I. — QUELQUES MOTS SUR L'ACUITÉ VISUELLE ET LES ÉCHELLES
OPTOMÉTRIQUES.
Il est d'observation journalière que la puissance visuelle (ou l'acuité, comme nous disons en ophthalmologie) varie, suivant les individus, dans des limites assez étendues, et cela, non seulement à l'état pathologique, mais encore, quoique à un moindre degré, à l'état le plus physiologique et en dehors de toute anomalie de là réfraction ou de l'accommodation. 11 n'entre pas dans mon sujet d'exposer aujourd'hui les conditions multiples qui peuvent faire varier l'acuité visuelle d'un sujet dont on a corrigé, au moyen de verres appropriés, les vices ou les anomalies de réfraction ; j'ai traité tout au long cette question dans un de mes ouvrages (1) auquel je renvoie le lecteur qui voudra avoir de plus amples détails sur cet intéressant sujet.
Je ne chercherai pas à inventer une théorie nouvelle pour expliquer comment deux individus, qui ont les yeux absolument sains en apparence, voient cependant mieux l'un que l'autre. J'ignore si toutes les rétines humaines sont pourvues d'un même nombre de cônes ou de bcàtonnets; mais ce qu'il y a de certain, c'est que quelques yeux ont besoin d'une image rétinienne bien plus grande que d'autres pour percevoir les détails des objets : autrement dit, l'angle visuel sous lequel apparaît l'objet doit être plus grand, ou, ce qui revient encore au même, cet objet doit être plus gros ou plus rapproché de l'œil.
(1) Traité élémentaire d'ophlaïmoscopie et de réfraction oculaire. — Paris, 1878, articles acuité visîcelle, myopie, hypermétropie, etc.
ACUITÉ VISUELLE ET ÉCHELLES OPTOMETRIQUES
Quoique la physiologie ait découvert bien des choses dans le mécanisme de la vision, le phénomène intime est encore un mystère et, dans l'état actuel des connaissances, il est impossible d'affirmer si c'est un phénomène physique ou physico-chimique qui s'accomplit dans l'œil pendant l'acte de la vision.
La découverte du pourpre rétinien, faite dans ces derniers temps par un jeune physiologiste dont la science regrette aujourd'hui la perte, F. Boll, de Rome, parut ouvrir un nouvel horizon. Dans tous les laboratoires, on fit de Voptographie; on parvint à fixer sur la rétine et d'une façon durable l'image des objets extérieurs obtenue par la seule action des rayons lumineux, et, quelquesuns, emportés par l'enthousiasme d'une si merveilleuse découverte, ne craignirent pas d'affirmer que la vision était une simple opération photographique, dans laquelle la rétine, ou plutôt la couche de pourpre rétinien, était la plaque impressionnable. On observa et on étudia avec soin les migrations du pourpre rétinien dans l'épaisseur des couches de la rétine, la formation et la disparition de cette matière colorante pendant l'exposition de l'œil à la lumière ou dans l'obscurité, mais, malgré l'intérêt de ces recherches, nous sommes encore presque obligés de convenir qu'au point de vue delà physiologie delà vision, nous ne sommes guère plus avancés qu'avant la découverte du pourpre rétinien. A quoi bon, du reste, chercher à pénétrer les mystères de la nature et vouloir tout expliquer quand même? Découvrira-t-on jamais seulement la cause du mouvement sarcodique d'une cellule ou des oscillations si rapides d'un cil vibratile, qui sont pourtant des phénomènes bien simples? Bornons-nous à constater les faits d'observation; appliquons à leur interprétation les saines notions de physiologie expérimentale et estimons-nous heureux lorsque, par hasard, nous découvrons d'une façon certaine l'influence incontestable de l'application des lois de la physique ou de la chimie. Mais revenons à notre sujet.
Depuis bien longtemps déjà, on a songé à mesurer l'acuité visuelle et, comme dans toute mesure il faut une unité, on en a cherché une pour la vision. Cependant l'adoption de cette unité n'a pas été aussi facile que celle du mètre. On a essayé de mesurer la valeur de l'arc minimum sous-tendu sur la rétine par les plus petits objets visibles; mais les observateurs sont arrivés à des écarts en apparence considérables, parce qu'ils ne s'étaienljpas