‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 90 sur 106 · AGE PLUS OU MOINS AVANCÉ · texte numérisé non relu

AGE PLUS OU MOINS AVANCÉ

On a beaucoup écrit et beaucoup discuté sur la vision des aveugles-nés qui ont recouvré la vue plus tard, après une opération de cataracte ou de pupille artificielle. Les uns ont dit que la vision post-opératoire était mauvaise parce que la sensibilité spéciale de la rétine était émoussée par défaut d'usage, ou plutôt était dépourvue de cette sorte d'éducation des sens que procure un exercice prolongé. Pour quelques-uns même, partisans ardents de la théorie de l'évolution, la vision, telle qu'elle existe aujourd'hui chez tous les peuples civilisés, ne serait qu'un produit de perfectionnement auquel chaque siècle, pour ainsi dire, aurait apporté successivement sa contribution. D'autres ont dit que ce n'était pas la rétine elle-même en tant que membrane de sensation qui manquait de finesse, mais qu'il fallait chercher, dans l'organe de la perception ou dans le lien qui réunit ces deux facultés, l'imperfection de la vision chez les individus dont il est question en ce moment.

Pour moi, les deux opinions sont bonnes, mais elles ne sauraient être exclusives; au contraire, elles se complètent l'une l'autre. Avec les aveugles-nés qui ont recouvré la vision, il n'est guère possible de savoir la part qui revient à chacune d'elles, car, la cécité étant complète, l'organe de sensation aussi bien que l'organe de perception restent dans une inaction presque absolue. Je dis presque absolue parce que, dans la cataracte congénitale complète, comme dans le leucome adhérent avec atrésie pupillaire, qui sont généralement les deux causes de cécité justiciables d'une opération qui fait recouvrer la vue, la sensation et la perception lumineuses ne font jamais complètement défaut. Voyons d'abord ce qu'est l'idée de la vision chez un aveugle de naissance qui n'a pas encore recouvré la vue.

D'après le Dr Lopez Ocana (El Dictamen, 10 août 1885), qui a eu l'occasion d'en opérer plusieurs, les aveugles-nés auraient une idée approximative des corps cylindriques, mais ne se feraient pas l'idée de toutes les autres formes. Il est assez difficile, toutefois, d'expliquer cette prédilection pour la forme cylindrique, le tact permettant de distinguer aussi facilement un grand nombre d'autres formes simples, géométriques ou non. Ils

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