CÉCITÉ TEMPORAIRE PRESQUE COMPLÈTE
seulement. Prescription : calomcl à dose fractionnée; continuer les potions et les ablutions froides.
25 et 35. — Même état; môme traitement, excepté l'emploi du calomel. Je pratique une injection de 2 centigrammes de nitrate de pilocarpine à l'avant-bras.
30. — La vision paraît s'être améliorée un peu à droite. L'aspect ophtalmoscopique est le même que les jours précédents; cependant, au centre de chaque macula, on aperçoit une petite tache d'un rouge très vif paraissant à l'image renversée de la grosseur d'une petite tête d'épingle : c'est ce qui explique l'existence du scotome central dont le malade est encore affecté. Même traitement. Injection de pilocarpine.
1™ août. — Le fond de l'œil est moins congestionné; la vision s'est améliorée notablement; en effet, le malade peut compter les doigts à 1 mètre avec son œil gauche et à 0,75 avec son œil droit. La pupille est toujours immobile. Injection de pilocarpine.
2. — L'amélioration continue. La papille droite redevient nette et les vaisseaux rétiniens ont presque repris leur volume normal. La tache rouge de la macula n'est plus visible, et le scotome central n'existe plus que sous la forme d'une plaque ombrée demi-transparente. Les deux pupilles commencent à se contracter sous l'influence de la lumière. Le malade peut compter les doigts à 1,30 avec chaque œil. Injection de pilocarpine.
4. — A droite, la papille a son aspect normal et ne présente plus de différence de niveau avec les parties voisines. A gauche, le nerf optique est toujours assez proéminent, cependant les vaisseaux rétiniens ont beaucoup diminué de volume. La tache de la macula ne paraît plus. Compte les doigts à 2 mètres avec l'un ou l'autre de ses yeux.
6. — L'amélioration se produit rapidement. M. R... peut lire le n° 4 des échelles de Snellen à 0,15 [V = 1/24).
9. — Le fond de l'œil paraît presque normal des deux côtés. Il existe encore un scotome central, et la chromatopsie laisse passablement à désirer, car le malade ne distingue que le bleu et le violet, toutes les autres couleurs paraissent grises plus ou moins foncées, suivant leur saturation. A gauche V =1/5; à droite^ = 1/15. Les pupilles sont très mobiles. Pendant les jours suivants l'amélioration a suivi un cours régulier et quinze jours après, le 24 août, le malade avait une acuité visuelle
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
presque normale, surtout, à gauche. Le scotome central n'existait plus, toutes les couleurs étaient perçues, et le fond de l'œil avait repris son aspect naturel. Le traitement tonique a été continué pendant plusieurs semaines, et la vision n'a pas tardé à redevenir aussi bonne qu'avant la maladie.
J'ai pris cette observation jour par jour en notant chaque luis avec le plus de soin possible tous les symptômes objectifs et subjectifs, et cependant j'ignore encore quelle a été la cause de la maladie. La névro-rétiniLe à laquelle j'ai eu affaire était manifestement d'origine centrale, ou tout au moins rétrobulbaire, et a suivi une marche descendante. Dans les premiers jours, en effet, on remarquait seulement une hyperhémie considérable du fond de l'œil; tous les vaisseaux, artères et veines, avaient subi une dilatation énorme attestant soit un surcroit d'activité dans la circulation des méninges probablement, soit une stase du sang, ou bien un trouble vaso-moteur. L'idée d'une congestion localisée des méninges, admise par exclusion de toute autre cause plus probable, concorde bien avec la céphalalgie et l'absence de trouble bien accusé dans les facultés intellectuelles ou sensorielles. En un point, qu'il est difficile de préciser, mais situé assurément en avant ou au niveau du chiasma, les deux nerfs optiques ont dû subir une compression entraînant avec elle un défaut de conductibilité nerveuse, seule explication plausible d'une si grande diminution de l'acuité visuelle et du sens des couleurs dès le début de la maladie, alors que la rétine et le nerf optique ne présentaient pas d'altérations notables. S'il y avait eu hydropisie de la gaîne du nerf optique par suite du refoulement du liquide céphalo-rachidien, nous aurions observé une infiltration rapide de la papille et de la rétine avoisinante, en même temps qu'une diminution dans le calibre de l'artère centrale, tandis que c'est le contraire qui a eu lieu.
