‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 74 sur 106 · VM · texte numérisé non relu

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MÉMOIR'BS D1 OPHTALMOLOGIE) PRATIQUE.

placés dans des conditions identiques, et que, par conséquent, ces résultats ne pouvaient être comparés entre eux. C'est ainsi que l'un, Tréviranus, prenant pour objet de fixation un point, obtenait pour valeur minima de l'arc ou du sinus rétinien 0,nm 0015. Un autre, Giraud Teulon, prenant une ligne, trouvait pour sinus minimum 0mm0002, correspondant à un angle au centre de 4".

Dans ces recherches, il y a une condition qui peut faire varier à l'infini les résultats obtenus : c'est l'éclairage. En ciïet, si nous nous plaçons dans une chambre obscure, traversée par un faisceau de lumière solaire, nous voyons, à plusieurs mètres de distance, voltiger des grains de poussière microscopiques dans toute la partie éclairée. De même, un fil d'araignée, éclairé de la même façon, et ayant au plus un centième de millimètre d'épaisseur, apparaîtra très distinctement. Si on calculait la grandeur de l'image rétinienne formée par ces objets, ce qui serait très facile, il est certain qu'on la trouverait encore bien inférieure aux chiffres ci-dessus. Les étoiles, qui nous apparaissent avec tant d'éclat et de clarté, n'ont pas, cependant, de diamètre apparent mesurable, et leur image sur la rétine serait un point si l'œil était parfaitement achromatique. Dans tous ces cas, l'intensité de l'éclairage supplée au volume de l'objet, et il n'est même pas nécessaire que cet objet soit lui-même le foyer lumineux; il suffit que, par sa couleur ou le poli de sa surface, il puisse réfléchir facilement les rayons provenant d'un foyer lumineux éclatant qui l'éclairé. Ces expériences démontrent, de la façon la plus évidente, que le minimum visibile ne saurait exister comme unité fixe.

De tout temps, les ophtalmologistes ont cherché à mesurer l'acuité visuelle, et ont employé pour cela les lettres et les chiffres, mais d'une façon tout empirique, et il faut remonter jusqu'à l'année 1854 pour trouver des travaux assez précis sur ce sujet. A cette époque et presque en même temps, Stellwag von Carion, Smee, Ed. de Jaeger, construisirent des tables optométriques, mais c'est à Snellen que revient la gloire d'avoir exprimé par des chiffres la mesure de l'acuité de la vision.

S'appuyant sur les recherches de Hook et sur ses expériences personnelles, Snellen trouva que, pour être vue distinctement, une lettre capitale carrée, noire sur fond blanc, dovait apparaître sous un angle de 5', et, comme la. plupart des lettres sonl

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formées par trois traits séparés par deux espaces blancs verticaux ou horizontaux de môme largeur, il s'ensuit que chaque trait blanc ou noir apparaît sous un angle de 1' et forme sur la rétine une image de 0mm004 de largeur, c'est-à-dire, un peu plus considérable que celle d'un élément rétinien qui a environ 0mn,003 de diamètre. Connaissant les éléments optiques de l'œil il était facile de calculer mathématiquement les proportions des lettres pour toutes les distances, suivant une progression simple et usuelle, c'est ce qu'a fait M. Snellen. Les distances notées primitivement en pouces et en pieds ont été transformées en centimètres et en mètres dans la cinquième édition. Je ne décrirai pas ces tables, que tout le monde connaît, et je me bornerai à dire que l'auteur a adopté dans leur construction deux genres de signes: les lettres de l'alphabet pour les personnes qui savent lire, et un signe unique ressemblant à un e dont les jambages regardent tantôt en haut uj, tantôt en bas m, tantôt à droite E est tantôt à gauche 3, pour ceux qui sont illettrés. 'Ces derniers figurent avec leurs doigts la direction des jambages.

Presque en même temps que Snellen publiait ses optotypes, M. Giraud Teulon présentait au Congrès ophtalmologique, réuni à Paris, d'autres tables formées aussi de caractères typographiques gradués, dont le principe ou l'unité était le minimum séparabile. Bientôt chaque oculiste voulut avoir ses tables optométriques, comme il avait son ophtalmoscope, et c'est ainsi que, dans ces derniers temps, nous en avons vu apparaître un grand nombre, celles de Galezowski, de de Wecker, de Monoyer, de Maurice Perrin, de Parinaud, etc.

