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et se répandent sur le monde Mais de tous ces biens la source principale et le principe est la sainte Eucharistie : car elle entretient et elle fortitie cette vie dont l'absence nous est si pénible, et eile accroit merveilleusement cette dignité humaine que Nous voyons maintenant acquérir un si grand prix. En effet, qu'y a-t-il de plus excellent et de plus désirable que de devenir, autant que cela est possible, participant et associé de la nature divine 4 Or, c'est là ce que le Christ réalise pour Nous principalement dans l'Eucharistie, par laquelle il s'attache et s'unit étroitement l'homme, élevé par le don de la grâce jusqu'aux trésors divins. II existe en effet cette différence entre la nourriture du corps et celle de l'âme que la premiére est transformée en nous-mémes, tandis que la seconde nous transforme en elle; et à ce sujet saint Augustin nous montre le Christ parlant lui-méme en ces termes: Tu ne me changeras pas en toi comme la nourriture de ta chair, mais tu seras changé en moi (10)
Ce sacrement trés excellent, dans lequel apparait surtout le moyen pour les hommes de partieiper à la nature divine, est aussi pour eux la source des plus grands progrès dans tous les genres de vertus surnaturelles, et en particulier dans la foi. Celle-ci en effet a eu à toute époque ses adversaires; car bien qu'elle élève les esprits des hommes par la connaissance des vérités les plus hautes, cependant, comme elle cache ce que sont ces vérités qu'elles nous a montrées supérieures à notre nature, elle semble par là même abaisser ces esprits. Mais jadis c'était tantôt tel point de foi, tantôt tel autre qui était attaqué; dans la suite, la guerre a étendu beaucoup plus loin ses ravages, et l'on en est arrivé maintenant à affirmer qu'il n'y a rien absolument de surnaturel. Or, pour ramener dans les esprits la vigueur et la ferveur de la foi, rien n'est plus efficace que le mystère eucharistique, qui est proprement appelé mystère de foi: en lui seul est contenu tout ce qui est au-dessus de la nature, dans une abondance extraordinairement variée de mira-
(10) Conf., vit, ch. x.
cles: Le Seigneur clément et miséricordieum a éternisé la inémoire de ses merveilles, Il (t donné une nourriture a ceux qui le erdignent (11).
Si Dieu en effet a fait quelque chose de surnaturel, Il l’a rapporté à l'incearnation du Verbe, par le bienfait de laquelle devait être restauré le salut du genre humain. Il a résolu de tout restaurer en Jésus-Christ, tant ce qu 3 est dans le ciel que ee qui est sur la terre (12),
L'Eucharistie, au témoignage des saints Pères, doit être considérée comme une continuation et une extensian de l'Inearnation puisque par elle la substance du Verbe incarné est unie a chacun des hommes, et le sacrifice supréme du calvaire est renouvelé dune maniere. admirable : c'est ee qu'a prédit le prophète Malachie: n tout Lieu est sceriftée el offerte t mon nom une oblation pure (13).
Ce miraele qui entre tous est le plus grand dans son genre, est accompagné de miracles innombrables : ici, toutes les lois de la nature sont suspendues : la substance entière du pain et du vin est changée en le corps et le sang du Christ ; mais l'apparence du pain et du vin, ne recouvrant aucune réalité, est eonservée par la vertu divine: le eorps du Christ se trouve en méme temps dans autant d'endroits qu'il y a en méme temps d'endroits où le sacrement s'aecomplit. D'ailleurs, afin d'aecroitre Ja soumission de Ja raison humaine envers un si grand mystère, des miracles viennent pour ainsi dire à son secours, pour la gloire de l'Eucharistie; ils sont rappelés par l'histoire ou vivent dans notre souvenir, et il en existe dans plus d'un lieu des monuments publics et remarquables, Nous voyons lone ce sacrement entretenir la foi, nour sprit, détruire les inventions des rationalistes, et s ut éclairer l'ordre des choses surnaturelles.
L'affaiblissement de la foi aux vérités divines a
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(EI) Ps. CX,4, 5 (12) Ephes., 1, 9, 10, (13) 3, 18,
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pour origine non seulement l'orgueil, dont Nous avons parlé plus haut, mais encore la dépravation de l'esprit. Si l'expérience nous montre que meilleures sont les mœurs d'un homme, plus son intelligence est ouverte, par contre, les voluptés corporelles ont pour effet d'émousser les esprits: et c'est surtout dans l'ordre des choses divines que les passions obscureissent la lumière de la foi, l'éteignent méme, par une juste réprobation de Dieu. Or le désir insatiable de ces plaisirs brûle aujourd'hui tous les hommes, en proie dés les premiers jours de leur jeunesse à une sorte de contagion maladive, Mais la divine Eucharistie nous apporte pour ce mal affreux un excellent remède; son premier effet est de réfréner la passion en aceroissant la charité: ear Augustin dit: L'aliiment de celle-ci (de la charité) est l'affuiblissement de la pessson, et su perfection est l'absence de passion (14). En outre la chair très chaste de Jésus comprime l'insolence de notre chair, comme nous l'a enseigné Cyrille d'Alexandrie. En eflet le Christ existant en nous calme la loi de la chair sévissant dans nos membres (15). Bien plus le fruit spécial et trés doux de lEucharistie est celui qu'annoncait cette parole prophétique: Qu'y a-t-il en lui (dans le Christ) de bon, et quy a-t-il de beau si ee vest le froment des élus et le vin qui fait germer les vierges (16)? Ces mots désignent le désir fort et constant de la sainte virginité qui, même en un siecle regorgeant de délices, fleurit chaque jour, dans l'Eglise eatholique, sur une étendue plu: vaste et en plus grande abondance, et l'on sait bien que p wtout il a pour fruit le progrès et l'éclat de la religion, en méme temps que de la société humaine.
