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Il est dans l'ordre, avons-nous dit, que ni l'individu ni la famille ne soient absorbés par l'Etat; il est juste que l'un et l'autre ait la faculté d'agir avec liberté, aussi longtemps que cela n'atteint pas le bien général] et ne fait injure à personne. Cependant aux gouvernants il appartient de protéger la communauté et ses parties: la communauté, parce que la nature en a confié la conservation au pouvoir souverain, de telle sorte que le salut publie n'est pas seulement ici la loi supréme, mais la cause méme et la raison d'étre du principal; les parties, parce que de droit naturel, le gouvernement ne doit pas viser l'intérét de ceux qui ont le pouvoir entre les mains, mais le bien de ceux qui leur sont soumis. Tel est l'enseignement de la philosophie non moins que de la foi chrétienne, D'ailleurs toute autorité vient de Dieu et est une participation de son autorité supréme; dés lors, ceux qui en sont les dépositaires doivent l'exercer à l'instar de Dieu, dont la paternelle sollicitude ue s'étend pas moins à chacune des créatures en particulier qu'à tout leur ensemble. Si done, soit les intéréts généraux, soit l'intérét d'une classe en particulier se trouvent, o4 lésés ou simplement menacés, et qu'il soit impossible d'y remédier ou d'y obvier autrement, il faudra de toute nécessité recourir à l'autorité publique Or il importe au salut commun et privé que l'ordre et la pai» règnent partout; que toute l'économie de la vie . mestique soit réglée d'aprés les commandements de Dieu et les principes de la loi naturelle; que la religion soit honorée et observée : que l'on voit fleurir les mœurs privées et publiques; que la justice soit religieusement gardée et que jamais une classe ne puisse opprimer l'autre impunément : qu'il croisse de robustes générations, capables d'étre le soutien et, s'il le faut, le rempart de la patrie. C'est pourquoi, s'il arrive que les ouvriers, abandonnant le travail ou le suspendant par les gréves, menacent la tranquilité généra-
——— Po PE ROSE
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le; que les liens naturels de la famille se relachent parmi les travailleurs; qu'on foule au pied la religion des ouvriers, en ne leur facilitant point l'accomplissement de leurs devoirs envers Dieu; que la pro: miscuité des sexes, ou d'autres excitations au vice, constituent dans les usines un péril pour la moralité ; que les patrons (crasent les travailleurs sous le poids de fardeaux iniques, ou déshonorent en eux la personne humaine par des conditions indignes et dégradantes; qu'ils attentent à leur santé par un travail excessif et hors de proportion avec leur age et leur sexe : dans tous ces cas il faut absolument appliquer, dans de certair»s limites, la force et l'autorité des lois. Ces limites seront déterminées par la fin méme qui appelle le secours des lois, c’est-à-dire, que celles-ci ne doivent pas s'avancer ni rien entreprendre au-deià de ce qui est nécessaire pour réprimer les abus et écarter les dangers.
Les droits, oà qu'ils se irouvent, doivent étre religieusement respectés et l'Etat doit les assurer à tous les citoyens, en prévenant ou en vengeant leur violation. Toutefois, dans la protection des droits privés, il doit se préocuper, d'une maniere spéciale, des faibles et des indigents. 7.4 classe riche se fait comme un rempart de scs richesses et a moins besoin de la tutelle publique. La classe indigente, au contraire, sans richesses pour la mettre à conver’ des injustices, compte surtout sur la protection de l'Etat. Que l'Etat se fasse donc, à vn titre tout particulier la providence des travailleurs, qui appartiennent à la classe pauvre en général.
Mais il est bon de traiter à part certains points de
plus grande importa" --En premier lieu, il faut que les lois publiques — »nt, pour les propriétés pri-
vées, une protection et une sauvegarde. Et ce qui importe par dessus tom, au milieu de tant de cupidité en effervescence, c'est de contenir les masses dans le devoir; car, s'il est permis de tendre vers de
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meilleures destinées avec l'aveu dela justice, enlever de force le bien d'autrui, envahir les propriétés étran-
geres, sous le pretexte d'une absurde égalité, sont
choses que la justice condamne et que l'intérêt lui-méme répudie. Assurément les ouvriers, qui
veulent améliorer leur sort par un travail honnête et en dehors de toute injustice, forment la trés-grande majorité; mais combien n’en compte-t-on pas qui, imbus ce fausses doctrines et ambitieux de nouveautés, mettent tout en œuvre pour exciter des tumultes et entrainer les autres à la violence. Que l'autorité publique intervienne alors, et que, mettant un frein aux excitations des meneurs, elle assure les mœurs des ouvriers contre les artifices de la corruption, et les légitimes propriétés contre le péril de la rapine,
Il n'est pas rare qu'un travail trop prolongé ou trop pénible, et un salaire réputé trop faible, donnent lieu à ces chómages voulus et concerts, qu'on appelle des grèves. A celle plaie, si commune et en méme temps si dangereuse, il appartient au pouvoir publie de porter un remède : car, ces chómages non sealement tournent au détriment des patrons et des ouvriers eux-mémes, mais ils entravent le commerce, et nuisent aux intéràts généraux de la société: et comme ils dégénérent facilement en violences et en tumultes, la tranquilité publique s'en trouve souvent compromise
Mais ici il est plus efficace et plus salutaire que l'autorité des lois prévienne le mal et l'empéche de se produire, en écartant avec sagesse les causes qui paraissent de nature à exciter des conflits entre ouvriers et patrons. Chez l'ouvrier pareillement il est des intéréts nombreux qui réclament la protection de l'Etat, et en première ligne ce qui regarde le bien de son àme.
