Marion, Machault d'Arnouvilte, p
L'opulence des sous-fermiers, bien que moindre que celle des fermiers généraux, heurtait davantage encore le peuple, parce qu'elle était répandue en province et se trouvait plus près de lui. Pour 40 fermiers généraux, il y avait 200 à 250 sous-fermiers.
Les sous-fermiers furent supprimés en 1755, à la suite précisément du mouvement d'opinion que provoqua Mandrin. Une chanson du temps célèbre leur départ :
Sans pitié, sans humanité Vous avez assez maltraité Et l'orphelin et l'orpheline, Le paysan...
Ces jambons, pâtés et saucisses,
Ce gibier de toutes saisons,
Dont vous nourrissiez vos maisons
Pour vos amis et vos parents, Ils avaient les premières places, Quoique vains, ignorants, tenaces, Faisant sentir avec aigreur De leur crédit la pesanteur.
Vous, qu'un carrosse de Martin N'osait promener le matin, Demi-duchesses, sous-fermières, Qui jadis étiez couturières, A pied, sans laquais ni cocher, On vous verra chez le boucher.
Plus d'affîquets ni de pompons, Plus de cadenettes aux chignons, Plus de rubans, de pretentailles,
Nous prions le doux Rédempteur De nous sauver de la fureur De ces misérables corsaires Donl les bedaines mercenaires Ne s'enflaient que de notre sang *.
En dessous ou à côté des sous-fermiers, les directeurs provinciaux, les receveurs, contrôleurs et inspecteurs. On trouve dans la correspondance d'un fermier général adjoint, Etienne-Marie Delahante, la vivante peinture des mœurs faciles et dissolues, du second ordre des Fermes. Les scènes se passent dans la petite ville de Coutances, où se répète, sur un théâtre plus restreint, le spectacle que donnaient les « glorieux partisans » de Paris2.
Puis r armée nombreuse des buralistes, des commis et des employés. En ses fameuses remontrances au roi, présentées au nom de la Cour des Aides, le 6 mai 1775 \ Malesherbes s'exprimait plus gravement que l'auteur de la chanson qui vient d'être citée :
« Il est une tyrannie dont il est possible que Votre Majesté n'ait jamais entendu parler et qui cependant est insupportable au peuple, parce qu'elle est sentie par tous les citoyens du dernier état, par ceux qui vivent tranquillement de leur travail et de leur commerce : elle consiste en ce que chaque homme du peuple est obligé de souffrir journellement les caprices, les hauteurs, les insultes même des suppôts de la Ferme. On n'a jamais fait assez d'attention à ce genre de vexations, parce qu'elles ne sont éprouvées que
1. Chanson sur l'air dos Pendus, sept. 1755. Bibl. nat., ms. franc. 12721 (Chansonnier de Clairarabault). f. 57.
2. Delahante, Une famille de finance au XVIlfr siècle, t. II.