Les travaux intellectuels, en amenant un surcroit d'activité cérébrale, amènent aussi un surcroît d'activité circulatoire dans le cerveau, ainsi que l'ont démontré les mensurations de température. Il n'est donc pas étonnant que chez notre malade les choses se soient passées de la sorte et, ce qui vient encore à l'appui de cette hypothèse, c'est que la vision s'est améliorée à mesure que le fond de l'œil a présenté une congestion moins intense.
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§ IX. - AMAUHOSE HYSTÉRIQUE MONOLATÉRALE CHEZ UNE PETITE FILLE DE DIX ANS, AYANT DURÉ PLUSIEURS ANNÉES, GUÉRIE SUBITEMENT SANS TRAITEMENT.
L'amblyopie et l'amaurose de cause hystérique ne sont pas rares, et on peut dire même que la plupart des sujets atteints de cette névrose présentent quelque chose d'anormal du côté de la vue et, le plus souvent aussi, du côté de l'ouïe. Je ne rappellerai pas ici les nombreuses thèses ni les autres travaux qui ont été publiés dans ces dernières années sur l'amaurose et l'amblyopie hystérique, mais je dois dire cependant que le sujet est loin d'être épuisé, et que chaque jour on découvre de nouveaux mystères dans cette affection si mystérieuse elle-même. En 1887, M. le D1' Lichtwitz soutenait devant la Faculté de Médecine de Bordeaux une très intéressante thèse sur les Aneslhésies hystériques des muqueuses et des organes des sens, dans laquelle on trouve des détails extrêmement curieux, principalement sur l'organe de la vue.
L'amaurose unilatérale hystérique a été admise par la plupart des auteurs et chacun l'a expliquée à sa manière; toutefois, elle a été niée par des hommes de valeur, et l'on a prétendu, que cette amaurose ne résistait pas à un examen rigoureux et attentif. Pour ma part, je veux bien admettre que les réponses des hystériques ne doivent pas être acceptées sans contrôle et ne soient pas toujours l'expression de la vérité, mais dans beaucoup de cas, en particulier dans celui que je vais rapporter, on a pris les précautions nécessaires pour déjouer toute simulation et pouvoir garantir la bonne foi de la malade.
Jusqu'ici, la plupart des observations relatives à l'amaurose et à l'amblyopie hystérique, ont été prises sur des adultes et des adolescentes et, bien que l'hystérie ne soit pas rare dans les premières années de la vie (on en a signalé des manifestations évidentes dès l'âge de quatre ou cinq ans), il faut avouer cependant qu'elle n'est pas bien fréquente. Aussi, c'est dans le jeune âge de ma malade que réside le principal intérêt de l'observation qu'on va lire. En effet, je n'ai trouvé dans la littérature médicale aucun cas d'amaurose hystérique monolatérale se rapportant à une enfant si jeune et ayant guéri subitement, comme cela est arrivé chez ma jeune malade.
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Observation.
Mlle L..., âgée de dix ans, d'une bonne santé, d'un tempérament vif et nerveux, d'une précocité un peu exagérée, a déjà été réglée trois ou quatre fois, il y a quelques mois. Sa mère et sa grand'mère maternelle sont extrêmement nerveuses, mais ne paraissent pas avoir eu cependant de véritables attaques hystériques. L'enfant elle-même en a été indemne jusqu'à présent.
Le 25 janvier 1887, elle m'est adressée par un de mes confrères, médecin de la famille, chez qui on l'a conduite, parce que depuis trois ou quatre ans elle se plaint de ne pas voir de l'œil gauche, et parce qu'un charlatan, qui a vu l'enfant par hasard, a dit aux parents qu'elle avait une grave maladie de la rétine et quelle deviendrait aveugle s'ils ne la soignaient pas.
