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On ne saurait mettre en doute que dans la pratique de la vie, des devoirs plus nombreux et plus grands ne soient imposés aux catholiques qu'aux hommes mal instruits de notre foi, ou totalement étrangers à ses enseignements. Aprés avoir opéré le salut du genre humain, Jésus-Christ, commandant à ses A pótres de précher l'Evangile à toute créature, im posa en méme temps à tous les hommes l'obligation d'écouter et de croire ce qui leur est enseigné, A l'aecomplissement de ce devoir est rigoureusement attaché l'acquisition du salut éternel : celui qui croira e? qui sera baplisé, sera sauvé : celui qui ne croira pas, sera condamné, (S8. Mare XVI, 16). Mais l'homme qui a, comme il le doit, embrassé la foi chrétienne est, par ce fait méme, soumis à l'Eglise, s.. mére, et devient membre de la société la plus haute et la plus sainte que, sous Jésus-Christ son chef i visible, le Pontife de Rome, avec une pleine autorité, a 1 mission de gouverner,
Or, si la loi naturelle nous ordonne d'aimer d'un amour de prédilection et de dévouement le pays oü nous sommes nés et où nous avons été élevés, jusque-là que le * a citoyen ne craint pas d'affronter la mort pour sa patrie, à plus forte raison les chrétiens doivent-ils étre animés de pareils sentiments à légard de l'Eglise. Car elle est la Cité sainte du Dieu vivant et la fille de Dieu lui-méme, de qui elle a reçu sa constitution. C'est sur cette terre, il est vrai, qu'elle accomplit son pèlerinage ; mais elle appelle les hommes et les prépare et les conduit à la félieité immortelle du ciel. Il faut donc aimer la . patrie terrestre qui nous a donné de jouir de cette vie mortelle; mais il est nécessaire d'aimer d'un amour plus ardent l'Eglise, à qui nous sommes redevables de la vie immortelle de l'àme, parce qu'il faut préférer les biens de l'àme aux biens du corps, et. que les devoirs envers Dieu sont bien plus inviolables que les devoirs envers les hommes.
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Au reste, si nous voulons voir ei accepter la vérité, l'amour surnaturel envers l'Eglise et l'attachement naturel à la patrie sant deux amours jumeaux, procédant du même principe immuable, puisque Dieu même est l'auteur et la source de l'un et de l'autre: d'où il suit qu'un de ces deux devoirs ne peut combattre l'autre, Oui, assurément, nous pouvons et nous devons nous aimer nous-mémes, étre bons pour le prochain, aimer la patrie et le pouvoir qui la gouverne; et en méme temps tenir à l'Eglise par tous les liens de la piété filiale et nous attacher à Dieu avec le plus grand amour dont nous sommes 'apables.
Cependant l'ordre de ces devoirs se trouve quelquefois injustement bouleversé, soit par le malheur des temps, soit plus encore par la volonté perverse des hommes. [1 arrive, en effet, que parfois les exigences de l'Etat envers le citoyen contredisent celles de la religion à l'égard du chrétien ; et ces conflits viennent de ce que leurs chefs politiques tiennent pour nalle la puissance sacrée de l'Eglise, ou veulent se l’asujettir. De là la lutte, et dans la lutte le danger pour la vertu. Deux pouvoirs sont en présence, donnant des ordres contraires, Impossible de leur obéir à tous les deux simultanément: Nw ne peut servir deux maîtres (S. Matth. vt, 24). Céderà l'un, c'est mépriser l'autre. Auquel accorder la préférence ? L'hésitation n'est pas permise, C’est un crime
de renoncer au service de Dieu pour complaire à des hommes; c'est un sacrilége de fouler aux pieds les lois de Jésus-Christ pour obéir à des magistrats, ou d'abandonner les droits de l'Eglise sous prétexte de Sauvegarder le droit civil: 1/ vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes (Act. Ap. v, 29). Cette réponse que faisaient autrefo’ Pierre et Jeg autres Apótres aux magistrats qui lear commandaient des choses illicites, il faut, en. pareiile circonstance, la faire toujours et sans bésiter. Il n'est pas de meilleur citoyen, soit
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en paix, soit en guerre, que le chrétien fidéle à son devoir; mais ce chrétien doit étre prêt à tout sonffrir, même la mort, plutôt que de déserter la cause de Dieu et de l'Eglise,
Aussi, ils méconnaissent la notion première des lo?s ceux qui condamnent cette ligne de conduite et cette fermeté, et qui prétendent la traiter de sédition, On le sait, et Nous l'avons Nous-méme expliqué plusieurs fois : la loi n’ st autre chose qu'un commandement de la droite raison porté par la puissance légitime pour le bien général. Mais il n'y a de vraie et légitime puissance que celle qui émane de Dieu, souverain Seigneur et maitre de tous, lequel seul peut investir un homme d'une autorité sur les autres hommes ; et elle n'est pas la droite raison, celle qui est en désaccord avec la vérité et avec la raison divine; il n'est pas non plus un bien véritable, celui qui est incompatible avec le bien supréme et immuable, qui détourne et éloigne de la charité de Dieu les volontés des hommes.
Les chrétiens done respectent le pouvoir civil, dans lequel, méme quand if réside dans un mandataire indigne, ils voient une reproduction et une image de la divine Majesté. Ils gardent düment et justement les lois, noa par crainte de la force et des menaces, mais par devoir de conscience, car Dieu ne nous a pas donné l'esprit de crainte (11 Timoth. ht). Mais, si les lois de l'Etat sont en désaccord ouvert avec la loi divine, s! elles font injure à l'Eglise ou sont contraires aux devoirs religieux; si elles violent dans le Pontife Supréme l'autorité de Jésus-Christ : alors leur résister est un devoir, leur céder est un crime; crime retombant sur l'Etat lui-méme, car l'Etat subit le contre-coup de toute offense faite à la religion. On voit ici combien est injuste le reproche de sédition. En effet on refuse ni au prince, ni aux législateurs l'oocissance qui leur est due; seulement on s'écarte de leur volonté au sujet de
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des lois.
Vous reconnaissez là. Vénérables Fréres doctrine méme de l'apótre saint Paul. Dans son Epitre à Tite, aprés avoir "appelé aux chrétiens qs doivent Étre soumis aux princes e aum puissances, et obéir à leurs rommandements, il ajoute aussitôt : e/ étre prets à 'oute b nue œuvre. (Tit. 111, 1). Par là il déclare ouvertement que, si les lois des hommes renferment des prescriptions contraires à l'éternelle loi de Dieu, il laut ne pas obéir. De méme, à ceux qui voulaient lui enlever la liberté de précher l'Evangile, le Prince des Apótres faisait cette courageuse et sublime réponse: Jugez vous-mémes s'il est Juste devant Dieu de vus obéir plutôt qu'à Dieu ; cur nous ne pouvons Pas ne pas dire ce que nous avons vu el en endu (Act. 1v, 19, 20 .
