‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme] (volume 4)Chapitre 36 sur 105 · RAR PE LE · texte numérisé non relu

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armes ils comptent pour nous vainere, voila ce qu'il faut déterminer avant tout. En effet, autrefois la lutte était entre nous et ces hommes qui, confiants dans leur sens prive, et répudiant les traditions divines et le magistère de l'Église, avaient soutenu que l'Ecriture est l'unique source et le juge supréme de la foi; aujourd'hui, c'est aux Rationalistes que nous avons affaire, Fils pour ainsi dire et héritiers des premiers, appuyés de méme sur leur propre jugement, ils ont rejeté jusqu'à ees restes de foi chrétienne qu'ils avaient reçus de leurs pères. En effet, pour eux, rien n'est divin, ni la révélation, ni l'inspiration, ni l'Ecriture ; il n'y a en tout cela que des œuvres humaines, des inventions humaines. On n'y trouve pas le récit véridique d'événements réels, mais ou bien des fables ineptes, ou bien des histoires mensongeres ; ailleurs ce ne sont ni des prophéties, ni des oracles, mais tantôt des prédictions arrangées aprés l'événement, tantôt des divinations dues aux énereles naturelles : ou encore, ce ne sont ni des miracles proprement dits, ni des manifestations de la puissance divine, mais des prodiges qui ne dépassent nullement les forces de la üature, ou méme des illusions et des mythes ; enfin les Evangiles et les écrits apostoliques appartiennent à des auteurs tout autres que ceux que nous leur attribuons,

Ces erreurs monstrueuses, qui renversent, croientils, l'inviolabilité des divines Ecritures, ils les imposent comme les décrets infaillibles d'une certaine science nouvelle, la sedence libre Bt pourtant, ils les tiennent eux-mêmes pour si incertaines que, sur un méme point, tls les modifient assez souvent et les completent. Cependant, avec des sentiments et des pensées aussi impies sur Dieu, sur le Christ, sur l'Évangile et le reste des Ecritures. bon nombre parmi eux veulent passer pour théologiens, pour chrétiens et amis de l'Evangile, et couvrir d'un nom

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Ces faux chrétiens trouvent des complices parmi les adeptes des autres sciences qu'une méme répugnanee pour la Révélation entraine avec eux à l'assaut de la Dible. Nous ne saurions assez déplorer ces attaques chaque jour plus vives et plus multipliées. Elles sont dirigées contre les hommes ins: truits et éclairés qui peuvent, il est vrai, s'en délendre sans trop de peine, mais aussi et surtout contre la multitude ignorante ; c'est sur elles que des adversaires acharnés concentrent tous leurs moyens de séduction. Les livres, les pamphlets, les journaux leur servent à verser le poison mortel ; ils le distillent dans les discours, dans les conversations, Déjà ils ont tout envahi dans la société : ils ont dans la main un grand nombre d'écoles, soustraites à la tutelle de l'Eglise, où ils ne craignent pis d'employer jusqu'à la moquerie et aux plus grossieres plaisanteries pour dépraver l'esprit de la jeunesse toujours facile à recevoir les préjugés et les impressions et pour lui inspirer le mépris de l'Ecriture.

Voilà, Vénérables Frères, de quoi émouvoir et enflammer le zèle de tous les pasteurs. Il faut qu'à cette nouvelle science qui usurpe son nom (27), nous opposions cette vraie science que le Christ a transmise par les Apôtres à l'Eglise : il faut que dans ce combat acharné, l'Ecriture Sacrée voie se lever des champions bien armés pour sa défense.

En conséquence, notre premier soin doit être de faire en sorte que dans les séminaires ou les universités l'enseignement des saintes Lettres réponde et à l'importance du sujet et aux besoins des temps. Pour ÿ parvenir, rien n'est plus important que de bien choisir les maitres; il faut appeler à cette charge, non certes les premiers venus, mais des hommes qu'un grand amour et une longue [réquen-

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tation des Saintes Ecritures, en même temps qu'une culture variée, recommandent et désignent pour s'en acquitter dignement, I] convient aussi de prévoir de bonne heure à qui l'on pourra un jour confier leur succession ; il sera bon pour cela, partout où ce sera possible, de mettre à part quelques sujets de grande espérance et, aprés qu'ils auront parcouru honorablement la carriére des études théologiques, d'en appliquer quelques-uns exclusivement à l'étude des saints Livres, en les laissant libres pour quelque temps d'approfondir à leur gré quelque sujet particulier. Quand les maitres auront été ainsi et choisis et formés, ils pourront. aborder avec confiance leur tâche : pour l'uccomplir heureusement et y recueillir les fruits espérés, Nous croyons utile de leur donner ici quelques avis plus étendus.