Fondées sur des principes identiques, toutes les échelles ne diffèrent guère que dans la forme; néanmoins, l'unité qui leur sert de point de départ n'est pas la même pour toutes, et il s'ensuit que bien qu'elles puissent servir indifféremment pour mesurer l'acuité visuelle, les résultats qu'elles donnent ne sont pas comparables entre eux. On ne peut donc pas les employer alternativement l'une après l'autre pour mesurer les variations de l'acuité visuelle chez le même sujet. Pour cette seule raison, il serait à désirer qu'un Congrès international fit pour les optotypes ce qu'il a déjà fait pour le numérotage des verres, el adoptât un type uniforme.

Le minimum visible étant relatif ;i l'éclairage et ne pouvanl

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servir d'unité, M, Giraud Toulon a eu l'excellente idée d'adopter pour ses tables ce qu'il a appelé le minimum separabile. Déjà Hook, en 1765, avait fait connaître les éléments du principe physiologique de l'acuité visuelle et avait observé que, sur cent personnes, une seule à peine peut distinguer deux étoiles lorsque leur distance angulaire est moindre de 60". C'est cette faculté isolatrice dos sensations lumineuses, parfaitement mesurable et indépendante de l'éclairage, qui constitue une unité fixe, un étalon, si je puis m' exprimer ainsi, et que M. Giraud Teulon, et avant lui, M. Snellen, ont cherché à appliquer à la construction de leurs optotypes.

Quoique partis d'un même principe, ces deux auteurs ont suivi une marche plus différente en apparence qu'en réalité, comme il ressortira, je l'espère, de la comparaison que je ferai de ces deux tables. Dans celles de M. Giraud Teulon, chaque lettre est séparée de la suivante par un intervalle blanc égal à la largeur même d'un jambage, et leur ensemble forme des mots plus ou moins longs. Dans les échelles de Snellen, chaque lettre ou signe est séparée de la suivante par un espace égal à sa largeur et doit être nommée isolément dans la lecture. De plus, dans tous ces signes ou lettres, les jambages ont exactement la même largeur que les blancs qui les séparent. Nous verrons tout à l'heure l'importance de cette dernière condition.

Mais l'acuité visuelle ne consiste pas à voir nettement un seul objel, disent les partisans du minimum separabile, il faut encore que l'œil puisse le distinguer des objets voisins, le séparer, l'isoler, que, par conséquent, chaque image rétinienne soit reçue par un élément distinct qui permette d'isoler la perception. Ici se présente une question de physiologie fort importante. Qu'est-ce qui forme une image? C'est le contraste de deux ou plusieurs couleurs ou teintes contiguës. Si, comme cela est probable, chaque élément rétinien possède la faculté d'isoler, en l'extériorisant, l'image qu'il reçoit, il faudra nécessairement qu'entre les deux images noires de deux jambages voisins (qu'ils appartiennent ou non à la même lettre), qui seront perçues par deux cônes ou bâtonnets distincts, il s'en trouve une blanche qui tombe sur un élément rétinien placé entre les deux autres et fasse le contraste qui dessine l'image. Chacun sait, eu effet, qu'un objet est d'autant plus visible qu'il est placé sur un fond

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avec lequel sa couleur contraste le plus. De ce qui précède, il ressort que, pour voir deux jambages voisins séparés par un espace blanc de même largeur, il faut au moins trois éléments rétiniens contigus sensibles. Dans la lecture des lettres ou du signe E de Snellen, l'image rétinienne n'est donc pas une image unique, mais bien un groupe d'images aussi nombreuses qu'il y a de traits blancs et noirs et semblablement placées. On pourrait donc, avec avantage peut-être, substituer aux lettres ordinaires le signe le plus simple, un U, par exemple, dont les branches seraient orientées de diverses manières. On éviterait de la sorte la différence de lisibilité qui existe entre les lettres dont les jambages se coupent perpendiculairement et celles qui ont des traits obliques comme le Z, le V, l'X, etc.; ces dernières, en effet, ont leur blanc aigu, et, par conséquent, moins étendu que les autres lettres.

Les signes des cartes à jouer, déjà employés dans quelques optotypes, méritent d'être également conservés et présentent cette particularité d'offrir une image simple sur la rétine ; mais malgré cela, je ne crois pas qu'un seul élément rétinien suffise pour percevoir cette image, et je pense qu'il faut le concours des éléments voisins pour que les contours en soient nettement reconnaissables.