Aimer les deux patries, celle de la terre et celle du ciel. mais de telle façon que l'amour de la patrie céleste l'emporte sur la première et que jamais les lois humaines ne passent devant la loi de Dieu, tel est donc le devoir essentiel des chrétiens d'oü sortent, comme de leur source, les autres devoirs. Le R édempteur du genre humain n’a-t-i] pas dit de lui-méme : Je Sus né et suis venu an monde, afin e rendre témoignage à la vérité (S, Jean, XVIII, 87) ; et encore : Je Suis venu apporter le fen sur la terre, of que venue, Sinon qu'il s'allume (S. Lue, XII, 49, ? C'est dans Ja connaissance de cette vérité, supréme perfection de l'intelligence ; c'est dans la charité divine, qui perfectionne également la volonté, que réside toute la vie et ]a liberté chrétienne, Cette vérité et cette charité, elorieux patrimoine à elle confié par Jésus-Christ. l'Eglise les détend et les conserve avec un Zóie et une vigilance toujours infatigables, |
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Mais avec quel acharnement et de combien de facons on fait la guerre à l'Eglise, il est à peine nécessaire de le rappeler. De ce qu'il a été donné à la raison, aidée des investigations de Ja science, d'arracher à la nature bon nombre de ses secrets et de les faire servir aux divers usages de la vie, les hommes en sont venus à ce degré d'orgueil qu'ils croient pouvoir bannir de la vie sociale Dieu et son autorité.
Égarés par cette erreur, ils transferent à la nature humaine le pouvoir dont ils prétendent dépouiller Dieu. D'après eux, c’est à la nature qu'il faut demander le principe et la régle de toute vérité; tous les devoirs de religion découlent de l’ordre nature] et doivent lui étre rapportés; par conséquent, négation de toute vérité révélée, négation de la morale chrétienne et de l'Eglise. Celle-ci, à les entendre, n'est investie ni de la puissance d'édicter des lois, ni méme d'un droit quelconque; elle ne doit tenir aucune place dans les institutions publiques. Afin de pouvoir plus commodément adapter les lois à de telles doctrines et y façonner les mœurs des peuples,
ne négligent rien pour s'emparer de la direction des affaires et mettre la main sur le gouvernail des Etats. C'est ainsi qu'en beaucoup de contrées, le catholicisme est ou bien ouvertement battu en bréche, ou secrétement attaqué, Les erreurs les plus pernicieuses sont assurées de l'impunité, et de nombreuses entraves sont apportées à la profession publique de la vérité chrétienne.
En presence de ces iniquités, il est tout d'abord du devoir de chacun de veiller sur soi-méme et de prendre tous les moyens pour conserver intacte la foi dans son Ame, évitant les dangers et s'armant contre tant de fallacieux sophismes. Afin de mieux sauvegarder l'intégrité de cette vertu, Nous jugeons trés utile et trés conforme aux besoins de nos temps que chacun, dans la mesure de ses moyens et de son
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intelligence, fasse de la doctrine chrétienne une étude approfondie et s'efforce d'arriver à une connaissance aussi parfaite que possible des vérités réligieuses nccessibles à la raison humaine. Cependant il ne suffit pas que la foi demeure intacte dans les âmes ; elle doit, de plus, y prendre de continuels accroissements, et c'est pourquoi il convient de faire monter très souvent vers Dieu cette humble et suppliante prière des Apôtres : Seigneur, augmentez notre Su (S. Luc, xvii, 5).
Mais, en cette méme matiére qui regarde la foi ehrétienne, il est d'autres devoirs dont le fidéle et religieux accomplissement, nécessaire en tous les temps, l'est plus encore en nos jours.
Dans ce déluge universel d'opinions insensées, c'est la mission de l'Eglise de protéger la vérité et d'arracher l'erreur des âmes , et cette mission elle la doit remplir saintement et toujours, car à sa garde ont été confiés l'honneur de Dieu et le salut des hommes, Mais quand les circonstances en font une nécessité, ce ne sont pas seulement les prélats qui doivent veiller à l'intégrité de la foi mais, comme le dit saint Thomas: “Chacun est tenu de manifester publiquement sa foi, soit pour instruire et encourager les autres fidéles, soit pour réprimer les insultes des adversaires (S. Thomas, 2, 9, q. II art. II ad, 2).”
Reculer devant l'ennemi et garder le silence, lorsque de toutes parts s'élèvent de telles clameurs contre la vérité, c'est le fait d'un homme lâche, ou qui doute de la vérité de sa foi. Dans les deux cas, c'est une honte et un injure à Dieu; c’est incompatible avec le salut de chacun et avec le salut de tous: ce n'est profitable qu'aux seuls ennemis de ia foi; car rien n'enhardit autant l'audace des méchants que la nonchalance des bons.
D'ailleurs, la lacheté des chrétiens est d'autant plus blàmable, que souvent il faudrait bien peu pour réduire à néant les accusations injustes et réfuter
les opinions erronnées; et on le pourrait toujours avec un peu de peine, Aprés tout, il n'est personne qui ne puisse déployer ce courage propre aux chrétiens, qui suffit souvent à déconcerter les adversaires et à rompre leurs desseins. De plus, les chrétiens sont nés pour le combat; et, plus la lutte est ardente, plus, avec l'aide de Dieu, la victoire est certaine : Ayez c nfiance, jai vuiner le mone (8. Jean, xv, 33. Il n'y a point à objecter ici que Jésus- Christ, protecteur et vengeur de l'Eglise, n'a pas besoin de l'assistance des hommes. : Ce n'est point par le manque de puissance, mais par la magnificence de sa bonté qu'il veut que nous travaillions pour notre part à acquérir et à nous appliquer les fruits de salut qu'il nous a procurés.
