L'Esprit des Lois, I, livre XIII, chap
raux », comme le peuple en était arrivé à les nommer, avaient été condamnés à une autre restitution de 40 millions. On contait l'histoire de Brissart, le fermier général, arrêté dans le bois de Bondy en chaise de poste : la voiture était si chargée d'or que plusieurs chevaux avaient de la peine à la traîner ; il allait abriter ses trésors audelà des frontières. On donnait comme exemple Préaudeau, fermier général, qui avait épousé une nièce du grand Bouret. Il venait de faire une banqueroute de 4 millions et avait réussi à gagner l'Angleterre, ses malles bondées de valeurs. Nombre de ses créanciers étaient ruinés ; mais lui, dans sa propriété de Gravelane, au comté d'Essex, menait une existence tranquille et opulente de « gentleman f armer ». Auprès de lui une actrice, la Tassin, l'amusait de ses « chatteries », et dans ses écuries il avait les plus beaux chevaux d'Angleterre.
... Ces scélérats, colosses de puissance, Abhorrés des mortels, nourris de leur substance, Formés d'un sang obscur, nés de la vanité, Instruits par l'ignorance et la brutalité. Ces monstres odieux, en proie à tous les vices1...
Ici le poète, entraîné par Pégase, va peut-être un peu loin.
A l'époque où se place ce récit, les fermiers généraux ne régissaient directement que les « entrées » de Paris, les traites, les gabelles et le tabac. Ils avaient sous-affermé, dans les diverses provinces, les aides et les droits domaniaux, à des financiers de moindre envergure et que l'on nommait les« sous-fermiers2 ». Ces derniers étaient plus précisément les « maltôtiers ».