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TRAITEMENT DU GLAUCOME PAR L ESÉRINE ET LA COCAÏNE

Le 20 mars, les deux yeux étaient dans le môme état que la dernière fois. L'excavation de la papille toujours aussi prononcée que le premier jour. La conjonctivite était guérie. La cocaïne fut remplacée par la pilocarpinc à 1/200, deux gouttes par jour.

Le 8 avril, malgré l'aspect du fond de l'œil qui était resté le même aussi bien à droite qu'à gauche, l'œil droit pouvait compter les doigts à 2 mètres; c'était certainement tout ce qu'on pouvait espérer avec une papille blanche et déjà avec toutes les apparences d'une atrophie complète. L'œil gauche se maintenait dans le même état. Depuis lors, malgré la cessation de tout traitement, la guérison ne s'est pas démentie.

II. — M. G..., âgé de soixante ans, n'a jamais joui que d'une vue passable, dit-il, et cela s'explique facilement parce qu'il est fortement hypermétrope et astigmate et ne s'est jamais servi de verres exacts en rapport avec son amétropie.

Cependant, malgré l'imperfection de sa vue, il pouvait lire parfaitement la musique ainsi que les caractères relativement fins et voyait de loin à peu près aussi bien que les autres. Gela prouve suffisamment que son acuité visuelle aurait été trouvée normale si on avait voulu déterminer exactement sa réfraction.

Le 25 avril 1886, M. G... me fait appeler et me raconte que depuis un mois, à la suite d'une maladie de l'estomac et de violentes névralgies de la tête dont il souffre depuis longtemps, il s'est aperçu que sa vue baissait considérablement par intervalle, tantôx d'un côté tantôt de l'autre; en même temps est survenue 'une photophobie excessive. Le malade n"a employé pour ses yeux d'autres remèdes que ceux qui lui ont été fournis par un charlatan et qui se composent d'un collyre liquide et d'une poudre blanche destinée à être projetée dans les yeux. Cette poudre n'a été employée que quatre ou cinq fois, et à gauche seulement, parce qu'elle occasionnait de violentes douleurs. Au moment de ma visite je trouve le malade enfermé dans une chambre noire et j'ai toutes les peines du monde pour le décider à se laisser examiner à la lampe à cause de la terreur que lui inspire la lumière.

La photophobie n'est cependant pas aussi intense qu'on aurait pu le supposer, car je puis, avec assez de facilité, procéder à l'examen ophtalmoscopique.

H. Armaignac, Mémoires d'ophtalmologie.

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

Je constate tout d'abord un peu de rougeur des conjonctives et un dépoli très accusé de la partie centrale des deux cornées qui donne un aspect louche aux milieux transparents et au fond de l'œil. L'iris est moyennement dilaté et très peu mobile. T+* de chaque côté. La vision est très mauvaise et le malade aperçoit tout au travers d'un brouillard épais; les lumières sont bordées de cercles irisés. La vision, comme je l'ai déjà dit, varie d'un moment à l'autre pour chaque œil, et diminue pendant les crises de névralgie. Contre ses douleurs, le malade fait usage de pilules d'extrait de belladone et de sulfate de quinine ainsi que d'inhalations de chloroforme Je prescris du sirop de chloral pour la nuit à la place des pilules et des inhalations de chloroforme, et je fais instiller toutes les deux heures, une goutte de collyre de chlorhydrate de cocaïne à 3 0/0 et six minutes après, une goutte de solution de sulfate d'ésérine à 1/200.

Deux jours après, je revois le malade et je le trouve avec le visage radieux : ses douleurs névralgiques ont cessé et n'ont pas reparu, la vision est bien meilleure, la rougeur de la conjonctive et le dépoli des cornées ont disparu ; la tension intra-oculaire a diminué, surtout à gauche. Le malade se lève et peut facilement supporter le jour. Je fais continuer le même traitement, mais seulement à la dose de quatre gouttes de chaque collyre par jour.

Du 27 avril au 3 mai, M. G. a continué de suivre le même traitement et son état a été sans cesse en s'améliorant. A cette dernière date, j'ai pu faire dans mon cabinet un examen ophtalmoscopique complet et mesurer la réfraction. A ce moment, la tension intra-oculaire était normale des deux côtés et l'aspect extérieur des yeux comme celui des parties profondes, ne révélait rien d'anormal. Pas d'excavation des papilles. La réfraction était la suivante :

L'astigmatisme cornéen était égal et semblable à l'astigmatisme fonctionnel.

J'ordonnai de cesser l'emploi de la cocaïne et de continuer l'ésérine à la dose de trois ou quatre gouttes par jour.