Les premières applications de ce devoir sont de faire profession ouverte et constante de la doctrine catholique, et de la propager autant que chacun le peut. En effet, on l'a dit souvent et avec beaucoup de vérité, rien n'est si préjudiciable à la sagesse chrétienne que de n'etre pas connue. Mise en lumière, elle a par elle-même la force de dissiper l'erreur. Dès qu'elle est saisie par une âme droite et libre de préjugés, elle a aussitôt pour elle l'assentiment de la raison. Assurément, la foi, comme vertu, est un grand don de la gráce et de la bonté divine; toutefois, les choses à croire ne sont guere connues que par ce qu'on nous dit: Commen! croiront- ls à celui qu'ils Wont pas entendu ? Commen! entendr nl-ils, si pe sonne ne leur préche ?. . La foi vient donc de l'audition, par la prédication de la parole du Christ (Rom. x, 14, 17). Or, puisque la foi est indispensable au salut, il s'en suit nécessairement que la parole du Christ doit être préchée. De droit divin, la charge de précher, c'est-à-dire d'enseigner, appartient aux maitres que / /sprit-Siint a établis power régir l'Eglise de Dieu (Act. des Ap. xx, 23). Elle appartient par dessus tout au Pontife romain, Vicaire
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de Jésus-Christ, préposé avec ] raine à l'Eglise universelle, Moitre en ce qu'il faut eroire et en ce qu'il faut faire. Toutefois on doit bien se garder de penser qu'il soit interdit aux particuliers de coopérer à cet apostolat, surtout s'il s'agit des hommes à qui Dieu à départi les dons de l'intelligence avec le zèle pour le bien.
Toutes les fois que la chose vent avec avantage non pas s’ docteurs, mais communiquer ont eux-mêmes recu, et ment des maitres,
l'exige, ceux-ci peuarroger la mission des ‘aux autres ce qu'ils être l'écho de l'enseigne- D'ailleurs, cette coopération des particuliers a été jugée par les Péres du Concile du Vatican tellement opportune et féconde, qu'ils n'ont pas hésité à la réclamer, « Tous les chrétiens, disent-ils, surtout ceux qui président et qui enseignent, nous les supplions par les entrailles de Jésus- Christ et nous lenr ordonnons, en vertu de l'autorité de ce méme Dieu Sauveur, d'apporter leur zéle et leurs efforts pour éloigner ces horreurs et les éliminer de la sainte Eglise, et pour répandre la pure lumière de la foi. (Const. Dei Filius, vers la lin)." (ue chacun done se souvienne quil peut et qu'il doit répandre la foi catholique par l'autorité de l'exemple, et la précher par une profession publique et constante. Ainsi, dans les devoirs qui nous lient à Dieu et à l'Eglise, une grande place revient au zèle avec lequel chacun doit travailler, dans la mesure du possible à propager la foi chrétienne et à repousser les erreurs. Les fidèles ne satisferaient pas complètement et d’une manière utile à ces devoirs, s'ils descendaient isolément sur le champ de bataille. — Jésus-Christ a nettement annoncé que l'opposition haineuse, faite par les hommes à sa personne, se perpétuerait contre son œuvre, de façon à en empécher un grand nombre de profiter du salut, dont nous Ini sommes redevables, C'est pour cela quil a voulu non seulement former des disciples de
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Sho bilem enitn fth ir ea a
sa doctrine, mais les réunir en société et faire d'eux et de leur harmonieux ensemble un seul corps, qw? est l'Eglise (Coloss. 1, 24), et dont il est lui méme le Chef. La vie de Jésus-Christ pénètre donc tout l'organisme de ce corps, entretient et nourrit chacun de ses membres, les tient unis entre eux et les fait tous tendre à une méme fin, bien que l'action de chacun ne soit pas la méme: (Sicut enim in uno corpore multa membra habemus, omnia autem membra non eumdem actum habent : ita multi unum corpus sumus in Christo, sing li aut. m alter alterius membra (Rom, XI, 5). Il suit de là que l'Eglise est non-seulement une société parlaite et fort supérieure à toute autre société, mais qu'elle a reçu de son auteur l'ordre de combattre pour le salut du genre humain, comme une armée rangée en bataille (Cant. vr, 9).
Cet organisme, cette constitution de la société chrétienne ne peut ètre changé. Il n'est permis à personne ni de vivre à son gré ni de combattre comme il lui plait C’est pourquoi quiconque ne recueille pas avec l'Eglise et avec Jesus-Christ, dissipe : Qui non est mecum, contra me est: el qui non col igit mecum dispergit (S. Luc, x1, 23); et ceux-là sont très certainement les adversaires de Dieu qui ne combattent pas en union avec lui et avec son Eglise.
Pour obtenir cette union des esprits et cette uniformité dans l’action, si justement redoutées des adversaires du catholicisme, la première condition à réaliser est de professer les mémes sentiments. Avec quel zèle ardent et avec quelle gravité de langage saint Paul, exhortant les Corinthiens, leur recommande cette concorde! Mes Frères, je vous en conjure par le nom de .N. S Jésus-Christ, dites tous la méme chose; qu'il wy ait pas de divisions parmi vous ; ayez entre vous le plus parfait accord de pensées et de sentiments (I Cor. 1, 10).
La sagesse de ce précepte est facile à voir. En effet, la pensée est le principe de l'action : d'oü il suit
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que l'aecord ne peut se trouver dans l'ensemble dans la conduite, si chaque esprit pense différemment des autres, Chez ceux qui font profession de prendre la raison seule pour guide, on trouverait difficilement, si tant est qu'on la trouve jamais, l'unité de doctrine. En effet, l'art de connaitre le vrai est très difficile; de plus, l'inte]ligence de l'homme est faible par nat're et tirée en sens divers par la variété des opinions; elle est souvent trompée par les impressions du dehors; puis viennent les passions, qui souvent ou enlévent, ou diminuent beaucoup la faculté de saisir la vérité, Voila pourquoi, dans le gouvernement politique, on est souvent obligé de recourir à la force, afin d'opé-
rer une certaine union parmi ceux dont les e&prits sont en désaccord.
Il en est tout autrement des croire, ils le reçoivent de l'Eglise, dont l'autorité les guide sürement et leur garantit ia possession de la vérité. Aussi, de méme quil n'y a qu'une Eglise, parce qu'il n'y a qu'un Jésus-Christ, il n'y a et il ne doit y avoir entre les chrétiens du monde entier qu'une seule doctrine : wp seu! Seigneur, une seule foi (Ephes. 1v, 9). Ayant entre eux le meme esprit de foi, (11 Corinth. ty, 13), ils possèdent le principe tutélaire
d'où découlent l'union des volontés et l'uniformité dans l’action.
Mais, ainsi que l'ordonne | unanimité doit étre parfaite.
