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MALADIES DE LA RÉTINE ET DIT NERF OPTIQUE

§ I. — DÉCOLLEMENT TRAUMATIQUE DE LA RÉTINE DATANT DE QUATRE ' MOIS. PONCTION ET ASPIRATION DD LIQUIDE SOUS-RÉTINIEN. AMÉLIORATION CONSIDÉRABLE PENDANT QUATRE MOIS. REPRODUCTION DU DÉCOLLEMENT.

La thérapeutique des décollements de la rétine a déjà donné lieu à de nombreux travaux; mais, malgré les promesses séduisantes de certaines méthodes de traitement, il faut bien dire que jusqu'à présent le nombre des cas de guérisons authentiques qui se sont maintenues au-delà de quelques mois est excessivement restreint. Lorsque le décollement survient à la suite d'une lésion de la choroïde, chez les myopes, par exemple, la maladie a bien peu de chance d'être guérie ou même améliorée d'une façon durable, quel que soit le traitement employé; mais, lorsque le décollement est occasionné d'une façon brusque, par un traumatisme, un coup sur l'œil, une chute sur la tête, etc., et que la choroïde est saine, je crois que l'intervention de l'art peut donner d'excellents résultats, surtout si on s'y prend assez tôt, et que le malade ait les moyens et la patience de suivre le traitement pendant le temps nécessaire.

Sans vouloir discuter ici la pathogénie de cette affection qui est encore enveloppée d'une assez grande obscurité, on peut dire que le fait matériel est un épanchement séreux qui soulève et décolle la rétine de plus en plus à mesure que le liquide augmente de quantité. L'évacuation de ce liquide s'est donc présentée tout naturellement à l'esprit des chirurgiens qui, depuis longtemps, ont cherché à atteindre ce but. Ware, Sichel père, Laugicr et d'autres encore ont inventé ou perfectionné des appareils d'aspiration plus ou moins compliqués et, par cela même, d'un prix assez élevé ; de Wecker a placé sous la rétine un fil d'or

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

servant de drain ; on a lait encore la ponction ou l'incision de la sclérotique (Wolfe), avec une aiguille ou un couteau mince, en divisant seulement la sclérotique, puur évacuer au dehors le liquide épanché ; ou bien on a traversé la sclérotique et la rétine décollée (Coppez), pour obtenir a la fois la diffusion du liquide dans le corps vitré et son issue au dehors.

Dans ces dernières années on a eu recours aussi à l'iridectomie et on a beaucoup vanté un traitement médical dont l'action est de soustraire rapidement de l'économie par la transpiration et la salivalion une grande quantité de liquide : je veux parler des injections sous- cutanées de pilocarpine. Ce moyen aurait même donné des résultats tellement surprenants à certains praticiens (Dianoux, Debierre, Josse), qu'à la lecture de leurs observations il semblerait indispensable de commencer le traitement par la pilocarpine avant même d'employer le traitement chirurgical. N'ayant eu personnellement l'occasion d'employer les injections de pilocarpine qu'un petit nombre de fois', il ne m'est pas permis de formuler un avis sur leur valeur; toutefois, je dois avouer que cette méthode thérapeutique ne m'a donné aucun résultat et qu'une efficacité aussi extraordinaire a lieu de me surprendre quand il s'agit d'une affection aussi difficile à guérir que le décollement de la rétine.

Toutes ces méthodes ont donné, parfois, de bons résultats; mais si les guérisons définitives ont été cependant très rares, c'est que la plupart du temps on se trouvait en présence de cas incurables, soit à cause de l'ancienneté de la maladie, de son étiologie,ou des lésions concomitantes du fond de l*œil. Il ne faut pas cependant désespérer d'un traitement rationnel, quoiqu'il ne guérisse pas toujours et qu'il ne puisse s'appliquer qu'à un nombre restreint de cas ; pour ma part, je crois que la ponction du décollement suivie de l'évacuation du liquide est une bonne opération, qui doit rester dans la pratique, et être appliquée dans tous les cas, mais surtout dans les cas de décollements traumatiques récents et exempts de complications inflammatoires. L'observation suivante, que je vais relater brièvement, confirmera ma manière de voir, et, bien que chez ce malade l'amélioration ne se soit pas maintenue, on verra néanmoins que le résultat immédiat a été assez favorable pour qu'on soit autorisé à répéter une opération dont l'inocuité parait complète.

DÉCOLLEMENT TUAUMATIQUE DE LA. RÉTINE.

Observation.

M. F..., âgé de trente-deux ans, tonnelier, avait eu l'œil droit contusionné par le choc d'un copeau de bois et avait aussitôt perdu la vue de cet œil. Au bout de quatre mois, voyant que la vue ne revenait pas, il se décida à venir me consulter, et je n'eus pas de peine à constater un décollement assez étendu delà partie inférieure de la rétine de l'œil droit. Le malade n'avait pas souffert après l'accident et c'est à peine si l'œil avait été un peu rouge pendant un jour ou deux.

Au moment où j'examinai le malade, le 13 mai 1882, la vision centrale était conservée et égalait 5/18, mais le champ visuel était très rétréci et avait l'étendue représentée dans la figure ciaprès par la partie ombrée en pointillé. Il y avait de la métamorphopsie et les objets étaient vus beaucoup plus nettement le matin en se levant que le soir après le travail.

Guidé par la forme du champ visuel et par l'examen ophtalmoscopique, je me décidai, le 14 mai, à pratiquer la ponction du décollement, et, ne possédant pas d'appareil spécial pour cela, je me servis tout simplement d'une seringue de Pravaz munie d'une canule très fine, bien pointue et désinfectée. Pendant que l'aide tenait l'œil fixé, j'enfonçai la pointe de l'instrument à travers la sclérotique, en bas et en dedans, jusqu'à une profondeur de 4 millimètres environ, puis je soulevai doucement et lentement le piston. Je vis aussitôt un peu de liquide monter dans le corps de pompe. Jugeant que l'opération était terminée, je retirai l'instrument et fis coucher le malade dans le décubitus dorsal dans une chambre noire où il devait rester dix jours.

Le 24 mai, dix jours après la ponction, je fis lever le malade et pris soigneusement son champ visuel que je trouvai considérablement agrandi, comme le représente, dans la figure 9, la partie ombrée horizontalement. Deux jours après, le champ visuel s'était encore un peu agrandi, surtout en haut et en dehors et, à l'examen ophtalmoscopique, on ne pouvait plus constater de décollement rétinien, mais la partie de la rétine qui s'était recollée était fortement pigmentée et paraissait un peu désorganisée. La métamorphopsie avait disparu. Enfin le 4 juin, jour du départ du malade, le champ visuel avait augmenté de toute l'étendue figurée par la partie ombrée verticalement.

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L'amélioration a encore continué pendaut quelques semaines, mais M. F. ayant repris son travail de tonnelier, qui exige, comme on sait, une inclinaison constante de la tête, cette amélioration n'a pu se maintenir et, au bout de quatre mois, le décollement s'est reproduit de nouveau, et la vision est même tombée bien Loi au-dessous de ce qu'elle était avant l'opération, d'après ce que m'a écrit le malade que je n'ai pas revu depuis.

Les conclusions qu'on peut tirer de cette observation, c'est que la ponction peut se faire avec une simple seringue de Pravaz; qu'elle ne paraît nullement dangereuse ni difficile; et qu'enfin elle peut procurer une amélioration très notable qui, dans le cas actuel, se serait peut-être maintenue si, par la nature même de son travail, le malade ne s'était pas placé dans des conditions propres à amener le retour du décollement.

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