La différence de forme, si notable pour les diverses lettres de l'alphabet, faisant varier la lisibilité dans des limites assez étendues, on devrait, dans la construction des tables, éliminer certaines lettres et n'employer que celles dont la lisibilité est à peu près égale. On obtiendrait de la sorte des résultats beaucoup plus exacts. Néanmoins dans la pratique courante, et en dehors des recherches expérimentales qui demandent une exactitude parfaite, les tables si justement appréciées de Snellen me paraissent excellentes telles qu'elles sont.

Il y a quelques années, une polémique assez vive s'est élevée dans les Annales Oculistique entre deux savants dont les noms doivent toujours être présents à la mémoire, lorsqu'on parle d'optique physiologique. Dans son très remarquable travail sur la physiologie de la lecture, M. Javal a exposé le résultat de très nombreuses recherches et formulé des conclusions basées sur le

H. Armaignac, Mémoires d'ophtalmologie.

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calcul et sur l'expérimentation relativement à la lisibilité. Il ne m'est pas possible, dans cet article, de donner une analyse même succincte de cette consciencieuse étude; je me contente d'y renvoyer le lecteur qui voudrait en prendre connaissance. Cependant, je ne puis m'empêcher de signaler quelques points qui ont une grande importance pratique et qui se rapportent directement au sujet que je traite en ce moment.

Un premier point, c'est que la lisibilité des lettres ne dépend pas de leur hauteur mais surtout de la grosseur des traits qui les forment. Une expérience, facile à répéter, en dira plus que tous les raisonnements : qu'on se mette en face d'une grande affiche bien éclairée contenant plusieurs genres de lettres de différentes hauteurs et de grosseur variée, et qu'on s'éloigne peu à peu jusqu'à ce que les lettres commencent à disparaître et que la lecture en devienne impossible. En notant avec soin l'ordre dans lequel les caractères auront cessé d'être reconnus, il sera facile de constater que la progression est surtout en raison de la grosseur ou de l'épaisseur des traits qui forment ces lettres et non en raison de leur hauteur. J'ai supposé que dans l'expérience précédente on avait fait usage d'un éclairage moyen. Si maintenant on augmente par un moyen quelconque cet éclairage, plusieurs lettres qui étaient devenues illisibles redeviendront lisibles, tandis que d'autres, qui avaient disparu complètement, apparaîtront de nouveau, mais avec une forme indécise qui ne permettra pas de les lire. Il y a donc une très grande différence entre la lisibilité et la visibilité. En effet, tandis que' cette dernière augmente pour ainsi dire indéfiniment avec l'éclairage, la lisibilité, au contraire, n'augmente plus à partir d'une certaine distance et quelle que soit l'intensité lumineuse; les diverses parties qui composent les lettres ne peuvent plus être isolées les unes des autres et, par conséquent, la lecture en est impossible. L'image rétinienne cependant est relativement grande encore, si on la compare à celle qui se produit dans les cas que j'ai cités plus haut en parlant des grains de poussière et des fils d'araignée.

Sans admettre d'une manière absolue le principe du minimum visibile, M. Javal se fonde cependant sur l'étendue d'un objet pour calculer l'acuité visuelle : « La lisibilité des lettres » résulte, dit-il, de la combinaison d'impressions produites sur » un certain nombre d'éléments rétiniens, et il y aurait k- faire

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» une étude géométrique fort intéressante, qui consisterait à » rechercher le nombre des éléments de la mosaïque photes- » thésique dont l'intervention est nécessaire pour reconnaître la » forme de diverses lettres de l'alphabet. »

« La faculté de lire des lettres ne repose pas, comme

» on le dit dans tous les livres classiques, sur la faculté de dis- » tinguer l'un de l'autre deux points lumineux. »

Et cependant, quelques lignes plus loin, cet auteur, après avoir dit que la lisibilité dépend essentiellement de la grandeur des . caractères, ajoute qu'avec un éclairage intense, ce n'est plus la grosseur des traits qui rend les lettres plus lisibles, mais bien leur écartement plus ou moins considérable.

La question d'éclairage préoccupe beaucoup M. Javal et l'empêche de se prononcer catégoriquement sur le choix d'une unité pour la mesure de l'acuité visuelle. Dans plusieurs passages même, il donne suffisamment à comprendre que le minimum separabile joue le principal rôle dans la lisibilité, car, dit-il, V empâtement qui survient dès qu'on augmente la grosseur des lettres sans écarter les traits empêche de recourir longtemps à cet artifice.