La foi chrétienne ne repose pas sur l'autorité dela raison humaine, mais sur celle de la raison divine; car ce que Dieu nous a révélé, “ nous ne le croyons pas a cause de l'évidence intrinséque de la vérité perçue par la lumière naturelle de notre raison, mais à cause de l'autorité de Dieu, qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. (Cone, du Vatic. Const. Dei filius, ch. 3)” Il résulte de là que, qu'elles que soient les choses manifestement contenues dans
les volontés, ni
chrétiens : ce qu'il faut
apótre saint Paul, cette
la révélation de Dieu, nous devons donner à chacune d'elles un égal et entier assentiment. Refuser de croire à une seule d'entre elles, équivaut, en soi, à les rejeter tonies. Car ceux-là détruisent également le fondement de la foi qui nient que Dieu ait parlé aux hommes, ou qui mettent en doute sa vérité et sa sagesse infinie.
Quand à déterminer qu'elles doctrines sont renfermés dans cette révélation divine, c'est la mission de l'Eglise enseignante, à laquelle Die a confié la garde et l'interprétation de sa parole; dans l'Eglise le docteur suprême est le Pontife romain. L'union des esprits réclame done, avec un parfait accord dang la même foi, une parfaite soumission et obéissance des volontés à l'Eglise, et au Pontife romain, comme à Lieu lui-méme.
L'obéissance doit étre parfaite, parce qu'elle est commandée par la foi, et elle a cela de commun avec la foi qu'elle ne peut pas étre partagée. Bien plus, si elle n'est pas absolue et parfaite de tout point, on n'a plus qu'un simulaere dobéissance, et non la réalité. La tradition chrétienne attache un tel prix à cette perfection de l'obéissance, qu’elle en a toujours fait et en fait toujours le signe caractéristique auquel on peut reconnaitre les catholiques. C'est ce que saint Thomas d'Aquin explique d'une manière admirable dans le passage suivant:
“ L'objet formel de la foi est la vérité premiere, ca tant qu'elle est manifestée dans les Saintes Ecritures et dans la doctrine de l'Eglise, qui procede de la vérité première Il suit de là que quiconque n'adhére pas comme à une régle infaillible et divine à la doctrine de l'Eglise, qui procède de la vérité premiére manifestée dans les saintes Ecritures, n'a pas la foi habituelle, mais possède autrement que par la foi les choses qui sont de son domaine...Or, il est manifeste que celui qui adhére à la doctrine de l'Eglise, comme à une régle infaillible, donne son
hacune iser de | 80] à lement t parlé té et sa
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assentiment à tout ce que l'Eglise enseigne; auirement, si, parmi les choses que l'Eglise enseigne, il retient ce qu'il lui plait et exclut ce qui ne lui plait pas, il adhére à sa propre volonté et non àla doctrine de l'Eglise, en tant qu'elle est une régle infaillible (2. 2. Q. 5, art. 8). La foi de toute l'Eglise doit étre une, selon cette parole de saint Paul aux Corinthiens (1 Cor. 1) : Ayez tous un méme langage et quil n'y ait pas de divisions parmi vous. Or, cette unité ne saurait étre sauvegardée qu'à la condition que les questions qui surgissent sur la foi soient résolues par celui qui préside à l'Eglise tout entière, et que sa sentence soit acceptée par elle avec fermeté, C'est pourquoi à l'autorité du Souverain Pontife seul il appartient de publier un nouveau symbole, comme de décerner toutes les autres choses qui regardent l'Eglise univer selle (Ibid. Q, 1, art. 10)" Lorsqu'on trace les limites de l'obé pasteurs des àmes et surtout au Pontife romain, il ne faut pas penser qu'elles renferment seulement les dogmes auxquels l'intelligence doit adhérer et dont le rejet opiniátre constitue le crime d'hérésie, Il ne suffirait méme pas de donner un sincére sentiment aux doctrines qui, sans avoir été jamais définies par aucun jugement solennel de l'Eglise, sont cependant proposées à notre foi, par son magistére ordinaire et universel, comme étant divinement révélées, et qui, d'aprés le Concile du Vatican, doivent étre crues de foi catholique et divine. Tl faut en outre que les chrétiens considérent comme un devoir de se laisser régir, gouverner et guider par l'autorité des évêques, et surtout par celle du Siège Apostolique. Combien cela est raisonnable, il est facile de le voir. En effet, parmi les choses contenues dans les divins or
acles, les anes se rapportent à Dieu, principe de la béatitude que nous espérons, et
les autres à l'homme lui-méme et aux moyens d'ar-
river à cette béatitude. Il appartient de droit divin
issance due aux
et ferme as-
à l'Eglise et, dans l'Eglise, au Pontife romain, de déterminer dans ces deux ordres c qu'il faut croire et ce quil faut faire. Voilà pourquoi le Pontite doit pouvoir juger avec autorité de ce que renferme la parole de Dieu, décider qu'elles doctrines y contredisent. De méme, dans la sphere de la morale, c'est à lui de déterminer ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est nécessaire et d’accomplir et d'éviter, si l'on veut parvenir au salut éternel; autrement, il ne pourrait étre ni l'interpréte infaillible de la parole de Dieu, ni le guide sür de la vie humaine.
Il faut encore pénétrer plus avant dans la constitution intime de | Eglise. En effet, elle n'est pas une association for uitement établie entre chrétiens, mais une société divinement constituée et organisée d'une manière admirable, ayant pour but direct et prochain de mettre les Ames en possession de la paix et de la sainteté. Et comme seule elle a reca de Dieu les moyens nécessaires pour réaliser une telle fin, elle a ses lois fixes, ses attributions propres et une méthode déterminée et conforme à sa nature de gouverner les peuples chrétiens.
Mais l'exercice de ce gouvernement est difficile et donne lieu à de nombreux conflits. Car l'Eglise régit des nations disséminées dans toutes parties du monde, différentes de races et de mœurs, qui, vivant chacune sous l'empire des lois de son pays, doivent à la fois obéissance au pouvoir civil et religieux. Ces devoirs s'imposent aux mêmes personnes. Nous avons déjà dit qu'il n'y a entre eux ni contradiction, ni confusion ; car les uns ont rapport à la prospérité de la patrie terrestre, les autres se réfèrent au bien général de l'Eglise; tous ont pour but de conduire les hommes à la perfection.
Cette délimination de droits et des devoirs étant nettement tracée, il est de toute évidence que les chefs d'Etat sont libres dans leur gouvernement;
et non seulement l'Eglise ne leur fait pas opposition,
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constias une s, mais e d'une 'ochain , de la Jieu les , elle a iéthode »verner
ficile et l'Eglise rties du , vivant doivent ligieux.
