VÉNÉRABLES FRÈRES
Salut et Bénédiction Apostolique.
La liberté, bien excellent de la nature et apanage exclusif des étres doués d'intelligence ou de raison, confére à l'homme une dignité en vertu de laquelle il est mis entre les ma‘ns de son conseil et devient le maitre de ses actes.-—Ce qui, néamoins, est surtout i important dans cette prérogative, c'est la manière dont on l'exerce, car de l'usage de la liberté naissent les plus grand maux comme les plus grands biens. Sans doute, il estau pouvoir de l'homme d'obéir à la raison, de pratiquer le bieu moral, de marcher droit à sa fin supréme; mais il peut aussi suivre toute autre direction, et en poursuivant des fantómes de biens trompeurs, renverser l'ordre légitime et courir à une perte volontiire.—Le libérateur du genre humain, est venu restaurer et accroitre l'ancienne dignité de notre nature; mais c'est à la volonté méme de l'homme qu'il a fait sentir surtout = son influence, et par sa grâce dont il lui a ménagé E les secours, par la félicité éternelle dont il lui a : ouvert la perspective dans le Ciel, il la élevé à un
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état meilleur. Et, pour un motif semblable, l'Eglise a toujours bien mérité de ce don excellent de notre nature, elle ne cessera pas d'en bien mériter, puisque c'est à elle qu'il appartient d'assurer aux bienfaits que nous devons à Jésus-Christ leur propagation dans toute la suite des siècles. Ht pourtant on compte un grand nombre d'hommes qui croient que l'Eglise est l'adversaire de la liberté humaine. La cause en est dans l'idée défectueuse et comme à rebours que l'on se fait de la liberté. Car, par cette altération méme de sa notion ou par lextension exagérée qu'on lui donne, on en vient à l'appliquer à bien des choses dans lesquelles l'homme, à en juger d’après la saine raison, ne saurait étre libre.
Nous avons parlé ailleurs, et notamment dans l'Eneyclique Immortale Dei, de ce qu'on nommes les libertés modernes ; et, distinguant en elles le bien de ce qui lui est contraire, nous avons en méme temps établi que tout ce que ces libertés contiennent le bon, tout cela est aussi ancien que la vérité, tout cela l'Eglise l'a toujours approuvé avec empressement et l'a admis effectivement dans la pratique. Ce qui s'y est ajouté de nouveau apparait à qui cherche le vrai comme un élément corrompu, produit par le trouble des temps et par l'amour désordonné du changement. Mais puisque beaucoup s'ostinent à voir dans ces libertés, méme en ce qu'elles ont de vicieux, la plus belle gloire de notre époque et le fondement nécessaire des constitutions politiques, comme si sans elles on ne saurait imaginer de parfait gouvernement, il Nous a paru nécessaires pour l'intérét publie, en face duquelle Nous Nous mettons de traiter à part cette question
Ce que Nous avons directement en vue, c'est la liberté morale, considérée soit dans les individus, soit dans la société. Il est bon cependant de dire tout d'abord quelques mots de la liberté naturelle, laquelle,
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bien que tout à fait distincte de la liberté morale, est pourtant la source et le principe d’où toute espèce de liberté découle d’elle-même et comme naturellement. Cette liberté, le jugement et le sens commun de tous les hommes, qui certainement est pour nous la voix de la nature, ne la reconnaissent qu'aux étres qui ont l'usage de l'intelligence ou de la raison, et c'est en elle que consiste manisfestement la cause qui nous fait considérer l'homme comme responsable de ses actes. Il n'en saurait étre autrement; car, tandis que les animaux n'obéissent qu'aux sens et ne sont poussés que par l'instinct naturel à rechercher ce qui leur est utile ou à éviter ce qui leur serait nuisible, l'homme dans chacune des actions de sa vie a la raison pour guide. Or la raison, à l'égard des biens de ce monde, nous dit de tous et de chacun qu'ils peuvent indifférement étre ou ne pas étre, d'ou il suit qu'aucun d'eux ne lui apparaissant comme absolument nécessaire, elle donne à la volonté le pouvoir d'option pour choisir ce qui lui plait.—Mais si l'homme peut juger de la contingence, comme on dit, des biens dont Nous avons parlé, c'est qu'il a une âme simple de sa nature, spirituelle et capable de penser, une àme qui étant telle ne tire point son origine des choses corporelles, pas plus qu'elle en dépend pour sa conservation, mais qui, créée immédiatement de Dieu et dépassant d'une distance immense la commune condition des corps, a son mode propre et particulier de vie et d'action: d’où il résulte que comprenant par sa pensée les raisons immuables et nécessaires du vrai et du bien, elle voit que ces biens particuliers ne sont nullement des biens nécessaires. Ainsi, prouver pour làme humaine qu'elle est dégagée de tout élément mortel et douée de la faculté de penser, c'est établir en méme temps la liberté naturelle sur son plus solide fondement.
Or, cette doctrine de la liberté, comme celle de
la simplicité, de la spiritualité et de l'immortalité de l’âme humaine, nul ne la préche plus haut ni ne lafirme avec plus de constance que l'Eglise catholique ; elie lade tout temps enseignée, et elle la défend comme un dogme. Bien plus, devant les attaques des hérétiques et des fauteurs d'opinions nouvelles, c'est l'Eglise qui a pris la liberté sous son patronage, et qui a sauvé de la ruine ce grand bien de l'homme. A cet égard, les monuments de l'histoire témoignent de l'énergie avec laquelle elle a répoussé les efforts des Manichéens et autres ; et, dans des temps plus récents, personne n'ignore avec quel zèle et quelle foree, soit au concile de Trente, soit plus tard contre les sectateurs de Jansénius, elle a combattu pour la liberté de l'homme, ne laissant en aucun temps et en aucun lieu prendre le pied au Fatalisme.
Ainsi la liberté est, comme Nous l'avons dit, le propre de ceux qui ont reçu la raison ou lintelligence en partage ; et cette liberté, à en examiner la nature, n'est pas autre chose que la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déter miné ; en ce sens, que celui qui ala faculté de choisir une chose entre plusieurs autres, celui-là est maitre de ses actes.—-Or, toute chose acceptée en vue d'en obtenir une autre appartient au genre de bien qu'on nomme l'utile; et le bien ayant pour caractere d'agir proprement sur l'appétit, il faut en conclure que le libre arbitre est le propre de la volonté, ou plutót que c'est la volonté méme en tant que, dans les actes, elle a la faculté de choisir. Mais il est impossible à la volonté de se mouvoir, si la connaissance de l'esprit, comme un flambeau, ne ne l'éclaire d'abord : c'est-à-dire que le bien désiré par la volonté est nécessairement le bien en tant que connu par la raison — Et cela, d'autant plus que dans toute volition le choix est toujours précédé d'un jugement sur la vérité des biens, et sur la