M. Giraud Teulon, qui n'avait pas bien saisi toute la pensée de M. Javal, publia à son tour une savante réplique en vue de défendre le principe du minimum separabile qu'il croyait attaqué par son adversaire, et, de ce tournoi scientifique, tout à la gloire des deux champions, la physiologie et l'optométrie ont acquis de précieuses indications pratiques et des connaissances pleines d'intérêt.

Dans la seconde édition de ses échelles optométriques (1), qui, sauf quelques améliorations de détail, ne sont que la reproduction des premières, les distances y étant seulement exprimées en mètres et centimètres au lieu de pieds et de pouces, M. Giraud Teulon a voulu réaliser le principe du minimum separabile dans toute sa rigueur, et, dans plusieurs de ses écrits, il se plaint que les autres auteurs, et Snellen entre autres, s'en sont tellement éloignés, que leurs échelles se réduisent à une application simple du minimum visibile. Ce reproche est-il fondé? Je ne le crois pas, et un examen impartial que je vais faire de leurs échelles suffira, je l'espère, pour démontrer ce que j'avance.

(4) Roulot, éditeur, 58, quai des Orfèvres, à Paris.

M. Giraud Teulon définit son principe tout comme le définissait autrefois Hook, et, plus tard, Portefield : Ja l'acuité de distinguer l'un de l'autre deux objets do même étendue, séparés par un intervalle de même dimension qu'eux-mêmes, c'est-à-dire, en tout, trois objets dont deux semblables et l'autre différent ; on pourrait bien dire qu'il faut en réalité cinq objets, car les deux qui doivent être distingués sont non seulement séparés par un autre dont la couleur fait contraste, mais encore placés sur un fond semblable à l'intervalle et qui fait également contraste d'un côté et de l'autre. Je ne voudrais pas être accusé déjouer sur les mots, mais les définitions doivent être précises et traduire sans ambiguïté la pensée de l'auteur, ce qui n'est pas toujours facile, car Platon, je crois, a dit :

Celui-là doit être mis au rang des dieux, qui sait bien définir et bien diviser.

Or, dans la pensée de M. Giraud Teulon, je ne crois pas qu'il s'agisse de deux objets seulement, mais bien de plusieurs objets, en nombre indéterminé, car ses tables ne sont que l'application de son principe avec cette seconde définition, tandis que celles de Snellen s'accordent parfaitement avec la première, comme je vais le démontrer tout à l'heure.

« Les optotypes de M. Snellen, dit M. Giraud Teulon (Annales (VOculistique, tome lxxxi, page 242), au lieu de se composer, comme les nôtres, de pleins égaux entre eux, séparés par des intervalles clairs de même étendue, suivant le principe du minimum separabile, consistent en de grandes capitales à un seul trait dont la longueur ou la hauteur principale est le quintuple de l'épaisseur.

» De sorte qu'en définitive le caractère de ces optotypes repose sur un dessin, une forme définie et connue, tranchant en noir sur fond clair, ou inversement, mais comme objets isolés et indépendants. Largement espacés entre eux, leur distance les soustrait plus encore à la condition du minimum separabile : à la limite, ils tomberont donc sous le coup de la loi de la visibilité simple, celle de la dépendance de l'éclairement. »

Avant de formuler une semblable critique, il me. semble que l'auteur aurait dû examiner la chose de plus près. En effet, qu'est-ce qui distingue une lettre d'une autre? Ce sont les éléments qui la composent et qui, dans les optotypes de Snellen,

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sont représentés par des traits noirs plus ou moins allongés disposés de diverses façons, mais séparés les uns des autres par un espace clair de même largeur qu'eux-mêmes; ces traits sont horizontaux et verticaux; ils exigent donc, pour être distingués, le concours d'un certain nombre d'éléments rétiniens contigus et non pas d'un seul élément, comme dans la visibilité simple. Le dessin de ces lettres est donc fondé sur le principe même de M. Giraud Teulon, et, ce qui le prouve, c'est qu'à partir d'une certaine distance, ou a beau augmenter l'éclairage, la lettre reste confuse, et, bien qu'on la voie encore, on ne la Zii plus. Il est certain que l'écartement des lettres peut en rendre la lecture plus facile, mais la différence n'est pas aussi considérable qu'on a bien voulu le dire, et je me suis moi-même assuré de cela en me servant d'échelles à caractères mobiles que j'avais faites dans ce but, et qui me permettaient de varier à volonté l'écartement des lettres. En plaçant celles-ci à une distance égale au double de l'intervalle qui séparait les traits verticaux dont elles étaient formées, la lisibilité augmentait d'environ un dixième, quel que fût l'éclairage; en les espaçant davantage, la lisibilité n'augmentait plus.

