G. Emmétrope V
O.D. M. — 0'\50, asm. 0° — 0D,50 V = 5/6
Comme il existait encore une synéchie qui résistait à l'action
de l'atropine, je conseillai d'alterner ce collyre avec l'ésérine.
La douleur avait à peu près complètement disparu.
ZONA OPHTALMIQUE GRAVE.
Le 3 mai, l'amélioration avait fait de sensibles progrès; la muqueuse oculaire était beaucoup moins rouge et moins tuméfiée, et la cornée ne présentait plus que de petites opacités, la plupart périphériques, sans grande importance; cependant la vision laissait encore un peu à désirer et n'égalait que 5/6, de loin, avec le verre suivant : sph. — 1D; 130° — 1D. Si on compare la réfraction de cet œil avec celle que j'avais trouvée quinze jours auparavant, on verra que la myopie et l'astigmatisme avaient augmenté d'une demi dioptrie, et le soin que j'ai mis clans les deux cas pour mesurer la réfraction (par la méthode de Donders) me donne la conviction certaine que la cicatrisation des ulcérations cornéennes a été ici la seule cause de l'amétropie. C'est également une preuve de plus en faveur de l'opinion à peu près générale des ophtalmologistes relativement à la kératite dite asligmatique (G. Martin) et dans laquelle l'astigmatisme cornéen serait non pas la cause de la kératite, mais bien l'effet de cette maladie. En effet, la constatation de l'astigmatisme sur une cornée qui est ou qui a été atteinte de kératite ayant laissé une taie, c'est-à-dire ayant intéressé le parenchyme de la cornée, ne prouve absolument rien relativement à la réfraction antérieure de l'œil, la kératite étant à elle seule une cause constante d'astigmatisme cornéen plus ou moins prononcé et définitif.
Le 4 juin, M. M... présentait encore une sensibilité assez obtuse dans une région du domaine du trifacial et, au contraire, de l'hypéresthésie dans une autre région, comme le mois précédent; l'iritis avait reparu, et il s'était formé une nouvelle synéchie en dedans, mais peu étendue. La conjonctivite, toutefois, s'était beaucoup améliorée. Je prescrivis le collyre d'atropine et l'application de courants continus sur la région orbito-frontale, mais ces derniers ne furent pas employés et le malade repartit le 23 juillet pour le Sénégal, d'où il revint au mois d'octobre suivant.
Pendant ce laps de temps, l'œil resta à peu près dans le môme état, c'est-à-dire sans aggravation : la conjonctivite persista; de temps en temps quelques petites vésicules se montrèrent sur la cornée, mais l'iris ne parut pas se prendre. En revanche, les troubles de la sensibilité restèrent presque aussi notables qu'au mois de juin, et dureront probablement très longtemps
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
comme cela arrive généralement. Néanmoins, M. M... jouit d'une vision assez satisfaisante pour continuer sa profession et faire en mer, avec précision, ses observations nautiques.
Comme on le sait, on distingue depuis longtemps, deux formes de zona ophtalmique : une bénigne et une grave ; la première ne se compliquant jamais d'affection oculaire; la seconde produisant dans cet organe des altérations plus ou moins nombreuses, plus ou moins profondes. Cette différence tient à la localisation de la maladie sur les diverses branches du trijumeau: aussi longtemps que les filets nasaux ethmoïdiens ne sont pas atteints, il s'agit de la forme bénigne, mais il faut bien savoir que ces dernières branches ne sont pas toujours prises d'emblée et qu'elles peuvent même n'être intéressées qu'au bout de quelque temps. Pour cette raison, il faut avoir soin, quelle que soit la forme du zona ophtalmique, d'explorer souvent et attentivement la sensibilité de la cornée et l'aspect de l'œil. Dès qu'on trouve la moindre rougeur de la conjonctive ou la moindre altération de la cornée ou de l'iris, il faut aussitôt instiller l'atropine pour prévenir les synéchies postérieures, car l'iritis peut être insidieuse et ne donner lieu à aucune manifestation inflammatoire bien accusée.
La thérapeutique du zona ophtalmique est encore assez peu efficace, parce qu'on ne connaît pas bien la cause première ni le siège précis de cette maladie. Toutefois, il est très probable qu'elle réside surtout dans le ganglion de Gasser et qu'elle est d'autant plus grave que ce ganglion est plus complètement intéressé.- Dès lors la médication ne peut guère que s'adresser aux symtômes et encore les résultats obtenus jusqu'à ce jour, sont assez peu encourageants. La médication externe se borne aux fomentations chaudes émollientes, aux onctions de pommades calmantes formées de vaseline ou de glycérolé d'amidon et d'extrait de belladone. Si l'œil est intéressé on joindra à l'emploi des compresses les instillations d'atropine suffisamment répétées pour maintenir constamment la pupille largement dilatée. On préservera l'œil du contact irritant de la lumière, de la fumée ou de l'air froid, au moyen d'un bandeau approprié ou de lunettes fumées. Contre la douleur elle-même on aura recours à l'aconitine, sous forme de pilules de Moussette ou autres, rigoureusement dosées au sulfate de quinine, au valé-