Nous diction, ospérité au bien onduire
rs étant
que les jement ; )osition,
mais elle les seconde de toutes ses forces, puisqu'elle recommande de pratiquer la piété, qui est la justice à l'égard de Dieu, et qu'ainsi elle préche la justice à l'égard des princes. Cependant la puissance spirituelle a une fin bien plus noble, puisqu'elle gouverne les hommes en défendant /e royaume de Dieu et sa Justice (S. Math. vr, 33), et qu'eile dirige vers ce but toutes les ressources de son ministére. On porterait atteinte a l'intégrité de la foi, si l'on mettait en doute que l'Eglise seule a eté investie d'un semblabe pouvoir de gouverner .es àmes, à l'exclusion absolue de l'autorité civile. En effct, ce n'est pas à César, c'est à Pierre que Jésus Christ a remis les clefs du royaume des cieux. De cette doctrine sur les choses civiles et religieuses découlent d'importantes conséquences dont nous voulons parler ici.
Entre les gouvernements politiques, et le gouvernement religieux il y a une distance immense. Si la république chrétienne a la ressemblance et la forme d'un Etat, elle surpasse de beaucoup les royaumes terrestres par son origine, par son but et par sa nature. L'Eglise a donc le droit de vivre et de se protéger par ses institutions et par ses lois conformes à sa nature. Etant d'ailleurs non seulement une société parfaite, mais une société supérieure à toute société humaine, elle ref se résolament de droit et par devoir de s'asservir aux partis et de se plier aux exigences muables de la politique. Par une conséquence du méme principe, gardienne de son droit et pleine de respect pour le droit d'autrui, elle estime un devoir de rester indifférente aux diverses formes de gouvernement et aux institutions civiles des Etats chrétiens; et, entre les divers systèmes de gouvernement, elle approuve tous ceux qui respectent la religion et les lois morales.
Tel est le modéle auquel chaque eatholique doit conformer ses sentiments et ses actes I] n'est pas douteux que, dans la sphére de la politique, il puisse
RG s
y avoir matiére à de légitimes dissentiments et que, toute réserve faite des droits de la justice et de la vérité, on puisse chercher à introduire dans les faits les idées que l'on estime devoir contribuer plus efficacement que les autres au bien général. Mais vouloir engager l'Eglise dans ces querelles des partis, et prétendre se servir de son appui pour triompher plus aisément de ses adversaires, c'est abuser étrangement de la religion. Au contraire, tous les partis doivent avoir la religion pour sainte et inviolable. De plus, dans l'ordre civil, inséparable des lois de la morale et des devoirs religieux, l'on doit toujours et en premier chef tendre à ce qui est le plus favorable au christianisme. Des qu'on voit ses intéréts menacés, tout dissentiment doit cesser entre catholiques, afin que, unis dans les mémes pensées et les mémes conseils, ils se portent au secours de la religion, bien général et supréme auquel tout le reste doit étre rapporté. Nous croyons nécessaire d'insister encore davantage sur ce point.
L'Eglise, sans nul doute, et la société politique ont chacune leur souveraineté propre; par conséquent, dans la gestion des intéréts qui sont de leur compétence, l'une n'est pas tenue d'obéir à l'autre, dans les limites immediates determinées parle but de chacune. De là il ne suit pas, cependant, qu'elles soient aucunement séparées et moins encore ennemies lune de l’autre. La nature, en effet, ne nous a pas seulement donné la vie physique, mais aussi la vie morale. C'est pourquoi de la tranquillité de l'ordre publie, but immédiat de la société civile, l’homme attend le bien être et surtout plus de secours pour perfectionner ses mœurs. Cette perfection morale consiste exclusivement dans la connaissance et la pratique de la vertu. Il veut en méme temps, comme
c'est son devoir, trouver dans l'Eglise le secours nécessaires à son perfectionnement religieux, lequel consiste dans la connaissance et l'exercice de la reli-
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gion véritable ; religion appelée reine des vertus, parce que, en ramenant à Dieu, elle les complete et les couronne toutes,
Dès lors, ceux qui rédigent des constitutions et font des lois, doivent avoir en vue la nature morale et religieuse de l'homme et sa perfeciion, mais avec ordre et droiture, n'ordonnant ni ne prohibant rlen e 3 avoir égard à la fin propre de chacune des sociétés civile et religieuse. L’Eglise ne saurait donc étre indifférente à ce que telles ou telles lois régissent les Etats, non pas en tant que ces lois appartiennent à l'ordre civil et politique, mais en tant qu'elles sortiraient de la sphére de cet ordre et empiéteraient sur ses droits. Ce n'est pas tout, L'Eglise a encore recu de Dieu le mandat de S'opposer aux institutions qui nuiraient à la religion, et de faire de continuels efforts pour pénétrer de la vertu de l'Evangile les lois et les institutions des peuples. Et comme le sort des Etats dépend principalement des dispositions de ceux qui sont à la téte du gouvernement, l'Eglise ne saurait accorder ni son patronage, ni sa faveur aux hommes qu'elle sait lui étre hostiles, qui refusent ouvertement de respecter ses droits qui cherchent à briser l'alliance établie par la nature méme des choses entre les intérêts religieux et les intérêts de l'ordre civil. Au contraire, son devoir est de favoriser ceux qui ont les saines notions sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat et veulent les voir travailler d'un commun accord au bien général.
Ces préceptes renferment la régle que tout catholique doit suivre dans sa vie publique. Ainsi, partout où l'Eglise ne défend pas de prendre part aux affaires publiques, l'on doit soutenir les hommes d'une probité reconnue et qui promettent de bien mériter de la cause catholique, e£ pour aucun motif
il ne peut étre permis de leur préférer des hommes hostiles à la religion,
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On voit par là combien grande est l'obligation de maintenir l'aecord entres les catholiques, surtout dans un temps ot le christianisme est combattu par ses ennemis avec tant densembles et d'habileté. Tous ceux qui ont à cœur d’être étroitement unis à l'Eglise, co/onve et appui de ta vérité, (Y Tim. 111, !5), éviteront lacilement ces maitres de mensonge, qui prowelten lal berlé, lan is qu'eux-mémes sont les «sc aves de la corruptio., (II Ep de S. Pierre 11, 1,19, Dien plus, rendus participants de la divine vertu de l'Eglise, ils triompheront des embüches par la prudence, de la force jar le courage. Ce n'est pas ici le lieu de ;schercher si et combien l'inertie et les dissentions intestines des catholiques ont favorisé le nouvel état de choses. Mais assurément, les méchants seraient moins audacieux et ils n'auraient pas accumulé tant de ruines, si la foi q» opère par la charité (Galat. v, 6), avait été plus robuste et plus énergique chez un grand nombre, et le relâchement des mœurs chrétiennes, dont Dieu Nous à confié la garde, ne serait pas si général. Puissent, du moins, les lecons du passé avoir le bon résultat d'inspirer une conduite plus sage pour l'avenir!
