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DU TRAITEMENT DE L' ATROPHIE COMMENÇANTE DU NERF OPTIQUE

L'atrophie simple progressive est une maladie très fréquente et je n'aurais pas songé à publier les quelques observations qu'on va lire si l'importance et la certitude du résultat, obtenu ne m'avaient démontré d'une façon péremptoire et absolument certaine que ce résultat était bien dù au traitement employé.

Les cas d'amblyopie causée par l'anémie seule ou par l'abus du tabac et de l'alcool, ou encore par ces trois choses à la fois, ne sont pas rares, mais celui dont je rapporterai bientôt l'histoire présente un intérêt tout particulier, tant à cause de l'état avancé de la maladie que de la rapidité de la guérison.

[. — Amblyopie considérable et atrophie commençante du nerj optique fiées peut-être à V anémie et à l'abus du tabac et de V alcool. Guérison rapide et presque complète. ,

M. Lamp...re, capitaine de navire, âgé de quarante-huit ans, se présentait dans mon cabinet le 23 décembre 1885 et me racontait que se trouvant à Saint-Pierre deux mois auparavant, il s'était aperçu tout à coup, à la suite d'un brouillard épais qui avait régné plusieurs jours, que sa vue avait considérablement baissé. Deux autres capitaines qui se trouvaient dans le même parage avaient éprouvé, disaient-il, des symptômes analogues du côté de la vue. Il ne s'agissait pas, cependant, d'une simple coïncidence, car j'ai eu l'occasion, quelques jours après, d'examiner et de soigner l'un de ces capitaines, et bien que celui-ci m'ait déclaré que sa vue laissait un peu à désirer depuis un an, il reconnaissait, toutefois, qu'elle avait beaucoup baissé à Saint-Pierre et pendant le voyage de retour.

A peine parti de Saint-Pierre, M. L... eut à lutter contre une série de gros temps. Seul capitaine à bord, il prenait peu de repos et se nourrissait mal, n'ayant ni volaille, ni viande fraîche, ni légumes ; il fumait beaucoup et buvait pas mal de petits verres d'eau-de-vie. Enfin, pendant une tempête, sa mâture se brisa, fut emportée par la mer, et n'ayant pas de rechange, ni de charpentier, il se vit obligé de continuer sa route avec une voile de fortune. Pour comble de malheur, sa vue continua de baisser et au bout de quelques jours il ne pouvait plus lire sur sa carte

MÉMOIRES d'ophtalmologie pratique .

qu'avec une puissante loupe. Pour faire ses calculs nautiques il était obligé de faire d'énormes chiffres. C'est dans ces conditions qu'il est arrivé à Bordeaux. Ce qui donne un certain intérêt à cette observation, c'est la rapidité avec laquelle a évolué Tarnblyopie. En effet, M. L... est soumis au même régime et à la même fatigue depuis de longues années; il boit et fume à haute dose depuis bien longtemps aussi, et jamais il n'avait éprouvé quoi que ce soit du côté de la vue.

Lorsqu'il s'est présenté à mon examen, j'ai constaté l'état suivant : amaigrissement voisin de l'émaciation, perte de l'appétit, mais, à part cela, rien dans son état général. Du côté des yeux : à droite, emmétropie, V = 5/72 ; chromatopsie et champ visuel normaux ; cornée et milieux parfaitement transparents; pupille paresseuse. La rétine ne présente rien d'anormal, mais la papille est formée d'une partie centrale très blanche et d'un anneau périphérique, également très pâle, occupant environ le tiers externe du disque ; entre les deux se trouve un cercle un peu plus foncé qui semble être le contour du nerf optique, mais qui n'est probablement que la limite de la lame criblée, car le disque papillaire en entier a un diamètre exactement semblable à celui du côté opposé, lequel ne présente rien de particulier, si ce n'est un peu de décoloration. A gauche : emmétropie, chromatopsie et champ visuel normaux ; cornée et milieux parfaitement transparents; pupille moins paresseuse qu'adroite; papille un peu décolorée, comme je l'ai dit tout à l'heure, mais d'aspect normal; rétine et vaisseaux normaux, V = 5/1 8 . M. L... n'a ni scotome central, ni héméralopie.

Malgré l'état de la papille droite qui me semblait devoir faire exclure l'idée d'une simple amblyopie fonctionnelle, je résolus toutefois de soumettre le malade au traitement qui m'a souvent donné de très bons résultats dans les cas d'atrophie simple de la papille, je veux parler de l'emploi des injections sous-cutanées de strychnine et des courants continus.

Avant, tout, je commençai, bien entendu, par soumettre le malade à un régime réparateur et à lui faire diminuer le plus possible sa ration quotidienne de tabac et d'alcool.

