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CATARACTE TRAUMATIQUE ET RÉSORPTION DU CRISTALLIN

§ V. — CATARACTE TRAUMATIQUE ET RÉSORPTION DU CRISTALLIN ; ATROPHIE PARTIELLE CONSÉCUTIVE DU NERF OPTIQUE ET DIMINUTION CONSIDÉRABLE DU CHAMP VISUEL ET DE LA VISION.

M. L.., âgé de trente-quatre ans, employé dans les forges du Chemin de fer du Midi, fut frappé à l'œil droit, au mois d'octobre 1880, par une paillette métallique détachée en burinant une pièce en fonte et projetée avec force. Je vis ce malade le lendemain de l'accident. A ce moment, la chambre antérieure était remplie de sang ; la cornée présentait à sa partie supérieure et externe une petite plaie de 4 millimètres de longueur par laquelle l'iris faisait hernie.

En regardant attentivement au moyen de l'éclairage oblique, on pouvait constater que l'iris avait été divisé et que la capsule du cristallin était également atteinte, attendu qu'on voyait proéminer dans la chambre antérieure un petit fragment de substance cristallinienne déjà opaque. La vision était à peu près nulle, le malade distinguant à peine la lueur d'une forte lampe ; néanmoins, il accusait peu de douleur et l'œil lui-même n'était le siège d'aucune inflammation.

Je proposai à M. L... de réséquer la portion d'iris qui faisait saillie entre les lèvres de la plaie et d'extraire le cristallin déjà en voie d'opacification et de ramollissement. Je craignais, en effet, qu'à cause de son âge et de l'étendue de la plaie de la capsule, il ne survînt un excès de pression intraoculaire occasionné par l'imbibitiou et le gonflement consécutif du cristallin. Mais le malade ne voulut se soumettre à aucune opération, et comme il n'y avait pas de danger immédiat et que la paillette de fer ne paraissait pas être restée dans l'œil, je n'insistai pas davantage et je me bornai à exiger de lui qu'il vînt tous les jours me montrer son œil, afin de pouvoir intervenir assez tôt à la moindre menace de danger. J'ordonnai un collyre de sulfate d'atropine et un bandeau compressif sur l'œil.

Pendant les quelques jours qui suivirent l'accident, il ne survint absolument aucune complication. Le sang ne tarda pas à se résorber ; l'humeur aqueuse devint claire et transparente et la pupille se dilata ad maximum, laissant voir le cristallin devenu déjà opaque et dont les masses corticales gonflées par l'humeur aqueuse formaient des champignons grisâtres entre les lèvres de la plaie capsulaire.

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

L'iris, cependant, rcsla enclavé et la hernie s'accentua même un peu plus, de façon à atteindre le volume d'un grain de millet. Il ne survint à aucun moment, ni douleur, ni dureté du globe, ni inflammation de l'iris. Le cristallin commença à se résorber peu à peu, et de temps en temps on pouvait en voir des fragments détachés flotter librement dans la chambre antérieure.

Au bout d'une couple de mois, il devint possible d'éclairer le fond de l'œil où l'on ne constatait rien d'anormal si ce n'est un peu de pâleur de la papille ; malgré cela la vision était presque nulle, et le malade pouvait à peine compter les doigts à dix centimètres de son œil.

Une fois la substance corticale du cristallin résorbée, le noyau disparut à son tour. Cinq mois après l'accident, il ne restait plus que la capsule, devenue opaque, et ratatinée sur elle-même. La pupille était toujours largement dilatée, bien que le collyre d'atropine eût été supprimé depuis assez longtemps. L'ésérine ne produisait aucun effet myotique. Il existait donc, chez ce malade, une paralysie complète des fibres circulaires de l'iris, occasionnée soit par la compression qu'avait dû exercer, durant plusieurs mois, sur cette membrane délicate, le cristallin gonflé par l'humeur aqueuse, soit par le choc de la paillette métallique.

Au mois de juillet 1881, l'examen ophtalmoscopique de l'œil malade était très facile. Le fond de l'œil était parfaitement visible dans ses détails et Ton pouvait constater une atrophie blanche de toute la moitié externe de la papille. Toute la moitié interne du champ visuel manquait, de même que la vision centrale. En dehors, le malade pouvait compter les doigts à un mètre de distance. Les verres convexes ne paraissaient apporter aucune amélioration. Dans la partie du champ visuel qui existait encore, toutes les couleurs étaient reconnues, mais à des distances variables suivant leur éclat et leur saturation.

Jusqu'au mois de mars 1885, l'œil resta dans le même état, mais à ce moment il devint très rouge, très gros et très douloureux ; il donna bientôt issue, pendant plusieurs jours, à une grande quantité de pus. Bien que je n'aie pas vu le malade à cette époque, les renseignements qu'il m'a fournis sont suffisants pour penser qu'il s'est agi alors d'un phlegmon de l'œil (panophtalmic).

Au mois d'avril suivant, M. L... vint chez moi. Je constatai alors un chémosis charnu de la conjonctive bulbaire, surtout efl

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