Quant à ceux qui prendront part aux affaires publiques, ils devront éviter surtout deux écueils: la fausse prudence et la témérité. Il en esi, en effet, qui pensent qu il ne faut pas résister de front à l'iniquité puissante et dominante, de peur, dissent-ils, que la luite n'exaspére davantage les méchants. De tels hommes sont-ils pour ou contre l'Eglise? On ne saurait le dire. Car, d'une part, ils disent professer la doctrine catholique, mais en méme temps ils voudraient que l'Eglise laissât libre cours à certaines théories qui lui sont contraires. Ils gémissent de la perte de la foi et de la perversion des mœurs; mais, à de tels maux, ils n'ont souci d'apporter aucun reméde, et méme il n'est pas rare qu'ils en augmen-
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inis à 1, 16), e. qui aves Bien u de ar la n'est nbien iques ssureet ils ol q»i plus re, et Dieu néral.
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tent l'intensité, soit par une indulgence excessive, soit par une pernicieuse dissimulation. Ils ne permettent à personne d'élever des doutes sur leur dévouement au Siege apostolique, mais ils ont toujours quelque reproche à formuler contre le Pontife romain.
La prudence de ces hommes est bien celle que l'apótre saint Paul appelle sagesse de la chair et mort de l'üme, par^e qu'elle n'est pas et ne peut pas être soumise à la loi de Dieu: Sapienria carnis inimica est Deo ; legi enim Dei non est subjecta, nec enim potest, Rom. : ‘11, 6, 7). Rien n'est moins propre à diminuer les maux qu'une semblable prudence, En effet, le dessein arrété des ennemis, et beaucoup d'entre eux ne craignent pas de s'en expliquer et de s'en glorifier ouvertement, est d'annéantir entiérement la religion catholique, la seule véritable. Pour réaliser un tel dessein ils osent tout. Car ils savent très bien que plus ils feront trembler leur adversaires, et plus ils auront de facilités pour éxécuter leur perverses entreprises. Aussi ceux qui aiment la prudence de la chair et qui font semblant d'ignorer que tout chrétien doit être vaillant soldat du Christ, qui prétendent obtenir les récompenses promises aux vainqueurs en vivant comme des laches et en s'abstenant de prendre part au combat, ceux-là, non seulement n'arrétent pas l'armée des méchants, mais secondent ses progrès.
Par contre, d'autres, et en assez grand nombre, mus par un faux zéle ou, ce qui serait encore pire, affectant des sentiments que dément leur conduite, sarrogent un róle qui ne leur appartient pas. IIs prétendent subordonner la conduite de l'Eglise à leurs idées et à leurs volonté, jusque-là qu'ils supportent avec peine et n'acceptent qu'avec repugnance tous ce qui s'en écarte. Ceux-là S'épuisent en vains efforts et ne sont pas moins repréhensibles que les premiers. Agir ainsi, ce u’est pas suivre l'autorité
légitime, c'est la prévenir et transférer à des particuliers, par une véritable usurpation, les po :voir de la magistrature spirituelle, au grand detriment de l'ordre que Dieu lui-même a constitué pour toujours dans son Eglise, et qu'il ne permet à personne de violer impunément,
Honneur à ceux qui vontau combat, quand il faut, avec l ferme persuasion que la force de l'injustice aura un terme, et qu'elle sera un jour vaincue par lo sainteté du droit et de la religion! Ils déploient un dévouement digne de l'antique vertu, en luttant pour défendre la religion, surtout contre la faction dont l'extréme audace attaque sans relâche le christianisme et poursuit de. ses incessartes hostilités le Souverain Pontife, tombé en son pouvoir, Mais de tels hommes ont grand soin d'observer les régles de l'obéissance et ils n'entreprennent rien de leur propre mouvement. Cette disposition à la docilité, unie à la constance et à un ferme courage, est nécessaire à tous les chrétiens, afin que, quelles que soient les épreuves apportées par les événements, i/s ne défaillent en rien, (S. Jacques, I, 4). Aussi souhaitonsnous ardemment de voir s'enraciner profondément dans les àmes de tous la prudence que saint Paul appelle /a prudence de l'esprit, (Rom. vit, 6). Dans le gouvernement ces actions humaines, cette vertu nous apprend à garder un admirable tempérament entre la lacheté, qui porte à la peur et au désespoir, et une présomptueuse témerité, trop süre d'elle-méme.
Il y a une différence entre la prudence politique relative au bien général et celle qui concerne le bien individuel de chacun (1). Celle-ci se montre dans les particuliers qui, dans leur propre conduite, obéissent aux conseils de la droite raison; celle-là est le propre
(1) La prudence procède de la raison, à laquelle i| appartient spécialement de conduire et de gouverner. D'oü il suit que, dans la mesure où quelqu'un a à conduire et à gouverner, i] doit 4tre un homme de
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des hommes chargés de diriger les affaires publiques, et particulièrement des princes qui ont pour mission d'exercer la puissance du commandement. Ainsi, la prudence civile des particuliers semble consister tout entière à exécuter fidèlement les préceptes de l'autorité légitime, Ces mêmes dispositions et ce même ordre doivent se retrouver au sein de la société chrétienne, et cela d'autant plus que la prudence politique du Pontife Suprême s'étend a un plus grand nombre d'objets. En effet, il n'a pas seulement à gouverner l'Eglise, mais encore à ordonner et à diriger l'aetion générale des citoyens chrétiens, en sorte qu'ils tendent à leur salut éternel. On voit par là combien il est indispensable qu'outre Ja parfaite concorde, qui doit régner dans leurs pensées et dans leurs actes, les fidéles prennent pour régle de leur conduite la sagesse politique de l'autorité ecclésiastique. Or, immédiatement aprés ]le Pontife romain et sous sa direction, le gouvernement des intéréts religieux du christianisme appartient aux évêques. S'ils ne sont pas placés au faite de Ja puissance pontificale, ils sont cependant veritablement princes dans la hiérarchie ecclesiastique; et comme chacun d'eux est préposé au gouvernement d'une Eglise particulière, ils sont, dit saint Thomas, * comme les ouvriers Principaux dans la coi truction de l'édifice spirituel — 'Quodiib. I, art. 14), et ils ont les
raison et de prudence. Mais il eat manifeste que le sujet, en tant qu'il
jet, et le serviteur en tant qu'il est serviteur, ne doit ni régir ni BON verner, mais être régi et gouverné La prudence n'est donc pas la vertu spéciale du serviteur, en tant qu'il est serviteur, ni du sujet, en tant qu'il est sujet Mais parce que |’homme, À cause de xa qualité d'étre raisonnable, participe au gouvernement dans la mesure oü la raison je dét mine, il convient que, dans la méme proportion, il possè ‘e la vertu de prudence, D'où il résuite manifestement que ]a prudence est dans le prince, comme est dans l'architecte an regard
du bátiment à construire, ainsi qu'il est dit au Livre Rixiéme deg Morales, et qu'elle est dans les 5"jets, comme elle est dans l'ouvrier employé à la construction. (S. Th, 2. 2. Q. 46 art. 12).