I] faut ajouter que par ce sacrement l'espérance des bien immortels est merveilleusement fortifiée, ainsi que la confiance dans les secours divins. Le désir de bonheur qui existe dans toutes les Ames ot qui leur est natu-
(14) De a'iversés questionibus, LXXNII, quest, XXXVI, (15) Livre tv, chap. 11 in Joan., vi, 57. (16) Zach. , 1X, 17.
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rel est aiguisé de plus en plus par le caractère trompeur des biens terrestres, par les injustes violences des hommes pervers, enfin par les autres douleurs du corps et de lame : or, l'auguste sacrement de l'Eucharistie est une «use et un gage de bonheur et de gloire, non seulement pour l'âme, mais encore pour le corps: en eflet, tandis quil enrichit les âmes de l’abondance des biens célestes, | les comble en méme temps de joies trés douces qui surpassent de beaucoup l'attente et l'espérance des hommes, quelles qu'elles soient : il soutient les chrétiens dans l'adversité ; il les fortifie dans la lutte pour la vertu ; il les garde pour la vie éternelle et les y conduit en leur fournissant, pour ainsi dire, des vivres en vue du voyage. Dans le corps chancelant et débile, cette divine hostie fait pénétrer le germe de la résurrection future ; le corps immortel du Christ introduit en nous une semence d'immortalité qui, un jour, produira ses fruits. Que de tels biens doivent resulter de l'Eucharistie pour l'àme et pour le corps, c’est ce que l'Eglise nous a enseigné en tout temps, suivant en cela l'exemple du Christ qui a affirmé: Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour (17).
I] est conforme à notre sujet, et il importe grandement de considérer, que l'Eucharistie a été instituée par le Christ, comme un mémorial éternel de sa Passion
(18) et qu'elle montre au chrétien la nécessité de s'ameni lui-méme d'une facon salutaire. Jésus en effet, a dit, à ses premiers prêtres : fuites ceci en mémoire de moi (19), c'est-à-dire faites ceci pour commémorer mes douleurs, mes amertumes, mes angoisses, ma mort sur la croix. C'est pourquoi, ce sacrement et ce sacrifice est pour nous une exhortation assidue à faire pénitence en tout temps, à supporter les plus grands labeurs : c'est aussi une condamnation grave et sévère des plaisirs que
(17) le an, VL 55.
(18) S. Thomas d'Aquin, Opsuc. Lvtir Office de la fête du Saint Sacrement,
(19) Luc, XXII, 10,
trompeur s des hom- 'orps et de e est une seulement let, tandis ns célestes, louces qui rance cles ; chrétiens e pour la y conduit en vue du atte divine n future ; ine semenuits. Que pour l'àme nseigné en irist qui a boit mon u dernier
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des hommes trés impudents vantent et exaltent si fort : Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez lu mort du Seigneur jusqu'à ce qu I vienne (20). En outre, si l'on recherche avec soin les causes des maux présents, on constatera qu'ils proviennent de ee que la charité des hommes entre eux s'est affaiblie en méme temps que se refroidissait leur charité envers Dieu; ils ont oublié qu'ils étaient les fils de Dieu et freres en Jésus-Christ; ils ne se préoceupent que de ce qui les concerne personnellement ; non seulement ils négligent les intéréts d'autrui, mais souvent ils les attaquent et les lèsent.
De là naissent des troubles fréquents et des luttes entre les diverses classes de citoyens; l'arroganee, la durete et les fraudes regnent chez les puissants ; la misére, l'envie et les divisions chez les petits. | C'est en vain que l'on cherche un remède à ees maux, dans la crainte des chatiments, dans les conseils de la prudence humaine ; comme Nous l'avons Nous-méme exposé plus d'une fois et longuement, il faut se préoccuper et s'efforcer d'obtenir que les diverses classes de citoyens soient unies par un mutuel échange de bons offices, par une concorde qui ait sa source en Dieu et qui produise des œuvres conformes à l'esprit fraternel et à la charité de Jésus-Christ. Le Christ a apporté sur la terre et a voulu allumer dans tous Irs cœurs cette charité qui seule pourrait donner : quelque bonheur non seulement à l'âme, mais aussi au corps et meme pour ta vie présente. Elle réprime, en effet, dans l'homme, Vamour immodéré de lui-même. et elle tempere Pamour des richesses qui est la racine de lois les TRAME (21 ),
I] est certain que toutes les prescriptions de la justice doivent être observées en ce qui concerne les rapports des diverses classes de citoyens ; cependant, c'est surtout avee le secours et grâce au gouvernail de la charité, qu'il sera. possible d'obtenir entin que, dans Ia socié
(20)-I Gor, XI, 4306.
(21) Tim,, VI, 10,
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