Dès le lendemain de sa première visite je lui fis tous les jours, ou au moins tous les deux jours, attendu qu'il ne pouvait venir chez moi d'une façon bien régulière, une injection sous-cutanée?

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à la tempe avec un centigr. d'abord, puis un centigr. et demi de sulfate de strychnine et une application de courants continus descendants (4 éléments de la petite pile de Gaiffe au chlorhydrate d'ammoniaque) de 10 à 12 minutes de durée. L'électrode positive, appliquée à la région cervicale supérieure, au-dessous de la nuque, était formée d'une plaque de plomb revêtue de peau de chamois épaisse et humectée d'eau salée; l'électrode négative, appliquée sur l'œil, était formée d'une boule de charbon de cornue, recouverte également de peau de chamois et creusée d'une cavité dans laquelle la partie antérieure du globe oculaire pouvait se loger sans que la pression fût douloureuse, comme cela arrive lorsqu'on se sert d'une surface plane. Cette électrode était placée d'abord pendant cinq minutes sur l'œil droit, puis cinq minutes sur l'œil gauche.

Du 24 décembre au 10 janvier, c'est-à-dire dans l'espace de dix-sept jours, M. L. a eu 12 injections de strychnine et douze séances d'électrisaiion. Au bout de huit jours de traitement, la vision s'était déjà considérablement améliorée ainsi que l'état général. Enfin le 17e jour, M. L. repartait avec son navire lisant et écrivant comme avant d'être malade. L'examen optométrique avait donné le résultat suivant :

Comme je le disais en commençant, il est impossible, dans cette observation, de savoir exactement la part d'amblyopie qui revenait à chacun des facteurs accusés de l'avoir produite, mais la rapidité de la guérison n'en est pas moins un fait fort intéressant et digne de fixer l'attention.

Comme complément de cette observation, je rapporterai brièvement celle de l'autre capitaine que j'ai soigné aussi, mais d'une façon très irrégulière, du 31 décembre au 18 janvier. Cette observation présente avec la précédente une très grande analogie.

IL — Amblyopie considérable. Atrophie commençante du nerf

optique. Guérison.

M. L...rt, capitaine de navire âgé de quarante-huit ans, se présente chez moi le 31 décembre 1885 et me donne les renseignements suivants :

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Marin depuis son enfance, il a toujours joui d'une excellente santé et d'une très bonne vue, aussi bien de loin que de près. 11 a un régime de vie normal, se nourrit assez bien, mais depuis de longues années, comme la plupart des marins, il fume beaucoup, environ 30 à 40 grammes par jour ; il boit aussi à peu près 4 petits verres d'eau-de-vie dans sa journée. Il faut ajouter, toutefois, qu'il fume presque toujours en plein air et qu'il n'avale pas La fumée.

Depuis un an environ, il a senti que sa vue commençait à s'affaiblir, surtout à droite, mais il a pu cependant continuer de naviguer. 11 y a quatre mois, se trouvant à Terre-Neuve, il s'est aperçu que sa vue avait encore baissé d'une façon sensible, mais, deux mois après, à Saint-Pierre, à la suite du brouillard dont j'ai parlé dans l'observation précédente, l'amblyopie a fait tout à coup de rapides progrès et, à peine parti en mer, M. L...rt a dû recourir à une forte loupe pour voir sa carte et faire ses observations nautiques et ses calculs. Lorsqu'il est arrivé à Bordeaux, il y a une quinzaine de jours, il ne pouvait ni écrire, ni lire les lettres qu'on lui écrivait sans l'aide de sa loupe. M. L...rt ne paraît pas fatigué; il est vrai que depuis quinze jours qu'il est à terre, il a eu le temps de se remettre un peu, mais sa vue ne s'est nullement améliorée.

L'examen externe de ses yeux n'offre rien de particulier. Il est emmétrope. Le champ visuel et la vision des couleurs sont intacts. Pas de scotome central ni autre; pas d'héméralopie. 0. D. V = S/72; 0. D. V =5/24. L'ophtalmoscope permet de constater la transparence complète des milieux réfringents et l'intégrité de la rétine ; mais la papille, complètement décolorée au centre et à la périphérie, montre la lame criblée avec une très grande netteté, surtout à droite où le phénomène est beaucoup plus accusé. Les vaisseaux rétiniens ont leur calibre normal.

M. L...rt ne buvant plus d'alcool qu'en' très petite quantité, depuis son arrivée, et fumant peu, je me suis borné à employer, comme chez le précédent malade, les injections sous-cutanées de sulfate de strychnine à la tempe, à la dose de 1 centigramme d'abord, puis d'un centigramme et demi au bout de quelques jours, et les courants continus descendants, comme chez le premier malade; je n'ai jamais dépassé la dose de 15 milli-

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grammes de strychnine, parce que cette quantité produisait des effets physiologiques très appréciables, soit une raideur des membres inférieurs qui durait environ une demi-heure après l'injection et se dissipait en marchant.