membres du clergé pour partager leurs travaux et exécuter leurs décisions Chacun doit régler sa vie d'aprés cette constitution de l'Eglise, qu'il n'est au pouvoir d'aucun homme de changer. Aussi, de méme que, dans l'exercice de leur pouvoir épiscopal, les évéques doivent étre unis au Siege Apostolique, de méme les membres du clergé et les laiques doivent vivre dans une trés étroite union avec leurs évéques.
Quelqu'un de ceux-ci préterait-il à la critique ou dans sa conduite, ou par les idées qu'il soutient, il n'appartient à aucun particulier de s'arroger à son égard l'office de juge, confié par N. 8. Jésus-Christ au seul pasteur qu'il a préposé aux agneaux et aux brebis. Que chacun grave -n 88 mémoire le très saint enseignement du Pape 8. Grégoire-le-Grand. «Les sujets doivent étre avertis de ne pas juger témérairement la vie do leur supérieurs, alors méme qu'il leur arriverait de les voir agir d'une facon repréhensible, de peur que la perspicacité avec laquelle ils reprennent le mal, ne devienne en eux le principe d'un orgueil qui les fera tomber dans des actions plus coupables. Ils doivent étre prémunis contre le péril de se constituer dans une opposition audacieuse vis-à-vis des supérieurs dont ils ont cons-
taté les défauts. Ceux-ci ontils vraiment commis des actions blamables, leurs inférieurs, pénétrés de la crainte de Dieu, ne doivent les juger au-dedans d'eux-mémes qu'avec la disposition d'avoir toujours pour eux une respectueuse soumission. Les actions des supérieurs ne doivent pas étre frappés par le laive de la parole méme quand elles paraissent mériter une juste censure (Reg. Pastoral. P. 111, cap. Iv)." Toutefois les efforts demeureront stériles, si la vie n'est pas réglée conformément à la discipline des mœurs chrétiennes. Rappelons-nous ce que O8 saints Livres nous disent de la nation des Juifs: Tant
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qu'ils ne péchaient pas contre leur Dieu, leur sort était prospère ; car Dieu hait l'iniquité. Mais quand itis s'écarlaient de la voie que Dieu leur avait tracée, ils étaient vaincus dans les combats par un grand nombre de peuples, (Judith, v, 21, 22). Or la nation des Juifs était comme une ébauche du peuple chrétien, et les vicissitudes de leur ancienne histoire ont souvent été l'image prophétique de ce qui devait se réaliser plus tard, avec cette différence que la Bonté divine nous a enrichis et comblés de bienfaits plus considérables, et que les péchés des chrétiens sort marqués au cachet d'une plus coupable ingratitude. Dieu n'abandonne jamais ni d'aucune manière son Eglise. Celle-ci n'a donc rien à redouter des attentats des hommes; mais les peuples qui ont dégénéré de la vertu chrétienne, ne sauraient avoir la méme garantie, Le péché rend les peuples misérab/es. (Prov. XIV, 34). Si les âges passés ont tous éprouvé les coups et la vérité de cette sentence, comment la nôtre ne l'éprouverait-il pas? On peut reconnaitre à bien des signes que nous commencons à subir les chátiments mérités par nos fautes. Que l'on examine l'état des sociétés modernes: un mal domestique en consume plusieurs; Nous n'en voyons aucune qui soit parfaitement en süreté, Si les lactions des méchants poursuivent leur marche audacieuse, s'il leur réussit de grandir en influence et en puissance, comme ils progressent en méchanceté, en inventions artificieuses, il est à craindre qu'ils ne viennent à démolir les fondements mémes que la nature a donnés à Jédilice social. Les seules ressources humaines sont impuissantes à prévenir de si formidables dangers, surtout à l'heure présente, où un grand nombre d'hommes ont rejeté la loi chrétienne et subissent la juste peine de leur orgueil. Aveuglés par leurs passions ils cherchent vainement la vérité, Ils prennent le faux pour le vrai, et ils se croient sages lorsqu'ils appellent mal le bien et bien le mal,
lorsqu'ils mettent les ténèbres à la place de la lumière el la lumière à la place des ténèbres. (Is. v, 20). Il est donec de toute nécessité que Dieu intervienne et que se souvenant de sa miséricorde, il jette un regard compatissant sur la société humaine. C’est pourquoi Nous renouvelons ici l'instante exhortation que Nous avons déjà faite, de redoubler de zéle et de persévérance, en adressant au Dieu clément d'humbles supplications et en revenant à la pratique des vertus qui constituent la vie chrétienne. Il importe, par dessus tout, d'exciter et d'entretenir la charité, qui est le soutien principal de la vie chrétienne et sans laquelle les autres vertus n'existent pas ou demeurent stériles. (C’est pour cela que l'apótre saint Paul, après avoir exhorté les Colossiens à fuir tous les vices et à s'acquérir la gloire des diverses vertus, ajoute: Mais par dessus tous, ayez la charité, qui est le lien de la perfection (Coloss. 111, 14). Oui, la charité est le lien de la perfection; car ceux qu'elle remplit, elle les unit intimement à Dieu luiméme et fait que leur âme reçoit sa vie de Dieu, agit avec Dieu et pour Dieu. Mais l'amour de Dieu ne doit pas étre séparé de l'amour du prochain, parce que les hommes sont participants de l'infinie bonté de Dieu et qu'ils portent en eux-mémes l'empreinte et la ressemblance de son Ktre. Nous tenons de Die: ce commandement : Que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère. (1 Ep. de S. Jean, 1v, 21). Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'en méme temps il haisse son frère, il ment (lb. 20). Ce précepte sur la charité a été qualifié de nouveau par son divin auteur, non pas en ce sens qu'une loi antérieure et la nature elle-méme n'eüt pas déjà commandé aux hommes de s'entr'aimer. mais parce que la maniére chrétienne de s'aimer était veritablement nouvelle et sans exemple dans le monde.
