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APHASIE COMPLÈTE, HÉMIPLÉGIE ET HÉMIANOPSIB DROITES

lorsqu'il essayait de prendre un livre ou un journal, il le laissait aussitôt en faisanl comprendre qu'il ne pouvait pas lire.

Les choses avaient persiste clans cet état pendant deux ans et demi. La santé générale était restée très bonne.

Un jour, regardant sa femme planter un clou dans un mur, il prononça tout à coup ces paroles : « Donne-moi le marteau que je l'enfonce », et il le fit en effet. A partir de ce moment il sembla renaître à une nouvelle vie ; son intelligence reparut, et il put bientôt tenir de longues conversations soit en français, soit en espagnol, car cet homme connaissait cette langue, mais il lui était toujours impossible de reconnaître une seule lettre de l'alphabet et d'écrire quoi que ce fût ou de dessiner. Il se plaignait en même temps que son champ visuel avait disparu à droite depuis le commencement de sa maladie et qu'en regardant en face il ne voyait que la moitié gauche des objets.

Ayant un grand besoin de donner sa signature, il apprit en quelques semaines à écrire son nom, mais d'une façon mécanique, et sans se rendre compte des lettres qui le composaient.

Lorsque j'ai vu le malade pour la première fois, quatre années après le début de la maladie, M. R... paraissait jouir de l'intégrité de ses facultés intellectuelles pour les usages ordinaires de la vie ; il parlait aussi couramment le français que l'espagnol et avait conservé le souvenir exact de tout ce qui s'était passé jusqu'à ce jour. Son caractère, qui était devenu extrêmement irritable pendant les premières années de sa maladie, s'était enfin radouci et n'offrait plus rien de particulier. Il signait son nom correctement, mais d'une écriture enfantine, semblable à celle d'une personne qui commence à écrire; toutefois il ne reconnaissait aucune lettre et, quelle que fût celle qu'on lui montrât, il disait que c'était un r. Si on lui montrait son nom écrit en n'importe quel genre d'écriture, ou bien imprimé en caractères typographiques, il le reconnaissait et le lisait. Il répelait même, mais de mémoire, car il ne pouvait pas nommer les lettres une à une séparément.

Gomme le premier malade dont on vient de lire l'observation, si on épelait des lettres, il les joignait assez bien et formait les syllabes et les mots. Chose singulière, il n'avait jamais oublié les chiffres et les nombres et, non seulement il lisait ces derniers.

H. Armaigiuc, Mémoires d'ophtalmologie.

MÉMOIRES ^'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

mais encore il les formait mentalement si on lui nommait l'un après l'autre les chiffres qui les composaient. Toutefois ce travail intellectuel lui coûtait beaucoup et souvent.il se trompait ou hésitait avant de prononcer ou de lire un nombre, ne fût-il que de 2 chiffres.

Il reconnaissait tous les objets et indiquait immédiatement leur usage, mais le nom lui échappait souvent et il faisait de violents efforts de mémoire pour se le rappeler, souvent sans y parvenir.

D'un autre côté, si on lui nommait un objet, il le désignait immédiatement et sans hésitation. Il reconnaissait toutes les couleurs et ne les confondait pas les unes avec les autres, mais parfois le nom lui échappait. L'hémianopsie droite persistait.

A l'ophtalmoscope l'œil ne présentait absolument rien d'anormal .

L'observation qu'on vient de lire manque d'un détail indispensable pour avoir une utilité réelle au point de vue des localisations précises des centres moteurs, sensoriels et psychiques : c'est l'autopsie. Néanmoins, au point de vue de la clinique pure et de la corrélation qui a existé entre les divers symptômes d'une lésion cérébrale probablement localisée et, en tout cas, absolument compatible avec la vie, elle a une véritable importance, car elle permet de supposer que le centre moteur de la jambe et du bras droits, ceux du langage articulé, de la mémoire des mots et des noms, et enfin de la vision dans la moitié droite du champ visuel, ne sont pas éloignés les uns des autres, tous ayant été atteints à la fois.

Au point de vue de la physiologie de la vision, cette observation, comme, beaucoup d'autres, qui seront rapportées dans le paragraphe suivant, s'accorde parfaitement avec la théorie de la semi-décussation des nerfs optiques, au niveau du chiasma, théorie d'après laquelle la bandelette optique gauche enverrait ses fibres à la moitié interne de la rétine droite et à la moitié externe delà rétine gauche, moitié qui correspond à la macula et par conséquent au siège de la vision centrale de ce côté. De même, la bandelette droite envoie ses fibres à la moitié interne de la rétine gauche et à la moitié externe de la rétine droite qui renferme la macula de ce côté. Comme confirmation de cette théorie, j'ai pu m' assurer que mon malade, chez lequel la moitié droite du champ visuel avait disparu, présentait bien une anesthésie de la moitié externe de sa rétine gauche et de la moitié interne de sa rétine droite. Une possédait la vision centrale qu'à l'œil droit.