La vie du corps en effet quelque précieuse et désirable soit-elle, n'est pas le but dernier de notre existence; elle est une voie et un moyen, pour arriver
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par la connaissance du vrai et l'amour du bien à la perfection de la vie de l'âme. C'est l'àme qui porte gravée en elle-même l'image et la ressemblance de Dieu; c'est en elle que réside cette souveraineté dont l'homme fut investi, quand il regut l'ordre de s'assujettir la nature inférieure, et de mettre à son service les terres et les mers. Remplissez la ierre et l'assujetissez ; dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du ciel et sur fous les animaux qui se meuvent sur la terre x.
A ce point de vue, tous les hommes sont égaux : point de différence entre riches et pauvres, maitres et serviteurs, princes et sujets: I/s m'ont tous qu'un méme Seigneur. Cette dignité de l'homme, que Dieu lui-même traite avec un grand respect, il n'est permis à personne de violer impunément, ni d'entraver la marche de l'homme vers cette perfection qui répond à la vie éternelle et céleste. Bien plus, il n'est méme pas loisible à l'homme sous ce rapport, de déroger spontanément à la dignité de sa nature, ou de vouloir l'asservissement de son àme, car il ne s'agit pas de droits dont il ait la libre disposition, mais de devoirs envers Dieu qu'il doit religieusement remplir. C'est de là que découle la nécessité du repos et de la cessation du travail aux jours du Seigneur. Qu'on n'entende pas touteiois par ce repos, une plus large part faite à une stérile oisivité ou encore moins, comme un grand nombre le souhaitent, ce chómage fauteur des vices et dissipateur des salaires, mais bien un repos sanctifié par la religion. Ainsi allié avec la religion, le repos retire l'homme des labeurs et des soucis de la vie quotidienne, l'éleve aux grandes pensés du ciel, et l'invite à rendre à son Dieu le tribut d'adoration qu'il lui doit. Tel estsur-
1 Replete lerram et subjicite eam, e! domenamint piscibus, maris et volatitibus cat et untversts animantibus, qua moventur super terram. Gen. 1,28,
2 Nam idem Dominns omnium. Rom. X, 12.
n à la porte ice de raineté dre de | à son terre et r, et sur neuvent
égaux :
maitres is qu'un ie Dieu permis ntraver on qui plus, il ‘apport, nature, r il ne sition, isement sité du urs du par ce olsivité souhaieur des 'eligion.
homme ,léleve re à son est sur-
aris ed TuuH. Gen.
tout le caraetére et la raison de ce repos du septiéme jour dont Dieu avait fait, méme déjà dans l'ancien Testament, un des principaux articles de la loi: Souviens-loi de sanctifier le jour du sabbal ,: et dont il avait lui-même donné l'exemple, par ce mystérieux repos pris incontinent après qu'il eût créé l'homme; Il se reposa le septième jour de tout le travail quil avait fait x.
Pour ce qui est des intéréts physiques et corporels, l'autorité publique doit tout d'abord les sauvegarder, en arrachant les malheureux ouvriers aux mains de ces spéculateurs, qui ne faisant point de différence entre un homine et 4,. machine, abusent sans mesure de leurs personnes pour satisfaire d'insatiables cupidités. Exiger une somme de travail, qui en émoussant toutes les facultés de l'àme, écrase le corps et en consume les forces jusqu'à l'épuisement, c'est une conduite que ne peuvent tolérer ni la justice ni l'humanité. L'activité de l’homme, -bornée comme sa nature, a des limites qu’elle ne peut franchir. Elle s'aceroit sans doute par l'exercice et l'habitude, mais à la condition, qu'on iui donne des relaches et des intervalles de repos. Ainsi le nombre d'heures d'une journée de travail ne doit-elle pas excéder la mesure des forces des traveilleurs, et les intervalles de repos devront-ils étre proportionnés à la nature du travail et à la santé de l'ouvrier, et réglés d'aprés les circonstances des temps et des lieux. L'ouvrier qui arrache à la terre ce qu'elle a de plus caché, la pierre, le fer, l'airain, est soumis à un labeur dont la briéveté devra compenser la peine et la fatigue, ainsi que le dommage physique qui peut en être la conséquence. Il est juste en outre que l'on tienne compte des époques de l'année: tel
3 Memento ut diem sabbati sauctifices. Exod. XX, 8.
1 Neguievid die septimo ab universe apere quod patrarat, Gen. II, 2
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