Mon confrère, pour mieux examiner le fond de l'œil, a instillé quelques gouttes d'une solution d'alropine, mais, malgré cela, il ne découvre rien d'anormal et, pensant qu'il s'agit d'une anomalie de la réfraction, il. me prie de lui donner mon avis à ce sujet.
L'enfant a les pupilles extrêmement dilatées, par conséquent l'examen ophtalmoscopique complet est on ne peut plus facile. Les milieux sont parfaitement transparents, et la papille paraît normale d'un côté comme de l'autre; toutefois, à gauche, le contour est peut-être légèrement diffus et le disque papillaire paraît un peu plus rosé qu'à droite.
A droite, l'accommodation est complètement paralysée par l'atropine, et on trouve 2D, 50 d'hypermétropie totale et un peu d'astigmatisme cornéen irrégulier ; V = 5/9 à peine, mais on peut mettre cette mauvaise acuité visuelle sur le compte de l'astigmatisme. L'œil a une tension normale, distingue parfaitement toutes les couleurs, mais son champ visuel est un peu rétréci concentriquement, et n'égale que 5445 d'après la notation de M. Gillet de Grandmont. Le champ des couleurs ne présente pas l'anomalie pour le rouge habituellement observée dans l'auiblyopie hystérique.
A gauche, il existait depuis trois ou quatre ans, parait-il, une cécité presque complète. L'ésfant s'est toujours plainte de ne pas voir de cet œil, ni de loin ni de près, et, dans ses occupations ordinaires, pour lire, écrire ou travailler, elle place
A.MAUROSE HYSTÉRIQUE MONOLA.TÉRALE.
toujours son livre, son cahier ou son ouvrage du côté droit et tourne légèrement la tète vers l'épaule gauche. Cet œil n'est pas dévié et la convergence paraît normale. Après avoir couvert soigneusement l'œil droit, j'essaie de faire lire les grosses lettres des échelles optométriques, mais c'est en vain, et à. aucune distance elle ne peut les voir; à peine distingue-t-elle les mouvements de la main et la clarté d'une forte lampe à un mètre de distance.
L'examen de l'urine donne une densité un peu élevée : 1028, mais on n'y trouve ni glycose ni albumine.
Craignant encore qu'il s'agisse d'une simulation, bien qu'il lirait aucun motif pour cela, l'enfant étant très studieuse, je la soumets à toutes les épreuves usitées en pareil cas et je puis me convaincre que toute idée de simulation doit être écartée.
Je sais bien qu'on a cité des exemples de cécité monoculaire sans lésion apparente du fond de l'œil, et moi-même j'en ai observé quelques cas sur des personnes où l'hystérie ne pouvait être invoquée, mais en présence de la diminution de l'acuité visuelle et de la restriction du champ visuel de l'œil droit, on ne pouvait, dans le cas présent, invoquer comme étiologie de cette amaurose, que l'hystérie ou une tumeur de l'orbite ou de la base du crâne ou clu cerveau lui-même, bien que l'examen ophtalmoscopique répondit peu à une lésion grave et ancienne, soit du nerf optique gauche, soit des parties plus profondes.
Dans cette incertitude, et pour dégager ma responsabilité visà-vis des parents qui se montraient très inquiets, je crus devoir provoquer une consultation, et j'appelai en même temps que le médecin de la famille, notre confrère, M. le Dr G. Martin et M. le professeur Pitres dont chacun connaît la compétence en maladies nerveuses.
Rendez-vous fut donc pris pour le lundi suivant, 31 janvier.
Bien qu'on parlcât à mots couverts, l'enfant, qui est extrêmement intelligente, comprit que nous attachions beaucoup de gravilé a son élal et en l'ut très affectée. Les examens multiples auxquels elle fut soumise, l'idée d'une consultation avec, quatre médecins, tout cela dut agir profondément sur son moral, et je ne serais pas étonné de voir là l'unique cause clu phénomène qui se produisit la veille de la consultation et dont je vais parler.