Bien avant ces recherches, je m'étais assuré, comme M. Giraud Teulon, que l'unité adoptée par M. Snellen est trop faible et qu'il faudrait, pour rendre ses échelles exactes et en rapport avec une bonne vue ordinaire, augmenter tous les chiffres d'un quarf, à la condition, toutefois, de se servir d'un bon éclairage. Avec cette petite modification, elles donneraient des résultats très précis et plus que suffisants pour la pratique ordinaire.

Voyons, maintenant, comment sont construites les échelles de M. Giraud Teulon :

« Les types sont formés par les lettres minuscules de la typographie courante, groupées en mots indépendants, dépourvus de toute connexité de sens, afin d'écarter, dans la mesure du possible, l'influence adjuvante de la mémoire ou de l'intelligence. Nous avons choisi, continue l'auteur, des mots composés en plus grande partie de lettres courtes, offrant ainsi des pleins et des clairs successifs de même hauteur. Pour éviter la confusion qu'entraînerait une suite trop considérable de ces lettres courtes, une lettre longue vient couper la série par intervalle de trois à cinq léttres courtes. »

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Et pourquoi couper la série des lettres courtes par des lettres longues? Est-ce que dans la lecture chaque lettre ne doit pas être vue et lue isolément tant qu'elle n'atteint pas la limite du minimum separabile? Alors les lettres longues, plus faciles à distinguer que les autres, ne servent qu'à faire deviner celle-ci et, par suite, le mot tout entier. C'est, en effet, ce qui arrive avec les mots adoptés par M. Giraud Teulon. Dans plusieurs expériences que j'ai faites avec différentes personnes, les mots tumeur et moignon ont toujours été lus ou devinés à un mètre plus loin que le mot envenimer, qui appartient à la même série cependant et devrait être lu h la même distance.

Dans la lecture ordinaire, l'influence des lettres longues est considérable, et, par l'habitude résultant d'une longue pratique, nous arrivons à lire ou à deviner les mots, sans analyser les syllabes, et rien qu'en voyant l'aspect du mot caractérisé surtout par les lettres longues. La majeure partie de ces lettres longues ont la partie saillante placée au-dessus de la ligne et, de plus, vingt-trois lettres sur vingt-cinq peuvent être reconnues rien que par la conformation de leur partie supérieure, tandis que treize seulement jouissent de cette propriété quant à leur partie inférieure et encore faut-il prêter une grande attention. Il résulte de cela qu'une ligne de typographie ordinaire peut être lue presque aussi facilement et aussi vite en couvrant les deux tiers inférieurs qu'en la laissant découverte toute entière, tandis qu'en couvrant les deux tiers supérieurs, un très petit nombre de mots seulement peuvent être péniblement devinés.

Rien donc ne justifie le choix des mots, plutôt que celui des lettres isolées, et les caractères typographiques romains se prêtent bien plus que les lettres capitales employées par Snellen à la devination (sit venia verbo). De plus, ces mots sont promptement appris par cœur et dès lors, surtout avec les enfants, il n'y a plus de certitude dans le résultat de l'examen.

M. Giraud Teulon a entouré les mots de ses échelles d'un cadran formé de groupes de lignes de même corps que les lettres correspondantes et disposées de la même manière que les heures d'un cadran horaire. Ces cadrans sont destinés à faire reconnaître l'astigmatisme tout comme le cadran unique de Snellen; il n'y a que cette • différence seulement que dans les échelles françaises les traits sont toujours de même grosseur que ceux

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des lettres qu'ils entourent, tandis que dans celles du professeur d'Utrecht ils ont tous la même grosseur. Les cadrans de M. Giraud Teulon sont assez pratiques et peuvent servir à faire reconnaître immédiatement l'existence de l'astigmatisme pendant la lecture même des optotypes, non-seulement d'après la méthode de Donders, mais encore par l'application non moins facile de celle de Otto de Becker.

