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préférence que nous devons accorder à l'un deux sur les autres. Or, juger est de la raison, non de la volonté ; on en saurait raisonnablement douter. Etant done admis que la liberté réside dans la volonté, laquelle est, de sa nature, un appétit obéissadt à la raison, il s'ensuit qu'elle-méme, comme la volonté,a pour objet un bien conforme à la raison .—Néanmoins, chacune de ces deux facultés ne possédant point la perfection absolue, il peut arriver, et arrive souvent, que liatelligence propose à la volonté un objet qui, au iieu d'une bonté réelle, n'en a que l'apparence, une ombre de bien, et que la volonté pourtant s'y applique. Mais de méme que pouvoir se tromper et se tromper réellement, est un défaut qui accuse l'absence de la perfection intégrale dans l'intelligence, ainsi s'attacher à un bien faux et trompeur, tout en étant l'indice de libre arbitre, comme la maladie l'est de la vie, constitue néanmoins un défaut de la liberté. Pareillement la volonté, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, dés qu'elle désire un objet qui S'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté. Voilà pourquoi Dieu, la perfection infinie, qui étant souverainement intelligent et la bonté par essence, est aussi souverainement libre, ne peut pourtant en aucune facon vouloir le mal moral; et il en est de méme pour les bienheureux du ciel, grace à l'intuition qu'ils ont du souverain bien. C'est la remarque pleine de justesse que saint Augustin et d'antres faisaient contre les Pélagiens Si la possibilité de faillir au bien était de l'essence et de la perfection de la liberté, dès lors, Dieu, Jésus- Christ, les anges, les bienheureux chez qui ce pouvoir n'existe pas ou ne seraient pas libre, ou du moins ne le seraient pas aussi parfaitement que l'homme dans son. état d'épreuve et d'imperfection. Le Docteur angélique s'est occupé souvent et longue-
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ment de cette question ; et de sa doctrine il résulte que la faculté de pécher n'est pas une liberté, mais une servitude, Trés-subtile est son argumentation sur ces mots du Sauveur Jésus: celui qui commet le péché est l'esclave du péché (1). * Tout être est ce qui “lui convient d'être selon sa nature. Donc, quand “il se meut par un agent extérieur, il n'agit point * par lui-méme, mais par l'impulsion d'autrui, ce qui “ost d'un esclave. Or, selon sa nature, l'homme est “ raisonnable. Donc, quand il se meut selon la * raison c'est par un mouvement qui lui est propre “ qu'il se ment, et il agit par lui-même, ce qui est le “fait de la liberté; mais quand il péche, il agit * contre la raison, et alors c'est comme s'il était mis “en mouvement par un autre et qu'il fut retenu “ sous une domination étrangére ; c'est pour cela que * celui qui commet le péché est l'esclave du péché. "— C'est ce qu'avait vu assez netiement la philosophie antique, celle notamment dont la doctrine était que nul nest libre que le sage, et qui réservait, comme on sait, le nom de sage, à celui qui s'état formé a vivre constamment selon la nature, c'est-à-dire dans l'honnéteté et la vertu.
La condition de la liberté humaine étant telle il lui fallait une protection, il lui fallait des aides et des secours capables de diriger tous ses mouvements vers le bien et de les détourner du mal; sans cela, la liberté eût été pour l'homme une chose très nuisible.—Et d'abord une Loi, c'est-à-dire une règle de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, lui était nécessaire. A proprement parler, il ne peut pas y en avoir chez les animaux, qui agissent par nécessité, puisque tous leurs actes, ils les accomplissent sous l'impulsion de la nature, et qu'il leur serait impossible d'adopter par eux-mêmes un autre mode d'action. Mais les étres qui jouissent de la liberté ont par eux-mémes le pouvoir d'agir ou de ne pas agir, d'agir de telle
(1) Joann, vin 34.
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ulte | facon ou de telle autre, attendu que l'objet de leur nais i volonté, ils ne le choisissent que lorsqu'est intertion 1 venu ce jugement de la raison dont nous avons parlé. ol le 1 Ce jugement nous dit non seulement ce qui est bien qui 4 en soi ou ce qui est mal, mais aussi ce qui est bon, and d et par conséquent à réaliser, ou ce qui est mal et par oint H conséquent à éviter. (C’est, en effet. la raison qui 4 qui prescrit à la volonté ce qu'elle doit chercher ou 2 est 4 ce qu'elle doit fuir pour que l'homme puisse un n la H jour atteindre cette fin supréme, en vue de laquelle opre ie il doit accomplir tous ses actes. Or, cette ordination st le : de la raison, voilà ce qu'on appelle la loii—Si done la agit loi est nécessaire à l'homme, c'est dans son libre mis arbitre lui-même, c'est-à-dire dans le besoin qu'il a de lenu ES ne pas se mettre en désaccord avec la droite raison, que 13 qu'il faut en chercher, comme dans sa racine, la o s cause première. Et rien ne saurait être dit ou phie 4 imaginé de plus absurde et plus contraire au bon que E sens que cette assertion: L'homme étant libre par nme nature doit étre exempté de toute loi; car, s'il en 16 à était ainsi, il s'ensuivrait qu'il est nécessaire pour la dans liberté de ne pas s’accorder avéc la raison quand c'est tout le contraire qui est vrai, à savoir, que l'homme doit étre soumis Ala loi précisement parce es et qu'il est libre par nature. Ainsi done, c'est la loi rents qui guide l'homme dans ses actions, et c'est elle cela, 4 aussi qui, par la sanction des récompenses et des nui- E peines, l'attire à bien faire et le détourne de pécher. le de 3 —Telle est, à la tête de toutes, la loi naturelle qui saire. E est écrite et gravée dans le cœur de chaque homme, chez À car elle est la raison même de l'homme lui ordontous L nant de bien faire et lui interdisant de pécher. Mais on de 5 cette prescription dela raison humaine ne saurait opter P avoir force de loi, si elle n'était l'organe et l'interis les préte d'une raison plus haute à laquelle et notre émes a esprit et notre liberté doivent obéissance. Le rôle telle z de la loi étant, en effet, d'imposer des devoirs et
: d'attribuer des droits, elle repose tout entière sur
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