Du 31 décembre au 18 janvier suivant, j'ai fait 12 injections et 12 séances d'électrisation de 10 à 12 minutes. Au bout de huit jours, l'amélioration de la vue était déjà sensible, mais, absorbé par ses occupations, le malade n'a pas pu venir chez moi d'une façon régulière, et il est resté parfois trois jours sans rien faire. Il a dù repartir le 18 janvier et cesser son traitement, mais déjà il s'était produit une notable amélioration de l'acuité visuelle car, au moment de son départ, on trouvait: 0. D. i?=5/24; 0. G. V =5/12. Le fond de l'œil n'avait pas subi de changement nettement appréciable, et cependant la papille semblait moins pâle.

Nf. — Amblyopie considérable et sans lésions appréciables, survenue presque subitement en mer. État stationnaire pendant deux mois. Guérison rapide sous l'influence des injections de strychnine et des courants continus.

M. Ch...d, capitaine de navire, âgé de vingt-neuf ans, faisant habituellement le voyage de Terre-Neuve depuis plusieurs années, avait toujours joui d'une excellente santé lorsque, dans le courant du mois de juillet 1886, se trouvant en mer dans les parages de Terre-Neuve, il fut atteint tout à coup et sans cause connue, d'une amblyopie assez notable affectant les deux yeux. La vision diminua de plus en plus, et bientôt devint à peine suffisante pour lui permettre de faire ses calculs nautiques les plus indispensables. Cette amblyopie existait aussi bien le jour que la nuit et, à aucun moment, ne s'était accompagnée de douleurs ni de rougeur dans les yeux. M. Ch...d arriva à Bordeaux, tant bien que mal, le 6 septembre et vint me consulter le lendemain.

L'étude des antécédents ne m'apprit rien de nouveau : c'était la première fois qu'il voyait faiblir sa vue; il était marié depuis peu de temps et ne paraissait pas avoir eu jamais la syphilis. A bord, il observait un bon régime et s'était toujours bien nourri. Il n'avait jamais fait d'excès de boisson ni de tabac.

L'examen des yeux ne me fit rien découvrir d'anormal, si ce

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n'est, peut-être un peu d'iiyperéraie de la papille. La réfraction était emmétrope et l'acuité visuelle était égale à 5/36 seulement. Autrefois la vision était excellente. Il distinguait parfaitement toutes les couleurs, aussi bien à la lumière du jour qu'à la lumière artificielle, et le champ visuel était tout à fait normal.

Ne trouvant aucune cause visible de cette amblyopie, je résolus d'employer le même traitement qui m'avait déjà si bien réussi chez les deux autres capitaines dont on vient de lire l'observation et, séance tenante, je fis à la tempe une injection de 1 centigramme de sulfate de strychnine, puis une application de courant continu donné par trois éléments du petit appareil de Gaine au chlorhydrate d'ammoniaque. J'appliquai une électrode sur l'œil et l'autre à la nuque, et je fis passer le courant alternativement pendant deux minutes dans un sens et deux minutes dans le sens opposé, dans chaque œil.

Le même traitement fut continué à peu près tous les jours pendant trois semaines. Dès le troisième jour l'amélioration fut appréciable : l'acuité visuelle était montée de 5/36 à 5/12. Au sixième jour de traitement on trouvait V = 5/9 ; au onzième jour, V = 5/6; au dix-septième jour, V =5/4 à gauche et 5/5 à droite. Enfin au vingt et unième jour, l'acuité visuelle était tout à fait normale, de près comme de loin, à droite comme à gauche, et, quelques jours après, M. Ch...d reprenait la mer. Depuis, je n'ai plus eu de ses nouvelles, mais je suis certain que l' amblyopie n'a pas reparu, parce que le courtier maritime qui me l'avait amené une première fois n'aurait pas manqué de me le ramener s'il avait eu à se plaindre de sa vue.

IV. — Atrophie simple, progressive des deux nerfs optiques remontant à plus de deux ans. Très grande amélioration.

M. D., âgé de cirtquante-un ans, comptable, vient me consulter au mois de juin 1883. Il me raconte que depuis plus de deux ans sa vue a commencé à baisser et que depuis six mois il lui est impossible de lire les plus gros caractères d'un livre. Depuis un an, il est soigné par un charlatan qui lui a fait prendre un grand nombre de médicaments, mais sans que sa vue ait cessé de diminuer progressivement. Aujourd'hui, il a de la peine à se conduire seul dans les rues.

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