CORPS ÉTRANGER DANS LA SCLÉROTIQUE
rianate d'atropine, etc. On pourra essayer aussi L'application des courants continus, des injections sous-cutanées de morphine, etc.
Enfin il faut savoir que chez les personnes âgées surtout, les douleurs persistent souvent plusieurs mois et môme plusieurs années après la disparition du zona, en dépit de tous les traitements employés, et que les parties qui ont été le siège de l'éruption portent toujours la trace de cette dernière sous forme de dépressions cicatricielles et de taches blanchâtres analogues à celles que laissent les pustules de la variole ou du vaccin.
L'observation que je viens de relater avec quelques détails, donne une idée exacte de la marche habituelle de cette singulière affection dans un grand nombre de cas, mais heureusement la maladie n'est pas toujours aussi grave.
I VI. — EPINE AYANT SÉJOURNÉ PENDANT TRENTE-DEUX ANS DANS L'ÉPAISSEUR DE LA SCLÉROTIQUE, — EXTRACTION. — GUÉRISON.
On a cité bien souvent des exemples de tolérance excessive de l'œil pour les corps étrangers ; ces derniers étaient logés tantôt dans les enveloppes de l'œil, tantôt dans sa cavité et étaient d'un volume, d'une forme et d'une composition variables. Enfin, ces corps étrangers ont pu rester un temps plus ou moins long sans produire de désordres fonctionnels ou sans amener d'inflammation de l'organe. L'observation suivante m'a paru assez intéressante pour être rapportée.
Ors. — Mme R..., âgée de trente-huit ans, se présenta chez moi le 8 mars 1886 et me raconta que, depuis trois mois, son œil droit était devenu sensible, rouge, douloureux et donnait lieu à une sécrétion conjonctivale assez abondante. L'endroit le plus sensible était un point noirâtre, situé sur le globe, à cinq millimètres de la cornée, et que la malade portait, disait-elle, depuis l'âge de six ans à la suite d'une chute sur un buisson.
Pendant trente-deux ans, cet œil n'avait jamais présenté la moindre altération et ce n'était que depuis trois mois, ai-je dit, qu'il s'était subitement enflammé sans cause connue. Le médecin traitant ayant épuisé sans aucun résultat tous les moyens ordinaires employés contre les conjonctivites voulut bien m'adresser la malade. En examinant attentivement l'œil il me fut facile do
~38 MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
constater que le point de départ de l'inflammation était manifestement le point noir dont il a été question tout à l'heure et autour duquel existaient de nombreux vaisseaux gorgés de sang
11 me vint aussitôt à la pensée qu'il pourrait bien y avoir là un corps étranger et, bien que la chute sur le buisson remontât à une époque fort éloignée, je pris un stylet et me mis à en promener l'extrémité mousse sur le globe au niveau du point noir Cette petite manœuvre vint entièrement confirmer mes soupçons car je sentis quelque chose de dur qui ne pouvait être la conjonctive. Prenant alors avec les pinces un petit pli de la peau au niveau du point noir, je fis une petite boutonnière et découvris la sclérotique dans laquelle paraissait solidement implanté un corps dur, allongé, noirâtre, que je fus obligé de disséquer minutieusement avec une aiguille pour pouvoir en faire l'extraction. C'était une épine noire, sans pointe, longue de trois millimètres et ayant un demi-millimètre d'épaisseur. Il s'écoula un peu de sang mais comme la plaie conjonctivale était assez étroite je m'abstins de faire une suture et je prescrivis uniquement des lotions d'eau fraîche et un collyre d'acide borique.
Au bout de peu de jours, l'inflammation de l'œil disparut, la sécrétion cessa et la guérison ne tarda pas à être complète.'
Dans cette observation, la malade était absolument certaine de ne pas s'être touché l'œil depuis trente-deux ans et, du reste, la profondeur à laquelle se trouvait l'épine montrait bien qu'il avait fallu une force assez violente pour l'enfoncer de la sorte ; cela concordait donc parfaitement avec la chute que Mme R... avait faite, étant enfant, et dont elle avait gardé le souvenir soit par mémoire soit parce qu'on lui avait autrefois raconté le fait.
Comme analogue du fait précédent, je pourrais citer également celui qui se rapporte à un ancien meunier et piqueur de meules que j'ai opéré de cataracte, il y a quelques années, et dont les conjonctives oculaires étaient remplies de petits fragments enkystés d'acier et de silex, dont quelques-uns devaient remonter certainement à une trentaine d'années, et qui n'avaient jamais donné lieu à la moindre inflammation de l'œil.
Tant que les corps étrangers dépassent le niveau de la conjonctive ils sont, en général, très mal supportés, mais s'ils sont durs et qu'ils ne soient pas trop irritants ils ne tardent pas à
ANIRIDIE CONGÉNITALE.
pénétrer plus profondément, par la pression naturelle et continue de la paupière et à s'enkyster d'une façon définitive. Ils peuvent alors être parfaitement tolérés pendant un temps plus ou moins long et même indéfiniment.
§ VII. — ANIRIDIE CONGÉNITALE PRESQUE COMPLÈTE. DEUX. ATTAQUES DE CHOROIDITE SÉREUSE AVEC TENSION GLAUCOMATEUSE DU GLOBE ET CÉCITÉ PRESQUE COMPLÈTE. LUXATION TOTALE DU CRISTALLIN DANS LE CORPS VITRÉ. EXTRACTION DE LA LENTILLE. GUÉRISON.
Les exemples d'absence congénitale complète ou presque complète de l'iris -sont assez rares; cependant les auteurs en ont rapporté un certain nombre de cas qui ne laissent pas le moindre doute. C'est ainsi, par exemple, qu'en 1880, au Congrès de Milan, M. le Dr Cervera, de Madrid, a communiqué l'observation d'un cas d'absence complète des deux iris avec double cataracte molle.
Ce cas présente une très grande analogie avec celui que je vais rapporter bientôt. Que l'iris manque en totalité ou en partie, qu'il existe seulement un coloboma, les lésions concomitantes des autres parties de l'œil se rencontrent presque toujours et rendent la vue le plus souvent très défectueuse. Cette absence totale ou partielle de l'iris, ne tient pas, comme on pourrait le croire, à un défaut de soudure des deux moitiés, ainsi que cela se voit dans le bec de lièvre ou l'hypospadias ; en effet, l'iris se développe tout d'une pièce et ce n'est, par conséquent, que dans un arrêt de développement partiel ou général, qu'on doit chercher l'explication du phénomène.
Jusqu'ici, les auteurs n'avaient cité, comme se rattachant à l'aniridie, que des lésions primitives, en quelque sorte, c'esUàdire, en général, des troubles trophiques ou des imperfections de l'organe de la vue qui n'avaient en pathologie oculaire qu'une importance secondaire. Moi, j'ai été plus heureux, et l'observation que je vais rapporter bientôt, me paraît intéressante à plus d'un titre et jettera, je l'espère, un nouveau jour (ou peut-être une nouvelle obscurité) sur la pathogénie d'une affection qui est restée, jusqu'à ce jour, un champ ouvert à toutes les théories, mais qui n'en est pas moins un des problèmes les plus obscurs et les plus importants de la pathologie oculaire, je veux