Les maitres, donc, devront se proposer, au seuil méme de leur enseignement, la formation des es. prits novices, le développement ^t la culture du jugement, qui doit étre rendu propre à défendre un Jour les saints Livres et à y puiser la vraie doctrine. C'est à quoi tend le traité dit de l'Introduction générale à la Bible, où l'élève apprend :

l'intégrité et l'autorité de la Bible, à en rechercher et à en découvrir le vrai sens, à démasquer et à conlondre les objections captieuses — Est-il besoin de dire à quel degré il importe que ce traitées dès le début avec les auspices et avec le

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8 questions soient sclence et méthode, sous secours de la théologie, puisque toute la suite des études scripturaires où bien sappuie sur ce fondement ou bien s'éclaire de ces vérités ?^ Partant de là, le maitre abordera la partie la plus féconde de son enseignement qui est l'exégese des textes : il y me prendre à ses auditeurs à faire servir au bien de la religion et de la piété les richesses de | divine,

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d'expliquer en détail, dans les écoles, la Sainte Ecriture toute entiére : Ja matiére en est trop étendue, et le temps qu'on y peut consacrer trop court. Mais comme il faut une méthode pour diriger l'interprétation, un maitre prudent aura à éviter deux défauts dont l’un consiste à choisir dans chaque livre des morceaux que l'on ne fait qu'efleurer à la hate, l'autre à s'attarder outre mesure sur quelque passage d'un seul livre.

Il est vrai qu'on ne peut pas faire dans toutes les écoles ce qu'on fait dans les Universités, c'est-à-dire présenter une exposition large et continue de tel ou tel livre sacré, Mais partout du moins il faut faire en sorte que les morceaux désignés comme objets des lecons soient traités avec une ampleur suffisante. Ces explications partielles, faites comme il convient, donneront aux élèves, avec la connaissance, l'attrait de l'étude, l'amour de la Sainte Ecriture, le désir de la lire pendant toute Jeur vie.

Pour cela, fidéle aux préceptes des ancétres, on adoptera comme texte principal celui de la Vulgate, que le saint Concile de Trente a déclaré authentique, " pour les leçons publiques les discussions, la prédication, l'exposition de la doctrine sacrée ” (28), et que recommande de plus la pratique Journalière de l'Eglise, Ce ne sera Pas une raison pour ne pas tenir compte des autres versions que l'antiquité chrélienne a estimées et employées et surtout des manuscrits primitifs, Qnant à l'ensemble, il est vrai, les leçons de la Vulgate reproduisem fidèle. ment la pensée exprimée dans l'hébreu et dans le gree; toutefois, si le latin offre quelque part un sens équivoque, une expression moins correcte, il sera utile, sur le conseil de saint Augustin, de recourir à l'un des textes rédigés dans une langue plus anclenne (29), Pour comprendre ce que ce dicerne-

(28) Sess. IV, decr, de edit, ef HSH Sate?

(29) De doctr, chr, HL, 4,

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ment ade délicat, il faut se rappeler que le devoir du commentateur “est non pas d’exprimer une opinion personnelle, mais de rendre la pensée de l'auteur qu'il interprete " (30). Quand on a mis tous ses soins, là où il est nécessaire, à éclaircir le texte, on peut rechercher et expliquer la pensée qui s'y cache. Un premier conseil à suivre, c'est d'observer avec un soin d'autant plus vigilant les règles d'interprétation considérées comme les plus süres que l'attaque des adversaires est plus vigoureuse et plus menacante. C’est pour cela qu'à l'analyse du sens des mots, de la liaison et de la suite des idées, du parallélisme des passages, etc., il serait bon d' ajouter le secours extérieur de la science profane. On évitera pourtant d'aecorder plus de temps ou d'étude à ces questions étrangères qu'à l'intelligence méme des saints Livres: une trop grande dispersion des connaissances serait plus nuisible qu'utile à l'esprit des jeunes gens,

Cela fait, on pourra en toute sécurité se servir de la Sainte Ecriture dans toutes les matiéres théologiques. Dans ce genre d'études, il est bon de remarquer qu'aux diflicultés déjà nombreuses que présente d'ordinaire l'intelligence des livres anciens, s'ajoutent des difficultés spéciales aux Livres sacrés. Là en effet les paroles dont l'Esprit-Saint est l'auteur recouvrent une foule d' objets qui dépassent la portée de la raison humaine, à à savoir les mysteres divins et tout ce qui s'y rattache ; souvent la pensée est si haute ou si mystérieuse que nile sens littéral ne suffit à l'exprimer ni les lois ordinaires de l'herméneutique à la découvrir. Aussi le sens littéral appelle-t-il à son secours d'autres sens qui servent soit à éclairer la doctrine, soit à fortifier les préceptes moraux.

Aussi faut-il reconnaitre qu'il règne dans les saints

(30) 8. Hier, ad. Pammach,

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