OPÉRATION DR LA. CATARACTE CHEZ LES DIATHÉSIQUES
bandeau d'ouate. Grand bain; tisane de graine de lin; pilules de camphre (30 centigr. par jour).
Les 26, 27. — Rien à noter du côté de l'œil.
Le 28. — La guérison est absolument complète; le malade fait à pied une assez longue promenade en ville et voit très bien de loin sans lunettes, sa myopie ayant totalement disparu avec l'opération de la cataracte.
Le 29 et jours suivants. — Le malade se promène dehors tous les jours, puis part pour-la campagne.
Le 25 juillet. — M. de F... étant revenu à Bordeaux, j'examine à l'ophtalmoscope l'œil opéré et je puis constater une transparence absolue des milieux de l'œil, à part les taies de la cornée dont j'ai déjà parlé, et la présence d'un staphylome postérieur assez étendu. Il existe + 4D d'hypermétropie seulement.
Avec ce verre là vision de loin est très bonne, et avec + 9D le malade lit couramment le n° 1 de Snellen à 25 centim.
Pendant les mois de septembre et octobre, le malade a continué de maigrir bien que sa santé ne paraisse pas trop mauvaise et qu'il ait bon appétit. En 15 jours il a perdu 19 livres. A différentes reprises, il a eu des accès d'oppression et de dyspnée et des palpitations ; les extrémités inférieures présentent de l'œdème. Tout cela semble avoir été provoqué par un bain de mer froid, que M. de F... a eu l'imprudence de prendre au mois d'août.
Grâce à l'emploi de la digitale, de la poudre de Dover et de quelques purgatifs, l'enflure des jambes disparaît en même temps que les désordres du côté du cœur et de l'appareil respiratoire.
L'analyse de l'urine faite par moi à plusieurs reprises, m'a toujours donné une très grande quantité d'albumine mais peu ou point de sucre.
Bien que sa santé parût en quelque sorte assez satisfaisante, M. de F... dépérissait à vue d'œil et avait un pressentiment de sa fin prochaine, bien qu'il cherchât à le dissimuler sous les apparences du calme et parfois môme de la gaîté. Enfin, au commencement de novembre, arrivé à un degré extrême de maigreur et d'épuisement, le malade est mort presque subitement et sans avoir été alité un seul instant.
MÉMOIUES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
UI. — Cataracte sénile chez une femme de soixanle-dix-huit ans, cachectique, atteinte d'une tumeur cancéreuse ulcérée du sein. Opération et restitution de la vue. Mort quatre mois après. Généralisation cancéreuse.
Le 3 mai 1882 je fus appelé par un de mes confrères à pratiquer l'opération de la cataracte chez une dame de soixante-dixhuit ans, extrêmement affaiblie par l'âge, les maladies et une tumeur cancéreuse ulcérée du sein. Depuis longtemps la malade avait perdu l'appétit et ne prenait chaque jour qu'une quantité insignifiante d'aliments. Ayant perdu complètement la vue depuis plusieurs mois et ayant eu, à diverses reprises, des troubles intestinaux graves, elle vivait pour ainsi dire séquestrée dans son appartement et assise sur un fauteuil.
Malgré l'état général de la malade, qu'il ne fallait pas songer à améliorer, je me décidai cependant à lui faire l'opération, espérant que la restitution de la vue lui permettrait de sortir et de profiter de la belle saison pour se remettre un peu.
Le 3 mai au matin je fis l'opération, et je transcris ici, comme dans l'observation précédente, les notes textuelles que je trouve à ce sujet sur mon cahier d'observations :
Kératotomie supérieure avec lambeau de 3 millimètres de hauteur. Iridectomie très petite. Extraction du cristallin avec la curette-pelle de Weber appliquée contre la lèvre postérieure de la plaie, pendant qu'avec le dos de la curette de caoutchouc j'exerce une légère pression sur la partie inférieure de la cornée. Le cristallin, dur, volumineux, dépourvu de masses corticales molles, sort difficilement, néanmoins il ne se produit pas de rupture de lazonule, ni d'issue du corps vitré. Rentrée des angles de l'iris dans la chambre antérieure avec la spatule d'écaillé. Deux gouttes d'ésérine. Essai de vision très satisfaisant. Bandeau légèrement compressif.
Le 4 mai. — Etat de l'œil on ne peut plus satisfaisant ; il n'existe pas la moindre inflammation; la chambre antérieure n'est pas encore reformée. Esérine. Bandeau.
Le 5. — Même état. La chambre antérieure commence à se reformer. Esérine. Bandeau.
Les 6,7 . — Même état. Même pansement.