Le lundi, demi-heure avant la consultation, on conduisit
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l'enfant dans mon cabinet et la mère m'annonça alors que depuis La veille l'enfant pouvait lire les grosses lettres, surtout de loin. Je me hâtai de la mettre en présence des échelles typographiques, et, quel ne (ut pas mon étonnement de constater que la vision de l'œil gauche était aussi bonne, sinon meilleure, que celle de l'œil droit. Avec les verres appropriés, on arrivait facilement h 5/6; toutes les couleurs étaient distinctement, perçues, el le champ visuel était normal. Il en était de même à droite. L'ophtalmoscope ne permettait de constater aucune particularité importante du fond de l'œil, autre que celle que j'ai déjà signalée. Le rétablissement subit et complet de la vision indiquait suffisamment l'origine de l'amaurose, et il ne fut pas nécessaire de chercher ailleurs. L'examen auquel se livra notre savant confrère, M. Pitres, permit de découvrir chez l'enfant des stigmates sensitifs de l'hystérie et, en particulier, une analgésie complète de la muqueuse conjonctivale gauche. On prescrivit un traitement en conséquence. Trois jours après, le jeudi, neuf jours après l'instillation d'atropine, la pupille gauche était toujours dilatée ad maximum, et l'accommodation n'était pas encore complètement revenue, bien que l'enfant pût lire sans verre le n° 2 des échelles de de Wecker. Je mesurai alors la réfraction et l'acuité visuelle et je trouvai le résultat suivant : OEil droit : 00° + 0D,75; 0° — Ou,75; V = 5/4; astigmatisme cornéen correspondant à l'astigmatisme fonctionnel. OEil gauche : H + 0D,75; 90° + 0D,50, V = 5/5.
Depuis cette époque, je n'ai pas revu l'enfant, qui est rentrée à sa pension; mais, j'ai la certitude qu'il ne lui est rien survenu de particulier et que la guérison se maintient.
Comment s'est produite la guérison chez cette petite fille? Est-ce l'émotion et la crainte de la consultation, comme je l'ai dit tout à l'heure, ou bien y a-t-il eu chez elle une auto-suggestion? Cette dernière hypothèse est très admissible, car chacun sait que la plupart des affections d'origine hystérique qui ne s'accompagnent pas d'altérations organiques peuvent guérir ou s'améliorer par la simple suggestion.
Le D' Carreras Sola a rapporté dans le numéro de mars 1887 de La Revista de Ciencias medicas de Barcelona, une observation bien intéressante à ce point de vue. Il s'agjssail d'une jeune femme hystérique,, parvenue au sixième mois de sa septième
LE DÉFAUT D'USAGE EST-IL UNE CAUSE d'aMBLYOPIE.
grossesse qui, deux mois auparavant, était devenue sourde, muette et aveugle à la suite de fortes attaques. La surdité dura vingt-quatre heures et la mutité six jours, mais la cécité resta absolue. La malade était persuadée qu'elle ne verrait pas avant d'être accouchée.
Après l'avoir hypnotisée et mise en état de somnambulisme par une légère pression d'abord de la partie supérieure des globes oculaires, et ensuite du sommet du vertex, on lui suggéra de voir et, immédiatement, elle reconnut tous les objets qu'on lui montra et put lire facilement de petits caractères. On lui ordonna ensuite de continuer à voir une fois éveillée, mais ce fut inutile, la cécité reparut avec le réveil.
Les jours suivants, on répéta deux fois la même expérience, mais le même résultat se produisit ; il restait à peine un peu de clarté après le réveil. Comme la malade était persuadée qu'elle resterait aveugle tout le temps de sa grossesse et que la vue lui reviendrait peu à peu, on supposa qu'il existait chez elle une auto-suggestion qui contrariait la suggestion imposée. Dans ces conditions, on se contenta de la faire voir peu à peu, quelques instants d'abord, une demi-journée ensuite, puis une journée entière, et enfin on lui persuada que la vision était tout à fait et définitivement revenue et qu'elle ne reviendrait plus aveugle.
A partir de ce moment la vue ne laissa plus rien à désirer el la guérison se maintint absolument complète.