Le cadran, ou plutôt le demi-cadran de Snellen est assez incommode à employer : les lignes étant séparées par un intervalle de 10°, le sujet en expérience ne peut les désigner facilement si on ne les lui montre pas, de sorte que l'orientation de l'axe du cylindre exige quelques tâtonnements. Un cadran dont chaque trait indique les heures ou les demi-heures est bien plus facile à employer, car le malade a ses points de repère et peut ainsi dénommer chaque trait en particulier. Depuis plusieurs années déjà que j'emploie ce cadran, la détermination subjective et la mesure de l'astigmatisme, même chez les enfants, ne m'ont jamais présenté de difficultés sérieuses.

Le but de cet article n'est pas de faire connaître la manière de se servir des optotypes, et, par suite, de mesurer l'acuité visuelle ; toutefois, comme c'est la chose réellement pratique de cette étude, je crois convenable d'y insister un peu en terminant.

J'ai déjà dit que dans toutes les échelles usitées aujourd'hui chaque trait apparaît sous un angle constant, qui est généralement égal à 60" à la distance indiquée par son numéro d'ordre, de sorte que si un sujet, jouissant d'une vue normale, lit le n° 50 à cinquante mètres, il devra lire avec la même facilité le n° 20 à vingt mètres, et le n* 10 à dix mètres, etc. Dans la plupart des cas, il serait assez incommode de se servir d'un grand espace pour la mesure de l'acuité visuelle ; aussi y supplée-t-on en diminuant la hauteur et la grosseur des caractères et en les proportionnant aux diverses distances dont on peut disposer dans un cabinet de consultation ou une salle de clinique.

Il est reconnu que, pour un œil emmétrope, depuis l'infini jusqu'à une distance de 5 ou 6 mètres, l'accommodation est presque au repos; on peut donc, sans inconvénient, se servir d'un caractère n° 6 à six mètres de distance. Si ce caractère est lu, tous les autres le seront à leur distance respective, en dehors des limites de l'accommodation, et l'acuité visuelle sera normale.

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Mais si, à la distance de 6 mètres, le sujet ne peut lire que le caractère n° 12, qui doit être lu à 42 mètres, sa force visuelle, son acuité, ne sera que la moitié de la normale, puisque sa rétine aura besoin, pour distinguer un trait, que ce dernier lui apparaisse sous un angle deux fois plus grand, c'est-à-dire égal à 2'. Si, même à la distance de 6 mètres, il ne peut lire que le n° 18 ou le n° 24, c'est qu'il lui faudra des objets trois ou quatre fois plus gros qu'à un œil normal, et, par suite, sa vision ne sera plus qu'un tiers ou un quart. Sans être mathématicien le moins du monde, il est facile de comprendre que l'acuité visuelle du sujet aura toujours pour valeur numérique une fraction dont le numérateur sera la distance d, à laquelle se trouve l'échelle, et le dénominateur le numéro du type D, le plus fin qui pourra être lu à cette distance : un demi, un tiers, un quart, dans les trois exemples ci-dessus ; d'où la formule V, désignant l'acuité visuelle :

La recherche et la mesure exacte de l'acuité visuelle n'offrent pas seulement un intérêt de curiosité; dans beaucoup de circonstances, les variations de la fonction visuelle indiquent seules la marche de la maladie ou l'action du traitement et permettent de formuler un pronostic qui n'est pas sans importance.

Mais, quelles que soient les échelles dont on se serve, il faut avoir soin de ne comparer entre eux que les résultats obtenus avec un même éclairage, et, pour cela, la lumière du jour, si sujette à varier d'un moment à l'autre, peut avantageusement être remplacée par une lumière artificielle, d'une intensité toujours égale, et munie d'un bon réflecteur qui la cache aux yeux de l'observé, tout en projetant la lumière vers les échelles.

J'ai déjà dit que toutes les échelles optométriques ne possédaient pas le même degré de lisibilité pour les numéros correspondants. N'ayant d'abord à ma disposition que les optotypes de Snellen et ceux de Giraud Teulon, j'ai comparé ces deux-là. A la suite d'une série d'expériences auxquelles je me suis livré en me servant d'un bon éclairage, soit avec la lumière du jour, soit avec celle d'une bonne lampe, j'ai pu dresser le tableau sui-

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