OPÉRATION Dlî LÀ CATARACTE CHEZ LES DIATIIESIQUES. 273
le 8. — La chambre antérieure est reformée. Bandeau. La malade pourra se lever.
Le 9. — La chambre antérieure est complètement reformée. L'iris présente, dans le voisinage de la section, quelques adhérences avec la cristalloïde restée dans l'œil. Atropine trois fois par jour. Suppression du bandeau.
Les 10, il. — La pupille s'est largement dilatée; la plupart des synéchies sont rompues; la vision est très satisfaisante. Deux gouttes d'atropine dans la journée.
Le 12. — La malade s'étant promenée dans son appartement a dû s'exposer à quelque courant d'air, car l'œil est rouge et le siège d'une sécrétion catarrhale peu abondante, il est vrai, mais néanmoins symptomatique d'une conjonctivite aiguë bénigne. Lotions d'eau blanche chaude.
Les 13, 14, 15. — Même traitement. Amélioration sensible.
Le 16. — La sécrétion a disparu; il ne reste plus qu'un peu de rougeur delà conjonctive. Collyre au tannin.
Le 20. — La guérison est complète. La malade se promène dans son jardin et distingue assez bien toutes les fleurs, bien qu'elle ne porte que des lunettes coquilles fumées.
Le 5 juin. — La conjonctivite a complètement disparu. Je prescris les verres suivants : + 9D pour voir de loin, et -f- 12° pour voir de près. Avec ces lunettes, la malade voit parfaitement et peut lire et écrire.
La vue est restée très bonne jusqu'à sa mort, survenue au mois de septembre suivant, environ quatre mois après l'opération, et occasionnée par la généralisation de l'affection cancéreuse dans les organes intra-thoraciques et probablement aussi, intra-abdominaux.
Il serait oiseux, je crois, d'énumérer tous les cas de succès publiés jusqu'à ce jour, et, en les examinant avec attention, on ne tarde pas à se convaincre que le procédé opératoire joue un grand rôle, indépendamment d'une autre condition dont je parlerai tout à l'heure. M. Sichel avoue avoir vu manquer toutes les opérations pratiquées par le procédé à grand lambeau, tandis que celles qui ont été pratiquées par le procédé deGrsefe, modifié ou non, n'ont pas donné plus d'insuccès que les cas ordinaires où il n'existe pas de diathèse. Si la glycosurie, par
u. Akhaighac. Mémoires d'ophtalmologie.
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
exemple, est un obstacle à la cicatrisation, ce que je ne crois pas, la préférence de l'incision linéaire se trouve par cela même justifiée ; mais, si cette influence fâcheuse du diabète n'existe pas, il faut alors chercher la raison de ces succès plus nombreux dans ceci, que, dans les cas ordinaires (et les diabétiques ne sauraient faire exception) les accidents sont peut-être moins fréquents avec le procédé à petit lambeau qu'avec celui de Daviel, toutes choses égales d'ailleurs.
11 serait difficile de juger de l'influence de la glycosurie sur la cicatrisation de la plaie cornéenne d'après les observations publiées; en effet, si dans le cas de M. Sichel, dont le malade avait 78 grammes de sucre par jour, la chambre antérieure a mis dix jours à se rétablir, malgré le repos absolu au lit et la régularité des pansements, qui ne différaient en rien de ceux que l'on faisait aux autres opérés, et dont je puis répondre, attendu que c'était moi qui en étais chargé, dans d'autres cas, au contraire, avec le même procédé opératoire, les mêmes pansements, et avec une quantité de sucre beaucoup plus considérable (une de mes malades en avait 154 grammes par jour), la cicatrisation est souvent survenue au bout de vingt-quatre ou de quarante huit heures.
Dans tous les cas que j'ai vus, la réaction a été presque nulle après l'opération, et la guérison est survenue sans la moindre inflammation interne ou externe. Dans deux cas où j'ai dosé la quantité de glycose au moment de l'opération et quelques jours après, j'ai trouvé celle-ci augmentée notablement, ce que j'attribue au repos, car, dès que les malades ont pu marcher, l'excrétion de sucre est revenue à son chiffre normal ou même est descendue au-dessous, lorsqu'un régime approprié a pu être suivi. Dans aucun cas il ne m'a été permis d'observer les moindres accidents généraux.
Une circonstance à laquelle j'ai fait allusion tout à l'heure et qui, d'après les dernières recherches, semble avoir une certaine influence sur le succès des opérations chez les diabétiques, c'est la distinction entre les diabétiques gras et les diabétiques maigres, les premiers étant dans des conditions bien meilleures que les seconds.
Cela se comprend sans peine, car les diabétiques peuvent jouir d'une excellente santé pendant de longues années tant qu'ils