En effet, le méme amour dont Jésus-Christ est aimé par son Pére et par lequel il aime lui-méme les
lumière Il est et que regard pouron que èle et lément ratique Il imenir la 2 chré- :xxistent la que lossiens ire des ayez la III, 14).
ar ceux ieu luileu, agit Jieu ne 1, parce » bonté preinte de Die me aussi wun dit:
frère, il té qua- S en ce e-méme
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hommes, il l'a obtenu à ces diciples et à ces fidéles, afin qu'ils puissent n'être qu'un cœur et qu'une àme, de méme que, par nature, Lui et son Pére sont un. Personne n'ignore qu'elle a été l'efficacité de ce commandement, et avec qu'elle profondeur, dés le commencement, il s'implanta dans les cœurs des chrétiens et quel fruits de concorde, de bienveillance mutuelle, de piété, de patience, de courage, il produit. Pourquoi ne nous appliquerions-nous pas a imiter ces exemples de nos peres? Le temps méme ou nous vivons ne doit pas nous exciter médiocrement à pratiquer la charité. Puisque les impies se remettent à hair Jésus-Christ, que les chrétiens redeublent de piété à son égard et se renouvellent dans la charité, qui opère des grandes choses! S'il
a quelques dissensions, qu'elles s'apaisent! Qu'eiles cessent aussi ces luttes qui dissipent les forces des combattants sans profit aucun pour la religion! Que les intelligences s'unissent dans la foi, les cœurs dans la charité, afin que, comme cela est juste, la vie tout entiére s'écoule dans la pratique de l'amour de Dieu et de l'amour des hommes!
Nous ne voulons pas manquer ici d'exhorter spécialement les péres de famille à régler d'aprés ces préceptes le gouvernement de leurs maisons et l'éducation de leurs enfants dés leur bas age. La famille est le berceau de la société civile, et c'est en grande partie dans l'enceinte du foyer domestique que se prépare la destinée des Etats. Aussi bien ceux qui veulent en finir avec les institutions chrétiennes s'attaquant aux racines mêmes, s'efforcent-ils de corrompre la société domestique. Ils ne se laissent pas détourner de cet attentat par la pensée qu'une telle entreprise ne saurait S'accomplir sans infliger aux parents le plus cruel outrage, car c'est à eux qu'il appartient, en vertu du droit naturel, d'élever ceux quil ont mis au jour, avec l'obligation | d'adapter l'éducation et l'instruction des premiers à la
fin pour laquelle Dieu les leur a donnés. C'est done une étroite obligation pour les parents d'employer leurs soins et leurs efforts pour repousser toute injure en cette matiére, et tout vaincre pour qu'il soit en leur pouvoir d'élever leurs enfants, comme il faut d'une manière chrétienne et surtout empêcher qu'ils fréquentent les écoles où ils sont exposés à boire le funeste poison de l'impiété. Quand il s'agit de former comme il faut la jeunesse, on ne s'impose jamais tant de peine et delabeur qu'il ne faille encore s'en imposer davantage. Aussi, ces catholiques de toutes nations qui, en dépensant beaucoup d'argent et plus encore de zèle, ont créé des écoles pour l'éducation de leurs enfants, sont dignes d'étre proposés à l'admiration de tous. Il convient que ce bel exemple soit imité partout ot. les circonstances l'exigent Toutefois, et par dessus tout, qu'on sache que la formation domestique a toujours la plus grande influence dans l’âme des enfants. Si le jeune age trouve au foyer domestique les régles d'une bonne vie et l'exercice pratique des vertus chrétiennes, le salut de la société sera, en grande partie, garanti pour l'avenir.
Nous croyons avoir indiqué aux catholiques de notre temps ce qu'ilsont avanttoutà poursuivre et ce qu'ils ont à fuir. Il reste maintenant, et c'est votre part, Vénérables Frères, d'avoir soin que notre parole pénétre partout et que tous comprennent combien il importe de faire en effet ce que nous exposons en ces Lettres. Accomplir ces devoirs ne saurait étre une obligation génante et trop lourde. car le joug de Jésus-Christ est doux et son fardeau est léger; si toutefois quelque chose parait difficile à faire, c'est à vous d'user de votre autorité et d'agir par votre exemple, afin que chacun fasse de plus énergiques efforts et ne se laisse pas vaincre par les difficultés. Nousen avons souvent nous méme averti le peuple chrétien; montrez-lelui: les biens de l'ordre le plus
it donc iployer te injusoit en il faut r qu'ils boire le igit de impose encore jues de argent r l'éduposés à xemple exigent e la forgrande ine âge . bonne nnes, le garanti
jues de re et ce st votre e parole nbien il sons en ait étre le joug eger; sl Ire, c'est ar votre 'Tgiques Meultés.
élevé et les plus indispensables sont en péril; pour les conserver il n'est rien qu'il ne faille endurer: ces labeurs auront la plus grande récompense dont puisse étre couronnée la vie chrétienne. Par contre refuser de combattre pour Jésus-Christ, c'est combattre contre lui. Or, il l'a hautement proclamé : il reniera anx cieux devant son Père ceux qui auront refusé de le confesser sur la terre (S Luc, 1x, 26) Quand à nous et à vous tous, jamais, assurément, tant que la vie nous sera conservée, Nous ne Nous exposerons à ce que, dans ce combat, Notre autorité, Nos conseils, Nos soins puissent en quoi que ce soit faire défaut au peuple chrétien ; et il n'est pas douteux que, pendant toute la durée de cette lutte, Dieu n'assiste d'un secours particulier et le troupeau et les pasteurs.
Soutenus par cette confiance, comme gage des dons célestes et de Notre bienveillance, Nous vous accordons de tout cœur dans Notre-Seigneur, a vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à tout votre peuple, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 10 Janvier de l'année 1890 de Notre Pontificat la douxiéme.
LÉON XIII, PAPE
ième Nérie—No 10.
NONSHIGNEUR JOSEPH THOMAS
Annongant que Marie Marguerite Dujrost
et Monseigneur "rancois de Montmore
clarés Vénérables.
JOSEPH THOMAS DUHAME
Par la Gráce de Dieu et du Süint-
Archevéque d'Ottawa, Assistant au 1 Pontifical, etc.
Au Clergé Sécul
Religieuses et aux Fidéles de
d'Ottawa, Salut et Bénédiction en Jésus-Christ.
LETTRE PASTORALE ET MANDEMENT