LA COMMISSION DE VALENCF
\.rchive9 de la Drôme : 77 particuliers, accusés de con- Tebande, sont condamnés à être pendus (parmi eux me femme), et 58 à être rompus ou roués vifs ; 631 con- Tebandiers sont envoyés aux galères, — un seul acquittement ; jamais de grâce. C'est un record.
Le Parlement du Dauphiné s'exprime en ces termes :
« Depuis que la Commission de Valence existe, elle l'a présenté aux regards des peuples consternés que des mnitions particulières assorties à l'avidité du fermier général, des juges vengeurs de ses intérêts pécuniaires, ïnfm les supplices les plus effrayants qui, en répandant 'effroi et la désolation, ont dépeuplé cette province pour aire profiter les étrangers de ses dépouilles. »
« J'ai passé huit fois à Valence, écrit un voyageur, et mit fois j'ai vu, exposés sur les grands chemins, les ladavres frais des pendus et des roués. » Les habitants le la ville, interrogés, se taisaient avec épouvante. jes avocats disaient, très bas, dans un coin : « Que voulez-vous, Monsieur, notre ministère est ici absolument nutile ; tout ce que nous ferions, tout ce que nous dirions, lerait en vain. Nous ne connaissons ni les lois de ces ,ribunaux, ni la manière dont ils procèdent. Les seules )ersonnes stipendiées par la Ferme peuvent s'immiscer lans ces sortes d'affaires. Tout ici est irrégulier et )pposé aux lois de la nation et de l'humanité, et, jomme la cupidité est le seul mobile de ces tribunaux jt de ceux qui les font agir, l'arbitraire est leur seule règle ie conduite, et, malheureusement pour le citoyen, la luit la plus obscure couvre toute leur démarche. »
Quand il est question de la Commission de Valence lans les délibérations du Parlement du Dauphiné, elle ^ est appelée « ce tribunal de sang ». Les États de Provence flétrissaient « les maximes et les formes du îanguinaire tribunal valentinois ». «Ma plume se refuse i nommer ces tribunaux cimentés par le sang », écrit
l'avocat Darigrand. Dans Candide, Voltaire énumère les fléaux de l'humanité : « La peste, la pierre, la gravelle, les écrouelles, l'inquisition et la Chambre de Valence. »
A répoque où se déroule ce récit, la Commission de Valence avait redoublé de férocité et de fureur. Il ne se passait plus de jour que les habitants de la ville, saisis d'horreur, ne vissent pendre ou rompre vifs des contrebandiers.
« De la vie, écrit un bourgeois de Valence, on n'a vu une telle boucherie. »
Depuis le 3 décembre 1738, le président de la Commission était Gaspard Levet, seigneur de Malaval.
Le nombre de condamnations aux suppHces les plus atroces que cet homme prononça, pour le compte d'une compagnie fmancière, fait frémir. Quand ils le voyaient approcher, ses concitoyens s'écartaient ou cessaient de parler. On l'appelait à Valence « le Torquemada des quarante (les fermiers généraux) ». Et il en était arrivé à en faire trophée. Avec le temps, à mesure qu'il vieillissait, ces supplices qu'il entassait, et parfois pour des motifs futiles, avaient tourné son esprit à un sadisme sanguinaire. « Ce monstre, tourmenté de la goutte, ne pouvant se soutenir, se faisait porter au pied des échafauds, et là, dans un fauteuil, il savourait les tourments et la douleur des misérables qu'il faisait exécuter. » La nuit, en rêve, il voyait des monceaux d'or, des monceaux de « louis effectifs » où ruisselait du sang.
Mandrin était en bonnes mains.