I — SUR LES CONSÉQUENCES ET LA GRAVITÉ DES PLAIES DU SOURCIL
Tous les auteurs sont d'accord pour attribuer aux plaies du sourcil une influence particulière sur l'organe de la vue et une gravité exceptionnelle qui semble n'avoir aucun rapport avec l'importance du traumatisme. En effet, il arrive très souvent de rencontrer des malades ayant déjà perdu un œil, ou en train de le perdre, et chez lesquels on trouve, au niveau du rebord sourcilier, une petite cicatrice dont ils ont parfois beaucoup de peine à se rappeler l'origine, d'autant plus que la maladie de l'œil peut ne survenir que plusieurs années après la blessure. L'affection oculaire la plus commune est, sans contredit, l'atrophie du nerf optique, mais ce n'est pas la seule, bien que les statistiques manquent pour en déterminer exactement la fréquence. La cataracte et Pirido-choroïdite s'observent aussi assez souvent, mais ces diverses maladies me paraissent engendrées par un mécanisme spécial et particulier pour chacune d'elles et sur lequel je désire appeler l'attention.
Il serait trop long de passer en revue toutes les hypothèses qui ont été émises sur la façon dont se produit la cécité après les plaies du sourcil, mais je crois qu'on doit admettre deux grandes causes : 1° les causes directes, médiates ou immédiates; 2° les cause réflexes ou trophiques dépendant d'une lésion du trijumeau.
Parmi les causes directes, je dois citer : les hémorragies dans la gaine ou dans le voisinage du nerf optique, occasionnées par la violence du traumatisme ou par les ruptures ou fissures du trou optique, qui ont été observées dans plusieurs circonstances; les lésions du nerf optique lui -même, à son passage à travers le trou optique.
350 mémoires d'ophtalmologie pratique.
M. le docteur Berlin a réuni de nombreux matériaux pour démontrer la fréquence de cette lésion. A part les 40 cas qu'il a observés lui-même, il cite encore la statistique de Prcscott- Hewet qui, sur 68 cas de fracture de la base du crâne, a trouvé 23 fois une fracture des parois orbitaires. Holdcr, sur 126 fractures de la base, a trouvé 88 fois les parois orbitaires atteintes. Enfin, et c'est là le point capital, très souvent la fracture intéressait le trou optique et le nerf était lui-même plus ou moins déchiré ou comprimé. Dans cette lésion, il existait souvent un épanchement sanguin entre les deux gaines du nerf.
Dans les fractures ordinaires de la base du crâne, résultant d'un traumatisme qui a porté sur une partie quelconque de la tête, on trouve souvent le trou optique et le nerf intéressés ; il est évident alors que la lésion doit être encore bien plus fréquente lorsque le coup a porté sur le sourcil, et cela sans que la fracture du rocher soit indispensable. Si, à la suite des traumatismes violents dont je viens de parler, on avait soin de faire l'examen ophtalmoscopique, dans beaucoup de cas on trouverait certainement au fond de J'œil les signes d'une névrite ou d'une hémorragie dont la connaissance ne serait pas inutile pour le pronostic de la vision. Dans les premiers jours qui suivent l'accident, le malade ne s'aperçoit pas toujours lui-même que sa vue est affectée, parce qu'il porte un bandeau sur l'œil ou qu'il reste dans une chambre demi-obscure. Parfois même, en dehors de ces conditions, et comme cela se rencontre dans plusieurs maladies qui n'occasionnent pas de douleur, l'atrophie progressive ou la cataracte monoculaire, par exemple, le malade a perdu plus ou moins complètement la vue d'un œil sans s'en apercevoir, et ce n'est qu'une circonstance fortuite qui vient l'en avertir.
Les causes réflexes par lésion du trijumeau sont très fréquentes, et il suffit parfois d'une plaie, insignifiante en apparence, au niveau du trou sus ou sous-orbitaire pour entraîner, quelques mois après, des troubles considérables dans l'œil correspondant et même la perte de la vision. Mais, tandis que les causes directes dont j'ai parlé tout à l'heure agissent surtout sur le segment postérieur de l'œil, le nerf optique et la rétine, les causes réflexes, au contraire, agissent sur le segment antérieur, l'iris, le corps ciliaire, la cornée et le cristallin. Beaucoup d'auteurs ne croient pas qu'il soit nécessaire que le