MÉMOIRES 1>'OP1ITALMOLOGIE PRATIQUE
parler du glaucome. Les partisans des diverses théories, tireront de ce cas, unique peut-être dans les annales de la science, les conclusions que bon leur semblera; quant à moi, je me bornerai à citer le fait, sans chercher à l'expliquer, ni à lui donner une valeur absolue, attendu qu'un cas isolé ne saurait faire loi en pareille matière. Toutefois, je ne crains pas d'avancer que cette observation portera une sérieuse atteinte à certaines théories trop absolues sur Pétiologie du glaucome et engagera peut-être les anatomo-pathologistes à porter leurs investigations d'unaure côté. Voici d'abord l'observation.
Observation
Le 18 septembre 1880, M. M..., âgé de trente-quatre ans, demeurant à Preignac, près de Bordeaux, me fut adressé par le médecin de sa localité, et vint chez moi, accompagné de sa femme, car il lui était impossible de se conduire seul. Voici ce que l'on pouvait constater à ce moment :
La cornée droite était le siège d'un leucome total assez opaque et blanchâtre; cependant, tout autour de la cornée, existait un petit cercle d'un millimètre de largeur, suffisamment transparent pour permettre de voir le cristallin, opaque et diminué de volume, flotter dans l'œil et se déplacer pendant les mouvements de cet organe, principalement pendant les mouvements de bas en haut et de haut en bas. Toute vision avait disparu dans cet œil depuis un grand nombre d'années sans que le malade pût indiquer de quelle façon les choses s'étaient passées. 11 se rappelait seulement, que onze ans auparavant, il avait reçu un coup d'échalas contre l'œil, mais il n'en était résulté aucune plaie et il se rappelait fort bien qu'avant l'accident cet œil lui aurait à peine servi pour se conduire.
Au moment où je l'examinai, l'œil gauche avait seulement la perception lumineuse. Il était animé d'un mouvement oscillatoire (nystagmus) horizontal, de même que son congénère, et le mouvement d'adduction était excessivement restreint.
Mais cet état de choses durait depuis fort longtemps et ce n'est pas pour cela qne ce malade venait me consulter; c'étail pour son œil droit.
AN1IUDIE CONGÉNITALE.
M. M... me raconte alors que la vision de cet œil a toujours été très bonne et qu'il a pu aller à l'école et apprendre facilement à lire et à écrire, mais, il y a trois mois, sans cause connue, l'œil est devenu rouge et la vue s'est brouillée suffisamment pour empêcher le malade de lire et même de vaquer à ses occupations. Cependant, sans faire aucun traitement, ce trouble n'a pas tardé à disparaître et, huit jours après, la vue était redevenue comme auparavant. 11 y a quinze jours, c'est-à-dire le 3 septembre 1880, ce malade a éprouvé pendant la nuit une douleur assez violente dans tout le côté droit de la mâchoire supérieure, et, le matin, en déjeûnant, il a senti tout à coup sa vue se brouiller au point de ne pouvoir reconnaître bientôt les gros objets d'alentour. L'œil droit est devenu rouge et un peu sensible. Ayant consulté alors son médecin, ce dernier a prescrit un collyre d'atropine dont il a fait instiller tous les jours plusieurs gouttes dans l'œil. Cependant la vue a continué de baisser, et aujourd'hui elle n'égale plus que 1/36 à peine. Toutes les couleurs sont reconnues et le champ visuel paraît avoir son étendue normale.
Les verres concaves ou convexes ne procurent aucune amélioration, ni de loin, ni de près. La cornée est trouble, comme dépolie, et la pupille tellement dilatée, qu'il ne parait qu'un petit croissant d'iris d'un millimètre de largeur, à la partie interne. Du côté opposé, la pupille s'étend jusqu'à la périphérie de la cornée. La tension de l'œil est très notablement augmentée, à peu près T +2 ; le mouvement d'adduction est presque nul et l'œil est animé d'un mouvement oscillatoire, dans le sens horizontal. L'éclairage oblique montre ce que j'ai déjà indiqué et l'examen ophtalmoscopique n'apprend rien, l'opacité de la cornée et le trouble des milieux réfringents empêchant la lumière d'arriver au fond de l'œil.
Tout d'abord, j'avais été frappé de la grandeur et de la forme anormale de la pupille, et j'avais pensé à une paralysie partielle de l'iris, ou bien à un doublement du bord du sphincter, ainsi qu'on en a signalé quelques exemples, mais en examinant avec plus de soin, je ne tarde pas à me convaincre que j'ai bien affaire à un cas d'aniridie presque totale. Je demande alors à la