DE l'hÉMIANOPSIE EN GENERAL.

VI. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES PHYSIOLOGIQUES ET CLINI- QUES SUR L'HÉMIANOPSIE EN GÉNÉRAL ET L'HÉMIANOPSIE TEMPORALE EN PARTICULIER.

Définition, variétés. — L'hémianopsie ou hémiopieest cette affection singulière de la vue qui consiste à ne voir que la moitié des objets ou la moitié du champ visuel; en général, c'est la moitié nasale ou temporale qui disparait, mais on a observé aussi, quoique plus rarement, la disparition de la moitié supérieure ou de la moitié inférieure. Cette affection a exercé la sagacité des médecins, des physiologistes et des anatomistes, car elle a des connexions étroites avec la pathologie, la physiologie et l'anatomie. La pathologie nerveuse, en effet, a souvent servi de guide à l'anatomie et lui a permis de compléter ou de rectifier ses connaissances; souvent aussi elle lui a posé de nouveaux problèmes ou révélé de nouveaux mystères. L'affection dont il s'agit ici est certainement une des plus intéressantes à ce point de vue.

L'hémianopsie présente un grand nombre de variétés, aussi bien dans sa durée que dans sa forme : elle est temporaire et fugace ou définitive; clans le premier cas elle dure depuis quelques minutes jusqu'à plusieurs heures ; dans le second cas, elle persiste plusieurs mois, plusieurs années, ou toute la vie. L'hémianopsie est monoculaire ou binoculaire, centrale ou périphérique.

L'hémianopsie temporaire s'observe souvent dans la migraine, les troubles gastralgiques, l'hystérie, mais peut survenir dans l'état de santé le plus complet et indépendamment de toute cause connue; elle s'accompagne le plus souvent de cette affection singulière appelée scotome scintillant et -si bien décrite par le Dr Dianoux, de Nantes, qui l'a observée sur lui-même à plusieurs reprises. L'hémianopsie passagère paraît avoir été décrite pour la première fois par le Dr Wollaston dans son travail intitulé On semi-Decussation of the Optic Nerves, publié dans les Philosophical Transactions peu d'années avant sa mort.

Il avait été attaqué deux fois de cette affection qu'il avait même observée chez d'autres personnes. Cette forme de l'hémianopsie ne présente pas de gravité et disparait, souvent subitement et sans laisser de traces, au bout de quelques minutes; il paraît évident, par conséquent, qu'elle doit exister sans lésions proprement dites des nerfs optiques, de leurs noyaux d'origine,

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des tractus nerveux qui unissent ces deux parties, ou bien des parties voisines; mais ces lésions peuvent exister et agir indirectement sur les parties destinées à l'acte de la vision. On sait, par exemple, qu'en faisant l'autopsie du cerveau de Wollaston on trouva la couche optique droite beaucoup plus développée qu'à l'ordinaire et, en l'incisant, on n'y trouva que peu ou pas de la substance qui la constitue normalement ; à l'exception d'une couche de substance médullaire située sur sa partie supérieure, elle avait été convertie en une tumeur du volume d'un petit œuf de poule, était couleur grisâtre vers sa circonférence, plus dure que le cerveau, de consistance un peu caséeuse et, à son centre, d'une couleur brune, molle et dans un état de demi-dissolution. Cette altération pathologique n'était point bornée à la couche optique, mais s'étendait à la portion avoisinante du corps strié. Le nerf optique droit, dans le point où il passe le long du côté externe de la couche optique, était brun, plus étalé et plus mou qu'à l'ordinaire (1).

L'hémianopsie étant presque toujours binoculaire paraît donc avoir son origine en dehors de l'œil lui-même, et l'étiologie de cette affection donnée par Littré et Robin dans le Dictionnaire de Nysten paraît tout au moins singulière. On y lit, en effet : « l'hé- » miopie est due à une paralysie partielle de la rétine ou bien à » l'opacité partielle du cristallin que doivent traverser les rayons » lumineux pour arriver à la rétine ». Il s'agit ici évidemment de toute autre chose que de la véritable hémianopsie.

L'hémianopsie persistante est autrement sérieuse que l'autre et s'accompagne, la plupart du temps, de troubles graves des fonctions cérébrales, telles que l'hémiplégie et l'aphasie. La forme la plus fréquente est l'hémianopsie homonyme latérale, droite ou gauche, dans laquelle le sujet, soit qu'il fixe avec un seul œil ou avec les deux à la fois, ne voit que la moitié, gauche ou droite, des objets, et ne possède que la moitié correspondante du champ visuel. Une forme beaucoup plus rare est l'hémiopie supérieure ou inférieure dans laquelle le plan de séparation de la partie obscure du champ visuel avec la partie éclairée est horizontal au lieu d'être vertical comme dans le premier cas. En voici deux exemples :

Le Dr Wiette, de Vienne, a publié dans les Archives fur Auyen-

(1) Médical Gazelle, vol. III, p. 293 ; London, 1829.