Le 10 mai, je fis un nouvel examen de la réfraction, mais bien que le kératoscope indiquai toujours à droite et à gauche un

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astigmatisme cornéen de deux dioptries à grand axe vertical l'astigmatisme fonctionnel était de sens contraire et on trouvait :

Lorsque le malade fermait l'œil gauche en clignant, il avait

V = 5/6 à droite en se servant du seul verre sphérique + 4D50. Quelle que soit la singularité de ce changement si considérable

de l'astigmatisme fonctionnel, il n'en est pas moins d'une exactitude absolue, car j'ai pris toutes les précautions possibles pour le contrôler et le vérifier. Si l'astigmatisme cornéen s'était modifié, en changeant de sens, on pourrait invoquer la théorie que M. le D1' G. Martin a émise, en 1886, au Congrès d'ophtalmologie, mais ici la cornée a conservé la même courbure, il n'y a que l'astigmatisme fonctionnel qui a changé de sens et a même fini par disparaître, comme on va le voir. Ne serait-ce pas à l'action de l'ésérine qu'on pourrait attribuer ce phénomène ?

Sur les instances du malade désireux de changer de remède, je remplaçai à droite le collyre d'ésérine par le collyre de pilocarpine.

Le 17 mai, l'astigmatisme cornéen n'avait pas change, mais l'astigmatisme fonctionnel était devenu nul à droite : 0. D. + 4D

V = 5/6. A gauche, l'astigmatisme fonctionnel était redevenu horizontal et avec + 3D, 0° -j-lD75,t> égalait 5/6. Continuation du même traitement,

Le 25 mai, plus d'astigmatisme fonctionnel à gauche ni à droite : O.G. + 6D V = 5/6; O.D. -f 4D V = 5/9. L'œil droit est redevenu un peu dur. Ésérine des deux côtés.

Depuis cette époque, la vision est restée la même et le malade a cessé de se soigner d'une façon régulière, employant tantôt un collyre, tantôt l'autre, mais il n'a plus éprouvé de douleurs, et, avec des verres convexes appropriés à son âge et à son amétropie il peut lire et écrire, faire de la musique, en un mot se livrer à tous les travaux d'autrefois, et il assure qu'il n'a jamais vu si bien que maintenant.

11 serait prématuré, sans doute, de vouloir tirer des conclusions définitives de ces deux cas, mais cependant il me paraît hors de doute que dans l'un comme dans l'autre, la rapidité de la guérison ou de l'amélioration ne peut être attribuée qu'à

MKMOJUES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

l'emploi des collyres. Ces derniers ont-ils agi tous les deux simultanément ou isolément ? 11 est impossible de se prononcer puisqu'ils ont été employés en même temps, mais il serait intéressant et utile de savoir quelle est la part qui revient à chacun d'eux ou à leur association. C'est ce que de nouvelles observations ne manqueront pas de nous l'aire connaître.

g X. — GLAUCOME AIGU A RÉPÉTITION GUÉRI CHAQUE FOIS PAR LES INSTILLATIONS D'ËSÉRINE ET DE COCAÏNE.

Dans les observations qu'on vient de lire on a vu les bons résultats que j'avais obtenus des instillations d'ésérine et de cocaïne dans deux cas de glaucome. Un mois après le second cas j'ai eu l'occasion d'en observer un autre encore plus intéressant que les précédents, parce qu'il y a eu plusieurs rechutes et que chaque fois la guérison est survenue par le seul emploi des deux médicaments mentionnés plus haut. Voici l'observation:

Obs. — M. B... âgé de soixante-six ans, célibataire, a toujours joui d'une assez bonne santé et, malgré son âge, a continué jusqu'à présent de mener une joyeuse vie de garçon. Depuis dix-huit mois, lorsqu'il éprouve une contrariété ou qu'il se met en colère, il lui arrive très souvent de voir, presque aussiôt après, un brouillard devant son œil droil. Ce brouillard occupe tout le champs visuel, excepté le point de fixation, et dure plus ou moins longtemps, mais il disparaît toujours au bout de quelques heures au plus.

Au moment de mon premier examen, le 16 juillet 1885, le malade me dit que depuis une quinzaine de jours au moins le brouillard s'est montré à peu près tous les soirs et s'est dissipé pendant la nuit car, au réveil, la vision de cet œil est très bonne. M. B... voit parfaitement toutes les couleurs; le champ visuel est intact, la pression intra-oculaire normale. L'examen ophtalmoscopique ne révèle rien de particulier au fond de l'œil, mais l'iris, comme à gauche, du reste, est fortement projeté en avant et semble accolé à la face postérieure de la cornée. La chambre antérieure est, par conséquent, très peu profonde. Avec le verre : sph. + 0,50; 0° + 0,50, V = 4/5.

L'œil gauche n'a jamais possédé une bonne vision parce qu'il

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est atteint de taies cornéennes depuis l'enfance. Le cristallin lui-même présente quelques opacités dans sa substance corticale. V =1/12. Le malade fume beaucoup.

