut tout étonné d'avoir une excitation génésique extrêmement violente, laquelle dura environ une semaine. Le 18, il commença à ressentir une douleur assez intense dans toute la moitié droite du front et dans la région pariétale du même côté. Le 20, s'étant fait une contusion dans la même région en se frappant la tête contre un barreau de fer, il s'en suivit quelques petites croûtes et de la tuméfaction; mais deux jours après, une éruption vésiculeuse se montra dans toute la région douloureuse, ainsi qu'à la racine et sur l'aile droite du nez. Le 24, il prit la mer, bien

ZONA OPHTALMIQUE GRAVE.

que les douleurs ne se fassent nullement calmées. Deux jours après, ayant reçu sur le visage un violent courant d'air froid, il sentit son œil se prendre presque aussitôt et ne tarda pas à éprouver de la douleur dans cet organe et un affaiblissement notable de la vue. A ce moment, il existait une tuméfaction considérable de toute la région périorbitaire et de nombreuses vésicules ; le mal s'arrêtait exactement à la ligne médiane et tout le côté gauche de la face était sain.

Le contenu des vésicules, d'abord clair et transparent, devint trouble et épais au bout de quelques jours et bientôt toute la région périorbitaire fut couverte de croûtes, différant notablement de celles qui avaient été produites par la contusion.

Malgré l'éruption, la douleur persistait avec la même intensité et privait le malade de repos et de sommeil. M. M..., loin de tout secours médical, et croyant avoir un érysipèle, n'employait qu'une thérapeutique bien restreinte et limitée, d'une part, aux conseils de son Guide de la santé, et de l'autre, aux ressources absolument rudimentaires du coffre à médicaments du navire.

Au bout d'un mois d'une pénible traversée, M. M... arriva à Bordeaux et fit appeler un médecin pour son affection oculaire et pour les douleurs intenses qu'il ressentait toujours dans la région fronto-pariétale droite où il ne restait plus qu'un peu d'œdème, car l'éruption avait disparu, ne laissant après elle que des cicatrices plus ou moins profondes et quelques rares croûtes sur le sourcil et à la racine du nez.

Du côté de l'œil, le médecin constata une rougeur œdémateuse de la conjonctive, surtout à la partie externe du globe, trois ou quatre petites ulcérations de la cornée et une iritis avec synéchies postérieures.

Il prescrivit un collyre d'atropine, des inonctions d'onguent napolitain sur le front et le sourcil, et, comme les douleurs persistaient et que le malade paraissait avoir eu la syphilis quelques années auparavant, il lui fit prendre un peu de mercure, du valérianate de quinine et de l'aconitine, qui calmèrent assez rapidement la douleur. Sous l'influence de l'atropine, les synéchies postérieures qui s'étaient formées se rompirent bientôt presque toutes. Les petites ulcérations se réparèrent, la cornée s'éclaircit, mais la conjonctivite persista telle qu'au début, en dépit de tous les traitements employés.

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

Voyant que l'œil restait toujours enflammé et que la dernière synéchie résistait à l'atropine, le médecin traitant employa alternativement les collyres d'atropine et d'ésérine, et fit une série d'injections sous-cutanées de nitrate de pilocarpine.

Au bout de six semaines, l'œil étant encore dans le même état, je fus appelé en consultation et je constatai, outre ce que je viens de mentionner, une anesthésie partielle de toute la région dans laquelle se distribue la branche supérieure du trijumeau. Le frôlement d'une barbe de plume ou d'une feuille de papier, au lieu de produire un chatouillement désagréable comme du côté gauche, était à peine senti comme simple attouchement, et, sur le front et sur le nez, l'anesthésie cessait brusquement au niveau de la ligne médiane. En entr'ouvrant les paupières, on pouvait constater sur la conjonctive, dans le cul-de-sac externe, quelques petites vésicules transparentes, ressemblant âde grosses granulations, et en ce point, la muqueuse, au lieu d'être anesthésiée, présentait, au contraire, une hypéresthésie très notable. Immédiatement au-dessus du sourcil, on trouvait encore un espace de 4 ou S centimètres carrés où la peau était indurée, tuméfiée et très peu sensible au contact ou aux piqûres. Ayant examiné soigneusement l'œil à l'éclairage oblique et àl'ophtalmoscope, je ne trouvai autre chose qu'une synéchie postérieure en bas et en dehors, une très légère opalescence du cristallin, due probablement à des troubles trophiques sous la dépendance de l'altération de la cinquième paire, et enfin un certain nombre de petites taies disséminées sur la cornée et provenant, sans aucun doute, d'une éruption vésiculeuse qui s'était produite sur cette membrane en même temps que sur les parties voisines. Il y avait même encore une petite ulcération en voie de réparation.

J'approuvai le traitement qui avait été suivi jusqu'alors et je conseillai de le continuer.

Le 17 avril je revis le malade. La conjonctive était moins épaisse et moins rouge et la dernière ulcération était cicatrisée. L'examen de la réfraction me donna le résultat suivant :

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