DE l'hÉMIANOPSIE EN GENERAL

hàlicunde, de Knapp et Sohweigger (P>. XIII, H. 4), l'observation suivante : Un ouvrier, âgé de cinquante-quatre ans fit une chute sur la région postérieure de la tête et resta plongé, pendant plusieurs jours, dans le coma. Il continua ensuite à souffrir de céphalalgie et, environ deux mois après l'accident, fut frappé d'apoplexie et d'hémiplégie gauche.

Quelque temps après, il fut soudainement frappé de cécité. L'ophtalmoscope ne révélait rien. On constatait : 1° une immobilité absolue des deux pupilles; 2° une paralysie faciale à gauche; 3° une diminution du sens du goût à gauche; 4° une exagération des bruits du cœur. Au bout de quelques jours, après un traitement à la glace et à l'iodure de potassium, les pupilles réagirent de nouveau, l'acuité visuelle revint jusqu'à .compter les doigts à 6 mètres; mais, en examinant le champ visuel au périmètre, on constata une hémianopsie homonyme supérieure. Cet état persista pendant neuf mois et demi, époque à laquelle le malade succomba des suites d'une hernie étranglée.

A l'autopsie on trouva : un état athéromateux des artères de la base du cerveau; d'anciens foyers apoplectiformes dans le lobe pariétal gauche et dans le lobe temporal droit, dans les couches optiques et au miveau du noyau lenticulaire, ainsi que dans la substance grise du lobe frontal; une pachyméningite chronique et une hypertrophie excentrique du ventricule gauche.

Une seconde observation d'hémianopsie horizontale a été rapportée par Marchand (1) : il s'agissait d'une hémianopsie supérieure gauche. A l'autopsie, on trouva un gliome de la base du lobe temporal droit et un ramollissement de la partie avoisinante de la bandelette optique droite.

Enfin, mais beaucoup plus rarement, c'est la moitié externe ou la moitié interne du champ visuel de chaque œil qui manque à la fois. Dans le premier cas, c'est l'hémianopsie hétéromjme temporale, dans laquelle le champ visuel, ou la vision, fait plus ou moins défaut du côté temporal de chaque œil. Mais, comme clans ce cas la conservation du champ visuel interne de chaque œil complète en partie le champ visuel de son congénère, le malade ne s'aperçoit généralement de son affection que s'il vient par hasard à fermer l'autre. C'est une observation de ce genre que

(1) Marchand. — Contribution à l'étude do l'hémianopsie bilatérale homonjmc(Albrecht von Greœps Archiv. f. Oplitalm.), t. XXVIII, lasc. n.

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je vais rapporter dans un instant. Dans le second cas, le plus rare de tous, puisqu'il existe à peine deux ou trois observations dans la science, c'est l'hémianopsic hétêronyme nasale.

Dans l'hémianopsie latérale, la ligne de démarcation entre la partie du champ visuel qui existe et celle qui est abolie, est en général, assez nette et bien tranchée : d'un côté la vision est pour ainsi dire normale, de l'autre elle est souvent tout à fait abolie. Si le malade fixe une personne avec un seul œil, ou bien il voit toute la figure, mais une moitié beaucoup mieux que l'autre; ou bien il ne voit que la moitié droite ou gauche de la figure; s'il cherche à lire, les mots paraissent coupés en deux, une partie étant assez nette et l'autre disparaissant plus ou moins complètement. Si le malade regarde avec les deux yeux, rarement il sera privé de la vision centrale si à l'hémianopsie ne se joint pas l'amblyopie d'un œil. Si l'hémianopsie passe par le point de fixation nous dirons qu'elle est centrale; si, au contraire, elle laisse la macula dans la partie nette du champ visuel, nous dirons qu'elle est excentrique.

On explique que l'hémianopsie soit plus prononcée dans un œil que dans l'autre en admettant que chaque bandelette optique aille distribuer ses fibres dans la moitié externe de l'œil du même côté et dans la moitié interne de l'œil opposé. Il résulte de cela, en effet, que la macula de l'œil situé du même côté que la bandelette optique est comprise dans la partie de la rétine correspondant à cette bandelette, tandis que la macula de l'autre œil est comprise dans la partie de la rétine correspondant à la bandelette optique du côté opposé. Si une seule bandelette optique est atteinte, il en résultera donc une hémianopsie du côté opposé, mais tandis que l'œil correspondant n'aura plus de vision centrale, la macula se trouvant comprise dans la partie de la rétine dépendant de cette bandelette, l'œil du côté opposé conservera, lui, la vision centrale, sa macula dépendant de l'autre bandelette optique. La vision sera donc bien meilleure dans le second œil que dans le premier.

Étioloyie. — Hémianopsie monolatérale ou bilatérale hétêronyme. — L'hémianopsie monotérale a pour cause, le plus souvent, une lésion située au niveau ou en avant du chiasma; les observations ne sont pas rares.

DB l/lIKMIANOPSIK KN GÉNÉRAI,

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