Ne trouvant aucune maladie proprement dite, je conseille à M. B. une bonne hygiène généraient je l'engage à cesser de fumer.

Le 24 juillet, huit jours après la première consultation, je suis appelé auprès du malade que je trouve fort inquiet. Il me raconte que le brouillard, qui n'apparaissait d'ordinaire que le soir, devant l'œil droit, existait déjà au réveil ce matin; en même temps, il voit des cercles irisés autour des flammes. L'œil cependant n'est ni rouge ni douloureux, mais l'humeur aqueuse est trouble, la pupille ovale, à grand diamètre vertical; T+2. L'iris paraît refoulé en avant et s'applique presque contre la face postérieure de la cornée. La réfraction, mesurée avec soin, est la même que lors du premier examen, mais V = 5/18 seulement. Craignant avoir affaire à un début de glaucome, j'instille deux ou trois gouttes d'un collyre de chlorhydrate de cocaïne à 3 0/0. Diète. Repos à la chambre.

Le lendemain, 25 juillet, je trouve la pupille dilatée mais toujours ovale, et je constate l'existence de quelques opacités dans le cristallin. L'humeur aqueuse est toujours trouble. Dans la nuit, vers trois heures, M. B. a commencé à ressentir dans son œil droit et dans la région périorbitaire, de vives douleurs qui n'ont pas cessé jusqu'à présent. L'œil est devenu rouge, larmoyant. La chambre antérieure est très étroite. La cornée est légèrement opalescente mais a conservé sa sensibilité normale L'œil a une tension toujours assez élevée : T+2. Le malade voit une auréole et des cercles irisés autour des flammes. La vision a notablement diminué. C'est incontestablement une attaque de glaucome aigu. Malgré la gravité des symptômes qui, pour beaucoup d'auteurs, auraient réclamé une intervention chirurgicale immédiate, je me décide à attendre et à essayer la médi- * cation qui m'a déjà si bien réussi chez plusieurs autres malades. La pusillanimité de M. B... me pousse, du reste, fortement dans cette voie. En dehors des deux ou trois gouttes de cocaïne qui ont été instillées hier, aucun autre traitement n'a été fait. Je prescris un collyre de sulfate d'ésérine à 1/200 à instiller dans l'œil à la dose de 4 ou 5 gouttes dans la journée; j'y joins des compresses émollientes tièdes et un purgatif salin.

MÉMOIRES d'OPHTA'LMOLQGIB PRATIQUE.

Le 26 juillet. — Les douleurs ont complètement disparu depuis hier soir; l'œil est moins rouge; T.-H seulement; pupille toujours ovale et moyennement resserrée; même acuité visuelle qu'hier. Trois gouttes d'ésérine et trois gouttes de cocaïne à 3 p. 0/0 " dons la journée.

Le 27. — Môme état. La vue parait un peu meilleure. La pupille est très contractée. Je supprime Pésérine.

Le 28. — La pupille s'est dilatée spontanément, ou sous l'influence de la cocaïne, en forme d'ovale à grand diamètre vertical ; au centre, sur la cristalloïde antérieure, on aperçoit une petite tache exsudative étoilée, blanchâtre, assez mince et de formation récente, car elle n'existait pas lors du premier examen. L'examen ophtalmoscopique du fond de l'œil est très facile, car les milieux sont bien transparents, et ne révèle rien d'anormal du côté de la rétine, ni de la papille, laquelle ne présente pas d'excavation appréciable. La vision est meilleure, l'œil beaucoup moins reuge. Lotions avec infusion de thé chaude plusieurs fois dans la journée.

Pendant les cinq ou six jours suivants, l'amélioration a continué de se produire d'une façon régulière ; la tension oculaire est redevenue normale; la vision aussi, par suite de la résorption presque totale de la plaque exsudative. La guérison paraîtrait complète si le malade n'avait encore de temps en temps des obnubilations passagères. La chambre antérieure est toujours très peu profonde. Je prescris un collyre de nitrate de pilocarpine à 1/200 dont on instillera une goutte tous les soirs.

Le malade se considère bientôt comme guéri car son œil n'est plus rouge et la vision est excellente ; toutefois, par mesure de précaution, il continue à instiller dans son œil, pendant trois mois, tantôt de l'ésérine, tantôt de la pilocarpine.

Le 14 octobre suivant, la vision de l'œil droit était très bonne; * les obnubilations passagères étaient très rares et ne se montraient que lorsque le malade se mettait en colère, ce qui lui arrivait de temps en temps. L'ésérine et la cocaïne ayant élu employées d'une façon continue pendant plusieurs mois, il était survenu à droite une conjonctivite catarrhale localisée surtout dans le grand angle de l'œil, [/inflammation de la conjonctive palpébrale ayant entraîné un peu d'éversion du point lacrymal inférieur, un épiphora assez gênant s'était montré depuis quelques semaines.

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