‹ Mandrin (volume 2)Chapitre 11 sur 33 · ENNEMOND DIOT · texte numérisé non relu

ENNEMOND DIOT

Plusieurs d3s meilleurs biographes de Mandrin le montrent en 1748 et 1749 fabriquant de la fausse monnaie. On vient de voir au contraire à quelles entreprises il était activement et honorablement occupé.

Au reste Louis Mandrin était mal entouré. La mort de son père l'avait laissé sans soutien. On connaît à présent le caractère de sa mère. Son frcic Pierre était revenu de l'armée avec les idées de rapine que lui avaient données ses compagnons de camp. A cette époque, les armées étaient encore composées des plus fâcheux éléments. C'est Pierre Mandrin qui s'associe avec Claude Joly « maréchal-à-forge », étabh à Saint-Étienne-de-Saint- Geoirs, pour fabriquer de la fausse monnaie.

De toute la famille le meilleur est certainement Louis Mandrin, celui qui fait l'objet de ce récit. Avec ses emportements, ses violences, son éducation fruste et rude, avec ses jurements et son penchant au vin, il est généreux et bon ; il a des élans d'enthousiasme vers ce qu'il croit le bien. Il est très dévoué à sa famille et cherche à se rendre utile, non seulement à ses frères et sœurs, mais à ses cousins. Il avait emmené un de ces derniers, qui s'appelait, comme l'un de ses frères, Claude Mandrin, en quahté de haut-le-pied êvec sa brigade

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de mules. Claude se sauva en volant à Louis Mandrin des efïets et l'une des bêtes qu'il lui avait confiées. Quant à Pierre, le faux-monnayeur, frère de Louis Manidrin, et à son autre frère Claude, âgés respectivement de vingt-deux et vingt ans, l'épisode qui suit les fera connaître.

Le dimanche l^r novembre 1752, un jeune matelassier, Ennemond Diot, dit Guyot, originaire d'Irigny dans le Lyonnais, arrivait à Saint-Etienne-de-Saint- Geoirs au moment où l'on y chantait vêpres : jeune gars de dix-huit ans, de taille moyenne, cheveux, barbe et sourcils châtains, les yeux roux, le nez épais. 11 était accompagné de Joseph Jourdan, dit le Blondin, ce qui était un euphémisme car Jourdan avait les cheveux roux. Ennemond Diot, parti de Grenoble, avait rencontré Blondin sur sa route et, tout en cheminant, la conversation s'était engagée. Dans les rues de Saint- Étienne-de-Saint-Geoir-3, nos deux compagnons trouvèrent les frères Pierre et Claude Mandrin, que Blondin connaissait. Ils entrèrent tous quatre au cabaret que tenait la boulangère, où, tout en vidant chopine, ils organisèrent un plan de vol à l'éghsc, que Diot se chargea d'exécuter.

Le mardi, 3 janvier, les Stépbanois virent cet inconnu traverser plusieurs fois le cimetière de l'église, accompagné de Pierre et de Claude Mandrin. Le même jour, Bur les cinq heures du soir, le sacristain, Jean Boulier, vint, comme de coutume, pour fermer l'église à nuit tombante. Plusieurs femmes y priaient encore. Elles étaient à genoux, la tête inclinée, masses sombres dans la pénombre du jour qui s'éteignait. Le sacristain les avertit qu'on allait fermer. Elles se levèrent lentement. Et il fut obhgé de faire à plusieurs repnses la même observation à un jeune homme, — c'était Ennemond Diot, -- qui, chaque fois, au lieu de sorLir, se

contentait de changer de place, allant d'un banc à l'autre. Le sacristain le vit pour la dernière fois auprès du banc seigneurial de M. de Monts de Savasse. Comme il y retourna peu après et n'y aperçut plus l'inconnu, il pensa que celui-ci était sorti. Il se dirigea donc à son tour vers la porte, et, après l'avoir fermée, il allait rentrer chez lui, quand une des femmes que nous venons de voir en prière lui dit qu'un homme était sans doute resté dans î'égHse et s'y était caché. Le sacristain alla quérir son père, Michel BouHer, qui remphssait à Saint- Étienne-de-Saint-Geoirs les fonctions de procureur d'office, nous dirions aujourd'hui de « commissaire de police », et tous deux furent au presbytère chercher la vicaire, l'abbé Benoît Biessy, frère du curé. Le sacristain, le procureur et le vicaire, accompagnés de quelques fidèles, pénétrèrent dans l'église. On était un peu ému, f qui que ce soit ne parlait ». Chacun s'était armé d'une chandelle car il faisait nuit noire ; enfin, dans la chapelle de Saint-Antoine, l'abbé Biessy aperçut le jeune homme couché sous le siège du banc seigneurial. Il cherchait à s'y dissimuler, et se trouvait fort pressé « dans cet endroit qui n'avait qu'un pied de large, parce que le derrière dudit siège est borné par des ais qui joignent le mur et qu^, sur le devant dudit siège, il y a un pieddroit. L'on remarqua aussi qu'il avait tiré contre lui, afm de se mieux cacher, le banc qui sert de genouilloir ».

L'inconnu fut conduit à la prison du bourg, où le sergent Brissaud le fouilla. Ce vagabond avait dans les goussets de sa culotte une somme de 350 livres, 18 sols, 6 deniers. On remarqua que plusieurs des sous et déniera étaient enduits d'une sorte de glu et collaient l'un h l'autre. En sortant de la prison, où Ennemond Diot resta enfermé, Fr. Buisson, heutenant-châtelain, et ceux qui l'y avaient accompagné aperçurent, à trois ou

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